19/01/2013
DJANGO UNCHAINED de Quentin Tarantino *****

En 1858 alors que la guerre de sécession n'a pas encore commencé aux Etats-Unis, un ex dentiste allemand, reconverti en chasseur de primes débarque dans son drôle d'équipage : un chariot coiffé d'une dent brinquebalante. Il achète et affranchit Django, un esclave noir qui pourrait l'aider à retrouver les frères Brittle. En échange, il lui promet la liberté dès que les frères seront hors d'état de nuire, Django étant le seul à savoir à quoi ils ressemblent physiquement. Django veut de son côté mettre à profit cette collaboration pour retrouver son épouse Broomhilda dont il fut séparé en raison du trafic d'esclaves. Et sur ce point Schultz peut aider Django. Séduit par le zèle et les dispositions de Django à éliminer les criminels recherchés, Schultz propose une collaboration. C'est ainsi que Django va devenir le premier et sans doute le seul ex esclave noir chasseur de primes. Les choses se compliquent dès lors que les deux hommes retrouvent la plantation dans laquelle Broomhilda est détenue, celle du puissant et cruel Calvin Candie, régentée par le non moins abominable Stephen, homme noir, traître à la cause et dévoué corps et âme à son patron.
Ceux qui suivent ce blog depuis... bientôt 7 ans (en mars) à présent savent que j'ai été élevée depuis quasiment le berceau à coup de westerns et j'ai hanté les salles de cinéma dès l'âge de 5 ans. Même si je connais toutes mes princesses Disney sur le bout des doigts, ma madeleine à moi c'est le western. Genre que je chéris entre tous.
Hommage, renouvellement ou renaissance peu importe. Celui-ci est du grand art, un vrai film d'auteur unique en son genre, extravagant et singulier. Un film qui dévaste tout sur son passage et imprime directement dans la rétine et les oreilles des images et des sons mémorables. Un film libre, insolent et ambitieux.Tarantino nous rappelle une fois encore à quel point le cinéma peut être ouvert et TOUT se permettre, sans limite. Dans ces Inglourious Basterds, c'est par le cinéma qu'il offrait à Shosanna la possibilité d'une vengeance juive sur les nazis en éliminant purement et simplement Hitler et ses plus fidèles collaborateurs. Ici il donne à des esclaves noirs la possibilité de se libérer de leurs chaînes et des blancs tellement convaincus de leur supériorité (démonstration faite crâne en main par Calvin Candie que les noirs ont la "bosse de la servilité" hyper développée). Mais l'effronterie ne s'arrête pas là et Tarantino offre une petite vengeance allemande en permettant à un acteur et personnage allemand d'observer la cruauté des américains blancs sur leurs semblables. C'est assez savoureux de voir ainsi s'affronter l'érudition du Docteur Schultz (Christoph Waltz, une nouvelle fois splendide et orateur hors pair) face à l'ignorance un peu crasse parfois de ses concitoyens étasuniens !
Mais cette fois Tarantino ne refait pas l'histoire à sa sauce ketchup, pas plus qu'il ne nous livre un pensum indigeste et manichéen sur l'esclavagisme. Il n'y a pas d'un côté les gentils noirs contre les méchants blancs. Les personnages tarantinesques ont toujours suffisamment d'ambiguïté pour ne pas être ou tout blancs ou tout noirs. Ils ont toujours ce petit côté "basterd" qui les rend finalement plus humains donc plus cruels voire sadiques. Ainsi chacun a de bonnes raisons de se "servir" de l'autre pour arriver à ses fins. Django cherche comme nombre de personnages tarantinens à se venger alors que Schultz n'est que vénalité. Schultz n'hésite pas à tirer sur tout gêneur et commente ensuite son geste par une longue et implacable tirade explicative. Quant à Django, contraint de jouer le rôle improbable et inédit du noir chasseur de primes, il n'hésitera pas à assister à l'exécution, quasiment le martyre d'un de ses pairs pour convaincre. Cependant, il est évident que la complicité et la connivence de Schultz et Django évoluent peu à peu vers une amitié sincère, profonde et réciproque.
Le réalisateur ne se contente pas non plus de se contempler en train de filmer un grand western dans des paysages somptueux avec ralentis, musique comme toujours idéale, sa réalisation est ample et magistrale, il parvient à faire de son affaire de mecs plus opportunistes les uns que les autres une grande histoire d'amour. Car quel est le but ultime de Django sinon de retrouver sa douce et sublime Broomhilda ? Et, que d'aventures et de sang versé ATTENTION SPOILER, clic gauche sur la souris si vous voulez lire avant de l'entendre prononcer ces mots : "It's me baby !" ?
Alors bien sûr, c'est violent (très), bavard (très, très), mais aussi drôle (la scène du Ku Klux Klan est un sketche à mourir de rire !), très sérieux, délirant, extravagant, insensé. C'est du pur Tarantino, mais c'est plus et mieux encore que les autres fois. Dans quelle oeuvre cinématographique peut-on trouver un dandy allemand du far-west, un noir chasseur de blancs, un blanc sadique, une esclave noire qui s'appelle Broomhilda et parle allemand... une scène sublime où Schultz raconte à Django comment Siegfried héros wagnérien s'y prend pour retrouver sa bien-aimée Brünnhilde ?
Et forcément, et comme toujours la direction d'acteurs est irréprochable tout comme la jubilation évidente des acteurs à faire partie de l'aventure tarantinesque. Christoph Waltz est magnifique. On pouvait craindre au début un copier/coller de son personnage du nazi Lambda des Inglourious. Il n'en est rien et son personnage est beaucoup plus subtil puisqu'il évolue et l'acteur incroyablement sobre. Jamie Foxx est impérial à ses côtés. Samuel L.Jakson se fond admirablement dans le rôle du "nègre" renégat. Et Leonardo DiCaprio assume avec délectation son premier rôle de méchant irrécupérable. Aucune rédemption, aucun remords pour son Calvin Candie. Ce garçon est décidément bien l'un des plus grands acteurs actuels. La preuve ! Les Oscar l'ignorent à nouveau et se contenteront sans doute de lui offrir à 85 ans un Oscar pour l'ensemble de sa carrière où l'on découvrira les plus grands noms de réalisateurs et quelques chefs-d'oeuvre, dont celui-ci.
12:58 Publié dans 1 *****VERTIGINEUX | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : django unchained de quentin tarantino, jamie foxx, christoph waltz, leonardo dicaprio, cinéma
22/07/2012
LAURENCE ANYWAYS de Xavier Dolan *****



Comment parler de Laurence Anyways sans le trahir, sans l'abîmer, sans le ternir ? Film-fleuve imparfait, troublant, déroutant mais inattendu, inespéré. De ceux qui se glissent jusque sous la peau, dans les rêves de la nuit, qui accompagnent dès le réveil et offrent la certitude que oui, enfin, on a vu quelque chose de tumultueux certes, mais aussi de différent, nouveau, moderne. Pas révolutionnaire, non, puisque son sujet est vieux comme le monde et le cinéma, mais bien plus que cela. Unique. Merci donc à Xavier Dolan de m'emmener aussi loin, de me faire ressentir autant d'émotions en 2 h 39 mn. Le résultat est là. Impressionnant dès la première image de ce rideau flottant, vaporeux qui se soulève, jusqu'à la toute dernière qui arrive trop tôt et nous laisse orphelins de Laurence !
De quoi s'agit-il ? D'une bonne dizaine d'années dans la vie de Laurence (c'est un garçon) et de Fréd (c'est la fille !) qui s'aiment d'amour fort et rédigent des listes de tout ce qui pourrait éventuellement ne pas leur procurer du plaisir. C'est mainstream. Laurence enseigne la littérature de façon très rock'n'roll à de jeunes gens qui apprécient beaucoup la méthode. Fréd travaille dans le cinéma, script sans doute. Ils s'aiment fort je vous dis, se comprennent au moindre regard, s'amusent et parfois même parlent comme dans les livres. Et puis un soir, Laurence explose "il faut que je te parle sinon je vais mourir", et tout s''effondre, mais pas tout de suite. Il parle et ne meurt pas. Laurence veut devenir une femme. En fait, il EST une femme puisqu'il ne s'est jamais senti homme. Il (se) ment depuis 35 ans et il souffre. Fréd s'écroule : "tu me mens depuis qu'on se connaît, pourquoi tu ne m'as pas dit que tu es gay ?". Sauf que Laurence n'est pas gay. C'est juste qu'il n'est pas un homme mais cela ne change rien, il aime toujours Fréd, plus que jamais. C'est décidé, dès la rentrée, il s'habille en fille. Le coup accusé, Fréd décide d'accompagner son homme dans la métamorphose et de le soutenir. Vaillante et généreuse, fougueuse, amoureuse, la jeune femme est même fière de son Laurence qui va devoir affronter ses proches, ses collègues, ses élèves, le monde... Laurence, le premier matin du reste de sa vie, se présente au lycée où il enseigne, pour la première fois habillé en fille et maquillé, alors que ses cheveux sont encore très ras et l'allure bien masculine. La traversée du couloir est un moment inouï. Insolent et déterminé Laurence avance à grandes enjambées. Appuyé sur le bureau face à sa classe qui fait brusquement silence en le découvrant ainsi vêtu, le coeur de Laurence palpite au-dela de l'écran et fait vibrer celui du spectateur. Cet instant suspendu semble interminable. Ne comptez pas sur moi pour vous dire qui va rompre ce pesant silence et comment se conclut cette scène magistrale !
Puis Laurence se fait tabasser par un gras lourd, devient persona non grata de l'éducnat, rencontre de vieilles dames bariolées exentriques qui vont l'aimer sans condition... pendant ce temps Fréd perd pied, sombre dans la dépression et quitte Laurence. Si la scène ne vous fait pas sangloter, quittez la salle ! Séparés, Fréd et Laurence vont tenter de vivre, mais leur amour est plus grand que le temps et l'espace qui les éloignent désormais. Lorsque Laurence termine enfin son recueil de poèmes et l'envoie à Fréd pour lecture, Xavier Dolan exprime au sens le plus strict du terme ce que torrent de larmes veut dire. Et c'est ce qui est beau et fort dans ce film lyrique, exalté, exubérant. Le réalisateur n'a peur de rien, d'aucun effet, et le cinéma en procurent beaucoup, pour dire la profondeur d'un amour ou l'ampleur d'un chagrin. Ni de pousser l'ampli à 10, ni d'user (sans abuser) des ralentis, de faire tomber les feuilles ou les flocons pour faire joli ou signifier que c'est le début du commencement de la fin du monde. Il n'hésite pas dans la même BO à faire se côtoyer Brahms, Beethoven, Tchaïkovski, Vivaldi, Satie et Céline Dion, Dépêche Mode, Duran Duran. Une des scènes particulièrement réussie, baroque, exubérante est celle du bal où, sur Fade to grey de Visage, Fréd fait basculer sa vie, celle de Laurence (absent) et le film...
Ce ne sont pas seulement les images, les plans, le format carré qui sont magnifiques et originaux, c'est toute la fougue et la ferveur mises pour exprimer la profondeur d'un sentiment qui balaie tout sur son passage mais finalement ne parvient pas à s'accomoder d'un anti-conformisme pas banal. Le réalisateur évoque mais ne s'appesantit pas sur la marginalité de la situation. Rien n'est lourd pour exprimer l'ostracisme, l'exclusion, la solitude et le fait que la transexualité soit considérée comme une maladie mentale. La détermination de Laurence n'est à aucun moment mise en doute mais ce qui intéresse davantage Xavier Dolan, c'est l'intensité insensée d'un amour romantique impossible. Et là, il y va à fond dans les ruptures, les retrouvailles, le manque, les séparations et ce "besoin de consolation impossible à rassasier". Pour tenter de trouver ce réconfort, Laurence se tourne régulièrement vers sa mère (Nathalie Baye, exceptionnelle), la supplie, se jette dans ses bras. Il ne trouve que les paroles embarrassées ou blessantes d'une femme tranchante comme un scalpel qui osera un "je ne t'ai jamais considéré comme mon fils"... Je vous laisse découvrir la seconde partie de la phrase (qui ouvre à nouveau les vannes lacrymales).
Cela dit, entre deux sanglots, il n'est pas interdit de rire franchement car sur le parcours de Laurence et Fréd passe toute une galerie de personnages parfois hauts en couleur. Notamment la soeur de Fréd, l'hilarante et époustouflante Monia Chokry (révélation divine des Amours Imaginaires).
Mais les deux piliers de ce film phénomène ou phénoménal sont évidemment l'impressionnante Suzanne Clément qui est sans faillir, la Fréd aux cheveux rouge, tour à tour extravagante, extravertie, puis border line frôlant la folie. Et bien sûr Melvil Poupaud, tout entier livré, abandonné à Laurence qui décide "de descendre la pente dans la peau d'une femme". Sa voix, ses gestes, le moindre de ses sourires, de ses larmes, de ses clins d'oeil (sexy) est inoubliable.
19:48 Publié dans 1 *****VERTIGINEUX | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : laurence anyways de xavier dolan, melvil poupaud, suzanne clément, nathalie baye, cinéma
21/05/2012
DE ROUILLE ET D'OS de Jacques Audiard *****





Ali et son fils de 5 ans Sam quittent le Nord ou peut-être la Belgique (j'ai vu des plaques d'immatriculation rouge moi). Ils se connaissent à peine pour n'avoir jamais vécu ensemble. Entre autres réjouissances, le petit garçon était utilisé comme « mule » par sa mère pour faire passer de la drogue aux Pays-Bas. Sans argent et sans logement, le père et l'enfant voyagent en stop, trouvent leur nourriture dans les poubelles de train. Ils traversent la France pour rejoindre la sœur d'Ali à Antibes. Elle les héberge dans son garage, s'occupe de Sam quand elle n'est pas au travail. Ali trouve des emplois de surveillant de nuit ou de videur dans une boîte. Et c'est une nuit qu'il fait la connaissance de Stéphanie belle et libre jeune femme légèrement blessée dans une bagarre. Il la ramène chez elle et c'est rien de dire que le courant ne passe pas entre les deux. Ali laisse néanmoins son numéro de téléphone à Stéphanie au cas où... Elle ne le rappelle que quelques mois plus tard. Amputée des deux jambes, la jeune femme désespérée vit désormais recluse dans un appartement sale et puant. Dresseuse d'orques au Marineland d'Antibes, elle a été victime d'un grave accident lors d'un spectacle. Sans poser de questions, sans s'apitoyer, avec fermeté et délicatesse, Ali emmène Stéphanie à la plage et va peu à peu lui redonner espoir et goût à la vie.
Délicatesse, voilà bien le mot qui va être la clé des relations entre Stéphanie et Ali même si elles feront régulièrement l'objet de doutes et d'incompréhension. Entre ce garçon qui s'exprime peu, se pose peu de questions, mais a dû en baver, entre cette force de la nature et Stéphanie jadis sûre d'elle et aujourd'hui diminuée dans tous les sens du terme, naît progressivement, aux termes d'épreuves que la vie ne va cesser de leur imposer, un sentiment qui va les mener vers la lumière. Les événements, les hasards, les coïncidences et une mouise infernale qui leur colle aux basques vont constamment mettre des bâtons dans les roues de ces survivants. Comme s'il fallait toujours davantage d'épreuves pour s'en sortir quand déjà tout va mal.
On se croirait chez Ken Loach ou chez les Dardenne tant la fatalité semble s'acharner sur des êtres déjà bien éprouvés mais aussi eu égard au contexte social qui s'impose régulièrement, notamment avec les personnages de Corinne Masiero (la Grande Louise Wimmer) et Bouli Lanners toujours justes. Cela pourrait être mélo, sombre et insupportable, vraiment too much si Jacques Audiard ne donnait à ces anti-héros pas immédiatement sympathiques et qui s'endurcissent au fil des calamités une obstination et un charisme insolents, époustouflants.
Ali parle peu, ne s'explique pas, ne se justifie pas, il agit. Le handicap de Stéphanie n'est un obstacle à rien. Ali est disponible, généreux, « opé ». Jusqu'à proposer ses services au cas où Stéphanie souhaite vérifier sa libido. « Tu veux baiser ? »... et elle le voudra de plus en plus. Et puis Ali est drôle parfois, involontairement peut-être : « elle est où ta poussette ? », « il faut que tu arrêtes de parler maintenant », « ça va Robocop ?»... mais nature et sans tabou. Stéphanie ne veut pas qu'il la voit dans telle ou telle situation (elle doit ramper pour aller aux toilettes !), il la porte sans lui demander son avis. Il n'explique rien, il prouve. Il est là ! Et elle finira par véritablement exhiber ses prothèses comme un défi.
Et Ali pour arrondir les fins de mois participe à des combats clandestins à mains nues dans lesquels tous les coups sont permis. Stéphanie assiste aux combats, se met à trembler et toujours sans un mot galvanise son champion.
Audiard filme Stéphanie et Ali, meurtris dans leur chair. Les os se brisent, les corps s'empoignent, transpirent et souffrent. Et il va au-delà de tout ce qu'un mélo peut proposer. Même le petit Sam (adorable Armand Verdure) aura sa part d'horreurs. Et si vous retenez vos larmes lorsqu'Ali verse les siennes, ou lorsqu'il murmure les mots suprêmes... bravo !
Ce film mériterait le prix de la mise en scène à Cannes (je n'ose envisager la Palme d'Or) parce qu'Audiard est ici encore, une fois de plus virtuose et inspiré. Il va toujours plus loin et montre tout. Ses effets spéciaux sont sidérants. On se dit que non il ne va pas oser... et si, il ose ! Mais on peut imaginer sans les surestimer, un prix d'interprétation pour Marion Cotillard ou Matthias Schoenaerts (car je sais de source sûre qu'on ne peut attribuer qu'un seul prix à un film). Marion Cotillard est tout simplement plus que parfaite. Elle peut être princesse séductrice et finalement totalement « trash ». C'est lors de « La scène Robocop » au ralenti (pour qu'on en profite bien) que pour moi elle obtient sa Palme d'interprétation, son César... Elle traverse impériale et à nouveau debout une haie de malabars aux tronches patibulaires ! Mais elle est de bout en bout exceptionnelle avec son visage défait où s'inscrivent ses épreuves. A l'instar de Matthias Schoenaerts qui renouvelle avec subtilité, profondeur et intensité son rôle animal de boxeur déchirant et y ajoute une touchante dimension sentimentale. Cet acteur époustouflant peut être un ami, un amoureux, un amant, un père. Son regard s'embrume, s'illumine et nous bouleverse. La caméra est inconditionnellement amoureuse et pas seulement la caméra de son corps, de son visage, de son regard et de ses rares sourires !
11:09 Publié dans 1 *****VERTIGINEUX | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : de rouille et d'os de jacques audiard, matthias schoenaerts, corinne masiero, bouli lanners, armand verdure, festival de cannes, cinéma
25/01/2012
CAFE DE FLORE de Jean-Marc Vallée *****




Antoine vit de nos jours à Montréal avec Rose sa femme adorée et ses deux filles. Tout est lumineux, beau et sourit à ce "remixeur" canadien qui parcourt le monde avec son étrange musique. La musique d'ailleurs est au centre de sa vie depuis toujours et il a partagé cet amour depuis l'adolescence avec une fille aimée à la folie, Carole, la mère de ses deux petites. Tout n'est donc pas si rose et éclatant que la lumière éblouissante qui baigne le film le laisse supposer. Car Carole souffre, gravement, durablement. Elle ne parvient pas malgré les années qui passent à se remettre de la séparation d'avec l'irremplaçable et irremplacé Antoine qui lui non plus ne l'oublie pas...
A Paris dans les années 60, Jacqueline donne naissance à Laurent un enfant différent, un petit trisomique et il n'y avait d'autre choix dans ces années là que de placer directement ces enfants dans un centre pour handicapés. Jacqueline refuse, se débarasse du père qui ne se sent pas de taille à élever un tel enfant et elle va se battre jour après jour pour tenter de faire de l'enfance de son fils un véritable enchantement.
Quel rapport entre les deux histoires ? Chut ! Jean-Marc Vallée met pratiquement une heure et demi à amorcer un début de réponse. Avant d'en arriver là, il nous balade au son et au rythme d'un film d'une ambition folle et démesurée, totalement déstructuré
Malgré la difficulté qu'on a à faire le lien entre les deux histoires, les deux époques, les deux styles du film (la lumière et les couleurs à Montréal, les tons froids et la tristesse à Paris) on est embarqué. Le réalisateur s'empare du spectateur et ne le lâche plus. Comment réussit-il ce miracle ? C'est indicible, insensé et intraduisible un miracle. Mais on s'attache avec passion aux quatres personnages principaux. On les comprend, on partage leurs joies et leurs peines, on tremble pour eux et on a qu'une envie : les voir heureux enfin et pour toujours. Evidemment ces gens sont beaux, intelligents, chaleureux, compréhensifs, sensibles mais il n'est pas interdit de regarder un film comme on rêve. Et puis, ils nous parlent de sentiments comme c'est rarement arrivé au cinéma et il y a dans ce film au moins deux déclarations d'Amour tellement sublimes que je vous mets au défi bande de sans coeur de ne pas écraser une larmichette.
Jean-Marc Vallée vous avait emballés, surpris et amusés avec "C.R.A.Z.Y.", il va vous bouleverser avec ce "Café de Flore". C'est un film d'amour comme je vous assure vous n'en avez jamais vu, qui fait frémir d'émotion. La douceur, l'intelligence, le charme des personnages sont époustouflants. Ils évoquent l'amour éternel, l'âme soeur, l'amour maternel, le pardon, la réconciliation et c'est magique. On frissonne jusqu'aux dernières secondes pleines de rage, de tristesse et d'apaisement et on reste envoûtés par l'atmosphère planante, volatile, touchés en plein coeur par ces histoires, bercés et agités par la musique (bande orginale GRANDIOSE !).
Les acteurs ? Des merveilles (même les enfants) ! Vanessa Paradis mère courage dénuée du moindre attrait physique, amoureuse de son fils, est LA mère. Elle est exceptionnelle. Les autres, inconnus chez nous, Kevin Parent, Hélène Florent, Evelyne Brochu sont inoubliables.
N'écoutez pas ces pisse-froids qui parlent d'artifice et de manipulation. Ecoutez-moi qui vous dis qu'un film aussi beau, intelligent, inventif, à la construction tellement exigeante, qui aborde la réincarnation, frôle le mysticisme sans y sombrer, vous affirme que chacun d'entre nous a sa "flamme jumelle" qui brille quelque part, sans être jamais ridicule, c'est une aubaine, un bonheur, un frisson. C'est pour ce genre de films rares et précieux qui nous rappelle qu'au cinéma tout est possible qu'on endure des navets sans âme. Ce genre de films est une récompense.
Je l'avais vu à Venise il y a une éternité (septembre 2011) en présence de l'équipe du film, acteurs et réalisateur et je l'ai encore davantage aimé.
08:45 Publié dans 1 *****VERTIGINEUX | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
04/01/2012
LOUISE WIMMER de Cyril Mennegun ****



Louise approche de la cinquantaine, elle a un boulot, quelques potes, une fille et malgré une apparence de vie ordinaire, elle a amorcé une dégringolade qui ne prendra fin que si elle trouve un logement. Depuis 6 mois, elle dort dans sa voiture et ses nombreuses convocations auprès des services sociaux, ne lui permettent d'obtenir que cette réponse douteuse "il y a des cas plus urgents que le vôtre", quand elle ne se voit pas opposer un cinglant "soyez moins arrogante !" Là, exceptionnellement, Louise s'autorise à craquer un peu "je ne suis pas arrogante, je n'en peux plus". Il faut dire que cette grande gigue n'a rien de la petite Cosette tremblante qu'on a envie de protéger et qu'elle met un point d'honneur, comme un dernier rempart à sa chute définitive, à ne demander l'aide de quiconque. Personne ne sait qu'elle est sans logement, sans abri, SDF, ni sa collègue, ni son patron, ses rares copains, la patronne du bistrot qui lui fait crédit, sa fille et l'homme qu'elle retrouve parfois juste pour faire l'amour et qu'elle somme de ne pas parler sous peine de tout gâcher. Louise ne parle pas, ne veut pas parler, elle aime danser et elle agit, et si elle pleure c'est seule, réfugiée dans sa grande voiture, dernière possession qu'elle ne peut perdre sous peine de sombrer irrémédiablement.
C'est dire si on tremble pour Louise qui doit des sommes indécentes pour quelqu'un qui n'a plus rien que "quelques fringues qui se battent en duel" à l'huissier qui les réclame sans émotion, tout comme on craint le pire et on s'affolle lorsque sa voiture tombe en panne alors que son patron ne tolère pas une minute de retard, ou lorsque deux types qui n'ont pas vu qu'elle dormait à l'intérieur s'appuient sur la voiture. Et bien qu'elle ne soit pas d'emblée aimable de par son attitude revêche et son abord peu engageant, en suivant cette fille fière, sauvage, on la découvre, on fait sa connaissance et on se met à l'aimer et à vouloir qu'elle s'en sorte coûte que coûte.
Venu du documentaire, le réalisateur propose donc pour ce premier film totalement réussi et abouti un cinéma ancré dans le social. Même s'il ne les revendique pas, lors du débat qui suivait la projection (un des plus enthousiasmant, détendu et drôle que j'ai vécu) il évoque néanmoins Mike Leigh et Ken Loach. Il ne s'embarrasse d'aucune fioriture, ni de barratin inutile, les images suffisent, parlent et racontent tout le poids de la détresse qui accable Louise qui pourtant ne courbe pas l'échine ni ne baisse les yeux. C'est aussi dans les détails que Cyril Mennegun frappe juste. Comment rester digne, rester propre, manger à sa faim quand on n'a rien que quelques euros à la fois ? Toutes ces "petites choses" qui paraissent évidentes quand on a la possibilité de les accomplir. Et sa Louise déborde d'imagination pour réussir à se laver, à faire un repas ou se procurer quelques litres d'essence.
A une époque où chacun redoute de tout perdre et où le spectre de la pauvreté plane, il est facile d'entrer en empathie avec Louise voire de s'identifier à ce personnage. Comment ferions-nous, comment réagirions-nous si cela nous arrivait ? Comment une HLM perchée au 15ème étage d'une tour de béton peut devenir le rêve ultime de renaissance et permettre à une femme de lever un visage radieux vers le haut ? Cyril Mennegun le dit "ce qui persiste de beau dans ces quartiers, ce sont les personnes qui y vivent". On le sent sincère et concerné lorsqu'il le dit.
08:00 Publié dans 1 *****VERTIGINEUX | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : louise wimmer de cyril mennegun, corinne masiero, cinema
27/08/2011
THIS MUST BE THE PLACE de Paolo Sorrentino *****



Cheyenne a été une rock star mais aujourd'hui, alors qu'il a atteint la cinquantaine il vit de ses rentes à Dublin dans une maison/chateau avec sa très aimante épouse. Dans la rue tout le monde le reconnaît car son look gothique tendance Robert Smith est resté inchangé depuis 30 ans. Mais il n'en a cure pardon, Cheyenne est absent, ailleurs, plus loin ou figé dans le passé. A première vue, il semblerait que Cheyenne "n'a pas tout son kilo". Sa démarche, son élocution, son air absent font qu'on a l'impression d'avoir devant soi un fantôme sous l'effet de drogues dures. Mais Cheyenne ne boit pas, ne fume pas... quant à se piquer, pas question, il a peur des seringues ! Et en s'attardant un peu sur les gargouillis qu'il murmure, on s'aperçoit qu'il a un avis profond et sensé sur la vie, la mort, les êtres ! Mais il est également habité, envahi par une tristesse insondable dont on découvrira les raisons dans une scène choc. Et puis, le père de Cheyenne meurt et alors qu'ils ne se sont pas parlés depuis trente ans, il se rend à New-York pour pleurer comme un gosse sur la dépouille paternelle. Il découvre que son père a passé sa vie entière à tenter de retrouver le bourreau nazi qui l'avait humilié à Auschwitz en 1943. Cheyenne décide de poursuivre les recherches de son père. Le voilà donc sur la piste d'un homme, obligé de traverser une partie des Etats-Unis.
Chaque fois que je vois un film qui me chavire à ce point, je crains toujours d'être à côté de la plaque et de ne pas réussir à en parler. Sachez le, si contrairement à moi, vous n'êtes pas dès les premières secondes et l'apparition de Cheyenne/Sean Penn complètement tourneboulé par ce personnage, quittez la salle illico presto. Inutile de vous infliger une torture. Car Sean Penn est de quasi tous les plans avec une dégaine, des intonations, une nonchalance absolument incroyables. En un mot, si vous ne l'aimez pas instantanément et inconditionnellement : fuyez, pauvres fous ! Pourtant on assiste ici à une performance d'acteur en tous points incomparable mais pas uniquement. Le personnage principal de cette histoire est assurément unique en son genre, une espèce d'enfant totalement innocent embarrassé d'un corps d'homme et d'une apparence d'alien à la fois travaillée et envahissante. On le découvrira au cours d'une scène saisissante, Chéyenne souffre le martyre. Et son calvaire il le confessera dans un seul souffle qui ressemble à un rugissement. Terrible et douloureux. Son road-trip il le vivra seul à la recherche d'un nazi mais aussi, contrairement à ce qu'il prétend, de lui-même. Comment se débarrasser une bonne fois pour toute de ce mal de vivre, de cette culpabilité de cette mélancolie qui l'assaillent et l'obsèdent ?
Le personnage et l'interprétation de Sean Penn suffiraient presque à eux seuls à faire de ce film un voyage indispensable et inoubliable. D'ailleurs "Sean Penn", dorénavant je ponctuerai chacune de mes phrases de ce nom.. Mais, il y a aussi la réalisation, voyante sans aucun doute mais d'une beauté à couper le souffle. Certaines images pénètrent la rétine et c'est aussi grâce à elles que le film se grave au plus profond de soi bien après avoir quitté la salle. Et puis, il y a la musique évidemment... une chanson qui donne son titre au film mais aussi toute une bande son sublime qui se rend indispensable. Je ne sais combien de temps j'ai dormi car oui je l'avoue mais avec beaucoup de honte, je ne connaissais pas David Byrne, la classe, l'élégance ! Je vais y remédier et pas plus tard que rapidement.
Comment peut-on aimer autant un film aussi triste ? Et bien, parce que, tout simplement, et aussi parce que le petit gloussement de Sean Penn et son sourire... finalement.
00:32 Publié dans 1 *****VERTIGINEUX | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : this must be the place de paolo sorrentino, sean penn
10/08/2011
MELANCHOLIA de Lars Von Trier *****



A cinq jours de la fin du monde, Justine et Michael se marient. Claire, la soeur de Justine, a organisé pour cette occasion une luxueuse et très solennelle réception dans la somptueuse demeure/chateau qu'elle partage avec son mari astronome et son fils Léo. Malgré le faste et l'ostentation, ce ne sont pas les bonnes manières et l'éducation qui étouffent les invités. Des comptes seront réglés et du linge sale lavé en famille. Entre autre, mais pas que... comme on dit. Claire en apparence solide, équilibrée, couve, materne et protège sa petite soeur la blonde, diaphane, douce et fragile Justine. Parfois néanmoins elle la secoue un peu, mais pas trop. Cependant, en ce jour programmé pour le bonheur, Justine fait des efforts démesurés pour sourire, s'amuser et afficher l'image idéale qu'on attend d'une mariée. Mais Justine est atteinte d'un mal sournois et invisible à l'oeil nu. Elle souffre d'une profonde dépression. On peut dire qu'elle est une maniaco-dépressive, une bipolaire... mais avant Freud, l'état de Justine portait un tout autre nom : la mélancolie. Et c'est justement la planète Melancholia qui s'approche à toute vitesse de la Terre et risque de la heurter. Alors que Claire si forte jusque là panique à l'idée de tout perdre et notamment la vie, Justine s'apaise progressivement...
Que dire et comment le dire ? Je crois qu'il faudra plusieurs visions de ce film qui est une splendeur visuelle, un émerveillement perpétuel, un gouffre d'angoisse, un paroxysme d'émotion, tant il est riche, complexe, évident. Les premières images le résument en quelque sorte. Un plan fixe sur un visage vide, ravagé de chagrin ou de néant, un cheval qui s'affaisse, une mariée freinée dans sa course par des liens qui l'entravent, une maman à bout de souffle qui porte son enfant... le tout au ralenti au son du Prélude de Tristan et Ysolde de Richard Wagner d'un romantisme fébrile, et les deux planètes qui se tournent autour. Je ne sais s'il a encore jamais été donné de voir au cinéma des images aussi belles, aussi pures, aussi parfaites. C'est renversant, c'est sublime. On est subjugué par tant de beauté, de couleurs, d'inventivité. L'ouverture du film se vit en apnée, tout comme la fin, apothéose d'émotion. Je pourrais m'arrêter là, je sais que déjà vous avez envie de vous précipiter pour voir cette féerie démentielle...
Comme parfois chez Lars Von Trier, le film est chapitré. Le premier est consacré au mariage de Justine qui après avoir fait face au monde, à l'agitation, après avoir un peu dansé, sombre à nouveau au plus profond de son spleen. Le réalisateur observe Justine et les invités, il passe de l'un à l'autre, saisit des répliques, balance les discours du père vieux séducteur irrécupérable, de la mère cynique et monstrueuse. Les deux parents accableront leur fille ; le premier en l'appelant Betty et pas Justine, la seconde en la laissant seule avec ses peurs. A ce titre John Hurt et Charlotte Rampling, pathétiques, se livrent à un grand numéro. Alors que sa fille la supplie de la réconforter, la mère dit : "tout le monde a peur, dégage", parle t'elle de la vie en général ou de la future collision ? On ne le sait pas. Est-ce l'imminence de la fin du monde qui fait que des choses sont dites ou faites ? La façon dont Justine va littéralement congédier son patron est également une scène admirable. C'est un peu le privilège des dépressifs qui ont perdu tout goût de vivre et n'ont plus rien à perdre de dire clairement ce qu'ils ressentent. Mais Justine est malade, profondément. Lorsque sa soeur la recueille alors qu'elle a atteint le point où même ouvrir une porte est devenu un obstacle infranchissable où les aliments ont tous un goût de terre, où se laver ne fait plus partie du quotidien, une scène déchirante serre le coeur dans un étau : Claire essaie d'aider Justine à entrer dans une baignoire. Elle la soutient, la porte presque. Mais l'épuisement de Justine est tel qu'elle ne peut même soulever une jambe. Alors Claire, persuadée d'avoir progressé en arrivant au moins à la salle de bains dit doucement : "ce n'est pas grave, on s'est entraînées pour demain". ça n'a l'air de rien écrit comme cela, à l'écran cela donne une scène affolante d'émotion. Jamais la dépression n'a sans doute été aussi bien représentée au cinéma je crois. Il y a cette attitude incompréhensible pour tous de la personne qui a "tout pour être heureuse" et qui s'enlise chaque jour un peu plus. Et autour d'elle, ceux qui renoncent et ceux qui comme Claire supportent au sens le plus noble. Et pourtant Claire parfois soupire en sourdine : "parfois je te déteste tellement !" Le réalisateur parvient à saisir toute la force, l'ambiguïté, l'alternance de concessions, de connivence mais aussi de rejet de cette relation étrange qui peut exister entre soeurs, comme si l'on ne pouvait être une qu'en étant deux.
Le second chapitre s'attarde sur Claire qui s'affole, s'angoisse et s'agite à l'idée de voir cette énorme planète lui prendre tout ce qu'elle a. Son fils surtout qui a inventé un astucieux instrument qui permet de voir à l'oeil nu, sans télescope si la planète progresse. Scènes admirables entre toutes également où Claire tente de se rassurer en utilisant cet appareil fait d'une tige de bois et d'un morceau de métal. Et puis, elle a son mari (Kieffer Sutherland très très très bien !), physicien ou astronome, scientifique en tout cas, qui la rassure "Melancholia va s'approcher c'est certain, mais va contourner la terre". Il protège, rassure, garde son calme pour finalement avoir le comportement le plus inattendu qui soit. Mais le moment tellement fort et apaisant où Claire regarde cette énorme planète s'approcher puis reculer et dit "elle a l'air... inoffensive" est une fois encore une trouvaille qui fait palpiter le coeur. A mesure que Claire s'inquiète, cherchant sur Internet des réponses à ses interrogations, des raisons de se rassurer, Justine devient de plus en plus sereine. Alors que Claire se lève la nuit assiégée par l'angoisse, Justine entre véritablement en communion avec la planète qui porte un si joli nom... Alors que l'une n'imagine pas de perdre la vie et que l'avenir de son petit garçon soit stoppé net, l'autre assure que le monde et l'homme sont mauvais, qu'ils peuvent disparaître.
Charlotte Gainsbourg et Kirsten Dunst sont tellement formidables et admirables qu'elles sont indissociables !
La fin du monde chez Lars von Trier est grandiose, extraordinaire et merveilleuse. Elle est comme on ne l'a jamais vue dans aucun film. Nul homme ne viendra avec sa cape, ses super pouvoirs ou simplement sa bravoure sauver le monde. On peut dire que le réalisateur y met un point final, mais en beauté entre angoisse, frayeur et apaisement...
Un film comme un rêve ou un cauchemar, une attente ou une crainte. Qu'importe. Ce n'est pas seulement le meilleur et le plus beau de Lars Von Trier, c'est aussi un film inoubliable qui aurait cent mille fois mérité la Palme d'Or.
22:49 Publié dans 1 *****VERTIGINEUX | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : melancholia de lars von trier, charlotte gainsbourg, kirsten dunst, kieffer sutherland, dinéma
28/06/2011
PATER D'ALAIN CAVALIER *****



L'idéal pour voir ce film serait de n'en rien savoir avant d'entrer en salle mais je crois qu'il est de toute façon aisé de l'apprécier en en sachant un minimum tant il parvient à saisir le spectateur, au sens tout premier du terme c'est-à-dire qu'il l'accroche et le happe dès les premières images. Le plus enthousiasmant c'est que non seulement on est captivé instantanément mais que l'attention et l'intérêt ne s'émoussent jamais. Un exploit donc, renforcé par le fait que ce film présente un pari tout à fait inédit, sans précédent je crois. Un film tout simplement prodigieux. Oui, simple et prodigieux, deux termes qui peuvent sembler contradictoires mais qui deviennent évidents devant la caméra facétieuse de ce réalisateur.
Un jour Alain Cavalier a rencontré Vincent Lindon et lui a proposé un jeu, un deal, un film. On dirait que "je serais Président de la République et que vous seriez mon Premier Ministre". Sourire à la fois dubitatif et séduit de l'acteur qui évidemment accepte ! Pendant presqu'un an le réalisateur et l'acteur se sont filmés à tour de rôle, très souvent à table, mais aussi dans leurs appartements respectifs, dans un bureau, dans une forêt, dans un dressing. Et ils ont parlé. De leurs rôles dans le film mais aussi de la vie, la vraie, de politique. Ils vont porter un regard attentif l'un sur l'autre. Parler de l'autre en son absence. Proposer des lois. Faire de la politique. Préparer une campagne...
Dit comme ça, ça n'a sans doute l'air de rien, ou alors c'est trop et c'est en effet immense, fascinant et vertigineux. Le réalisateur malicieux, roublard et charismatique mène le jeu mais l'acteur s'y prend lui aussi peu à peu. Le spectateur est sans doute le troisième personnage manipulé qui ne sait pas toujours où commence la fiction, où se trouve la réalité, où est la frontière entre scenario et improvisation.
Ovationné pendant plus d'un quart d'heure lors du dernier Festival de Cannes et injustement absent du palmarès, mais le jury cosmopolite n'y a sans doute rien compris, ce film est l'oFni le plus réjouissant jamais vu. Et effectivement, à plusieurs reprises j'ai eu envie de sauter de joie, de taper dans les mains de bonheur tant ce qu'on voit et entend à l'écran m'ont souvent plongée dans un ravissement béat d'envie et d'appétit.
Mais Alain Cavalier ne fait pas que présenter un objet d'art non identifié qu'on regarderait avec des pincettes avec le petit doigt en l'air. Bien sûr que non, il faut dire que Vincent Lindon un peu bourgeois parce que grâce à son métier il peut vivre dans un appartement parisien près de Saint Sulpice et populaire à la fois avec les pieds bien sur terre, est sans aucun doute l'acteur IDEAL capable d'incarner ce premier ministre qui connaît la vie, l'entreprise et s'emporte contre les injustices. Il ne fait d'ailleurs rien moins que proposer comme première loi et se battre pour cet objectif qu'il a, chevillé au corps et à l'âme : faire en sorte que les salaires des patrons et des salairés aient un écart maximum de 1 à 10. Puisqu'il existe un salaire minimum, pourquoi n'y aurait-il pas un salaire maximum ?
On peut parler de choses graves de façon ludique et faire battre le coeur avec des projets, des utopies. Je ne ferais pas l'insulte à ce film d'une intelligence rare de le comparer à un autre plus récent (que je n'ai pas vu, que je ne verrai pas) au titre ronflant et creux comme l'individu dont il parle, mais imaginer la politique comme le font Alain Cavalier et Vincent Lindon est un moment de pure jubilation et oui aussi un peu, d'espoir.
Cinéma et politique n'auront jamais si bien fusionné et si vous doutez encore de devoir vous précipiter dans une salle climatisée pour voir cette gourmandise fine et savoureuse, sachez aussi que vous y rirez franchement et souvent ! Et vous serez émus et en colère avec Vincent Lindon lorsqu'il évoque avec une précision chirurgicale sa rencontre exaspérante avec le propriétaire de l'immeuble où il vit. Et vous rirez entre autre lorsqu'il déclare : "oui j'ai le melon... je me demande toujours pourquoi les politiques ne m'appellent pas chaque matin pour savoir quoi faire ?".
On peut parler de ce film à l'infini, car chaque plan, chaque scène est indispensable.
A un moment Alain Cavalier, magnifique vieux monsieur coquet, filme Vincent Lindon à son insu et dit :
"Il me plaît.
Il est chaleureux.
Un peu impulsif. Mais je le freinerai.
Il est robuste.
Il est terriblement sympathique.
On l'aimera."
Oui Monsieur Cavalier, en sortant du film on aime Vincent Lindon encore plus qu'avant d'y entrer.
Vous l'aimerez.
13:49 Publié dans 1 *****VERTIGINEUX | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : pater, alain cavalier, vincent lindon, cinéma
14/06/2011
UNE SEPARATION de Asghar Farhadi *****




Simin et Nader ont décidé de se séparer. Surtout Simin qui a bataillé pendant 18 mois pour obtenir un visa dans l'intention de quitter l'Iran avec sa famille. Elle veut un avenir différent pour sa fille de 11 ans Termeh. Le juge aux affaires matrimoniales s'étonne « vous trouvez qu'il y a des problèmes dans notre pays que vous souhaitiez le quitter ? ». Dès lors un étrange malaise s'installe bien que les raisons de l'envie de partir de Simin ne seront jamais exprimées. De toute façon Nader n'a aucune envie de quitter l'Iran car son père atteint de la maladie d'Alzheimer a besoin de lui. Termeh, studieuse et sage non plus ne souhaite pas partir. Comme tous les enfants du monde elle veut que ses parents restent ensemble et lorsqu'ils sortent du tribunal, la petite choisit de rester avec son père. Simin retourne vivre chez ses parents tandis que Nader reste dans l'appartement avec sa fille et son père. Pour veiller sur le vieil homme pendant qu'il est au travail Nader engage une aide à domicile, Razieh. La jeune femme très pieuse et enceinte porte le nikab. Elle a caché à son mari dépressif, au chômage et couvert de dettes qu'elle allait travailler chez un homme seul, ce que la religion interdit. A partir de ce mensonge qui aurait pu rester anodin tant qu'il n'est pas découvert, toute une succession d'événements va survenir mettant chacun des protagonistes dans des situations de plus en plus délicates les forçant à découvrir peu à peu leurs zones d'ombre.
Difficile de résumer ce foisonnant drame qui vous saisit dès la première scène et ne vous lâche plus un instant jusqu'au dernier mot du générique où l'on attend encore d'obtenir la réponse à une question... Le paragraphe précédent n'est en effet que le départ de toute une succession de faits, d'épreuves et de circonstances qui vont s'enchaîner comme si un implacable engrenage s'était emparé des moindres faits et gestes de ces personnages pour les broyer et les mener au(x) drame(s). Le film s'ouvre sur une scène de tribunal où le couple, face caméra, tente de convaincre le juge de leur accorder le divorce. Ce n'est pas simple puisqu'ils sont à Téhéran, que le divorce n'est envisageable qu'en cas de consentement mutuel et que bien que la séparation sera finalement consommée, une femme ne peut en prendre seule la décision. La suite, de plus en plus oppressante va découler des agissements de Razieh dont les mensonges vont contraindre d'autres personnes à mentir au point de mettre en péril la vie et l'avenir de deux familles.
Doté de mille prouesses, le film semble s'enrichir à mesure qu'on avance dans les intrigues qui s'imbriquent les unes aux autres de façon implacable. Les situations deviennent peu à peu aussi complexes que les personnages qui les vivent et les provoquent. C'est rien de dire que tous les héros de ce film sont loin d'être monolithiques, et chacun à leur tour se révéle victime, on n'en doute pas, puis brusquement antipathique et "coupable" on en est sûr aussi. Assurément le mot manicchéen ne fait pas partie du vocabulaire du réalisateur tant il soumet ses personnages (et les spectateurs) à toutes les ambiguités, contradictions et dualités qui composent un être humain. Cramponner au fauteuil le spectateur qui n'en sait parfois pas plus que certains personnages se met à douter, à changer d'avis, à croire l'un puis l'autre et se tromper, plusieurs fois. Construit de façon absolument prodigieuse et offrant des rôles complexes et profonds à ses acteurs, le film chemine de façon inéluctable et impitoyable vers le dénouement et les révélations.
Farahdi parle de son pays, du couple, de la façon qu'ont les parents d'ici comme d'ailleurs de mettre leur enfant au milieu de leur conflit, de justice, de religion, de tradition, de dévouement, de la famille. C'est foisonnant, passionnant, palpitant. On ne sait jamais où l'on va, mais on y va. On suit avec angoisse, le coeur battant tous les personnages qu'on prend le temps d'approuver puis l'instant d'après trouver qu'ils ont tort même et sans doute surtout parce qu'ils nous étonnent d'avoir tant de bonnes raisons de faire ce qu'ils font. Jamais on ne les juge. On prend leur parti successivement ce qui est un autre tour de force de ce film gigantesque et impressionnant qui offre la possiblité de mille questionnements et notamment celui-ci : "qu'aurions-nous fait à leur place ?". Evidemment vous ne raterez ce film sous aucun prétexte.
Ah oui les acteurs sont PRODIGIEUX !
08:00 Publié dans 1 *****VERTIGINEUX | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : une separation de asghar farhadi, leila hatami, peyman moadi, shahab hosseini, cinéma
12/05/2011
MIDNIGHT IN PARIS de Woody Allen ****(*)



C'était quand la dernière fois que vous êtes sortis d'une salle de cinéma avec des ailes, léger comme une paillette cannoise ? Moi c'était hier, malgré tout. Il faut dire que Woody a mis le paquet pour nous emporter loin comme il sait parfois le faire, à condition bien sûr de se laisser embarquer sans condition ni résistance. Et si comme moi, vous ne savez strictement rien des méandres où plonge ce film avant d'entrer en salle, j'imagine que le plaisir déjà considérable peut être décuplé.
Les cinq premières minutes du film s'étalent comme un dépliant touristique où l'on pourrait s'inquiéter à penser que Woody est tombé dans le piège d'un Paris de carte postale idyllique et irréaliste. Sur un thème de Sidney Bechet d'une mélancolie à tomber, nous visitons donc Paris en long en large et en travers où ne traîne aucun papier gras et en évitant soigneusement Barbès et le XIIIème (entre autre). Et finalement les barrières, l'appréhension et la méfiance s'effondrent car Paris, c'est aussi ça, cette ville magique et intemporelle avec ses pavés, ses toitures grises, ses escaliers, ses jardins, ses ponts, ses monuments célèbres, ses grandes avenues, ses petits marchés, ses squares, ses musées. Et l'on comprend à quelle déclaration d'amour inconditionnel le réalisateur va se livrer en faisant de la capitale un personnage où son imagination, sa folie et son inspiration vont pouvoir se manifester en mode majeur. Il va nous précipiter dans un rêve insensé et délicieux où l'imaginaire et les phantasmes les plus fous peuvent enfin se réaliser. Un songe, une rêverie, un idéal de cinéma que seul le 7ème art et un réalisateur de génie (j'emploie ce mot dans tout son sens) peuvent permettre et procurer.
Woody Allen, au sommet, qui doute encore pourtant d'avoir jamais réalisé un GRAND film nous comble avec cette sucrerie dorée, subtile et profonde, drôle et mélancolique, cruelle et généreuse dont on sort le coeur allégé de toute peine et plein d'espoir. Woody laisse encore percevoir que le cinéma est un puits sans fond où l'inspiration et la fantaisie sont reines et dans lequel tout est possible, sans limite !
Mais revenons-en un peu à notre histoire ! Dès les premières scènes qui mettent en présence Inez et Gil jeune couple d'américains en vacances à Paris avec les parents de la belle et qui doivent officialiser prochainement... on sent bien que rien ne colle entre eux. Alors qu'Inez, fille à papa et maman, bourgeoise, oisive et matérialiste s'imagine déjà dans sa villa à Malibu avec son scénariste à succès de mari, Gil quant à lui bohême, intellectuel et sentimental ne rêve que de simplicité et d'une vie sous les toits avec vue sur le ciel et pourquoi pas à Paris. Elle a hâte de s'installer à nouveau sur une plage californienne, il trouve que Paris est encore plus beau sous la pluie où il aime se perdre dans les rues. Elle affirme qu'il est plus crédible en scénariste, activité lucrative, il aimerait que le roman qu'il a écrit soit publié... Gil a de toute façon peu voix au chapitre et aucun de ses souhaits n'est pris en compte par sa fiancée comme par ses parents qui le méprisent ouvertement et auraient préféré un autre parti pour leur fille. Justement, la rencontre avec des amis américains va faire que providentiellement Gil et Inez vont découvrir Paris chacun à leur façon et de leur côté. Pour notre plus grand bonheur.
Et Paris de devenir sous nos yeux émerveillés, le lieu de tous les possibles où la nostalgie, les rêves, les illusions, le passé, le présent et l'avenir s'entremêlent pour aboutir au constat vivifiant, réconfortant et exaltant qu'on peut s'enrichir du passé pour marcher vers un avenir peut-être prodigieux.
Toute la magie d'une ville et d'une histoire devant la caméra d'un réalisateur particulièrement inspiré qui, en évoquant le subterfuge de "La rose pourpre du Caire" (autre chef-d'oeuvre de Woody) dont tout cinéphile a rêvé, nous égare et nous transporte (dans tous les sens du terme) pendant 90 minutes dans un songe enchanteur.
C'est éblouissant, brillant, raffiné, c'est drôle, bavard et ironique, tout à la fois et plus que cela encore. Owen Wilson, nouveau venu chez Woody Allen, s'empare magistralement de l'univers, du phrasé, de la démarche même (mains dans les poches) de Woody qui ne peut (hélas) plus interpréter les personnages de ses rôles et possède ce qu'il faut de séduction, d'humour et d'élégance pour être absolument convaincant.
Je vous laisse le bonheur de découvrir le reste du casting sans rien vous révéler de l'histoire et aller ainsi de surprise en émerveillement. 
Et que celle qui prétend à tort que je raconte TOUJOURS la fin des films sache que je n'en dis strictement rien ici.
12:08 Publié dans 1 *****VERTIGINEUX | Lien permanent | Commentaires (38) | Envoyer cette note | Tags : midnight in paris de woody allen, rachel mcadams, owen wilson, kathie bates, marion cotillard, michael sheen; cinéma

