26.11.2011

L'OR NOIR de Jean-Jacques Annaud **

Or Noir : photo Jean-Jacques AnnaudOr Noir : photo Jean-Jacques AnnaudOr Noir : photo Jean-Jacques Annaud

Pour conclure un pacte réciproque de paix entre leurs peuples, le Roi Amar confie ses deux fils encore enfants au Roi Nessib qui promet de les élever comme ses propres enfants. Le plus jeune, Auda est un enfant, puis un adolescent cultivé, avide d'érudition, constamment plongé dans les livres. Cet étrange et cruel gage d'armistice est remis en cause une dizaine d'années plus tard lorsque des américains découvrent que le désert aride qui sépare les deux tribus regorge de pétrole. Alors que le Roi Amar est plutôt conservateur et ne jure que par des valeurs telles que le courage, l'honneur, le respect des traditions et de la famille, Nessib, résolument tourné vers la modernité et l'Occident comprend immédiatement quelle mane recèle ce précieux Or Noir. Fourbe et opportuniste, Nessib n'hésite pas à rompre l'ancienne alliance, à se servir de sa fille adorée Leyla qui aime Auda (le plus jeune fils d'Amar) depuis l'enfance et à provoquer quelques sacrifices par pur appât du gain.

Jean-Jacques Annaud situe sa belle histoire à la fois cruelle et optimiste dans un pays arabe imaginaire des années 30. Isolées du reste du monde par de grandes murailles et un désert de sable pour tout horizon les tribus se voient brusquement envahies par le monde moderne par le biais d'avions, de mitrailleuses et d'automobiles. L'une considèrera cela comme des malédictions et des offenses à l'Islam, l'autre au contraire y verra le moyen de s'enrichir et d'intégrer la modernité. C'est évidemment et hélas la guerre qui permettra de résoudre les différends.

Je trouve le pari plutôt audacieux de la part du réalisateur de raconter cette épopée pleine de bruit, de fureur, de trahisons et d'amour en y intégrant cet élément éminemment central, moderne voire essentiel de notre monde qui fout le camp : le pétrole. Quelle révolution ce dût être lorsque le désert s'est trouvé peu à peu envahi par ces étranges constructions que sont les puits de pétrole, sous le regard étonné des caravanes de bédouins qui observaient nonchalemment cela de loin ! Et je ne vois pas de film qui ait évoqué ce bouleversement majeur. Mais cet arrière plan (légèrement) politique n'est que le prétexte à une fresque comme on n'en a pas vue depuis bien longtemps au cinéma et où les personnages vont se trouver confronter à des choix, des décisions majeurs et par conséquent évoluer, devoir choisir leur camp, aller à l'encontre de leur tempérament et de leurs convictions parfois. Ainsi lorsque le jeune Prince Auda, pacifiste et doux va devoir, contraint et forcé prendre les armes, son frère Ali lui dira : "c'est étonnant ce que tu es devenu, mais le plus étonnant c'est que tu es infiniment doué pour cela !"

Quelques scènes de combats où évoluent des centaines de figurants et quelques explosions assurent le spectacle. Mais on se laisse également emporté par les échanges lors des moments beaucoup plus intimes. Le réalisateur n'élude pas l'éternel problème de l'interprétation du Coran dont les hommes lui font dire tout et son contraire et commettre bien des horreurs au nom d'Allah, pas plus que le sort des femmes cloîtrées bien jeunes derrière les moucharabieh et ne pouvant plus apparaître en public que voilées de noir de la tête aux pieds.

Avec la beauté envoûtante du désert, son étendue incertaine, le mystère qu'il semble détenir Jean-Jacques Annaud réussit des images d'une force inouïe auxquelles s'ajoutent des costumes aux étoffes, aux drapés et aux couleurs absolument somptueux.

Quant au casting international, c'est également un pur bonheur, même si Tahar Rahim soit le seul acteur d'origine arabe. Antonio Banderas l'espagnol et Mark Strong l'anglais composent de savoureux et tout à fait crédibles rois arabes et portent le khôl à la perfection. L'indienne Freida Pinto est une bien belle princesse des mille et une nuits. Et l'anglo-pakistanais Riz Ahmed en médecin et frère d'Auda tient l'un des personnages le plus touchant du film et le seul qui apporte légereté et humour.

Mais surtout, sous le chèche, on retrouve le merveilleux, le désormais indispensable Tahar Rahim qui retrouve ici un rôle à la mesure de son phénoménal talent. Il peut être un adolescent intellectuel et se métamorphoser en chef de guerre meneur d'hommes. Et ce n'est pas uniquement le fait de passer de glâbre à barbu qui le rend crédible mais bien tout dans ses regards, ses attitudes et sa démarche qui le font passer du stade d'enfant à celui d'homme. Encore une de ces interprétations admirable.

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce film, je vous recommande l'interview de Jean-Jacques Annaud et Tahar Rahim à laquelle a participé Sandra. Un plan séquence de 54 minutes avec quelques moments d'anthologie.

............................

NB. : j'ai réussi à parler d'Or Noir sans même mentionner "Lawrence d'Arabie"... je m'en félicite ! 

............................

P.S. : si vous hésitez ce week end, n'hésitez plus, allez voir le film de Mélanie Laurent "Les adoptés" *** dont j'essairai de vous parler au plus vite. C'est un beau film, très doux et très triste.

03.11.2011

LOVE AND BRUISES de Lou Ye *

LOVE AND BRUISES de Lou Ye, Tahar Rahim, corine yam, jalil lespert, cinéma, mostra del cinema, venise 2011LOVE AND BRUISES de Lou Ye, Tahar Rahim, corine yam, jalil lespert, cinéma, mostra del cinema, venise 2011

Hua est venue de Pékin à Paris pour suivre un homme et poursuivre ses études. Lorsque cet homme la quitte brutalement, Hua se retrouve seule et perdue dans la capitale. Le jour même de la rupture et alors qu'elle traîne son âme en peine dans les rues, elle "tombe" sur Mathieu un ouvrier qui lui propose un rendez-vous et rapidement plus si affinités. Malgré la différence de milieu et surtout de culture Mathieu et Hua vont (paraît-il !!!) s'aimer et nous pauvres spectateurs allons assister assez accâblés à leurs frénétiques ébats jusqu'à épuisement.

Jusque quand vais-je me précipiter dès que je verrai le nom de Tahar Rahim à un générique ? Hélas, même si Tahar est ici encore une fois assez extraordinaire, je peux dire aussi que ce film est une épreuve tant le personnage féminin principal m'est apparu obscur et antipathique. Comment aimer un personnage auquel je n'ai absolument rien compris ? Comment comprendre cette femme qui se jette continuellement aux cous des hommes, s'humilie, les supplie ? Comment surtout admettre qu'après s'être fait violer elle accepte de suivre un homme et d'entamer une relation amoureuse, un peu sado, beaucoup maso, à laquelle personnellement je n'ai jamais cru ? Comment comprendre qu'elle soit quittée de façon assez pathétique en pleine rue par un homme dès les premières images du film pour s'apercevoir qu'elle vivait finalement avec un autre, qu'un autre encore (ou plusieurs... là, j'ai un peu lâché l'affaire) l'attendai(en)t à Pékin mais qu'elle s'en vienne retrouver Tahar/Mathieu dans sa famille d'arriérés au fin fond du Pas-de-Calais pour lui faire comprendre que c'est sans doute fini entre eux ? Car oui comme pour Nakache et Toledano hier, n'oublions pas que tous les réalisateurs sont convaincus que les gens du nord sont édentés, abrutis et qu'ils vivent à 15 dans 8m² en se hurlant dessus. Enfin, même si les hommes viennent de Mars et les filles de Vénus, comment réussir à comprendre que TOUS les hommes qui croisent la route de cette fille perdue cheveux gras, triste à mourir, qui parle peu, en deviennent instantanément fou ?

Le débat qui suivait la projection du film que j'ai eu la chance (!!!) de voir à Venise ne m'a pas éclairée sur les intentions et sur le comportement étrange de cette fille pas intéressante pour deux sous. Personne ne semblait pouvoir réellement expliquer le fond du film et s'attardait sur la forme. Quant à Tahar, il a fait comme si...

LOVE AND BRUISES de Lou Ye; tahar rahim, corine yam, jalil lespert, cinéma, mostra del cinema, venise 2011LOVE AND BRUISES de Lou Ye; tahar rahim, corine yam, jalil lespert, cinéma, mostra del cinema, venise 2011

28.09.2011

LES HOMMES LIBRES de Ismaël Ferroukhi **

19737809_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20110513_114129.jpg19820807_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20110928_062723.jpg19737810_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20110513_114130.jpg19820808_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20110928_062723.jpg

La guerre 39/45 a stoppé net la grande vague d'immigration d'Afrique du Nord vers la France. Les ouvriers algériens, marocains, tunisiens se retrouvent dans Paris, livrés à eux-mêmes et au chômage. En 1942 Younes un jeune algérien qui est arrivé trois ans plus tôt survit sans état d'âme grâce au marché noir. Son but : se faire un maximum d'argent pour regagner son pays. Mais il se fait arrêter et la police française lui propose de le laisser poursuivre ses activités à condition qu'il espionne le Recteur de la Mosquée de Paris soupçonné de délivrer de faux papiers aux juifs. Younes, terrifié, accepte. Il fait la connaissance du chanteur algérien Salim Halali. Peu à peu, de jeune homme sans conscience politique, Younes s'engage au risque de sa vie, au côté de ceux qui se battent pour devenir des hommes libres.

Encore un pan de l'histoire si dense de cette époque étrange révélée par le cinéma. Gloire au 7ème art donc ! Hélas, par excès ou manque de zèle, Ismaël Ferroukhi ne nous emporte pas dans le souffle éminemment épique de son histoire qui, sur le papier devait s'avérer fascinante. Hélas encore, il multiplie les pistes et les personnages et en abandonne certains. On ne croit pas un instant à l'attirance de Younes pour le personnage de Lubna Azabal. On la suit de très loin alors qu'un mystère l'entoure, et puis elle disparaît dans l'indifférence générale. Le personnage du chanteur qui devrait subjuguer parce qu'il se passionne essentiellement pour son art au détriment de sa sécurité souffre de l'interprétation sans âme de son (pourtant très bel) acteur. On imagine qu'en ne voulant pas sombrer dans une réalisation grandiloquente qui aurait convoqué les larmes et les violons le réalisateur s'est cantonné à exposer les faits. C'est très dommage car les événements de cette époque qui s'éloigne de plus en plus de nous, continuent néanmois de captiver et Ismaël Ferrouhki aurait pu nous bouleverser grandement avec ces personnages tellement ordinaires et pourtant tellement surprenants.

Il n'en demeure pas moins que j'espère, lors de mon très prochain passage à Paris, visiter cet endroit qui semble assez exceptionnel.

Par ailleurs, il est évident que ce film bénéficie de deux atouts majeurs. C'est Michael Lonsdale qui empoigne avec sa prestance et sa délicatesse le rôle du Recteur de la Grande Mosquée. Tout comme en religieux catholique dans "Des hommes et des Dieux", ce merveilleux et magnifique acteur impose sa prestance, son autorité et sa souriante bonhommie en religieux mahométan humain et charitable.

Et puis, il y a Tahar Rahim qui a tout compris au métier d'acteur et qui nous livre une nouvelle fois une composition saisissante. De gamin individualiste, insensible qui ne pense qu'à sauver sa peau, tout à coup pétrifié par la peur (il faut voir son regard s'embuer, son menton trembler sans que jamais les larmes coulent !), incapable d'entrer dans la peau du traître, il se transforme en être humain qui s'ouvre à la compassion puis s'engage en résistance pour parvenir au statut de héros. Ce garçon est INDISPENSABLE au cinéma. Tout chez lui est un instrument, son corps, son visage, sa voix. Il lui faut absolument des films à la hauteur de son prodigieux art.

07.05.2011

L'AIGLE DE LA NEUVIEME LEGION de Kevin MacDonald ***

19642618_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20110121_043257.jpg19642617_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20110121_043256.jpgl'aigle de la neuvieme legion de kevin macdonald,cinéma,jamie bell,channing tatum,tahar rahiml'aigle de la neuvieme legion de kevin macdonald,cinéma,jamie bell,channing tatum,tahar rahim

Pour retrouver l'honneur perdu de son père, Marcus Aquila, Centurion romain se fait "muter" en Bretagne (en fait c'est l'Angleterre) à la surprise générale, tant l'endroit est impopulaire, dangereux et malfamé. Son but est de retrouver l'Aigle d'Or emblème de la Neuvième Légion disparue 20 ans plus tôt alors qu'elle était sous les ordres de papa. Mais surtout de comprendre comment et pourquoi son père, qu'il tient pour un brave est responsable de la mort de toute sa légion. Au commencement de son nouveau commandement, le jeune Marcus n'inspire que moquerie et méfiance de la part de ses hommes. Mais rapidement son discernement, son audace et sa bravoure le font admirer voire aimer de tous. Lors d'une représentation des jeux du cirque l'esclave Esca doit affronter un gladiateur. Au grand agacement du public Esca refuse de combattre mais Marcus parvient à obtenir que lui soit accordée la clémence.

Décidé pour mener son enquête et ramener l'Aigle d'Or à Rome et pour le faire à franchir le mur d'Hadrien qui délimite les terres sauvages peuplées de tribus impitoyables où personne ne s'aventure, Marcus choisit d'emmener Esca avec lui.

On croyait le Péplum resuscité puis re-mort depuis "Gladiator" et non... il y a à présent cette Neuvième Légion de fort belle tenue moins spectaculaire et tape à l'oeil que son illustre aînée mais plus profonde peut-être, plus émouvante aussi et incontestablement atypique puisque la relation entre Marcus et Esca laisse peu de place à l'incertitude ! Au tout premier regard que les deux garçons s'échangent alors que l'un est en bien fâcheuse posture prêt, par bravade, à se laisser massacrer par un gladiateur armé jusqu'aux dents, le trouble s'installe et l'on sait qu'entre eux deux se sera "jusqu'à ce que la mort les sépare". Et rien, si ce n'est quelques doutes, ne viendra entamer cette évidence. Les épreuves et aventures qu'il vont traverser ne vont faire qu'intensifier et renforcer leur relation, leurs sentiments... Et voir deux garçons s'aimer autant dans une histoire et une époque où sont surtout exaltées les valeurs viriles et guerrières est un pur délice. Marcus et Esca n'auront de cesse de s'aider, de se protéger et de veiller l'un sur l'autre. Pour sauver Marcus, Esca le fera passer pour son esclave et l'inversion des "rôles" renforcera encore leurs liens.

Malgré quelques scènes de combats et de stratégie militaire bien balancées où l'on ne doute jamais de la vigueur des garçons, il n'en demeure pas moins que je n'ai jamais ressenti l'amitié virile en cet étrange péplum aux allures d'enquête et de "film-route", mais une grande histoire d'amour entre deux garçons. Et c'est beau. Très.

Caché sous les peintures de guerre d'un indien breton marathonien (je me comprends) Tahar Rahim compose un réjouissant méchant dégueulasse. Channing Tatum malgré sa grande carcasse de surfer californien convainct et se montre très touchant dans son armure de valeureux centurion. Et Jamie Bell, c'est Jamie Bell, EXCELLENTISSIME à jamais dès qu'il apparaît. Et quelle (première) apparition !!!

27.02.2010

CESAR

rime avec ????????????????

5-photos-festival-de-cannes-beautes-cachees-de-cannes-Tahar-Rahim-Niels-Un-prophete_galleryphoto_paysage_std.jpgTahar_Rahim-500.jpg099b4e6d8758b369b600e4b82372b2ae.jpg

TAHAR.

sinon, attendez-vous à une grève illimitée, d'une rare violence !

..."va y'avoir des animaux là !"

 

13.12.2009

TAHAR

Si vous souhaitez découvrir le Palmarès des European Film Awards 2009, vous pouvez vous rendre ici.

Moi je me dévoue pour vous révéler celui qui a reçu l'European Award du Meilleur acteur Européen, et hop* !

5334_126088083303_729403303_2343725_6918546_n.jpg

*César lui ira très bien aussi !

29.08.2009

MA (très petite, mais renversante) SEMAINE AU CINEMA

UN PROPHèTE de Jacques Audiard *****

Je me demande quel film pourra détrôner MON film, MON acteur et MON réalisateur de l'année...

19138702_w434_h_q80.jpg

ORDINARY PEOPLE de Vladimir Perisic ***

19145441_w434_h_q80.jpg

26.08.2009

Un prophète de Jacques Audiard *****

 Tahar Rahim, Jacques Audiard dans Un prophète (Photo) Tahar Rahim, Jacques Audiard dans Un prophète (Photo) Tahar Rahim, Jacques Audiard dans Un prophète (Photo)

  Niels Arestrup, Tahar Rahim, Jacques Audiard dans Un prophète (Photo)

Lorsque Malik condamné pour 6 ans entre en prison, il n’est encore qu’un tout jeune garçon quasi analphabète, terrifié de découvrir l’univers carcéral, et très seul. Dans le bâtiment où il se trouve, la Mafia Corse fait la loi, avec à sa tête un « parrain » Cesar Luciani aux pouvoirs étendus et incontestés qui règne à la fois sur les détenus et sur les gardiens.

6 ans, c’est long et c’est court. En prison c’est une éternité. Conscient de la fragilité de Malik, Luciani lui propose sa protection en échange de « services » dans le plus pur style « je vais te faire une proposition que tu ne pourras pas refuser »... Pour le mettre à l’épreuve, il lui ordonne de supprimer Reyeb un autre détenu. Malik, affolé, va tenter d’avertir l’administration pénitentiaire, mais il ne peut que constater qu’elle est aussi sous la coupe de Luciani et que finalement il n’a pas le choix.

Soumis et corvéable à merci, Malik va docilement jouer son rôle « d’esclave arabe » et remplir consciencieusement ses missions. Mais armé d’une intelligence supérieure à la moyenne (il va suivre les cours d’alphabétisation, passer des examens, apprendre seul le « corse » en observant et écoutant les autres) et d’un instinct de survie hors du commun, il va résister, s’endurcir, exprimer la violence qui sommeille en lui, gagner la confiance de tous mais aussi être hanté jour et nuit par le fantôme de l’homme qu’il a tué.

Il n’hésitera pas non plus à fréquenter ses « frères » musulmans, à sympathiser avec un « gitan »… bref, à faire le grand écart entre toutes les communautés présentes, animées par le racisme et les luttes de pouvoir ; les corses détestent les arabes qui détestent les gitans et tout le monde se le rend au centuple !

Jacques Audiard désormais, ça me paraît incontestable, Grand Cinéaste fait preuve d’une maîtrise exceptionnelle à tous les niveaux. Il réussit l’exploit de faire qu’on s’attache à son héros alors qu’il est typiquement le genre de personne qu’on n’a pas du tout envie de rencontrer dans la vie réelle. Il faut dire que Malik, c’est Tahar Rahim, inoubliable, époustouflant, mélange de candeur, d’innocence, de naïveté, d’intelligence et d’agressivité qui fait évoluer son personnage physiquement, intellectuellement, psychologiquement comme il est rare de le voir au cinéma.

La scène où Malik doit remplir son premier contrat (tuer un homme), est répétée plusieurs fois entre Malik et un corse qui joue le rôle de la future victime. Rien que la répétition est flippante pour Malik mais aussi pour le spectateur car le personnage paniqué est tremblant et on imagine bien qu’il n’est absolument pas en état d’accomplir cet acte. Lorsque le moment du meurtre arrive finalement, rien ne se passe comme prévu. Audiard étire la scène au maximum jusqu’à nous mettre dans un état de stress proche de celui de Malik. Une tension infernale s’empare alors du film, du personnage et du spectateur. C’est très rare. Le film sera parcouru de scènes poussant l’angoisse à son paroxysme et l’atmosphère électrique s’amplifiera dans un crescendo incessant nous faisant craindre le pire à chaque étape. Et ce n’est pas lors de ses permissions de sortie après trois ans d’enfermement, où il aura d’autres objectifs à atteindre qu’il sera le plus en sécurité. On continuera de trembler avec lui et pour lui.

Heureusement, il retrouvera dehors l’ami qu’il s’est fait en prison et cette histoire d’amitié, essentielle, idyllique et bouleversante est sans doute la seule bouffée d’air dans cet univers et cet espace confinés dans lesquels le réalisateur nous enferme pendant deux heures et demi. L’acteur qui joue cet ami, Abel Bencherif, est également une impressionnante et réjouissante révélation. Le moment où il raconte la mésaventure avec son chien qui l’a sans doute menée en prison est à mourir de rire. Car oui, on peut éclater de rire plusieurs fois pendant ces deux heures et demi claustrophobes !

Mais l'essentiel, l'essence même du film est qu'on assiste, cloîtré avec Malik à la métamorphose d’un personnage et d’un acteur. C’est absolument sidérant de voir comment il s’adapte, s’impose puis utilise les autres et la prison. Audiard fait de cette transformation une « ascension », sans poser de jugement, juste en racontant, en constatant : comment un petit malfrat devient un véritable caïd « grâce » à la prison ? Comment il s’en sort à force d’intelligence et d’opportunisme ?

Face à lui, évidemment, il y a Cesar Luciani et l’acteur ogre Niels Arestrup lui donne son regard d’acier, sa démarche chaloupée, sa voix incroyablement pondérée. Il est une bombe à retardement dont chaque expression de douceur n’est que la manifestement du calme avant la tempête qui s’abat avec la brutalité à la limite de la démence dont il est capable. Ses face à face avec Malik/Tahar sont des moments de pure jubilation offerts par deux acteurs touchés par la grâce, et l’aîné posera d’ailleurs parfois un regard tendrement paternel sur le plus jeune.

Jacques Audiard crée à l’écran un nouveau style de voyou individualiste qui nest pas un psychopathe sanguinaire inculte et assoiffé de pouvoir mais encore, mais aussi, mais surtout il nous fait un cadeau en faisant naître sous nos yeux énamourés de fans, un archange diaboliquement angélique, phénoménal dans un rôle écrasant : un Acteur, Tahar Rahim* !

J’ai dit inoubliable ? Il l’est !

Alors laissez-vous emmurer avec lui par Jacques Audiard.

 

 Tahar Rahim, Jacques Audiard dans Un prophète (Photo)

*C’est décidé Tahar Rahim, je l’aime d’amour !