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LES MISÉRABLES

de Fred Cavayé ***

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FRANCE

avec Vincent Lindon, Tahar Rahim, Camille Cottin, Benjamin Lavernhe, Vassili Schneider, Megan Northam, Marie Colomb, Louis Peres

En faisant quelques rapides recherches, je découvre avec stupéfaction qu'il y aurait déjà eu une quarantaine d'adaptations du roman fleuve (2 598 pages écrites serrées) de Victor Hugo qui date de 1862. Il l'aurait écrit en quinze jours...

(mais non j'déconne !).

Et je ne parle pas des versions en bandes dessinés, films d'animation ou téléfilms. Une vraie folie de l'adaptation. Il faut dire que l'histoire infiniment romanesque, philosophique et politique ne peut laisser indifférent et qu'avec un tel matériau, il est difficile de faire vraiment mauvais. J'ai donc aimé avec plus ou moins de bonheur ce film comme les 6 autres versions (petite joueuse) que j'ai vues. Sans doute est-ce parce que j'aime tellement cette histoire que même si aucun film n'est exempt de défauts ou de déceptions, c'est toujours un plaisir de retrouver ces personnages tous marqués par un implacable destin.

C'est donc l'histoire de pauvres gens  (que je ne vous ferai pas l'injure de vous présenter) en province puis à Paris dans la France du début du XIXème siècle et tous, de près ou de loin gravitent autour du personnage de Jean Valjean un ancien bagnard qui a fait 19 ans de bagne pour avoir volé un pain. Il sera pendant des décennies poursuivi par l'impitoyable inspecteur Javert ("Vous avez eu Vidocq, vous aurez Javert") convaincu qu'un criminel le reste éternellement sans possibilité de réhabilitation ou de réadaptation. Il croit en une justice intraitable, punitive et répressive.

Mais "à trop vouloir l'ordre, on engendre le chaos"...

Le réalisateur insiste d'ailleurs sur les relations et les divers affrontements entre le bagnard devenu un homme bon épris de justice et le policier amoureux jusqu'à l'obsession de l'ordre. Jamais encore je n'avais vu l'enfance et la toute jeunesse de Valjean et Javert évoquées à l'écran. Deux mal aimés, deux misérables obligés de s'en sortir par eux-mêmes. Que faire ? Comment s'en sortir dans une société rongée par la misère, l'indifférence des nantis sans scrupules (il n'y a qu'un bourgeois dans l'histoire, le grand-père de Marius) et le système répressif ? Tout cela mène aux barricades où l'on assassine l'innocence, l'enfance et la jeunesse...

Je laisse parler le grand homme : «Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l'enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles». 
Mais que c'est beau ! C'est du Victor Hugo pur jus, idéaliste incorrigible qui se désespérerait sans doute de voir l'état de la France.

Revenons-en au film ! Il est très correct (même si certaines images sont très laides lorsque sont utilisées des maquettes par exemple). Et comme toujours il est impossible de réduire 2 598 pages en moins de trois heures. Quelques personnages disparaissent (la soeur d'Eponine, Enjolras pourtant chef des Amis de l'ABC (les jeunes étudiants révolutionnaires), Gavroche est moins présent) et la fin me semble un peu édulcorée. Mais l'ensemble se tient correctement et la séance est vécue sans ennui. Contrairement à ce que j'ai lu (les critiques encartés) je trouve que le propos politique de Victor Hugo n'est pas asséné avec lourdeur. Tout pue l'injustice et la misère sans ambiguïté ni balourdise. 

Les cahiers et Libération ont détesté ce qui est très bon signe. Et contrairement à ce que j'ai lu concernant la violence inutile de la dernière partie, je l'ai trouvée au contraire particulièrement intense et réaliste. La réalisation ample et lyrique rend cet épisode très prenant voire émouvant car c'est à ce moment que meurent quelques personnages... L’insurrection de 1832  est réprimée par la troupe autour des barricades faites de meubles, chaises, pianos, armoires jetés par les fenêtres*.

Je trouve cette adaptation solide et un excellent moyen pour les plus jeunes de faire connaissance, grâce à ce blockbuster français de l'automne de ces personnages inoubliables et ensuite d'acheter le roman qui promet quelques tempêtes sous les crânes.

L'interprétation est inégale mais l'affrontement entre Vincent Lindon (puissant, le rôle était pour lui) et Tahar Rahim (parfait et qui propose une nouvelle lecture, plus torturée de Javert) est une leçon d'acting. Les regards qu'ils échangent sont formidables. Il revient à Camille Cottin et Benjamin Lavernhe d'incarner les terribles, affreux et indécrottables Thénardier. Ils y parviennent avec une certaine voracité (même si la diction parfaite du pensionnaire de la Comédie française est presque un contre sens). Marius et Cosette sont bien fades ainsi que la petite poupée Barbie qui l'interprète enfant. C'est Eponine qui m'a le plus émue, magnifiquement interprétée par Marie Colomb.

Les misérables est aussi une grande histoire d'amours. Amour maternel, filial, amour partagé, amour déçu, amour chrétien... Hugo les traite tous !

* Je passais (presque) par hasard à Bordeaux en août 2025. L'ami avec qui je me trouvais et me faisait visiter "sa" ville, me dit : "je vais te montrer quelque chose d'incroyable". Effectivement, nous nous sommes retrouvés dans une rue, plus exactement Cour Mably complètement fermée à la circulation. Nous avons déambulé plus d'une heure, de nuit au travers de la barricade. C'était un moment très beau, très fort, très émouvant. Et nous avons immortalisé ce moment.

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