15.04.2011

RABBIT HOLE de John Cameron Mitchell **

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Becca et Howie dans leur immense et belle maison haut perchée avec vue sur la mer survivent tant bien que mal à l'événement le plus inadmissible, intolérable, inacceptable qui soit : la perte de leur enfant. Et tous ceux qui sont équipés d'une progéniture en plus ou moins bon état de marche savent à quel point l'idée même de la perdre est inconcevable. Il y a une logique à respecter et ce sont les parents qui doivent partir les premiers. Comment vivre lorsque votre petit garçon de quatre ans a échappé un quart de seconde à votre vigilance, qu'il a traversé la route à la poursuite de son chien et s'est fait renverser par une voiture ? Colère, douleur, souffrance, sentiment d'injustice,  de culpabilité, désespoir... voilà de quoi le quotidien est fait, pour l'éternité. Plus un jour. Ce jour maudit où depuis l'on ne peut que se répéter sans cesse et si... et si... et si... ! Becca et Howie, dévastés par le chagrin font souvent comme si, de façon à ne pas accentuer la peine de l'autre ou parce qu'ils croient que l'autre est moins sensible, qu'il s'accomode de ce chagrin qui jamais ne prendra fin. Mais finalement chacun s'isole avec sa façon personnelle de vivre l'inconcevable. Et derrière cette apparence de calme et de tranquillité, c'est l'incommunicabilité et l'incompréhension qui s'installent. Chacun seul au monde avec sa tristesse s'emmure avec l'absent qui envahit chaque instant.

J'aurais aimé adorer ce film mais malgré la sobriété de la démonstration et l'implication des acteurs, je n'y ai vu qu'un catalogue assez froid de tout ce qu'un deuil de cette cruauté peut provoquer chez les premiers concernés, les parents, mais aussi toutes les réactions qu'il entraîne de la part de l'entourage le plus proche, la famille, les amis, les voisins, les collègues. Contrairement à ce que j'ai lu partout, je trouve que Nicole Kidman nous refait son grand numéro de star aux yeux rougis habillée comme un sac, invariablement avec les mêmes nippes chiffonnées de la veille. Par contre Aaron Eckart (oui il prend une douche après avoir joué au squashe) est d'une rare intensité, tellement perdu à essayer de faire face à ce supplice de tous les instants, à tenter de reconquérir sa femme, à accepter sa façon à elle d'imposer son deuil à elle. Il explose littéralement dans une scène où il hurle la douleur et le manque qui le rongent. Et c'est beau et fort.

Le couple tente tout pour continuer à vivre. Des séances de thérapie de groupe où ils sont confrontés à d'autres parents ayant connu le même drame, vider la chambre du petit, se séparer de ses vêtements, décrocher ses dessins, des visites dans la famille où quoi que les autres disent est toujours et systématiquement mal interprété, affronter la grossesse d'une soeur, ou les enfants des autres bien vivants... Tout est une torture. Et pourtant, à aucun moment je n'ai été émue, complètement mise à distance par une espèce de démonstration didactique : le deuil chapitre 1, le deuil chapitre 2... Alors que jamais je n'ai senti le chaos et la confusion. Curieusement ce sont les scènes où la mère se rapproche du chauffard responsable de la mort du petit qui apparaissent les plus touchantes, lorsqu'on découvre le visage inquiet de ce jeune homme (Miles Teller vraiment très bien) et quel traumatisme ce drame irréparable représente pour lui.

05.03.2010

NINE de Rob Marshall *

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Guido Contini est le plus grand réalisateur de sa génération en Italie. On l'appelle "Maestro", c'est la preuve. Tout est en place pour son prochain film au titre ambitieux "Italia" : les décors, les costumes, le financement, les acteurs... Le tournage doit débuter dans 10 jours. Le problème c'est que Guido est à court d'idée, d'inspiration et d'envie, et qu'il n'a pas encore écrit la moindre ligne du scenario. Pressé de toute part, hypocondriaque et en proie à de véritables crises de panique, il se réfugie dans un palace proche de Rome pour tenter de faire le point. Le fantôme de sa mère (Sophia Loren, fantasmatique) revient parfois tenter de le rassurer. Hommes à femmes, adulé et immature Guido est également tiraillé entre son épouse Luisa, sa maîtresse Carla, son actrice fétiche Claudia, son amie et costumière Lily et deux autres filles qui ne servent à rien, auprès de qui il cherche un soutien permanent
Ce "Nine" a trois atouts : Daniel Day-Lewis, les scènes chantées/dansées et Daniel Day-Lewis. Point. En dehors de cela, rien. Il s'agit donc d'un enchaînement de numéros chantés et dansés par les comédiens eux-mêmes et c'est ce qui en fait tout le sel car ils font tous cela très très bien, même si aucune chanson ne reste en tête à la fin de la projection. Pour donner un semblant de liant à l'ensemble, Guido rêve et imagine chacune des femmes de sa vie dans un numéro de cabaret. Les chorégraphies sont pour la plupart bouillonnantes voire frénétiques ce qui donne une énergie réjouissante qui retombe à chaque fois.
Parlons donc des numéros. Penelope Cruz, la maîtresse très amoureuse et prête à tout, hérite de la partie la plus hot qui devrait réjouir les garçons. Judi Dench comme toujours grande classe assure en titi parisien meneuse de cabaret. Marion Cotillard se débrouille mieux que bien dans ses deux scènes chantées. Elle est aussi très convaincante en femme trompée qui se lasse peu à peu des mensonges de son mari. Elle est d'ailleurs la seule à avoir un vrai rôle consistant. Mais il est grand temps qu'elle trouve des rôles à sa mesure, sinon elle va finir par se lasser. Je ne sais pas moi, mère de famille, serial killeuse. Cette fille a du talent, qu'elle cesse de pleurer ! Nicole Kidman chante bien, on le sait... mais elle frôle le ridicule dans sa scène de star amoureuse qui renonce aux paillettes (le jet de perruque : un grand moment !). J'ai cru qu'elle allait nous refaire le "Marceeellllllo.... commmme... hiiiiirrrr !"... mais manifestement, dans la fontaine Piazza Navona, elle a pas pied. Ouf.
Je ne vous parle ni de Kate Hudson ni de Fergie (jamais entendu parler), je suppose qu'il n'y avait pas d'actrice disponible !
Mais évidemment, Daniel Day-Lewis, même si on se demande un peu ce qu'il fait là, est parfait en super star mégalo, capricieux, bluffeur, ironique mais finalement seul et paumé ! En outre, il est plus beau et souriant, oui vous avez bien lu SOURIANT, que jamais, ce qui n'est vraiment pas rien !