23.10.2010
BIUTIFUL de Alejandro González Inárritu ***



Uxbal vit de combines pas bien reluisantes mais il a un objectif respectable et une échéance inéluctable à honorer : mettre ses deux enfants chéris à l'abri du besoin car le cancer qui le ronge et qui n'a pas été "détectéto" ne lui laisse plus que quelques semaines à vivre...
C'est dans une Barcelone méconnaissable ou plutôt méconnue qu'Inárritu a installé le calvaire en phase terminale d'Uxbal. Les amoureux de l'architecture "gaudienne", des ramblas, des tapas et de la ville qui s'éveille chaque soir vers 19 heures en seront pour leurs frais, car même si l'on aperçoit au loin et à plusieurs reprises la Sagrada désespérément et éternellement en travaux, c'est dans les quartiers pauvres voire misérables que l'on n'imagine même pas, que se situe l'action du film.
Evidemment le réalisateur semble se réjouir et déclarer partout qu’après le bouillonnant « Babel » qui multipliait les personnages, les histoires et parcourait le monde, il a voulu se concentrer sur le destin d’un seul homme voire d’un homme seul. En ce qui me concerne, j’ai quand même vu au moins trois films en un. D’abord l’histoire familiale d’Uxbal complètement seul face à sa fin prochaine et qui doit à la fois mettre ses enfants à l’abri du manque d’argent mais aussi de leur mère, jeune femme immature, maniaco-dépressive dangereuse pour elle et pour ses enfants et qui tente de s’en sortir en répétant les séjours en hôpital. Mais aussi et comme souvent chez Inárritu le monde autour du héros ne va pas bien du tout. Et ici, les travailleurs clandestins africains ou asiatiques sont honteusement exploités par leurs semblables alors que la police corrompue jusqu’à l’os ferme les yeux. L’abjection scandaleuse et la bassesse de cet esclavage se trouvent en « périphérie » des déboires d’Uxbal qui y participe néanmoins d’une main tout en tendant l’autre à quelques uns qu’il tente de secourir. Mais une de ses actions bénéfiques se transformera en un drame épouvantable, rapporté avec beaucoup d’insistance. Par ailleurs, Uxbal exploite le malheur et la détresse de parents qui ont perdu leur enfant en monnayant les prétendues dernières paroles des morts…
Ce film inconfortable est fort, triste et étouffant et j’en suis sortie un peu asphyxiée avec un fort besoin de respirer de l’air (pur ou pas). Mais il est beau. C’est étrange de le dire car la noirceur des images et des événements ne donnent que peu d’espoir en la nature de l’humaine condition et de son avenir. Il y a même des scènes qui m’ont déplu comme la scène d’ouverture et de clôture du film que je trouve particulièrement laide bien qu’elles soient illuminées par le trop rare sourire de Javier Bardem. Ainsi que les scènes plus ou moins ésotériques avec cette femme qui voit au-delà de la conscience.
Mais il y a Javier Bardem et c’est rien de dire que son prix d’interprétation cannois n’est pas usurpé. Il est l’âme, la force, la douceur, la fragilité, l’instinct paternel de ce film, il est l’amour et la douleur. Crucifié entre l’urgence de protéger les siens et la culpabilité de ses actes condamnables. L’acteur qui n’hésite pas non plus à mettre en péril sa triomphante virilité est étourdissant et prodigieux et il sauve ce film dense et parfois outrancier de sa complexité.
P.S. : Si vous avez lu Télérama... Quelqu'un peut-il m'expliquer la fixette de Guillemette Odicino sur les radiateurs : "Une image douteuse, inacceptable, nous prend en otage : quand ce salaud ordinaire sur le chemin de la repentance fournit des radiateurs à des ouvriers clandestins, la caméra s'arrête sur l'asiatique malhabile qui les met en marche. Pourquoi ce plan insistant ?" Cette fille est folle ou c’est moi ? J'ai rien compris.
12:33 Publié dans 3 *** NECESSAIRE | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : biutiful de alejandro gonzález inárritu, javier bardem, cinéma
25.09.2010
MANGE, PRIE, AIME de Ryan Murphy °°


Une new-yorkaise neurasthénique divorce. On comprend un peu, le mari c'est Billy Crudup aussi insipide que quand il était bleu. De mélancolique elle devient dépressive mais pas tant que ça puisque, pleine aux as, elle peut prendre une année sabbatique (de toute façon, elle ne semblait pas accablée de boulot) et décide de partir à la conquête du monde "chercher son mot"* en pasant par l'Italie (Rome, Naples) où elle mangera, l'Inde où elle priera et Bali où elle aimera (d'où le titre, MDR non ?).
Fuyez pauvres fous, ne commettez pas ma boulette, refusez de voir le navet des navets de l'année. Sans Gérard Butler, ça paraît inconcevable et pourtant croyez moi sur parole. Film plus con, depuis les spartiaaaaaaaaaaaates, j'avais pas vu... et puis, eux au moins, avaient l'avantage de me faire rire dès qu'ils postillonnaient. Faire un film à la gloire et à la beauté d'une actrice, why not... encore faut-il tenter de la diriger un chouya et ne pas la laisser prendre les commandes. Julia, insupportable comme je ne me souviens pas qu'elle l'ait été est une péronnelle exaspérante qui plisse ses grands yeux orange de chat, balade son sourire mielleux ou angélique à 48 dents et ses torrents de larmes à travers la planète sans oublier de déverser sa bonté, sa générosité, sa gentillesse, sa douceur, sa mansuétude, n'en jetez plus la cour est pleine, sur tout ce qui remue à proximité de sa seigneurie. A peine débarque t'elle dans un pays dont elle ne connaît pas la langue, seule comme une chienne, elle se fait des amis à la vie à la mort qui lui confient leur vie, leur âme et leurs économies.
La vie est tellement simple quand on a sourire plein de dents !
A Rome nous aurons l'honneur de contempler son Altesse déguster des spaghetti bolognèses sur la Piazza Navona en souriant plus bêtement que ça tu meurs. A Naples, une pizza fera le bonheur de son Excellence. Grassouillettes du monde entier, soyons rassurées, Mama Julia est là et nous donne une leçon de "accepte toi avec ton gras sur le bide, moi-même qui te parle j'ai acheté un jean une taille au-dessus et j'ai trouvé le bonheur". Hi hi hi hi hi fait la bécasse.
Répandre la bonne parole en Italie ne l'empêchera pas de poursuivre son périple jusqu'en Inde dans un Ashram (my ass) qui ressemble plus à un palace 5 étoiles qu'a un ermitage. Passons. Là, elle se liera à la vie à la mort à un gus Hare Krishna (Richard Jenkins, mauvais comme un cochon, faut le faire !), le genre cynique qui se croit drôle et sait tout sur tout, qui la surnommera "Casse-croute" hihihihi fait l'andouille, mais qui cache un accablant secret larmoyant et tarabiscoté bien comme il faut. Elle fera copine aussi avec une petite minette de 17 ans qu'on marie de force à un type moche qu'elle n'aime pas. Mais Julia posera son regard humide sur elle le jour des noces et ainsi l'union sera bénie. Halleluyah. Elle priera beaucoup beaucoup et finira par comprendre que Dieu est partout dans ton toi qui est toi, ou un truc comme ça. Elle peut donc aller, sourire et larmes en bandoulière, à Bali séjourner dans une prestigieuse et luxueuse villa à 3 000 €uros la nuit, mais comme c'est hors saison on lui fera un prix. De temps en temps elle va voir un vieil édenté assis en tailleur qui parle comme Yoda et qui révèlera la clé du secret de la béatitude à Julia : "ris avec ton foie !". Que je sois changée en Gérard Butler si je vous mens !!!
Et là,
sonnez hautbois, résonnez musettes, jouez violons, sonnez crécelles,

miracle en Alabama, bonheur et plénitude, jouissance, délice, douceur et félicité. Hosannah au plus haut des cieux... Pour nous remercier d'avoir résisté deux heures (la totalité dure 2 h 1/2... un supplice, même Jésus sur la croix n'a pas eu à regarder ce film !), le réalisateur nous envoie un sauveur, un bienfaiteur, un rédempteur, LE MESSIE, et il s'appelle Felipe... ou plus exactement Javier Bardem (scuze Péné, tu peux nous le prêter cinq minutes, on te l'abîmera pas).


Et bien croyez moi pas si vous voulez mais dans cette soupe visqueuse, dégoulinante de sirop gluant, de guimauve collante, de clichés stupides, où tous les acteurs sont plus mauvais, exécrables et agaçants les uns que les autres tellement ils font ou disent de choses idiotes, LUI, le beau, le grand, l'incroyable Javier ne sombre pas dans le mélo romantico bébête pour midinettes. Il réussit même à élever chaque moment où il apparaît, à être émouvant dans une scène pas évidente avec son grand fils de 19 ans, à garder son calme, son charme et sa crédibilité alors que la furie névrosée fait ses crises de nerfs existentielles, à être touchant, fragile, bref complètement craquant. Dans un tel rutabaga**, c'est un exploit ! Grâce à lui, ce film anémique et con comme la lune ne remporte que °° au lieu de °°°
*oui, nous avons tous un mot qui nous représente, nous identifie, nous... et puis merde, cherchez pas à comprendre !
**Le Rutabaga (brassica napobrassica) encore appelé chou-navet, choux de Siam, choux suédois est un légume racine appartenant à la famille des brassicacées comme le navet.
C'est pour ça.

08:00 Publié dans 7 °° En route vers le néant absolu | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : mange, prie, aime de ryan murphy, julia robert, javier bardem, cinéma
