mardi, 02 juin 2009
Etreintes brisées de Pedro Almodovar ****



Dans un violent accident de voiture, Mateo Blanco perd à la fois la vue et la femme qu’il aime. La tragédie est double pour cet homme car que peut-il arriver de pire à un réalisateur de cinéma que de devenir aveugle ? Cela se passait il y a 14 ans et depuis, sous le pseudonyme d’Harrry Caine, Mateo écrit des scenari.
Un jour, Harry/Mateo entreprend de raconter au jeune Diego, le fils de sa directrice de production qui veille sur lui (et réciproquement…) de lui retracer dans le détail l’histoire de son amour, de sa passion pour Lena et pour le cinéma.
Comment parler d’un film dont la dernière réplique est « L’essentiel pour un film n’est pas qu'il sorte en salle mais de le terminer » ?
Depuis longtemps, Pedro le Grand nous a habitués à nous embarquer dans son univers, nous bercer, nous enflammer, nous conquérir et parfois même nous dévaster le cœur. Une nouvelle fois, il nous emmène au bord du précipice et des ravages de la passion qui peut faire commettre les pires horreurs, mais aussi il parle des sentiments plus forts que tout, de l’amour, de la douleur, du chagrin, des erreurs irrémédiables, du poids de la culpabilité, du bonheur si éphémère et de la faculté admirable que certains ont, comme souvent chez Pedro, de pardonner… Plus que jamais, comme délivré de son « incurable » fantaisie débridée, il parle de la vie et de l’amour avec une force, une mélancolie, une langueur infinies qui font de ce film, son meilleur, le plus grand, le plus beau.
Ce film est un vertige comme je les aime et une extase aussi.
Le scénario en béton armé est un monument de perfection. Toute la tension dramatique qui ne faiblit jamais jusqu’à l’ultime bobine est filmée avec une maîtrise, une maestria qui font de ces "Etreintes brisées", en plus de l’intérêt constant qu’on porte à l’intrigue palpitante, un objet d’une beauté sans nom.
On ne dira jamais assez à quel point on reconnaît le « style », les couleurs, les lumières, les thèmes, les sons « almodovariens », et pourtant ce film à part, est comme un sommet, une apothéose. Sans doute parce qu’il est aussi la déclaration d’amour d’un cinéaste/cinéphile au cinéma. Tous les hommages que le réalisateur rend ici au Septième Art donnent le frisson : de l’énumération des DVD classés dans une dvthèque à la scène où Lena (Penelope Cruz, ÉTOURDISSANTE !) sanglote de voir Ingrid Bergman pleurer dans le film de Rossellini « Voyage en Italie », à cette autre où déjà aveugle, le réalisateur demande : « je veux entendre la voix de Jeanne Moreau » avant de « regarder » « Ascenseur pour l’échafaud », jusqu’au fait (GÉNIAL) du tournage du film dans le film et du tournage du making-off sur le tournage du film dans le film !!!
Vertigineux, je vous dis… mais totalement maîtrisé, limpide, sombre et lumineux. C’est comme si Almodovar déroulait devant nous tous les méandres tortueux d’un labyrinthe dont on se dit, incrédules, qu’il est tellement complexe que sa résolution va décevoir, forcément. Et puis, tout s’explique, se justifie, se pardonne, ou presque… Et l'on reste ébahi et désemparé et l'on goûte jusqu'à la dernière note et le dernier mot du générique pour ne pas quitter encore la sensation qu'a laissée la dernière image extraordinairement apaisée.
C’est Lluis Homar, mélange de Laurence Olivier et de Vittorio Gassman qui est le réalisateur aveugle, amoureux, cinéphile. Il est parfait.
Mais que dire de Penelope Cruz ? Après tout ce que j’ai lu sur elle et surtout la façon qu’elle a de parler d’Almodovar, comme étant sans doute l’homme le plus important de sa vie, son père, son mentor, sa boussole, son inspirateur, celui contre lequel elle se blottit pendant les tournages, celui qui l’aime et la protège, je m’étais mise à l’aimer, comme je l’avais aimée dans « Tout sur ma mère » et « Volver », avec admiration et envie. Et puis je l’avais trouvée exécrablement insupportable à Barcelone...
Et puis là, magie du cinéma, magie de Pedro… Penelope est une actrice phénoménale qui capture l’écran tout entier et le spectateur aussi. Dès qu’elle disparaît de l’image ou de l’histoire, elle manque, elle laisse un vide que rien ne peut combler que le souvenir ou l’espoir de la revoir. Et elle revient, encore et encore… Et Pedro s’empare d’elle et surtout de toutes les émotions qu’elle est capable d’exprimer, c’est-à-dire de toute la palette d’émotions dont un être humain est capable, de la joie à la douleur, en passant par le dégoût sans oublier de lui permettre quelques scènes de comédie et aussi de la faire « jouer mal » pour les besoins du film. La voir est fascinant, mystérieux et éblouissant.
Il faut que Penelope et Pedro se retrouvent et ils formeront sans doute un des couples de cinéma les plus mythiques qui soit.
En attendant, ce film admirable doit faire partie de toute cinéphilie digne de ce nom.
Mais que ces « Etreintes brisées » soient reparties bredouilles de Cannes est totalement inconcevable.
07:51 Publié dans - LES FILMS ***** - Incontournables Aaaaah Oui Oui | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : étreintes brisées, pedro almodovar, penelope cruz, cinéma
mardi, 05 mai 2009
Good Morning England de Richard Curtis ****
TITRE ORIGINAL :
THE BOAT THAT ROCKED



Dans les années 60 en Angleterre les radios ne sont pas encore libres, mais « pirates ».
Alors quoi de mieux qu’un bateau en pleine mer du Nord pour diffuser la musique interdite que les filles écoutent en cachette en hurlant dans leurs chambres, alors qu’un ministre conservateur, démodé et furieux tente de tout faire pour l’interdire ? Pendant ce temps sur le rafiot, l’équipe très éclectique des DJ vedettes, animateurs, chroniqueurs et journalistes mène une vie extravagante entièrement dédiée à la musique (et parfois au sexe…) complètement coupée du monde de la terre ferme.
Comment vous inciter à vous précipiter (et oui, il faudra beaucoup vous précipiter cette semaine : cf. ci-dessous !) pour voir ce film déjanté, électrique et jouissif à qui je prédis et souhaite une carrière de film culte ?
Que la salle dans laquelle je me trouvais lui a fait une ovation et que chacun avait un sourire d’une oreille à l’autre et de l’électricité dans les pattes en sortant ?
Que chaque scène est d’anthologie ?
Que les dialogues vifs et savoureux, d’un humour parfois bien tordu mais délirant sont un festin ?
Que le casting bien disparate réunit une bande de déjantés qu’on a beaucoup de mal à quitter et qui permet à chaque acteur d’avoir sa scène de bravoure.
Qu’il est impossible d’élire le plus barré parmi Philip Seymour Hoffman, Rhys Hyfans, Bill Nighy, Nick Frost, Rhys Darby, Tom Wisdom, Emma Thompson ou Kenneth Brannagh TOUS au top niveau ?
Et qu’enfin, la bande son, 300 % rock and roll (les Beatles, les Rolling Stones, les Kinks, Jimmy Hendrix, Dusty Springfield, Janis Joplin, Aretha Franklin, David Bowie… et j’en oublie) est purement et simplement jubilatoire.

19:13 Publié dans - LES FILMS ***** - Incontournables Aaaaah Oui Oui | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : good morning england, richard curtis, cinéma
mercredi, 22 avril 2009
Adoration de Atom Egoyan ****

Simon est un adolescent introverti et taciturne, mal dans sa vie, mal dans sa peau, tourmenté par une histoire familiale pesante. Ses parents sont morts dans un accident de voiture, son grand-père qui ne va pas tarder à mourir lui aussi, lui fait des révélations dérangeantes et il vit avec son jeune oncle (le (très très beau…) frère de sa mère) plutôt secret et mélancolique.
Tout cela serait relativement ordinaire si Simon ne se laissait prendre au piège d’un exercice apparemment inoffensif proposé par sa prof de français. A partir de la traduction d’un texte, Simon se prend à développer une histoire dans laquelle son père serait un terroriste qui aurait déposé une bombe dans le sac de sa mère enceinte lorsqu’elle devait prendre un vol pour Béthléem, via Tel-Aviv et rejoindre sa belle-famille. Encouragé par sa prof, Simon va décrire et détailler cette histoire insensée jusqu’à y croire lui-même et fasciner d’abord ses camarades de classe. Puis par le biais de « tchats » sur Internet de plus en plus de personnes à travers le monde vont se sentir touchées et vont donner leur avis, leur sentiment, juger, condamner, chercher à comprendre et relayer l’histoire, un peu comme l’effet du battement d’ailes d’un papillon… L’un des aspects, peut-être pas le plus saisissant mais sans doute le plus significatif étant que certains passagers du vol dans lequel aurait dû avoir lieu cet attentat imaginaire se considèrent comme des victimes rescapées.
Atom Egoyan nous plonge une nouvelle fois au sein d’une famille relativement banale qui n’a jamais réussi à exprimer le non-dit, dire la douleur ou tenter de formuler la vérité. A l’aide d’un puzzle quasiment kaléidoscopique absolument fascinant et troublant il nous emporte à un rythme soutenu et époustouflant mais dans une aisance totale au cœur de la famille, explorant grâce aux évènements qui l’ont composée, le mensonge, le racisme, la responsabilité, la tolérance, la religion, la communication, l’éducation, ce qu’on en fait, comment on y résiste ou comment cela forge ou détruit les êtres ? Les allers retours entre passé et présent sont limpides, peu à peu la lumière apparaît et les réponses aux questions évoquées sur l’affiche s’éclaircissent, nous laissant néanmoins avec de nombreuses interrogations (sur le phénomène monstrueux qu’est devenu Internet notamment) car évidemment ce manipulateur d’Egoyam ne nous emmène pas forcément là où on pensait aller.
Ce film engloutit le spectateur dans des abîmes jubilatoires de griserie, l’interprétation est un délice de tous les instants (profondeur et intensité du jeune Devon Bostick, d'Arsinée Khandjian et de Scott Speedman) la musique obsessionnelle donne le frisson, mais…
AVERTISSEMENT : vous plongez dans les cinq premières minutes ou jamais..
11:14 Publié dans - LES FILMS ***** - Incontournables Aaaaah Oui Oui | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : adoration, atom egoyan, cinéma
mercredi, 15 avril 2009
Dans la brume électrique de Bertrand Tavernier ****




Ancien flic reconverti, Dave Robicheaux aide la police locale de New Iberia en Louisiane à résoudre un crime sadique commis sur une jeune prostituée de 19 ans. Au cours de son enquête, il sympathise avec Elrod Sykes, star hollywoodienne alcoolique qui tourne un film dans la région produit par un mafieux local, Balboni. Par ailleurs, le squelette d’un homme noir enchaîné, mort 40 ans plus tôt refait surface suite à l’Ouragan Katrina et Robicheaux, marié, père d’une jeune fille qu’il a adoptée doit également faire face à ses démons personnels qui se manifestent sous forme de visions…
Le plus cinéphile de nos réalisateurs français (il est une encyclopédie à lui seul, jamais pédant ou donneur de leçon, un livre ouvert passionnant, passionné…) réalise son rêve américain, et il le réussit haut la main. Ce film sera placé très très haut dans mon palmarès 2009 tant il m’a procuré de bonheur et de sensations. C’est une réussite totale, un thriller haletant, filmé magistralement, avec à la fois nonchalance et efficacité et paré d’un casting en accord parfait avec le réalisateur et l’acteur principal qui domine (évidemment) sans pour autant écraser les autres.
Ce Dave Robicheaux est un ancien alcoolique qui ne cesse de lutter contre sa tentation de boire à nouveau et un souvenir lointain qui le hante, lui fait éprouver une profonde culpabilité dont il voudrait se débarrasser, s’en libérer en expiant. Cet homme préoccupé jusqu’à l’obsession est un idéaliste qui évolue dans un monde qui lui semble corrompu et qu’il voudrait délivrer de la pourriture ambiante. Les hallucinations dont il fait l’objet lui font apparaître un général de l’armée confédérée avec qui il discute de l’avenir du monde. La vision de certains endroits dévastés par l’ouragan, l’ambiance ouatée, brouillardeuse des bayous filmés à la fois comme un paradis d’une beauté envoûtante, et un enfer où des cadavres ressurgissent du passé, où ce sont les moustiques qui mangent les chauve-souris, où les lianes des arbres s’enchevêtrent jusqu’à provoquer le vertige, des blues râpeux, les vapeurs moites et parfois les accès de violence inattendue confèrent à ce film envoûtant, à cette histoire simple et complexe une mélancolie sombre et déchirante.
Homme tourmenté qui va s’impliquer encore davantage quand le serial killer va s’approcher de très (trop) près de sa famille, Dave Robicheaux est incarné, et c’est peu de le dire, par Tommy Lee Jones à la fois si prévisible et tellement déroutant. Et tant pis, si ce rôle fait plus qu’évoquer ceux qu’il tenait déjà dans « Trois enterrements » et « No country for old man », à aucun moment on ne pourrait imaginer un autre que lui. Et tant pis si on abandonne sans le résoudre le cas d’une pauvre fille dévorée par des crabes bleus. Tout ici est rassemblé pour offrir un grand film rare, baigné dans une ambiance moite et ténébreuse et une langueur étouffante. Le tout porté par cet acteur étonnant, immense, parfois drôle et troublant qu’est Tommy Lee Jones, par Mary Steenburgen qui obtient enfin un rôle digne d’elle, subtil, profond et délicat et qui prouve quelle belle présence elle a tout en sobriété, par Kelly Mac Donald touchante en amoureuse sacrifiée, par John Goodman pourri génial qui s’amuse à jouer les dépravés et par Peter Sarsgaard très convaincant en star blessée. Sans parler de l’apparition de Buddy Guy.
Ce film sublime, sombre et lumineux, baigné de brume électrique a obtenu récemment le Grand Prix du Premier Festival International du Film Policier de Beaune (qui prend le relais de l’ancien festival de Cognac) et c’est tant mieux. Il donne par ailleurs une envie irrésistible de s’intéresser de près à l’œuvre de l’écrivain James Lee Burke dont il est l’adaptation.
08:11 Publié dans - LES FILMS ***** - Incontournables Aaaaah Oui Oui | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : dans la brume électrique, bertrand tavernier, tommy lee jones, cinéma
mercredi, 08 avril 2009
Synecdoche, New York de Charlie Kaufman ****


Caden Cotard est metteur en scène de théâtre. Dépressif et hypocondriaque, son état ne s’arrange pas lorsque sa femme le quitte en emmenant leur fille, vivre sa vie d’artiste chébran à Berlin. Parfois il est terrassé par des crises de panique qui le paralysent. Il décide de créer une œuvre théâtrale dans un entrepôt gigantesque où une ville est reconstituée et où il fait jouer et rejouer sa vie par des comédiens ou des personnages « réels » qui se retrouvent à jouer leur propre rôle... A moins qu’il ne l’invente cette vie, à moins qu’il ne la rêve ou la cauchemarde. Peu importe.
Ce film est vertigineux, fabuleux, démesuré, incontrôlable. Evidemment on pourrait le qualifier de « film dépressif » ce qui n’est pas un genre en soi mais qui résume assez bien l’atmosphère parfois asphyxiante qui saisit ici. Ce n’est pas grave, Charlie Kauman, le scénariste le plus barré d’Hollywood nous a habitués à ce qu’on sorte de ses films le cœur serré mais aussi rempli d’amour. Car oui, c’est bien d’amour dont il nous parle encore et toujours, même s’il est perdu ou jamais trouvé. Le héros de son film ne cesse de se tromper, de courir après une femme, sa femme, alors qu’il en repousse systématiquement et consciencieusement une autre transie d’amour, véritable et seul soleil de toute son existence.
Ce film, c’est la vie ou « comme » la vie, passionnant, trépidant, épuisant, des chagrins inconsolables (la perte de sa femme, la mort de sa fille) et des instants de bonheur (une seule journée pour Caden !). Il nous dit qu’on ne peut y être figurant et s’y débattre comme fait le personnage sans intervenir ou en intervenant trop. Où est la mesure, l’équilibre ? Chacun a le premier rôle de sa vie dans un monde parfois obscur qu’il ne comprend pas forcément. C’est tellement simple et tellement complexe à la fois, tellement fou, tellement génial, tellement riche !
Quand je pense que j’ai failli passer à côté de ce film à cause de ce que j’en ai lu : « pudding pirandellien », « propos confus », « métaphysique embuée », « réalisation brouillonne », « surenchère vaine », « sommet de vacuité » et j’en passe… Prenez toutes ces ‘sentences’, transcrivez exactement le contraire et vous approcherez de la réalité. Evidemment, c’est un labyrinthe parfois tumultueux, mais la vie n’est-elle pas aussi parfois, souvent compliquée, hésitante, difficile, imparfaite ? N’est-ce pas aussi tout ce qui en fait son charme et sa valeur inappréciable ? Ce film est un vertige je vous dis. Il s’est emparé de moi dans un tourbillon d’émotions allant jusqu’au déséquilibre mais jamais au malaise. Il est vivifiant dans sa folie et réconfortant dans ses espoirs. C’est dans un murmure que Caden dit à la femme qu’il a toujours aimée sans le savoir lui-même : « je dis ton nom à chaque souffle »… C’est (aussi) pour entendre ce genre de réplique que je dévore de la pellicule figurez-vous !
Les acteurs aussi se sont laissés happer en s’abandonnant totalement, généreusement à cette histoire et à son réalisateur extravagants. Le casting féminin est une apothéose de talents : Catherine Keener, Michelle Williams, Jennifer Jason Leigh, Emily Watson, Dianne West, Hope Davis. Mais c’est Samantha Morton (je suis fan définitivement) qui en donne son véritable éclat. D’une beauté, d’une énergie, d’une douceur et d’une fragilité ahurissantes, elle est comme éclairée de l’intérieur. Son personnage solaire vit dans une étrange maison en feu… Cette actrice, ce personnage sont une rareté.
Quant au personnage masculin qui embarque et enflamme toutes ces femmes c’est Philip Seymour Hoffman dont je ne cesse de me demander dans quels abîmes il va chercher, pour chaque rôle la profondeur de ses interprétations. Il est ici la solitude et la douleur incarnées. Le regarder errer, se perdre, pleurer, marcher, boiter, douter, aimer est un spectacle à lui seul. Lorsqu’il est au chevet de sa fille qui refuse de lui pardonner des erreurs qu’il n’a pas commises (oui, il faut suivre attentivement !), j’ai retrouvé le personnage bouleversant de « Magnolia ». Le seul acteur capable de nous faire comprendre et admettre pourquoi on pleure.
Fascinant ! avez-vous compris ce que je veux dire ?


09:37 Publié dans - LES FILMS ***** - Incontournables Aaaaah Oui Oui | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : synecdoche, new-york, charlie kaufman, philip seymour hoffman, cinéma
mercredi, 04 mars 2009
Tulpan de Sergey Dvortsevoy****

Alors qu’il rentre de son service militaire effectué dans la marine, Asa revient vivre avec sa sœur, son beau-frère et leurs enfants. Il rêve de se marier avec Tulpan qui ne veut pas de lui, prétextant qu’il a de trop grandes oreilles…
Cet argument est l’occasion pour le spectateur de découvrir un endroit du monde une planète inconnue, un lieu irréel qu’il est difficile d’imaginer même au plus profond de notre campagne la plus reculée : le Kazakhstan. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’irais y passer mes prochaines vacances tant la dureté de la vie et du climat y est rude pour une petite nature délicate… mais le formidable savoir faire du réalisateur nous plonge, nous immerge dans la quatrième dimension, une région insensée au milieu de nulle part, balayée en permanence par le vent, les tornades, écrasée de soleil. Cela donne des images à couper le souffle, d’une beauté fabuleuse qui aimantent littéralement le regard et rendent ce film inoubliable.
Sergey Bvortsevoy ne se contente pas de filmer et de nous offrir des images comme on en voit rarement et qui font de ce film une rareté, il nous raconte une histoire : comment Asa va réussir à plaire à la mystérieuse Tulpan en faisant de ses oreilles décollées un atout princier ? La démonstration est d’ailleurs à mourir de rire. Et oui, on rit énormément car les kazakhs de cette histoire ne manquent pas d’humour, même s’il est parfois involontaire. Et si certains d’entre eux rêvent d’un ailleurs meilleur, le réalisateur n’en fait pas des victimes contraintes à une vie d’une dureté implacable. Ce sont des bergers qui aiment leur pays, se battent contre les éléments, les tempêtes, les épidémies qui ravagent sans réelle explication le bétail et placent les liens familiaux au-dessus de tout. Certaines scènes filmées en plans séquences assez époustouflants donnent une vision réaliste, quasi documentaire (notamment « l’accouchement » en temps réel d’une brebis) de cette vie, et l’on retient son souffle, happés par tant de beauté et de précision.
Le soir tout le monde se retrouve entassé sous la même yourte, et c’est l’amour, la tendresse, l’altruisme, la patience exemplaires de la jeune mère pour son mari, ses enfants et son frère qui illuminent le film tout entier, assurent la cohésion de cette famille cocasse (les enfants sont à mourir de rire parfois), attachante et infiniment touchante.
Quant aux tentatives d’Asa, le « héros » de l’histoire pour convaincre Tulpan de l’aimer, de l’épouser, elles ponctuent le film de saynètes tendres et burlesques. Le suspens que le réalisateur entretient dans l'attente de nous faire découvrir Tulpan est assez captivant. Mais on n’est pas déçus…
On comprend que ce film plein de vie et de joie ait reçu le prestigieux prix de la section « Un certain regard » à Cannes et qu’il fasse le bonheur des cinéphiles festivaliers (il a été projeté en clôture au dernier Festival d’Annonay… je ne sais plus si je vous ai parlé de ce festival !!!).
Faites lui un triomphe car il le mérite et je ne vois pas comment il pourrait décevoir ou même déplaire tant il est beau, ensorcelant, vraiment unique.

Lui, c'est le réalisateur ! Pourquoi mais pourquoi il était pas à Annonay ??? Je suis sûre que j'aurais aimé son intelligence !
19:32 Publié dans - LES FILMS ***** - Incontournables Aaaaah Oui Oui | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : tulpan, cinéma, sergey bvortsevoy
samedi, 28 février 2009
Gran Torino de Clint Eastwood ****






Walt Kowalski est ce qu’on peut appeler un vieux con. Sa première particularité est d’être raciste et de le faire savoir à chaque instant. Il est aussi bougon, intolérant, rempli d’idées préconçues sur tout et surtout sur les « autres ». Le jour où il enterre sa femme, de nouveaux voisins s’installent. Encore des asiatiques qui déjà envahissaient « son » quartier. Il ne lui reste rien que sa vieille chienne Daisy et sa sublime voiture, une Ford Gran Torino qu’il chérit depuis 30 ans en la laissant au garage.
Un jour, sur un malentendu, il devient le héros du quartier. Alors qu’il veut chasser de son carré de pelouse les jeunes d’un gang, il sauve par là même le fils de ses voisins, le jeune Thao. Il va d’abord résister et devenir peu à peu, sous la pression de Sue, la sœur de Thao, un ami de cette famille qu’il avait d’abord méprisée.
Ce film est un crève-cœur. Clint, plus masochiste que jamais le livre comme un adieu sublime et définitif. A chaque instant, on croit l’entendre dire « on ne sait jamais, c’est peut-être le dernier », même ou bien qu’il s’achève sur un générique extraordinairement apaisé, aux doux sons du piano de Kyle. C’est comme si, sachant que sa légende en marche est déjà écrite, il avait décidé de la conclure en beauté, par ce film testament sans spectacle et sans pathos.
Il s’offre LE rôle d’un homme de son âge où il semble faire la somme de tout ce qu’il a été au cinéma : le tueur, le séducteur, le solitaire, l’ami, le confident, le vengeur… Et le père… même si une fois de plus la rencontre avec ses fils de cinéma est complètement ratée le faisant ressasser encore et encore la culpabilité de n’avoir pas été un bon père pour ses propres enfants et qu’il offre toute sa tendresse, son attention à ses jeunes voisins chinois. Clint Eastwood dont on oublie souvent quel grand acteur il est, présent devant et derrière la caméra c’est évidemment la cerise sur ce film cadeau drôle et douloureux qui dit « je suis encore là » et « je ne suis (peut-être) plus là pour longtemps ». A presque 80 ans, la démarche parfois hésitante, le regard lointain mais le sourire toujours charmeur Clint s’amuse comme un fou avec ce rôle de xénophobe en multipliant les grimaces, les grognements excédés qui ponctuent chaque phrase. Aucune insulte et noms fleuris pour désigner l’étranger ne lui échappent : niacoué, face de citron, bougnoule (je ne les connais pas toutes). Il ne comprend plus grand-chose au monde qui l’entoure, à la jeunesse surtout, à la violence. Il continue de croire qu’on peut régler les problèmes à la Harry et quand il pointe ses doigts sur les membres des gangs ennemis, on le traite de ‘papy’ mais on recule d’un pas. C’est drôle et toute la filmo défile.
On ne doute pas souvent que le vieux va s’amender au contact de Thao et Sue mais il continue de douter, empêtré dans les souvenirs d’une guerre qui lui a laissé des décorations et des cauchemars, désolé de n’avoir pas compris ses enfants, hésitant entre croire en Dieu et ne pas y croire (Dieu ne réagit pas très vite quand on le sollicite…), se confesser ou pas à un « puceau séminariste suréduqué » qui pourrait être son petit-fils et qu’il doit appeler « mon père » (Christopher Carley vraiment très bien), boire bière sur bière, et simplement se faire faire son premier costume sur mesure... Toutes les questions sans réponse d’une vie hantent ce film. Mais le dernier quart d’heure insuffle un véritable suspens que moi (pas très maligne) je n’avais pas senti venir.
Et j’ai passé tout le générique affalée dans mon fauteuil, plus sonnée qu’une million dollar baby !
Frederique en parle vraiment bien.

12:29 Publié dans - LES FILMS ***** - Incontournables Aaaaah Oui Oui | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : gran torino, clint eastwood, cinéma
dimanche, 22 février 2009
The wrestler de Darren Aronofski ****


Il y a une vingtaine d’années Randy Robinson dit “le Bélier” était une star du catch. Aujourd’hui, sans un sou, il vit seul dans un mobil home crasseux, abandonné par sa femme et sa fille qui ne veut plus le voir mais avec qui il tentera de renouer une relation. Pour survivre il se produit dans des salles des fêtes minables, signe des autographes, vend des cassettes vidéo de ses combats et trouve des petits boulots mal payés.
Pour ceux qui comme moi n’y connaissent rien (mais vraiment rien de rien) au monde du catch, ils auront la surprise très inattendue de découvrir, et c’est l’aspect documentaire et manifestement documenté du film, que dans les coulisses ces gros bourrins aux muscles hypertrophiés, dopés aux anabolisants et autres substances chimiques qui se distribuent comme des chewing-gums dans les vestiaires, sont des amis mais aussi de gros nounours adorables qui vivent leur passion au-delà des limites, qui chorégraphient et élaborent leurs matches avant d’entrer en scène. Le but est d’en donner toujours plus à un public survolté qui n’en a jamais assez. Le paroxysme est atteint lorsqu’un adversaire propose un combat où les cordes sont remplacées par des barbelés et où l’on peut faire usage d’une agrafeuse !!!
Entre les coups feints, ceux qui portent vraiment, les chairs martyrisées, les doses phénoménales quotidiennes de médicaments… le corps et le cœur en prennent un sacré coup. Ici c’est Mickey Rourke I.M.M.E.N.S.E. qui abandonne son corps au cinéma et l’immole au pied de ce film qui lui doit tout ou presque. Evidemment, le talent, le savoir-faire de Darren Aronoski sont à l’œuvre également. Car il n’a pas son pareil pour nous embarquer dans une histoire et ici nous surprendre par son côté hautement réaliste. Il nous plonge littéralement dans ce monde sinistre, sordide malgré les paillettes de certains costumes sans jamais céder au misérabilisme car ces hommes aiment ce qu’ils font et ne savent d’ailleurs rien faire d’autre.
Le réalisateur n’élude pas l’aspect sentimental de la vie de son héros sans tomber dans un romantisme niais, bien au contraire. Randy essaiera maladroitement, naïvement mais avec une sincérité désarmante de se réconcilier avec sa fille. La scène à Coney Island est à ce titre sublime. Il poursuivra de ses assiduités toutes aussi pures une strip-teaseuse elle aussi fracassée par la vie (Marisa Tomeï dans son énième rôle de brave fille paumée au grand cœur ne m’a pas convaincue mais « énerve » beaucoup les garçons…). Mais c’est le ring, les cordes et les combats qui restent sa raison de vivre.
Revenons-en à Mickey Rourke ! Je m’étais promis de ne pas faire de parallèle entre le personnage qu’il interprète et ce que tout le monde connaît de sa vraie vie de bad boy, mais il est vrai que la frontière semble tellement mince entre les deux que je suis bien obligée de me résoudre à reconnaître que les deux semblent se confondre parfois. Cela n’empêche nullement Mickey Rourke, ex star sexy glamour des années 80 devenue has-been et indésirable par son acharnement à se détruire, de réussir ici le tour de force de nous émouvoir pendant 1 h 45 sans jamais nous appitoyer. Sa performance d’acteur digne, sensible, chaleureuse, humaine, douce, intelligente, d’une retenue exemplaire où on aurait pu craindre excès et cabotinage est ce qu’il m’a été donné de plus beau et admirable à voir au cinéma depuis longtemps. Sous la longue tignasse filasse jaunâtre dont il soigne particulièrement les racines, le visage presque méconnaissable où l’on retrouve néanmoins encore le doux regard d’ex séducteur sous les traits boursouflés et dans ce corps massif, puissant qui perd peu à peu de sa vigueur, le rare sourire, les larmes de Mickey Rourke sont bouleversants.
Darren Aronofski conclut son film et nous laisse comme son héros, en apesanteur.
Mais K.O.
10:32 Publié dans - LES FILMS ***** - Incontournables Aaaaah Oui Oui | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, the wrestler, mickey rourke, darren aronofski
samedi, 31 janvier 2009
L’étrange histoire de Benjamin Button de David Fincher ****





Le jour où se prépare l’ouragan Katrina, Daisy vieille femme mourante à l’hôpital demande à sa fille Caroline de lui lire un journal intime qu’elle a précieusement gardé toute sa vie. Il s’agit de l’incroyable histoire de Benjamin Button.
En 1918, une femme meurt en donnant naissance à Benjamin. Le père, terrassé par la mort de la femme qu'il aime et terrifié par l’apparence de vieillard du bébé l’abandonne sur les escaliers d’une maison. A une époque, dans un pays et un Etat, La Nouvelle Orléans, où le racisme triomphe, c’est par un incroyable acte de courage et de tolérance que commence la vie de Benjamin, recueilli par une jeune femme noire, aimante et maternelle.
Fincher place d’emblée son film dans la réalité voire le réalisme mais évidemment sous un angle follement romantique et romanesque. A aucun moment il n’est question de conte, de légende ou de surnaturel. L’état et la l’apparence de Benjamin vont surprendre tous ceux qu’il va rencontrer au cours de sa riche existence, mais la surprise passée, il sera toujours accepté tel qu’il est. Pourtant son corps et son âge ne seront en accord qu’au milieu de sa vie, vers 40 ans.
Elevé dans la maison de retraite où sa mère travaille, Benjamin va être très tôt confronté au fait de perdre un à un les gens qui l’entourent. C’est une des nombreuses interrogations sans réponse que pose ce film : comment se préparer à la mort des êtres qu’on aime ? Et aussi, comment accepter de les voir vieillir alors que lui ne cesse de rajeunir ? Benjamin vit sa vie à reculons et toutes ses expériences, tous ses apprentissages il les fera toujours en totale contradiction avec l’âge qu’il semble avoir. C’est ainsi qu’il rencontrera Daisy alors qu’elle a 5 ans et lui 8. Elle sera fascinée par ce vieillard aussi petit qu’elle et lorsqu’il s’embarquera sur un remorqueur pour découvrir le monde, elle lui dira « écris-moi, écris moi partout où tu iras ». Toujours en contact mais jamais ensemble, ils passeront ou perdront beaucoup de temps à se croiser, se perdre, se retrouver. Lorsque Daisy aura 25 ans, trop préoccupée par sa carrière de danseuse étoile, elle manquera une nouvelle fois « la » rencontre pour mieux la vivre, enfin, plus intensément, plus passionnément quelques années plus tard. Un peu esclave de son corps parfait et longiligne de sportive, Daisy brutalement marquée dans sa chair, finira par atteindre une forme de sagesse en acceptant que l’autre aussi peut la voir au-delà des apparences, s’attacher à ses rides comme il le fit pour sa jeunesse. Mais ce sera toujours un choc pour elle de découvrir Benjamin de plus en plus parfait alors qu’elle sait que le destin lui infligera de ne plus être qu’une vieille femme qui berce un bébé mourant. Inutile de vous dire à quel point le cœur palpite à suivre cette histoire hors du commun contée sans emphase mais avec une beauté et une émotion qui frôlent l’ivresse par instants.
Mais avant que Benjamin et Daisy ne s’aiment, il s’embarquera vieil homme de 17 ans à bord d’un remorqueur (dont le capitaine considère son propre corps comme une oeuvre d'art) qui lui fera traverser le monde et la guerre (une scène époustouflante contre un sous-marin !). Il connaîtra son premier amour avec Elizabeth, femme riche et oisive qui rêve de traverser la Manche à la nage. Cet amour là offre sans doute les passages parmi les plus séduisants et ensorcelants du film, grâce notamment à Tilda Swinton qui embellit de plan en plan.
David Fincher réussit un film foisonnant, passionnant, palpitant d’une ampleur et d’une beauté saisissantes à chaque plan. Il emporte le cœur et la raison, il parle d’amour, de mort, de chagrins insurmontables, de tolérance et de sentiments qui vont bien au-delà des apparences, mais surtout de la vie merveilleuse et douloureuse. Un film qui fait vibrer le cœur et battre les émotions, ou l’inverse et qui fait rire aussi à de nombreuses reprises et notamment avec un comique sept fois répétitif qui fait pourtant mouche à chaque fois…
Cate Blanchett est Daisy de l’adolescence à 80 ans, elle est lumineuse et habitée par le personnage. Mais que dire de l’Acteur qui offre à Benjamin Button son cœur, son corps et son âme à ce rôle écrasant, gigantesque ? Brad Pitt qui apparaît peu à peu à force que le film avance jusqu’à redevenir le tout jeune homme blond de « Thelma et Louise », occupe et absorbe le film tout entier. Sous le maquillage et les effets spéciaux comme on n’en a sans doute jamais vu de si parfaits, il est de tous les plans, absolument fabuleux.
Un film, un choc, un acteur, le bonheur.
10:49 Publié dans - LES FILMS ***** - Incontournables Aaaaah Oui Oui | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : l'étrange histoire de benjamin button, brad pitt, david fincher, cinéma
jeudi, 22 janvier 2009
Les noces rebelles de Sam Mendes ****




Au milieu des années 50, Frank et April ont un coup de foudre. Ils sont convaincus qu’ils sont différents des autres et que leur couple résistera au quotidien, qu’ils réaliseront leurs rêves les plus fous sans jamais perdre leurs idéaux. Hélas, comme parfois, comme souvent, après qu’April ait dû renoncer à sa carrière d’actrice, qu’ils se soient mariés, qu’ils aient acheté une maison de banlieue proprette et fait deux enfants, la routine s’installe inéluctablement. April se sent étouffer dans sa cage dorée et Frank végète dans un emploi qu’il déteste mais qui assure la subsistance de la famille.
Après une dispute un peu plus vive que les autres April propose à Frank de repartir à zéro en quittant les Etats-Unis pour s’installer à Paris où tout leur semble possible. Parviendront-ils à réaliser ce rêve de la dernière chance ?
La rencontre douce, tendre et évidente n’occupe que quelques instants du film qui devient rapidement une longue et terrible scène de ménage. Et ces instants où le couple se balance des vérités pas bonnes à dire, pas bonnes à entendre, où emporté par sa rage et ses frustrations chacun va atteindre et dépasser les limites de ce qu’il est « raisonnable » de dire et supportable pour l’autre d’entendre, ces moments où l’on va trop loin sans possibilité de faire marche arrière, où les mots les plus cinglants voire sanglants sont prononcés, sont d’une puissance et d’une profondeur rarement atteintes au cinéma. Mendes décortique le couple au scalpel. Chacun renvoie à l’autre la « faute » de s’être installé dans ce bonheur ronronnant où l’espoir et l’évasion n’ont plus leur place, où il n’est plus question que de devoir et de responsabilité.
La seule petite erreur de ce film intelligent me semble être d’avoir donné à un personnage « aliéné » la charge de révéler leurs faiblesses à Frank et April alors qu’ils paraissent suffisamment sensés pour le découvrir eux-mêmes. Ni l’un ni l’autre n’a vraiment tout à fait tort ni tout à fait raison. Les deux font ce qu’ils peuvent, comme ils le peuvent pour essayer de sauver ce qu’il y a de plus concret entre eux : l’amour. Mais alors que Frank parle beaucoup, April tente d’agir, chacun sachant qu’ils foncent droit dans le mur mais plus dans la même direction. Au fond, peut-être ont-ils compris qu’ils ont comme leurs amis, renoncé à leurs beaux idéaux de jeunesse. Quand ils se moquent de ces voisins insignifiants, peut-être comprennent-ils à quel point ils leur ressemblent, ne serait-ce que par le fait de vivre dans cette banlieue (très « Truman show ») véritable royaume du conformisme triomphant. C’est un film qui laisse des traces me semble t’il où chacun pourra trouver des résonances dans sa propre vie. La musique hypnotique et l’interprétation sans faille ne sont pas pour rien dans cette réussite totale.
Leonardo Di Caprio, toujours meilleur de film en film affiche ici une belle maturité et des moments d’enthousiasme et d’émotion insoupçonnés. Kate Winslet, sublime, blessée, à la fois dure, douce et intransigeante est magnifique. Notons également la prestation très surprenante et diaboliquement sulfureuse de Kathie Bates. La dernière scène laisse le spectateur saisi d’effroi dans son fauteuil…
10:23 Publié dans - LES FILMS ***** - Incontournables Aaaaah Oui Oui | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : les noces rebelles, cinéma






















































