14.02.2012
LA TAUPE de Thomas Alfredson ***



En pleine guerre froide, le MI6 foire totalement une mission en Hongrie, entendez que non seulement la mission est ratée mais que des dommages colatéraux pas piqués des hannetons (je vous laisse découvrir) collent aux bonbons des responsables. Du coup le patron des Services Secrets britanniques Monsieur Kontrol est remercié ainsi que son second George Smiley (qui rit rarement néanmoins). Il semblerait, d'après le gouvernement, qu'une "taupe" soit infiltrée chez les espions. Le gouvernement demande donc aux papys mis sur la touche de reprendre du service et de trouver à qui sierait le mieux la chapka.
Au bout des deux heures de projection l'identité de la bestiole sera révélée, mais finalement en cours de route, on lâche un peu le but de l'enquête pour ne s'intéresser qu'à la façon de s'y prendre pour la mener à bien. On entre dans un monde hermétique et fascinant où tous les membres semblent totalement déconnectés de la réalité du monde alentours alors qu'ils en tirent les ficelles. Ils le contemplent ce monde, du haut de leur bureau, au travers de fenêtres, derrière leurs jumelles. Tous les méandres de l'enquête s'enchevêtrent finalement dans d'autres missions qui s'additionnent ou refont surface. Et chacun de soupçonner l'autre, de révéler sa véritable nature, de lever le voile sur ce qui aurait dû rester enseveli et surtout de s'apercevoir qu'il est impossible de faire confiance à qui ce soit, et "surtout pas au petit personnel".
D'emblée la qualité visuelle et le soin apporté à la reconstitution d'époque s'imposent et donnent à ce film de 2012 un aspect classique. Pour sûr il ne pourra pas vieillir, il est déjà vintage et cela n'a rien de péjoratif. Les couleurs sombres, grises, sépia, le climat hivernal permettent à ces messieurs distingués et bien propres sur eux extérieurement de s'envelopper dans de jolis cabans et de porter des lunettes roues de vélo, soigneusement choisies, comme en ce temps là... Il ne manque pas un bureau en acajou et pas une coupe de cheveux seventy (le budget moumoute a dû exploser mais il est dommage que le coiffeur ait manifestement pris conseil auprès de Nicolas Cage !). On trouve même une secrétaire qui travaille sur un ancêtre de nos ordinateurs : le Wang 1200 ! La reconstitution est donc nickel chrome et un régal pour les amateurs ou les nostalgiques.
Le sérieux appliqué, la minutie et l'exigence de la bande de velus de garçons ici présents, crème d'acteurs à s'en bousiller la rétine (Tom : je t'aime d'amour ! Colin, Gary aussi, Mark un peu moins, mais quand même) ne font qu'ajouter au plaisir intense de ces deux heures dans lesquelles on s'installe avec une forte envie de les prolonger bien au-delà, malgré l'atmosphère froide et délétère et les manipulations en tout genre. Les rares sourires proviennent du fait que ces garçons appellent leur employeur "le cirque", les membres font partie de la "nurserie" et lors d'une soirée de service ils chantent l'hymne soviétique. Il serait peut-être judicieux de repérer celui qui le chante avec le plus de zèle !
Mais le plus fort de ce qu'on espère être une trilogie (comme la saga de John Le Carré dont ce premier volet est tiré) où les mêmes, enfin les survivants, ressigneraient, c'est que ce petit sentimental d'Alfredson fait de son film une meeeeeeeeeeeeerveilleuse histoire d'amour ! Oui messieurs dames, vous ne rêvez pas. Il faut voir les oeillades entre Colin Firth et Mark Strong, le gros chagrin de Benedict Cumberbacht (le bras droit de Smiley/Gary Oldman) obligé de se séparer de sa moitié, les larmes de Tom Hardy (je t'aime Tom) qui cherche sa blondinette et surtout, surtout, le désarroi de Gary Oldman lorsqu'il découvre des choses pas choupinettes sur madame Smiley. Son léger vacillement est digne de celui de Cary Grant dans "An affair to remember" (à 4'10") de Leo Mc Carey et son sourire de béatitude lorsqu'il regarde sa femme digne de lui-même lorsqu'il s'adresse à Wynona Ryder "see me now" (à 1'18") dans le Dracula de Coppola... c'est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup.
En outre et indéniablement Colin Firth porte le loden comme personne. Et s'il y a un concurrent à notre Jack Of The Garden aux Oscar cette année, c'est Gary Oldman et nul autre car il est ici extraordinaire !
Je joins l'organigramme, ça peut aider.

17:45 Publié dans 3 *** NECESSAIRE | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : la taupe de thomas alfredson, gary oldman, colin firth, tom hardy, mark strong, john hurt, toby jones, ciaran hinds, benedict cumberbatch, cinéma
22.01.2010
Le livre d’Eli de Albert et Allen Hugues °°


2012 est passé, depuis… mettons 30 ans allez ! Il n’y a plus rien, plus plus rien, des cendres, de la poussière, des carcasses de maisons, de voitures, de trains, d’avions, de ponts et des routes. Et sur une route : un homme, un homme qui marche !
Et là, vous vous dites, « et oh ça te reprend, t’as la mémoire qui flanche ? Tu nous l’as déjà racontée cette histoire » (ici même par exemple ou encore là).
Sauf que non, j’ai même toute ma tête, mais je suis d’accord, une route, l’apocalypse et son post, ça sent le réchauffé. Et ça l’est bien bien, réchauffé je veux dire, mais trop et trop mal.
Ça commence pourtant pas trop mal car je n’irai pas jusqu’à dire que ça commence plutôt bien, parce que c’est joli tout plein, un peu noir et blanc, un peu sépia. On sent que les deux jumeaux (mouarf de Lol, si tu veux faire plus fort que les Dardenne ou les Coen… faut être jumeaux, sinon déjà que tu fais un film qui sent le moisi… bref !) ils ont bossé fort sur leurs petites machines numériques.
L’homme sur la route c’est un bel homme. C’est toujours ça de gagné. C’est Denzel mais il s’appelle Eli sauf qu’on ne le sait pas encore. Et puis bon on sait qu’à un moment ou à un autre, c’est dans son contrat, Denzel il se désape, alors on patiente et on boit frais. Ça rate pas, il enlève presque tout et ça va, tout est bien ! Il se remet les roubignolles en place mais je n’ai pas compris pourquoi il fait ça. Si quelqu’un peut m’éclairer.
L’homme, Denzel/Eli est seul sur la route, même pas un moutard à protéger ou pour lui tenir compagnie. Le soir il lit son livre, genre… il marmonne, il bouffe un chat, il partage son casse-dalle avec un rat (LOL) et quand le soleil se lève, il met ses lunettes parce que c’est une autre race de post-apocalypse, sans humidité et il a même l’air de faire un peu chaud rapport que le soleil il a pété la couche d’ozone et maintenant il carbure à toute berzingue. D’où les lunettes. Sinon, tu crames.
Donc, le gars Eli il marche sur la nationale 66 et parfois il rencontre des hordes à pieds et à lunettes. C’est méchant les hordes, ça viole les femmes, ça tue les mecs et ça les bouffe. La routine post apocalypse. Comment tu sais que c’est des hordes ??? Ben ils tremblent et ils ont les dents pourries. Les autres comme Eli, mais pour l’instant on n’a vu que lui, ne tremblent pas et ont des chicots ultra brite.
Eli c’est un gars cool qui prévient quand il rencontre une horde (la horde cherche TOUJOURS les ennuis) :
« - j’veux pas d’ennuis qu’il dit. (sauf que juste avant il leur a dit qu’ils puaient le chacal les gars de la horde et moi je trouve que c’est moyen urbain comme entrée en matière…).
-Oh l’autre, i veut pas d’ennui qu’y dit. Tu vas nous filer ton sac et plus vite que ça nanmého ! mouarf mouarf mouarf… pas d'ennui, j't'en foutrai !
- euheuh nan, les mecs, j’y f’rai pas, j’t’y donne pas mon sac ! tiens prends ça (qui dit Eli en lui foutant une mandale),
- non mais l’autre comment qu’il m’a donné une mandale nanmého !!!
- si tu poses encore la main sur moi, tu repars sans ».
Sans ta main qu’il veut dire.
Et l’autre de la horde, il retouche Eli et là, Eli il sort son canif et en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « tarte aux myrtilles » il décapite tous les mecs. Ça fait des schlacks et des schlocks et le sang gicle, et les têtes volent et la musique fait zim boum ! Et le voilà qui repart sur la route.
Plus loin, il croise une autre horde à moto cette fois, qui viole une femme tue un mec et le bouffe mais là, il n’intervient pas, il dit plusieurs fois : « n’interviens pas, ça ne te concerne pas, chacun sa route, chacun son chemin, passe le message à ton voisin ». Et il tient sa parole qu’il s’est faite à lui-même.
Il arrive au ralenti dans une ville qui ressemblerait à une ville de western si on était dans un western mais là elle ressemble à une ville de post-apocalyptique. Il marche au milieu de la rue, tout le monde le regarde. On voit bien qu’il est pas le bienvenu mais lui il s’en cogne, fier comme un bar tabac il va au saloon. Ah non, d’abord il va chez Tom Waits recharger son MP3 et Tom lui prend un torchon et des gants pourris en échange. Heureux qu’il est. Tom, pas Eli. Eli got a micheune don't forguette.
Au saloon, il tombe sur Gary Oldman qu’est devenu laid comme un pou entre temps et qui lit le manuel du parfait petit dictateur mais il veut le livre. Je veux dire LE Livre d’Eli. En fait c’est le livre qui sait tout sur tout et que Gary comme ça il aura les mots qu’il faut pour rendre les demeurés qui sont avec lui dans sa ville merdique encore plus débiles. Il sera le chef avec les vrais mots, les mots de la Bible. Parce qu’en fait le Livre d’Eli c’est rien moins que La Bible, The Holly Bible du roi Jacques (King James) la traduction de la Bible en anglais réalisée sous le règne de Jacques Ier d’Angleterre tu comprends. Plus tard, on verra Malcolm McDowell (bien bien laid aussi avec des cheveux jusque là et un pif comme un groin de cochon) qui réécrit des livres dans la prison d’Alcatraz qui est devenue le seul endroit où il fait bon vivre sur la terre. Y’a même de la verdure et des petits oiseaux qui chantent. On croit rêver.
Bon alors, je ne te fais pas un dessin, entre celui qui veut la Bible et l’autre qui veut pas la donner, ça craint du boudin et ça chie des bulles carrées.
Y’a aussi l’intervention d’une minette très lookée bourgeois bohême avec la bouille d’Angelina Jolie (mais avec un gros nez et des gros yeux globuleux) qui va se coller aux basques de Denzel alors qu’il ne veut pas. Lui, il veut juste aller à Alcatraz, à l'Ouest. Mais tu sais comment sont les filles. Et là, les ennuis ont pas fini de commencer avec toutes ces hordes qui pensent qu’à violer les filles. Heureusement Denzel a son canif.
Tu l’as compris ce bousin biblique nous explique que quand il n’y a plus rien il reste la foi et patati et patata et si tu crois pas celle-là, on t’en racontera une autre.
Si j’avais un cœur je dirais que ça fait mal de voir des Denzel, des Malcolm et des Gary se déprécier dans ce genre de macédoine mystique mais je crois que finalement je ne peux même pas les plaindre car j’imagine qu’ils sont persuadés d’avoir délivré un message.
Au secours !
Tu peux me remercier j'ai même pas spoilé... pourtant y'avait matière à. MDR.
08:00 Publié dans 7 °° En route vers le néant absolu | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : le livre d’eli de albert et allen hugues, denzel washington, malcom mcdowell, gary oldman, cinéma
