14.08.2011
MA SEMAINE AU CINEMA
MA SEMAINE AU CINEMA
10.08.2011
MELANCHOLIA de Lars Von Trier *****



A cinq jours de la fin du monde, Justine et Michael se marient. Claire, la soeur de Justine, a organisé pour cette occasion une luxueuse et très solennelle réception dans la somptueuse demeure/chateau qu'elle partage avec son mari astronome et son fils Léo. Malgré le faste et l'ostentation, ce ne sont pas les bonnes manières et l'éducation qui étouffent les invités. Des comptes seront réglés et du linge sale lavé en famille. Entre autre, mais pas que... comme on dit. Claire en apparence solide, équilibrée, couve, materne et protège sa petite soeur la blonde, diaphane, douce et fragile Justine. Parfois néanmoins elle la secoue un peu, mais pas trop. Cependant, en ce jour programmé pour le bonheur, Justine fait des efforts démesurés pour sourire, s'amuser et afficher l'image idéale qu'on attend d'une mariée. Mais Justine est atteinte d'un mal sournois et invisible à l'oeil nu. Elle souffre d'une profonde dépression. On peut dire qu'elle est une maniaco-dépressive, une bipolaire... mais avant Freud, l'état de Justine portait un tout autre nom : la mélancolie. Et c'est justement la planète Melancholia qui s'approche à toute vitesse de la Terre et risque de la heurter. Alors que Claire si forte jusque là panique à l'idée de tout perdre et notamment la vie, Justine s'apaise progressivement...
Que dire et comment le dire ? Je crois qu'il faudra plusieurs visions de ce film qui est une splendeur visuelle, un émerveillement perpétuel, un gouffre d'angoisse, un paroxysme d'émotion, tant il est riche, complexe, évident. Les premières images le résument en quelque sorte. Un plan fixe sur un visage vide, ravagé de chagrin ou de néant, un cheval qui s'affaisse, une mariée freinée dans sa course par des liens qui l'entravent, une maman à bout de souffle qui porte son enfant... le tout au ralenti au son du Prélude de Tristan et Ysolde de Richard Wagner d'un romantisme fébrile, et les deux planètes qui se tournent autour. Je ne sais s'il a encore jamais été donné de voir au cinéma des images aussi belles, aussi pures, aussi parfaites. C'est renversant, c'est sublime. On est subjugué par tant de beauté, de couleurs, d'inventivité. L'ouverture du film se vit en apnée, tout comme la fin, apothéose d'émotion. Je pourrais m'arrêter là, je sais que déjà vous avez envie de vous précipiter pour voir cette féerie démentielle...
Comme parfois chez Lars Von Trier, le film est chapitré. Le premier est consacré au mariage de Justine qui après avoir fait face au monde, à l'agitation, après avoir un peu dansé, sombre à nouveau au plus profond de son spleen. Le réalisateur observe Justine et les invités, il passe de l'un à l'autre, saisit des répliques, balance les discours du père vieux séducteur irrécupérable, de la mère cynique et monstrueuse. Les deux parents accableront leur fille ; le premier en l'appelant Betty et pas Justine, la seconde en la laissant seule avec ses peurs. A ce titre John Hurt et Charlotte Rampling, pathétiques, se livrent à un grand numéro. Alors que sa fille la supplie de la réconforter, la mère dit : "tout le monde a peur, dégage", parle t'elle de la vie en général ou de la future collision ? On ne le sait pas. Est-ce l'imminence de la fin du monde qui fait que des choses sont dites ou faites ? La façon dont Justine va littéralement congédier son patron est également une scène admirable. C'est un peu le privilège des dépressifs qui ont perdu tout goût de vivre et n'ont plus rien à perdre de dire clairement ce qu'ils ressentent. Mais Justine est malade, profondément. Lorsque sa soeur la recueille alors qu'elle a atteint le point où même ouvrir une porte est devenu un obstacle infranchissable où les aliments ont tous un goût de terre, où se laver ne fait plus partie du quotidien, une scène déchirante serre le coeur dans un étau : Claire essaie d'aider Justine à entrer dans une baignoire. Elle la soutient, la porte presque. Mais l'épuisement de Justine est tel qu'elle ne peut même soulever une jambe. Alors Claire, persuadée d'avoir progressé en arrivant au moins à la salle de bains dit doucement : "ce n'est pas grave, on s'est entraînées pour demain". ça n'a l'air de rien écrit comme cela, à l'écran cela donne une scène affolante d'émotion. Jamais la dépression n'a sans doute été aussi bien représentée au cinéma je crois. Il y a cette attitude incompréhensible pour tous de la personne qui a "tout pour être heureuse" et qui s'enlise chaque jour un peu plus. Et autour d'elle, ceux qui renoncent et ceux qui comme Claire supportent au sens le plus noble. Et pourtant Claire parfois soupire en sourdine : "parfois je te déteste tellement !" Le réalisateur parvient à saisir toute la force, l'ambiguïté, l'alternance de concessions, de connivence mais aussi de rejet de cette relation étrange qui peut exister entre soeurs, comme si l'on ne pouvait être une qu'en étant deux.
Le second chapitre s'attarde sur Claire qui s'affole, s'angoisse et s'agite à l'idée de voir cette énorme planète lui prendre tout ce qu'elle a. Son fils surtout qui a inventé un astucieux instrument qui permet de voir à l'oeil nu, sans télescope si la planète progresse. Scènes admirables entre toutes également où Claire tente de se rassurer en utilisant cet appareil fait d'une tige de bois et d'un morceau de métal. Et puis, elle a son mari (Kieffer Sutherland très très très bien !), physicien ou astronome, scientifique en tout cas, qui la rassure "Melancholia va s'approcher c'est certain, mais va contourner la terre". Il protège, rassure, garde son calme pour finalement avoir le comportement le plus inattendu qui soit. Mais le moment tellement fort et apaisant où Claire regarde cette énorme planète s'approcher puis reculer et dit "elle a l'air... inoffensive" est une fois encore une trouvaille qui fait palpiter le coeur. A mesure que Claire s'inquiète, cherchant sur Internet des réponses à ses interrogations, des raisons de se rassurer, Justine devient de plus en plus sereine. Alors que Claire se lève la nuit assiégée par l'angoisse, Justine entre véritablement en communion avec la planète qui porte un si joli nom... Alors que l'une n'imagine pas de perdre la vie et que l'avenir de son petit garçon soit stoppé net, l'autre assure que le monde et l'homme sont mauvais, qu'ils peuvent disparaître.
Charlotte Gainsbourg et Kirsten Dunst sont tellement formidables et admirables qu'elles sont indissociables !
La fin du monde chez Lars von Trier est grandiose, extraordinaire et merveilleuse. Elle est comme on ne l'a jamais vue dans aucun film. Nul homme ne viendra avec sa cape, ses super pouvoirs ou simplement sa bravoure sauver le monde. On peut dire que le réalisateur y met un point final, mais en beauté entre angoisse, frayeur et apaisement...
Un film comme un rêve ou un cauchemar, une attente ou une crainte. Qu'importe. Ce n'est pas seulement le meilleur et le plus beau de Lars Von Trier, c'est aussi un film inoubliable qui aurait cent mille fois mérité la Palme d'Or.
22:49 Publié dans 1 *****VERTIGINEUX | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : melancholia de lars von trier, charlotte gainsbourg, kirsten dunst, kieffer sutherland, dinéma






