28.04.2011
ET SOUDAIN TOUT LE MONDE ME MANQUE de Jennifer Devoldère **



Justine est une grande fille pas bien finie dans sa tête. La seule "chose" qui fonctionne à peu près, c'est son boulot... et encore, on sent que manifestement être radiologue ne l'intéresse guère, sauf à composer d'étranges et bien moches oeuvres d'art en réalisant des radios de tout ce qui lui tombe sous la main. En outre, elle change de fiancé tous les quatre matins mais chacun d'entre eux lui reste étrangement attaché comme pour la protéger, de loin. Elle n'a pas de logement et squatte chez sa soeur Dom et son beau-frère qui, en manque d'enfant, cherchent à adopter. Mais le gros souci de Justine, c'est son père. Envahissant, incapable de cacher la moindre de ses pensées quitte à blesser son entourage, il se montre particulièrement cassant avec Justine qui considère sa maladresse comme un manque d'amour. Lorsqu'elle découvre qu'il va de nouveau être père à 60 ans et qu'il est resté en relation avec tous ses anciens petits amis alors qu'elle est en train d'entamer une nouvelle relation avec Sami qu'il risque de gâcher, Justine est effondrée...
Bonne surprise que ce "petit" film qui passe constamment de la comédie pure (on rit beaucoup) à l'émotion (on ne va pas jusqu'à pleurer mais ça aurait pu...) et qui interroge finalement sur les sempiternelles questions de sa place à trouver au sein de la famille, dans le monde et de la distance à prendre avec les siens, les proches, les amis, la famille, les parents et j'en passe et de plus infernale..! Vaste programme évidemment mais la réalisatrice n'a pas la prétention d'apporter de réponse universelle au fait que "l'enfer c'est les autres" (ma devise !). Elle prend l'exemple des dégâts que peuvent causer le manque de communication, l'incompréhension, les interprétations et tous ces isolements qui pourrissent la vie, provoquent des ravages irréversibles, jusqu'à ce qu'on se dise "trop tard" !
Michel Blanc est tout à fait crédible, insupportable et charmant dans ce rôle de soixantenaire juif infantile égoïste qui ne sait comment dire à sa fille à quel point il l'aime. Mélanie Laurent est parfaitement à l'aise dans celui de la grande fille perdue et fantasque. Géraldine Nakache est tordante en râleuse renfrognée. Et la meilleure nouvelle est que Jennifer Devoldère a bien compris que le désormais indispensable Guillaume Gouix est beaucoup plus à l'aise lorsqu'il tourne sans vêtements (si ça peut en intéresser certaine...).
Et puis, pour une fois que tous les malheurs des enfants ne sont pas la faute de la mère, on ne va pas se plaindre !
16.03.2011
JIMMY RIVIERE de Teddy Lussi-Modeste ****



Jimmy est Gitan. Il vit dans son camion vaguement aménagé d'un lit, non loin des caravanes de sa mère et de sa "soeur d'amour" mariée sans amour. Par contre Jimmy aime d'amour sa Sonia musulmane qui le lui rend ardemment. Il est passionné de boxe Thaï. Sa conversion au pentecôtisme, une branche bien sectaire du protestantisme le contraint à renier ses deux passions, la boxe et Sonia. Car les pentecôtistes croient que le baptême par immersion totale et le désir ardent de marcher auprès de Jésus-Le-Sauveur-qui-pardonne rachètent les péchés passés. Pour devenir un homme meilleur, il faut renoncer à la violence, au désir, et gueuler comme un veau "amen, mon frère" en secouant la tête. Jimmy s'applique. Jimmy y croit mais il a un mal de chien à mettre en accord sa volonté et ses actes. Son entraîneuse (Béatrice Dalle, pas à l'aise dans le rôle mais intense comme toujours) ne cesse de lui rappeler qu'il aurait de beaux combats à mener. Son amoureuse le houspille, le relance, se jette à ses pieds, à son cou, ne comprend pas en quoi la foi doit le faire rompre avec tout ce qu'il a aimé. Elle n'a de toute façon pas l'intention de se laisser abandonner pour Jésus. Et le pasteur, personnage essentiel de la communauté le manipule, cherche à le culpabiliser. Même si Jimmy croit sincèrement que son salut passe par le renoncement, cela relève davantage du sacrifie pour lui, il n'est pas prêt. Alors Jimmy doute, Jimmy hésite, Jimmy boit, Jimmy a les nerfs ! Comment ne pas trahir les siens, sa foi, son intense et impatient désir d'être un homme meilleur ?
Après une étonnante et magnifique scène d'ouverture très "Gus Van-Santienne" où l'on découvre Jimmy de dos au ralenti sur une sublime musique planante qui chavire, on ne va plus le lâcher d'une semelle et ce sera bon. Teddy Lussi-Modeste, dont c'est le premier film (quelle maîtrise !!!) ne va pas tant nous parler de la communauté gitane que du parcours singulier d'un garçon qui pense qu'il suffit d'une cérémonie de purification pour se sentir un homme meilleur. Pourtant en une seule et édifiante courte scène qui sent le vécu il aborde les difficultés des "voyageurs" à s'intégrer et à toujours être considérés comme ceux qu'il faut craindre.
La voie du salut n'est pas si aisée à emprunter et Jésus, son Père et tous les Saints Esprits ont parfois du mal à admettre en leur sein l'indécis. La Sainte Trinité ne se laisse pas approcher sans soufffrance et Jimmy parfois rongé, parfois illuminé se perdra un peu puis décidera, même si l'idéal d'un monde rêvé serait de pouvoir concilier foi et amour(s).
Le film est dédié à "tous les voyageurs" mais ils sont ici étrangement sédentaires et c'est évidemment au voyage intérieur de Jimmy auquel on assiste. Cela donne naissance à un film en tous points atypique, à la fois mystique et totalement ancré les pieds sur terre. On plane souvent, porté par la démarche chaloupée de Jimmy, le petit dur à cuire persuadé être touché par la grâce. Sa sincérité et sa volonté n'ont d'égales que ces incertitudes. Il faut dire qu'il est malmené Jimmy. Son amoureuse Hafsia Herzi, combattive, hargneuse, naturellement sauvage ou sauvagement naturelle, n'entend pas céder sa place. Cette fille a l'air de se foutre éperdument qu'il y ait une caméra, elle fonce, s'offre, exige. Toujours au bord de l'explosion, elle semble constamment réagir à chaud dans l'improvisation, elle invente des mots comme lorsque Jimmy lui explique qu'il ne pourra l'épouser car sa nouvelle religion impose que sa future soit vierge : "t'as la mémoire courte, c'est toi qui m'a déviergée !" rugit-elle. Il est vrai que les pauvres arguments de Jimmy font long feu devant cette fille amoureuse et pleine de bon sens qui ne comprend pas que du jour au lendemain elle soit repoussée. Et puis il y a le pasteur, imposant, charismatique, chaleureux, impressionnant voire inquiétant. Il faut dire que c'est le magnifique Serge Riaboukine qui lui prête sa carrure, sa carcasse, son regard qui poignarde et sa voix superbe, tantôt voluptueuse et la seconde suivante tonitruante.
Et Jimmy enfin ! Jimmy c'est Guillaume Gouix dont certaine prétend (et on ne peut lui donner tort) qu'il faut répéter son nom à l'envi comme un mantra. Il faut dire que cet acteur, abonné jusque là aux seconds rôles, offre ici une performance animale d'une grande subtilité. Il parvenait déjà dans le récent et formidable "Poupoupidou" et dans un second rôle de flic homosexuel (à des années lumière de ce rôle donc, preuve de son immense talent) à piquer imperceptiblement la vedette à tous ceux qu'il approchait. Il est heureux qu'enfin il ait un premier rôle qu'il endosse ici avec une présence somptueuse, brute et charnelle. Il est urgent qu'à présent tous les réalisateurs se l'arrachent et nous l'offrent en pâture, nous en ferons bon usage et il ne demande que ça. Depuis Tahar Rahim, il n'y avait pas eu de plus belle découverte...
Ecoutez, regardez...
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23:30 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : jimmy riviere de teddy lussi-modeste, guillaume gouix, hafsia herzy, serge riaboukine, cinéma, béatrice dallen, pamela flores
14.01.2011
POUPOUPIDOU de Gérald Hustache Mathieu ***(*)




Le jour où David Rousseau se rend à Mouthe (ville du Jura réputée pour être la plus froide et sans doute la plus enneigée de France) il croise la route d'une ambulance qui transporte le cadavre de Candice, jeune beauté et célébrité locale. Il est auteur de polars à succès, elle était l'effigie d'un fromage franc-comtois "Belle de Jura". En panne devant son clavier, harcelé par son éditrice, il chosit de se servir de ce fait d'hiver (ooops... pas fait exprès... divers !!) pour tenter de retrouver l'inspiration. D'emblée, il décide de ne pas croire à la thèse du suicide et aidé de Bruno jeune gendarme qui connaissait Candice, d'enquêter sur la vie et le passé de la belle, du temps où elle s'appelait encore Martine. C'est d'ailleurs la morte qui nous raconte son histoire en voix off. Selon elle, les histoires commencent toujours par la fin. Dès le générique Martine/Candice se désole donc de constater post mortem qu'il lui faut attendre d'être morte pour qu'un mec bien s'intéresse à elle. En effet, bien qu'ils ne se rencontreront jamais, et pour cause, Candice et David vont s'aimer, ou peut-être s'aiment-ils déjà ! C'est évident ce film n'est pas à un paradoxe ou une singularité près et c'est vraiment, vraiment tant mieux.
Au départ on peut imaginer s'être trompé de salle tellement les étendues neigeuses et la musique blues font penser à un film américain et plus encore à "Fargo" peut-être. Je suppose que Gérald Hustache-Mathieu ne renie aucune des références qui parcourent son film tellement elles paraissent à la fois évidentes et absolument bien intégrées au récit. Le visage livide, tuméfié et gelé de Candice découverte sous la neige et hop, on est chez David Lynch. Lynchienne encore est cette oreille (bien que toujours solidement accrochée à la tête) filmée en très gros plan pour nous indiquer que le détective amateur est atteint d'hyper-audition. Et puis il suffit qu'un adolescent un peu bas de plafond ouvre la porte vêtu d'un t-shirt jaune orné d'un taureau
et nous voilà chez Gus Van Sant. Heureusement le garçon ne joue pas de piano... Evidemment ces réminiscences sont loin d'être l'atout du film même s'il est toujours séduisant de découvrir un réalisateur cinéphile et plus encore de rallumer la flamme de sa propre cinéphilie. Mais ce film est bien français et très personnel et il est enthousiasmant de bout en bout. Malgré les invraisemblances pas bien gênantes telles la facilité à pénétrer dans la morgue et dans l'appartement de la morte, le réalisateur nous trimballe avec maestria de révélations en divulgations et fait peu à peu s'éclaircir le mystère et s'encastrer toutes les pièces d'un puzzle où rien n'est prévisible.
Les parallèles entre la vie de Marilyn Monroe et celle de Candice Lecoeur qui paraissent aberrants au départ sont habilement et intelligemment mis à jour. Il s'agit d'un thriller un vrai, avec suspens et surprises à la clé. C'est également une tragédie non dénuée de sentiments et d'humour. Gérald Hustache Mathieu dont j'avais déjà adoré le premier film (que je vous recommande+++) semble être un auteur différent, décalé et je l'espère prolifique. En tout cas, j'attends impatiemment son prochain film.
Les acteurs se sont mis au service de cette histoire différente à l'atmosphère si particulière, ne serait-ce que par le climat glacial qui y règne. Jean-Paul Rouve un peu désorienté, nonchalant et finalement plutôt romantique trouve enfin un rôle qu'il endosse avec légéreté. Sophie Quinton, véritable muse du réalisateur est une merveille. Tout lui va, même un sac à patates, et ce n'est pas une image ! Elle partage avec Marilyn cette espèce de douceur et de gravité enfantines, cette douleur d'éternelle insatisfaction qui se traduit par le sourire le plus triste du monde. Et la révélation vient également de Guillaume Gouix qui en gendarme honnête et rigoureux devrait ravir aussi bien les filles que les garçons sensibles.
Ce week end, c'est "Poupoupidou" qu'il vous faut voir !
14:49 Publié dans 3 *** NECESSAIRE | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : poupoupidou de gérald hustache mathieu, sophie canton, jean paul rouve, olivier rabourdin, cinéma, guillaume gouix
