18.07.2010

L'AUTRE MONDE de Gilles Marchand **

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Gaspard a une petite amie, Marion et deux amis dont un très très relou, Ludo, au secours, des boulets pas drôles tels que toi j'extermine, et Yann. Ils passent leurs vacances dans le sud de la France entre les séances à la plage, le boulot d'été de Marion et les blagues assommantes et vulgaires de Ludo... Lorsque Gaspard et Marion trouvent un téléphone portable, ils poussent la curiosité jusqu'à lire les messages et retrouver la propriétaire, non pour lui rendre le portable, mais pour la suivre. Il s'agit d'Audrey, énigmatique jeune femme sombre et belle. Pendant que Marion travaille au péage de l'autoroute, Gaspard s'inscrit sur le même jeu en réseau qu'Audrey : "Black hole". Il la retrouve sous le pseudo de Sam et se crée lui aussi un avatar : Gordon. La vie de tous va s'en trouver très perturbée...
Il y a de bonnes choses et de moins bonnes. Ce qui m'a énormément gênée dès le début c'est la façon dont Gaspard retrouve Audrey alors qu'il l'a perdue dans des circonstances que je ne peux révéler. Il est évident que la vie est faite de hasards mais une telle coïncidence scénaristique n'est pas cousue de fil blanc mais avec des câbles de marine ! Par ailleurs si Grégoire Leprince-Ringuet grandit mieux que bien (il ressemble de plus en plus à Edward Norton) et est capable de tenir solidement un premier rôle, si Pauline Etienne (une des jeunes révélations de 2010) est parfaite, je n'en dirai pas de même de Louise Bourgoin qui une fois de plus, ne m'a pas convaincue du tout. Censée être une femme fatale qui souffre et manipule, elle manque totalement du plus élémentaire mystère. Un maquillage outrancié charbonneux, une tignasse platine, une chute de reins irréprochable décorée d'un élégant et chicissime tatouage "Heaven" juste au dessus de la raie des fesses... ne me suffisent pas pour incarner un fantasme féminin.
Le suspens est bien mené et les incursions dans l'univers virtuel du jeu sont vraiment intrigantes au point que dès qu'on le quitte on n'a qu'une envie, y retourner. Pour accéder à une apaisante "plage noire" il faut se suicider. Sam/Audrey impose d'ailleurs aux garçons qu'elle séduit de les y rejoindre. Mais j'aurais aimé que l'addiction aux jeux et ses conséquences et dommages collatéraux sur la vie réelle soient davantage creusés.
Mais de quoi s'agit-il justement ? D'un film qui évoque et dénonce (ce dont le réalisateur se défend farouchement) les dérives de ces addictions à un monde virtuel ? D'un film noir avec manipulateurs et manipulés ? D'inceste ? De l'entrée dans le monde adulte par des voies dangereuses ? Trop de pistes explorées dont peu aboutissent et surtout une absence totale d'émotion.

02.01.2010

Le bel âge de Laurent Perreau***

Le Bel âgeLe Bel âge

Claire pénètre comme par effraction dans une grande maison. Elle entre par la fenêtre, monte à l’étage, semble dérober quelque chose et se cache sous le lit lorsqu’elle entend un bruit. Un vieil homme entre à son tour…

On découvre un peu plus tard que Claire 18 ans, partage cette grande maison qui sent la poussière, les absences et les secrets de famille avec son grand-père.

Alors que le vieillard fait des tentatives d’approche pour comprendre et essayer de « recadrer » la jeune fille qu’il se reproche d’avoir trop laissé livrée à elle-même, celle-ci le repousse toujours.

Le gros reproche que je ferai à ce film subtil et délicat la plupart du temps, c’est de nous présenter les deux univers parallèles des deux personnages de telle sorte qu’ils se croisent peu alors que j'aurais aimé davantage de confrontations. On rêve de leur réconciliation, de leur étreinte…

D’autant que les deux acteurs sont fabuleux. L’ogre Piccoli, toujours le même et encore capable de s'enthousiasmer et de tout donner à un premier film, à la fois protecteur et monstre encore rugissant est vraiment touchant dans sa façon de sentir qu’il est au bout de sa vie et de refuser l’aide, la compassion ou la tendresse. Emouvant aussi lorsqu’il prend conscience de ce qu’il aurait pu apporter à cette jeune fille secrète  qui ne partage rien avec lui, même pas ses victoires en natation, sa passion. Lorsqu'il parle d'elle à un vieil ami retrouvé à l'occasion d'un enterrement, il évoque une relation faite de complicité et d'admiration réciproque.

Quant à Pauline Etienne, déjà fabuleuse dans le très récent « Qu’un seul tienne et les autres suivront », confirme par l’intelligence de ses choix et la profondeur de son interprétation qu’elle n’est pas une actrice/ado interchangeable et surestimée (telle Léa Seydoux) comme on en voit tant. Voir ses joues s’empourprer devant la caméra n’est pas sans évoquer une certaine Juliette !

Elle est au centre du film et de l’histoire, jeune herbe folle sans repère qui cherche à plaire, qui se trompe, joue avec les sentiments d’un garçon qui l’aime vraiment, s’en aperçoit trop tard, provoque, séduit. Son visage s’éclaire ou s’assombrit comme par magie. Une actrice est née.

Dans le rôle de Thomas, l'amoureux perdu, on découvre également un acteur incroyable encore jamais vu, Clément Roussier, très "truffaldien" devrait se faire remarquer par Christophe Honoré

Deux personnages séparés par au moins six décennies, une vie chargée de regrets voire de remords, une autre inquiète et déroutée par l’avenir, finalement réunis par la même histoire et peut-être aussi des sentiments…

Ah, l'année commence bien.

20.12.2009

MA SEMAINE AU CINEMA ET MES COUPS DE COEURS

LE PERE DE MES ENFANTS de Mia Hansen-Love****

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QU'UN SEUL TIENNE ET LES AUTRES SUIVRONT de Léa Fehner****

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MES COUPS DE COEUR
Qu'un seul tienne et les autres suivront
Qu'un seul tienne et les autres suivrontQu'un seul tienne et les autres suivrontQu'un seul tienne et les autres suivrontLe Père de mes enfants19195105_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20091106_031613.jpgLe Père de mes enfantsArthur et la vengeance de Maltazard

14.12.2009

Qu’un seul tienne et les autres suivront de Léa Fehner ****

Qu'un seul tienne et les autres suivrontQu'un seul tienne et les autres suivrontQu'un seul tienne et les autres suivront

Que peuvent bien avoir en commun Stéphane qui va accepter un marché bien tordu pour essayer de se sortir de la mouise, Zohra algérienne qui vient en France pour comprendre comment et pourquoi son fils est mort et Laure jeune fille de 16 ans incomprise qui va s’amouracher d’un jeune rebelle un peu révolutionnaire ?

Simplement et accidentellement, ils vont tous se retrouver à faire la queue pour entrer au parloir d’une prison du sud de la France. Et ce film, le premier d’une jeune réalisatrice de 28 ans nous y conduit de façon magistrale après nous avoir fait partager un peu la vie de chacun des personnages pendant deux heures exceptionnelles. Et ses personnages, elle les aime, elle ne les stigmatise pas, ne les juge pas et du coup on entre avec une facilité déconcertante en empathie avec eux.

Réussir un film choral est un exercice de haute voltige et Léa Fehner le maîtrise admirablement. Les trois personnages principaux n’ont rien à voir les uns avec les autres, ne se rencontrent pas, leurs histoires n’ont rien en commun, sauf peut-être la tragédie, l’événement ou la décision qui va les mener au parloir, mais elles nous sont racontées avec une fluidité, une cohérence et une progression dramatique tellement maîtrisées qu’elles forcent l’admiration.

De prison il est question et pourtant on n’y passe relativement peu de temps. Tout se joue également à l’extérieur, car la prison ne détruit pas uniquement ceux qui y sont entre les murs. Mais la réalisatrice tourne autour du bâtiment imposant et monstrueux, nous laissant découvrir le no man’s land où il est construit mais aussi percevoir les bruits tellement caractéristiques tels que les clés qui tournent dans les serrures, les portes qui claquent et les cris qui fusent constamment.

Par touches successives, la réalisatrice décrit les moments où la vie de chacun va basculer pour parvenir à son épilogue et on aimerait pouvoir prolonger encore cet accompagnement et savoir ce qu’ils vont devenir.

La maîtrise de son sujet et de sa réalisation n’est pas le seul atout de Léa Fehner et elle peut y ajouter une direction d’acteurs hors pair. Elle a tiré le meilleur des quelques joyaux qui composent son extraordinaire casting. La petite Pauline Etienne en ado/adulte « pas si jeune que ça » est toujours d’une justesse impressionnante, Farida Rahouadj incarne à elle seule toutes les femmes maternelles/« maternisantes » du cinéma, Julien Lucas le jeune médecin mufle, macho se transforme imperceptiblement et succombe presque à son insu, Marc Barbé est un élégant manipulateur tout en finasseries, Vincent Rottiers voyou charmeur souvent au bord de l’implosion, et bien sûr surtout Reda Kateb, déjà particulièrement remarquable dans « Un prophète », il prouve ici ce qu’est un Acteur tout en douceur...

Mais au fond il n’est pas étonnant qu’avec un titre aussi magnifique Léa Fehner ait réussi un film qui y ressemble, humain, intense, fiévreux et chaleureux.