18.11.2011

LE STRATEGE de Bennett Miller*

Le Stratège : photo Bennett Miller, Brad Pitt

Le Stratège : photo Bennett Miller, Brad Pitt

Comment Billy Beane, ex joueur raté et pas doué (bonjour le traumas !) devenu manager de l'équipe de baseball de Oakland va t'il réussir à emmener son équipe au sommet alors qu'elle vient de perdre son meilleur joueur vendu pour des millions de dollars à je ne sais plus quelle autre club ? Le suspens est total, entier et insoutenable ! La réponse est : en s'associant à Peter Brand, jeune statisticien diplomé de Yale qui évalue les performances des joueurs et va révolutionner la pratique de ce sport tazunien auquel je ne comprends que dalle (cela dit, je ne sais pas non plus ce qu'est un corner ou un penalty et je m'en fiche comme de ma première dent de lait) et qui me rappelle toujours le sketche d'Abbott et Costello : "Qui est en première base ?".

Oui, je suis capable d'aller voir un film juste pour mater du Brad Pitt pendant plus de deux heures. J'en ai eu mon compte. Et je n'ai absolument rien à dire sur ce film dont je serais également bien incapabable de dire à qui il est destiné. Il n'y a même pas un match et pour les amateurs de sport, ce doit être frustrant. Je ne sais pas, ça ne m'a pas manqué !

Mais il y a Brad, très beau, très souple, très musclé, qui y fait plus de grimaces que Al Pacino et Robert De Niro sur leurs vieux jours, ce qui n'est pas peu dire. Mais on le sent totalement investi dans la défense de la pratique de ce sport abscons et pas sexy pour deux sous. La preuve il porte une casquette et à un moment il refuse d'aller à Boston pour s'occuper de l'équipe locale. Pourtant, ce sont les Red Socks quand même. Excusez du peu !

Bradichou est en totale roue libre et cabotine comme un ptit foufou. Du coup même Phillip Seymour je t'aime d'amour Hoffman a l'air de se dire "je laisse la star faire son show" et semble éteint comme jamais. Par contre Jonah Hill, comme par miracle ne se contente pas de jouer le gros de service mais tire de façon assez touchante son épingle du jeu.

Mais surtout dans ce film, il y a UN grand moment de cinéma et il faut être un réalisateur (je n'arrive d'ailleurs pas à me dire qu'il s'agit du même qui soit responsable de "Truman Capote") plein d'audace pour le réaliser : une cascade sans filet et sans coach mais totalement ratée néanmoins, Robin Wright SOURIT. Oui mesdames et messieurs Robin Wright ex Penn, sourit !

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Si vous ne savez que choisir comme film ces jours ci je vous recommande le dernier Kasso "L'ordre et la morale"****. Je suis encore sous le choc le lendemain. Je tache de vous en parler le plus vite possible mais demain j'ai...

mais ça ne vous regarde pas !

18.05.2011

THE TREE OF LIFE de Terrence Malick**

The Tree of Life

Il y a du sublime et du grostesque, du merveilleux et de l'insupportable dans ce film d'un réalisateur chéri entre tous... mais le miracle de films passés tels que Badlands, La ligne rouge,  Le Nouveau Monde ou Les Moissons du Ciel ne se renouvelle pas ici. Loin s'en faut. Il ne reste au fond qu'un sentiment de grande frustration, de grande déception à la hauteur de ce que l'attente des films de ce réalisateur aussi mystérieux qu'envoûtant provoque. Et Vichnou sait combien de temps se passe entre chaque film de Terrence Malick qui n'en est qu'à son cinquième en 40 ans !!!

Ici, il y a un père dominateur et tyrannique, une mère tellement évanescente qu'elle se met à voler et trois enfants dociles et inquiets qui rêvent d'être comme les autres. Tout le monde s'aime mais le père souhaitant le meilleur pour ses enfants et sa famille se montre d'une autorité et parfois d'une violence totalement injustifiées. Il terrorise sa femme et ses fils, l'aîné surtout qui, à l'âge àdulte et au moment de devenir père à son tour se sent perdu, plein de doutes et en proie avec des démons qui lui rendent visite sous la forme de souvenirs... Un drame épouvatable viendra par ailleurs bouleverser le cours des événements et chacun en viendra à s'interroger sur sa place et...hélas surtout sur l'incertitude de l'existence de Dieu de la façon la plus bêta naïve qui soit : si Dieu existe, pourquoi est-il si méchant ???

Alors que se passe t'il ? Une certitude, Terrence Malick sait comme jamais et comme personne conquérir, enchanter et fasciner par sa façon incomparable, inouïe et sublime de filmer. De rendre chaque image unique et admirable. Mais dans quel but ? Pourquoi ? Que cherche à nous dire Terrence ? Trop de Requiem, de Lacrymosa enrobant un salmigondis religieux, un préchi précha mystico-dévot finissent pas lasser copieux. Un documentaire animalier d'au moins un quart d'heure sur les fonds marins enveloppé de musique sacrée a d'ailleurs eu raison des moins patients, vidant la salle d'une partie de ses spectateurs. La création du monde, des vues de la lune, de mars, de saturne et de ses si merveilleusement cinégéniques anneaux, quelques dinosaures dont un très facétieux donnent le sentiment d'approcher les visions psychédéliques d'un homme sous effets de plantes hallucinogènes ! C'est troublant, agaçant et parfois, oui, ridicule ! Alors, grande est la déception.

Et pourtant, c'est beau, d'une beauté à couper le souffle parfois, tant la nature est toujours sublimée et le moindre brin d'herbe offert à l'adoration. Malick entretient sa légende comme personne mais à quoi carbure t'il ? A qui est destiné son poème psychédélique qui s'achève en rêve de métempsycose ? Pourquoi Terrence Malick s'évertue t'il à délaisser son pauvre spectateur, adorateur inconditionnel sur le bord du chemin tout en convoquant des stars (et non des moindres !) pour l'épauler dans son délire ? Trop exigent ou trop marginal, il se montre ici vraiment difficile à suivre, nébuleux jusqu'à l'extravagance. Alors qu'on est affamé à l'idée de ce qu'il pourrait nous offrir comme merveille à propos de l'enfance, de l'émerveillement d'un père qui découvre à la naissance de ses enfants, leur fragilité, leur beauté, leur dépendance... pourquoi nous gave t'il de cette macédoine dévote et illuminée ?

Dans "The tree of life", il y a aussi les acteurs tout entier acquis à la cause. Brad Pitt ainsi que les enfants et notamment le "fils" qu'il tourmente le plus sont les seuls à apporter un peu de réalisme voire de réalité à l'histoire de cette famille texane. Jessica Castain est belle, insaisissable, fragile, aimante, Brad, de plus en plus solide à mesure qu'il vieillit. Et les rares scènes qui le réunissent à Sean Penn (son père dans le film...), les regards bouleversants qu'ils échangent, laissent imaginer quel film de folie ces deux là pourraient faire ensemble... Mais il y a aussi ici un jeune garçon qui bouffe littéralement l'écran, aimante la caméra et vampirise le film par sa présence, sa souffrance, son amour et sa révolte longtemps muette, il s'appelle Hunter McCracken et il est extraordinaire

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19.08.2009

Inglourious Basterds de Quentin Tarantino *****

 Christoph Waltz, Quentin Tarantino dans Inglourious Basterds (Photo) Christoph Waltz, Quentin Tarantino dans Inglourious Basterds (Photo) Mélanie Laurent, Quentin Tarantino dans Inglourious Basterds (Photo) Brad Pitt, Quentin Tarantino dans Inglourious Basterds (Photo)

« Il était une fois dans la France occupée par les nazis… »

ainsi commence cette fable racontée par Quentin Tarantino. Je suis sûre que plus personne ne l’ignore aujourd’hui car il faudrait avoir vécu ces six derniers mois les pieds en éventail à Nantucket pour ne pas savoir qu’il s’agit (en gros) de l’histoire d’un nazi « chasseur de juifs » poursuivi par un lieutenant américain « scalpeur de nazis » et d’une juive « vengeresse » miraculeusement rescapée d’un massacre orchestré par le premier.

Mais que dire pour vous donner envie, si d’autres ne vous l’ont pas déjà donnée mille fois mieux que moi, mais surtout sans rien trahir, sans rien révéler ? Car un film qui fourmille d’autant d’idées, de rebondissements et de surprises suppose qu’on n’en dévoile rien et mérite à la fois qu’on en parle à l’infini.

Ce film, un chef d’œuvre… Tarantino lui-même nous l’affirme effrontément comme le garnement irrésistible qu’il est, se découpe en cinq chapitres. Le premier chapitre est virtuose, le dernier une apothéose ! Entre les deux chapitres, deux heures de PUR cinéma, total, absolu, intransigeant, abracadabrant mais GENIAL

Ce n’est pas la première fois qu’un réalisateur tient en respect la barbarie mais personne n’ignore que Tarantino n’hésite pas à l’utiliser aussi. Qui d’autre que lui réussit à faire sourire ou rire avec une violence inouïe, tellement intolérable qu’elle en devient inconcevable alors que finalement on se doute que la guerre « off » n’a rien de propre.

Dans cette histoire, tout le monde est plus ou moins espion, plus ou moins agent double mais on ne doute jamais de qui sont les « gentils » et  qui sont les « méchants ». Rien ne peut être dit sur les « victimes » que Tarantino exécute sans épargner son public.

Ce film est un western. La première scène évoque ce genre sans ambiguïté. La musique, les grands espaces, la maison isolée ne font qu’accentuer la menace qui rôde, qui pèse et ne cessera d’ailleurs d’accabler tous les personnages, ensemble ou séparément.

C’est un western, un film de guerre, un film d’espionnage et il est d’une beauté prodigieuse aussi bien dans la campagne que dans la ville ou dans ce décor de carton pâte que semble être le cinéma où une grande partie de l’action va se dérouler.

Car Shosanna (Mélanie Laurent, sublime, renversante, bouleversante) la rescapée juive du début s’est reconstruit une vie et une identité en devenant gérante d’un cinéma à Paris.

Comme dans un film choral où tous les personnages se retrouvent à la fin par des pirouettes pas toujours subtiles, c’est avec maestria que Tarantino, lui, rassemble tout le monde dans ce cinéma pour y faire jouer l’épilogue. Le réalisateur nous propose une fin de rêve comme seul le cinéma d’un gamin utopiste peut l’oser, nous laissant malgré tout bizarrement abandonné, comme « sonné », étourdi d’avoir réussi à nous emporter là, en faisant littéralement flamber l’écran…

Dans ce film pour cinéphiles, plusieurs personnages sont cinéphiles, acteurs, projectionniste, gérant de salle… et leur passion s’intègre à l’histoire. C’est le film d’un cinéphile amoureux éperdu de cet art qu’il réinvente en utilisant le génie de ses aînés et en leur rendant un vibrant hommage. C’est touchant, émouvant,  mais aussi terriblement troublant et réjouissant.

Pas une seconde qui ne soit sublime, drôle, surprenante, étourdissante, inquiétante et bouleversante ou tout cela à la fois. C’est rare. C’est magnifique.

Et cette sublime aventure, que serait-elle sans son casting prestigieux et en tout point remarquable ?

A noter dans la scène d’ouverture la présence d’un acteur français absolument remarquable : Denis Ménochet, à suivre de très près. Mais tous les autres sont au niveau sans doute emportés par la direction d’acteurs irréprochable de Tarantino et des dialogues savoureux de bout en bout.

Diane Kruger, Eli Roth, Michael Fassbender, Daniel Bruhl... tous, absolument tous sont parfaits.

Mais il convient néanmoins de citer à part Christoph Waltz, le nazi le plus horripilant, le plus obséquieux et aussi le plus machiavélique et tordu que la planète cinéma ait porté, sous des dehors doux, mielleux et poli. Qu’il puisse commettre des erreurs et être « victime » de naïveté est tout simplement inconcevable. Son prix d’interprétation cannois est mille fois mérité. Mais où était cet acteur (hilarant quand il replace ses décorations...) pendant tout ce temps ?

Ne pas citer Brad Pitt serait tout aussi invraisemblable. Il faudra peut-être ne pas attendre qu’il ait 80 ans pour lui remettre un Oscar d’Honneur car cet acteur qui ne cesse de grandir est de plus en plus extraordinaire. Pratiquement défiguré par un faciès prognate et très péquenaud avec un accent invraisemblable, il est ici encore une fois immense (et d’une drôlerie sans nom quand il parle italien). Il en fait des tonnes, se ridiculise et mène cette bande de bâtards sans faiblir un instant.

Dernières précisions : la musique comme toujours chez Tarantino est sublime et il faut absolument voir ce film en VO car les allemands parlent allemand, les français, français etc… c’est rare !

Ah oui, au fait, ce film est un chef-d’œuvre et dès la dernière ligne du générique affichée, une seule envie m’a saisie : le revoir au plus vite.

31.01.2009

L’étrange histoire de Benjamin Button de David Fincher ****

L'Etrange histoire de Benjamin Button - Taraji P. HensonL'Etrange histoire de Benjamin Button - Taraji P. Henson et Brad PittL'Etrange histoire de Benjamin Button - Brad PittL'Etrange histoire de Benjamin Button - Brad PittL'Etrange histoire de Benjamin Button - Brad Pitt et Cate Blanchett

Le jour où se prépare l’ouragan Katrina, Daisy vieille femme mourante à l’hôpital demande à sa fille Caroline de lui lire un journal intime qu’elle a précieusement gardé toute sa vie. Il s’agit de l’incroyable histoire de Benjamin Button.

En 1918, une femme meurt en donnant naissance à Benjamin. Le père, terrassé par la mort de la femme qu'il aime et terrifié par l’apparence de vieillard du bébé l’abandonne sur les escaliers d’une maison. A une époque, dans un pays et un Etat, La Nouvelle Orléans, où le racisme triomphe, c’est par un incroyable acte de courage et de tolérance que commence la vie de Benjamin, recueilli par une jeune femme noire, aimante et maternelle.

Fincher place d’emblée son film dans la réalité voire le réalisme mais évidemment sous un angle follement romantique et romanesque. A aucun moment il n’est question de conte, de légende ou de surnaturel. L’état et la l’apparence de Benjamin vont surprendre tous ceux qu’il va rencontrer au cours de sa riche existence, mais la surprise passée, il sera toujours accepté tel qu’il est. Pourtant son corps et son âge ne seront en accord qu’au milieu de sa vie, vers 40 ans.

Elevé dans la maison de retraite où sa mère travaille, Benjamin va être très tôt confronté au fait de perdre un à un les gens qui l’entourent. C’est une des nombreuses interrogations sans réponse que pose ce film : comment se préparer à la mort des êtres qu’on aime ? Et aussi, comment accepter de les voir vieillir alors que lui ne cesse de rajeunir ? Benjamin vit sa vie à reculons et toutes ses expériences, tous ses apprentissages il les fera toujours en totale contradiction avec l’âge qu’il semble avoir. C’est ainsi qu’il rencontrera Daisy alors qu’elle a 5 ans et lui 8. Elle sera fascinée par ce vieillard aussi petit qu’elle et lorsqu’il s’embarquera sur un remorqueur pour découvrir le monde, elle lui dira « écris-moi, écris moi partout où tu iras ». Toujours en contact mais jamais ensemble, ils passeront ou perdront beaucoup de temps à se croiser, se perdre, se retrouver. Lorsque Daisy aura 25 ans, trop préoccupée par sa carrière de danseuse étoile, elle manquera une nouvelle fois « la » rencontre pour mieux la vivre, enfin, plus intensément, plus passionnément quelques années plus tard. Un peu esclave de son corps parfait et longiligne de sportive, Daisy brutalement marquée dans sa chair, finira par atteindre une forme de sagesse en acceptant que l’autre aussi peut la voir au-delà des apparences, s’attacher à ses rides comme il le fit pour sa jeunesse. Mais ce sera toujours un choc pour elle de découvrir Benjamin de plus en plus parfait alors qu’elle sait que le destin lui infligera de ne plus être qu’une vieille femme qui berce un bébé mourant. Inutile de vous dire à quel point le cœur palpite à suivre cette histoire hors du commun contée sans emphase mais avec une beauté et une émotion qui frôlent l’ivresse par instants.

Mais avant que Benjamin et Daisy ne s’aiment, il s’embarquera vieil homme de 17 ans à bord d’un remorqueur (dont le capitaine considère son propre corps comme une oeuvre d'art) qui lui fera traverser le monde et la guerre (une scène époustouflante contre un sous-marin !). Il connaîtra son premier amour avec Elizabeth, femme riche et oisive qui rêve de traverser la Manche à la nage. Cet amour là offre sans doute les passages parmi les plus séduisants et ensorcelants du film, grâce notamment à Tilda Swinton qui embellit de plan en plan.

David Fincher réussit un film foisonnant, passionnant, palpitant d’une ampleur et d’une beauté saisissantes à chaque plan. Il emporte le cœur et la raison, il parle d’amour, de mort, de chagrins insurmontables, de tolérance et de sentiments qui vont bien au-delà des apparences, mais surtout de la vie merveilleuse et douloureuse. Un film qui fait vibrer le cœur et battre les émotions, ou l’inverse et qui fait rire aussi à de nombreuses reprises et notamment avec un comique sept fois répétitif qui fait pourtant mouche à chaque fois…

Cate Blanchett est Daisy de l’adolescence à 80 ans, elle est lumineuse et habitée par le personnage. Mais que dire de l’Acteur qui offre à Benjamin Button son cœur, son corps et son âme à ce rôle écrasant, gigantesque ? Brad Pitt qui apparaît peu à peu à force que le film avance jusqu’à redevenir le tout jeune homme blond de « Thelma et Louise », occupe et absorbe le film tout entier. Sous le maquillage et les effets spéciaux comme on n’en a sans doute jamais vu de si parfaits, il est de tous les plans, absolument fabuleux.

Un film, un choc, un acteur, le bonheur.