28.02.2009

GRAN TORINO de Clint Eastwood *****

 

Gran Torino : photo Clint EastwoodGran Torino : photo Clint EastwoodGran Torino : photo Clint Eastwood

Walt Kowalski est ce qu’on peut appeler un vieux con. Sa première particularité est d’être raciste et de le faire savoir à chaque instant. Il est aussi bougon, intolérant, rempli d’idées préconçues sur tout et surtout sur les « autres ». Le jour où il enterre sa femme, de nouveaux voisins s’installent. Encore des asiatiques qui déjà envahissaient « son » quartier. Il ne lui reste rien que sa vieille chienne Daisy et sa sublime voiture, une Ford Gran Torino qu’il chérit depuis 30 ans en la laissant au garage.

Un jour, sur un malentendu, il devient le héros du quartier. Alors qu’il veut chasser de son carré de pelouse les jeunes d’un gang, il sauve par là même le fils de ses voisins, le jeune Thao. Il va d’abord résister et devenir peu à peu, sous la pression de Sue, la sœur de Thao, un ami de cette famille qu’il avait d’abord méprisée.

Ce film est un crève-cœur. Clint, plus masochiste que jamais le livre comme un adieu sublime et définitif. A chaque instant, on croit l’entendre dire « on ne sait jamais, c’est peut-être le dernier », même ou bien qu’il s’achève sur un générique extraordinairement apaisé, aux doux sons du piano de Kyle. C’est comme si, sachant que sa légende en marche est déjà écrite, il avait décidé de la conclure en beauté, par ce film testament sans spectacle et sans pathos.

Il s’offre LE rôle d’un homme de son âge où il semble faire la somme de tout ce qu’il a été au cinéma : le tueur, le séducteur, le solitaire, l’ami, le confident, le vengeur… Et le père… même si une fois de plus la rencontre avec ses fils de cinéma est complètement ratée le faisant ressasser encore et encore la culpabilité de n’avoir pas été un bon père pour ses propres enfants et qu’il offre toute sa tendresse, son attention à ses jeunes voisins chinois. Clint Eastwood dont on oublie souvent quel grand acteur il est, présent devant et derrière la caméra c’est évidemment la cerise sur ce film cadeau drôle et douloureux qui dit « je suis encore là » et « je ne suis (peut-être) plus là pour longtemps ». A presque 80 ans, la démarche parfois hésitante, le regard lointain mais le sourire toujours charmeur Clint s’amuse comme un fou avec ce rôle de xénophobe en multipliant les grimaces, les grognements excédés qui ponctuent chaque phrase. Aucune insulte et noms fleuris pour désigner l’étranger ne lui échappent : niacoué, face de citron, bougnoule (je ne les connais pas toutes). Il ne comprend plus grand-chose au monde qui l’entoure, à la jeunesse surtout, à la violence. Il continue de croire qu’on peut régler les problèmes à la Harry et quand il pointe ses doigts sur les membres des gangs ennemis, on le traite de ‘papy’ mais on recule d’un pas. C’est drôle et toute la filmo défile.

On ne doute pas souvent que le vieux va s’amender au contact de Thao et Sue mais il continue de douter, empêtré dans les souvenirs d’une guerre qui lui a laissé des décorations et des cauchemars, désolé de n’avoir pas compris ses enfants, hésitant entre croire en Dieu et ne pas y croire (Dieu ne réagit pas très vite quand on le sollicite…), se confesser ou pas à un « puceau séminariste suréduqué » qui pourrait être son petit-fils et qu’il doit appeler « mon père » (Christopher Carley vraiment très bien), boire bière sur bière, et simplement se faire faire son premier costume sur mesure... Toutes les questions sans réponse d’une vie hantent ce film. Mais le dernier quart d’heure insuffle un véritable suspens que moi (pas très maligne) je n’avais pas senti venir.

Et j’ai passé tout le générique affalée dans mon fauteuil, plus sonnée qu’une million dollar baby !

 

Frederique en parle vraiment bien.

Gran Torino - Clint Eastwood

15.02.2009

FESTIVAL INTERNATIONAL DU 1er FILM - ANNONAY 2009, and MY winner is

THOMAS de Miika Soini *****

Finlande

Thomas est un vieil homme de 83 ans. Il vit (très) seul dans un minuscule appartement ni vraiment au rez-de-chaussée ni vraiment au sous-sol. Un petit soupirail par lequel il accède en grimpant sur une caisse en bois lui offre un peu de lumière et lui permet d’observer les mouvements de sa rue très en pente. Parfois il se risque à l’extérieur pour une promenade qui lui donne immédiatement envie de rentrer chez lui retrouver son quotidien monacal entre son jeu d’échecs, la radio qui ne diffuse que de la musique classique et une photo de sa femme.

Immobile et silencieux, mélancolique et pas très sympathique, un peu absent au monde, c’est grâce à une rencontre inattendue dans un parc où il se promène parfois que Thomas va trouver un sens, l’explication, la reconnaissance de toute son existence et peut-être enfin la paix avec lui-même et ce monde qui l'a exclu...

Comment vous parler de « Thomas » que peut-être vous ne verrez pas alors qu’il représente pour moi 1 heure et 10 minutes de cinéma parmi les plus vibrantes que j’ai vues dans ce Festival pour ne pas dire 1 heure et 10 minutes de cinéma essentiel ? Car oui, c’est un film qui va à l’essentiel en prenant néanmoins le temps de s’attarder sans jamais s’apesantir. Un miracle de tous les instants, d’une profondeur insensée, où tout s’éclaire peu à peu, où toutes les révélations finales expliquent et justifient la moindre scène, le moindre comportement depuis le début. Un cinéma lumineux où tout se justifie sans peser jamais, de la musique la plus troublante (Mozart) au silence parfait jusqu’au moindre dialogue anodin qui finit par se révéler déterminant.

Dès l’ouverture du film, on est embarqué et surpris sans jamais être manipulé. Un vieil homme ronchon en reçoit un autre. On sait, en ayant lu le sinopsis qu’il n’en restera qu’un puisqu’on s'attend à suivre l’histoire d’un vieillard seul. Et dès les premières minutes, on est cueilli avec délice car celui qui reste n’est pas celui qu’on attendait. On retrouve donc Thomas à l’enterrement de son frère et l’on rit, comme il arrive parfois aux enterrements. Les surprises ne cesseront jamais dans ce film qui réussit l’exploit d’être à la fois contemplatif et de nous emballer par une histoire, celle de Thomas, dont on VEUT connaître l’issue et l’origine. Par petites scènes cocasses, pitoyables, bouleversantes, pathétiques… (il faudrait TOUTES les citer, ne pas en exclure une seule pour être juste et équitable) le réalisateur colle aux basques de Thomas (même les chaussures ont un « rôle » comique) et nous laisse avec le souvenir inoubliable d’un film, d’un personnage, d’un rôle et d’un acteur hors du commun.

Gloire aux réalisateurs, de plus en plus rares, qui « posent » leur caméra pour nous raconter une histoire, qui ne poursuivent pas systématiquement leurs acteurs caméra à l’épaule (cela dit Thomas ne va plus très vite mais il marche toujours…) nous donnant des vertiges injustifiés. Ici, tout est calme et mesuré sans que cela nous empêche d’apprécier peu à peu l’ampleur de la tempête qui se joue sous le crâne de « Thomas » et le ronge. Cela donne lieu à des plans d’une beauté rare, à tomber, où tout est parfait, le cadre, la lumière, la durée. Chaque scène est un tableau dans lequel Thomas peut évoluer et se déplacer.

Thomas c’est aussi un acteur, Lasse Pöysti, une légende vivante en Finlande qui continue d’avoir des projets malgré son grand âge. Il offre à ce rôle sa lourde stature fatiguée et son visage, incroyable masque impassible qui allie comédie et tragédie.

Gloire également au jury qui a décerné à ce film « Le prix spécial » et surtout au jury des lycéens qui ne se sont pas laisser piéger par d’autres oeuvres plus faciles ou racolleuses et ont accordé leurs voix à « Thomas » malgré les décennies qui les séparent de ce vieil homme et pour un film qui parle de vieillesse, de solitude, de compassion mais surtout comme le revendique sans relâche Miika Soini : d’amour, dont la plus grande preuve reste pour lui de laisser « partir » ceux qu’on aime. Deux tomates d’or pour ce film, c’était le moins.

Vous l’avez compris Miika n’est donc pas que ce beau jeune homme, sympathique, intelligent, drôle, merveilleux, attirant, chaleureux, charmant, gentil, ouvert, étonnant, spirituel… AIMABLE… c’est aussi un cinéaste. Après avoir été serrurier… il a fait du théâtre pendant des années en Finlande. Il est devenu acteur, mais il souhaitait tout maîtriser. Il a donc d’abord mis en scène des pièces de théâtre et intégré une école nationale de cinéma. Il est très fier d’avoir pu tourner son film « Thomas » en 10 jours avec un budget d’à peine 200 000 €uros. L'histoire est issue d’un recueil de nouvelles qui traitent de la vieillesse et dont il a écrit le scénario. Miika a tenu à plusieurs reprises à insister sur son empathie avec les personnes âgées dans un pays, la Finlande, où une personne de plus de 65 ans sur 2 se suicide…

 

Ce film est inoubliable et Miika Soini peut en être fier car c’est bien le cinéma qui coule dans ses veines.

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Et voilà... je vous laisse un peu tranquille avec "mon" cinéma d'Annonay. J'espère que vous pourrez au moins voir les 3 films de mon palmarès... Le film de clôture (une merveille) doit sortir en salle le 4 mars, je vous en parlerai donc à ce moment pour ne pas vous embrouiller et vous rappeler de ne pas le rater le moment venu...

26.06.2008

Valse avec Bachir d’Ari Folman *****

Valse avec BachirValse avec BachirValse avec Bachir

D’emblée on est stupéfait par la beauté des images. Les couleurs sombres et lumineuses, terriblement douces, les ombres et les mouvements, le vent, les vagues… tout concourt à installer une ambiance envoûtante, bouleversante et parfois dérangeante qui ne disparaîtra qu’à la fin du film. On est aussi saisi d’effroi par cette meute de chiens hurlant et bavant qui se ruent sur l’écran comme s’ils allaient le traverser et nous bondir dessus. Il s’agit en fait du cauchemar récurrent d’un ami d’Ari Folman qui est réveillé chaque nuit par cette vision d’enfer. Lors de la première guerre du Liban au début des années 80, cet ami a dû tuer 26 chiens très gênants. Cette mission lui a été confiée car il était incapable de tuer des hommes. En écoutant son ami se confier, Ari s’aperçoit qu’il a complètement occulté cette période où lui aussi était soldat. Cette période douloureuse dont le point culminant est le massacre de Sabra et Shatila, il souhaite aujourd’hui, 20 ans plus tard, s’en souvenir, l’évoquer et savoir quel avait été son rôle précisément lors de la tuerie. C’est ainsi qu’il part à la recherche et à la rencontre des hommes qui avaient comme lui une vingtaine d’années à l’époque et qui furent les témoins de ce carnage perpétré par les phalangistes chrétiens sous le regard inerte d’Israël. Toute la population des deux camps de réfugiés palestiniens à l’ouest de Beyrouth a été massacrée en représailles à l’assassinat de Bachir Gémayel véritable héros (héraut) libanais.

J’espère que le fait de faire de ce film le premier documentaire d’animation de l’histoire du cinéma ne rebutera personne car au-delà du fait qu’il prouve que le cinéma peut encore et toujours inventer et surprendre, il prouve aussi à quel point le cinéma israëlien est inventif et indispensable. Ari Folman fait de son film une réussite en tout point admirable bâti comme un documentaire mais en y intégrant également une dramatisation qui va crescendo, un suspens haletant. Et c’est tout l’art des très grands de réussir à nous captiver sans relâcher l’intérêt un seul instant alors qu’on connaît parfaitement l’issue de l’histoire. Au gré des rencontres et des témoignages, le réalisateur construit son récit en flash-backs tous plus passionnants les uns que les autres tant les protagonistes ont chacun une personnalité forte, attachante et un art indiscutable pour exposer leur vision du drame. La mémoire est dynamique et vivante nous dit-on et plus Ari Folman va creuser profond, plus les souvenirs vont resurgir, le laissant terrassé (et nous avec) devant l’horreur.

Ce film de guerre psychanalytique et limpide qui montre encore et encore à quel point les soldats ont peur, est d’une beauté, d’une force et d’une puissance émotionnelle incomparables.

Ne le ratez pas car c’est un film indispensable et sublime porté par des images, des personnages et une musique inoubliables. Comment manquer cette scène magique d’un soldat valsant en pleine nuit avec les balles qu’il tire en virevoltant au son de Chopin devant un portrait de Bachir ?

Valse avec Bachir

25.02.2008

Le cahier (Bouddha s’écroule de honte) d’Hana Makhmalbaf *****

Photos de 'Le Cahier'

Baktay a 6 ans, elle est afghane et elle vit dans une grotte avec sa mère au pied des statues géantes détruites par les Talibans en 2001. A force d’entendre son petit voisin et ami réciter l’alphabet et lui raconter de belles histoires apprises à l’école, elle rêve elle aussi d’aller à l’école. Pour cela il lui faut absolument un cahier.

Une fois de plus, une fois de trop je ne comprends pas la tiédeur et la timidité des critiques vis-à-vis de ce film certes bouleversant mais INDISPENSABLE ! La jeune réalisatrice (19 ans, excusez du peu) nous conte au travers d’une seule journée épouvantable le quotidien effrayant d’une petite fille dans un pays oublié et sacrifié. Elle choisit de le faire d’une façon si originale et si inédite qu’on en reste béat d’admiration. Plutôt que nous faire voir de plein fouet la violence et la tyrannie des hommes, elle nous présente son histoire du point de vue de cette petite fille qui, pour obtenir un cahier dans un pays où les filles n’ont pas le droit d’aller à l’école, doit vendre, troquer, argumenter et traverser mille dangers. Car les autres enfants, les garçons, « jouent à la guerre » et Baktay a beau leur répéter « je n’aime pas jouer à la guerre », ils vont l’intégrer contre son gré à leurs jeux terrifiants. Hana Makhmalbaf filme ces jeux avec tant de réalisme, en plaçant pourtant sa caméra à hauteur d’enfants, qu’on croit souvent que « c’est pour de vrai », et on tremble. A de multiples reprises on se prend à penser : mais il y a bien un connard d’adulte qui va lui DONNER un cahier ! Mais non, les adultes dans ce pays, sont bien trop occupés à tenter de survivre dans des conditions inimaginables qu’ils laissent les enfants pousser comme de mauvaises herbes. Aller chercher de l’eau, faire la lessive, trouver à se nourrir… tout devient une expédition. Dans les jeux des enfants, on ne trouve pas de cow-boys et d’indiens imaginés… leurs modèles sont tour à tour des Talibans, des terroristes, des américains… des guerriers de toute façon qui n’ont que mépris et dégoût pour les filles. Ils reproduisent exactement ce dans quoi ils baignent depuis toujours : la haine et la violence. Le constat est sombre et inquiétant. Quels adultes vont devenir ces enfants ???

Au milieu de cette cruauté, une toute petite fille (et la toute petite actrice Nikbakht Noruz est tout simplement époustouflante) extraordinaire qu’on a envie de prendre dans ses bras 2 000 fois, pour la consoler, la rassurer. Le film se termine sur la phrase impressionnante de son ami qui lui lance « fais semblant d’être morte et tu seras libre » et Baktay s’écroule, vaincue. Et on se dit, et alors ? Ce n’était qu’une journée où elle a réussi à ne pas tomber dans un ravin, ne pas se noyer dans la rivière, ne pas être enterrée vivante, ne pas être lapidée, ne pas être dévorée par un chien… Que sera demain pour elle, et pour tous les autres ?

Allez voir ce film qui par ailleurs est d’une beauté étourdissante car ce pays semble être magnifique et surtout, surtout emmenez vos enfants (à partir de 8-9 ans), et expliquez leur que ces enfants là-bas vivent sur la même planète, au même moment qu’eux, même si leurs conditions moyen-âgeuses de sur-vie vont leur paraître invraisemblables.

Je le répète ce film est un crève-cœur mais il me semble indispensable et contrairement à ce que ma note semble supposer (j’ai beaucoup de mal à en parler même si l’histoire et les images m’obsèdent depuis trois jours…), il n’est pas un mélo indigeste et malhonnête où la réalisatrice viendrait chercher notre émotion par des moyens faciles. Cela dit le visage de Baktay, ses belles joues cramées de soleil, son sourire lumineux, ses larmes insupportables, son beau petit costume jaune et vert, ses petites mains… vous n’êtes pas prêts de les oublier 

Affiche de 'Le Cahier'

27.11.2007

L'HOMME SANS ÂGE de Francis Ford Coppola *****

Photos de 'L'Homme sans âge'
Photos de 'L'Homme sans âge'
Photos de 'L'Homme sans âge'
Photos de 'L'Homme sans âge'

Le 16.11.2007

En 1938, Dominic Matei, vieux professeur de linguistique roumain de 70 ans suicidaire, est frappé par la foudre. Dans un état critique à l’hôpital, il ne meurt pas et se met à rajeunir miraculeusement. Son cas attire les scientifiques, notamment les nazis… Il est contraint de fuir sous une fausse identité. Il va retrouver son amour perdu, le perdre encore, le retrouver, tenter de finir un ouvrage sur les origines du langage…

Entrer dans une salle avec un a priori positif est dangereux à deux titres : la déception peut être grande et la crédibilité peut en prendre un sacré coup. Cependant, j’avoue qu’en m’installant dans la salle, j’avais l’air du ravi de crèche au moment de Noël et une petite phrase tournait dans ma tête :

« je vais voir un film de Francis Ford Coppola !».

C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup… car il est un des piliers fondateurs de ma cinéphilie et depuis 10 ans rien de lui ! Alors oui, j’avais envie et pratiquement décidé d’aimer ce film et je dois reconnaître que des heures plus tard, je suis encore sous le choc, sous le charme et le délicieux état de grâce ne me quitte pas. Les sons et les images flottent encore dans ma tête et autour de moi et c’est plus qu’agréable. Instantanément, j’ai été happée par la beauté saisissante, les cadres, les lumières, les décors et par l’histoire. Tim Roth est tellement bon qu’il devait être dans le même état d’esprit que moi : « je tourne avec Francis Ford Coppola ! ». Dans un rôle schizophrénique qui se dédouble à l’infini dans les méandres d’une histoire tarabiscotée, complexe qui brasse mille thèmes des origines de l’humanité, du langage à la barbarie des hommes, des nazis, qu’il ait 25 ans, 40, 70 ou 90, on y croit, il est là, vivant, réel, solide et fragile, condamné à perdre inévitablement tout ce qu’il aime. Car c’est au final un film d’amour dont il s’agit et tant pis, ou plutôt tant mieux si le virage à 90° en plein milieu est déroutant… on n’en est que plus conquis par l’étoile époustouflante Alexandra Maria Lara (vue récemment dans « Control ») amoureuse éperdue qui se réincarne à l’infini.

Lancinant, envoûtant, ensorcelant… ce film mystérieux et prestigieux est « fantastique » à plus d’un titre…

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le 27.11.2007

Le vertige était encore là et bien là. Je le disais déjà ici, ce film est fantastique et c’est en y cherchant quelque chose de rationnel et donc de rassurant qu’on risque de se perdre. Pourquoi y’aurait-il besoin de tout comprendre au cinéma pour aimer, pour aimer passionnément, à la folie ? Car cette fois, je n’en doute plus, c’est un film d’amour que Coppola nous offre là. Et sa vie aussi, sa vie en pâture qu’il expose et déroule à nos pieds de fans alors que les critiques se déchaînent, souvent odieux et désenchantés, alors qu’ils s’extasient unanimement devant « Supergrave » (désolée je ne le verrai pas) tel Michel Ciment au « Masque et la plume » parlant de « L’homme sans âge » qui achève sa critique d’un « il ne faut pas tirer la chasse sur ce film mais… » ! Passons.

Ici, c’est d’amour dont on nous parle, l’amour de la vie, du travail, celui qui obsède toute une vie durant et qu’on a peur de ne pas terminer alors qu’on lui a trop ou tout sacrifié, et l’amour d’une femme, la seule, douloureusement et éternellement réincarnée mais qui vieillit, elle... C’est quasiment testamentaire alors qu’on souhaite face à cette renaissance du cinéma de Coppola qu’il continue de nous surprendre ainsi.

Dans le film Tim Roth (il faut pouvoir et savoir susurrer « Dominic »…) sanglote seul dans son lit, (à moi ça fend le cœur) lorsqu’il sort de chez lui, vieillard boitillant il est foudroyé… oui, un coup de foudre, rien d’autre et rien de plus. Si ce n’est pas ça l’amour ? Son intelligence, sa soif de connaissances, ses facultés sont décuplées. Il engloutit le savoir, tous les savoirs à une vitesse phénoménale. Il lui suffit de regarder un livre pour en connaître le contenu. Son cerveau l’envahit et son cœur l’handicape. C’est donc sublime, forcément sublime car toujours « le cœur a ses raisons que la raison ignore », et fort heureusement. Un film a t'il pour vocation d'être raisonnable ? Pas pour moi. Et tant pis, et tant mieux si on se perd parfois dans le fond car la forme est là, les images, les sons, les lumières, admirables, magnifiques. Qu’est-ce donc d’autre que le cinéma sinon plonger, s’immerger et sombrer dans un flot de sensations ? Tim Roth/Dominic n’est pas un super héros, il est un homme aux capacités surhumaines mais au cœur d’artichaut condamné à tout perdre, à tout sacrifier. Dominic (Francis Ford Coppola ?) a du cœur, et c’est ce cœur qui le submerge et nous enchante.

L’invention, le rêve, l’audace, l’imprudence et l’impertinence sont au cœur de ce film chavirant. Merci, merci, merci.

Avez-vous compris ce qu'il vous reste à faire ?

16.11.2007

L'HOMME SANS ÂGE de Francis Ford Coppola *****

En 1938, Dominic Matei, vieux professeur de linguistique roumain de 70 ans suicidaire, est frappé par la foudre. Dans un état critique à l’hôpital, il ne meurt pas et se met à rajeunir miraculeusement. Son cas attire les scientifiques, notamment les nazis… Il est contraint de fuir sous une fausse identité. Il va retrouver son amour perdu, le perdre encore, le retrouver, tenter de finir un ouvrage sur les origines du langage…

Entrer dans une salle avec un a priori positif est dangereux à deux titres : la déception peut être grande et la crédibilité peut en prendre un sacré coup. Cependant, j’avoue qu’en m’installant dans la salle, j’avais l’air du ravi de crèche au moment de Noël et une petite phrase tournait dans ma tête :

« je vais voir un film de Francis Ford Coppola !».

C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup… car il est un des piliers fondateurs de ma cinéphilie et depuis 10 ans rien de lui ! Alors oui, j’avais envie et pratiquement décidé d’aimer ce film et je dois reconnaître que des heures plus tard, je suis encore sous le choc, sous le charme et le délicieux état de grâce ne me quitte pas. Les sons et les images flottent encore dans ma tête et autour de moi et c’est plus qu’agréable. Instantanément, j’ai été happée par la beauté saisissante, les cadres, les lumières, les décors et par l’histoire. Tim Roth est tellement bon qu’il devait être dans le même état d’esprit que moi : « je tourne avec Francis Ford Coppola ! ». Dans un rôle schizophrénique qui se dédouble à l’infini dans les méandres d’une histoire tarabiscotée, complexe qui brasse mille thèmes des origines de l’humanité, du langage à la barbarie des hommes, des nazis, qu’il ait 25 ans, 40, 70 ou 90, on y croit, il est là, vivant, réel, solide et fragile, condamné à perdre inévitablement tout ce qu’il aime. Car c’est au final un film d’amour dont il s’agit et tant pis, ou plutôt tant mieux si le virage à 90° en plein milieu est déroutant… on n’en est que plus conquis par l’étoile époustouflante Alexandra Maria Lara (vue récemment dans « Control ») amoureuse éperdue qui se réincarne à l’infini.

Lancinant, envoûtant, ensorcelant… ce film mystérieux et prestigieux est « fantastique » à plus d’un titre…

15.10.2007

L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d'Andrew Dominic *****

 

 

Quitte à vous paraître obsessionnelle

(j’assume entièrement mes névroses, merci J)

  • parce que vous hésitez encore,

 

  • parce que j’ai lu tellement de bêtises sur cette merveille,

  • parce que j’ai vu des gens quitter la salle (je sais ce que cette affirmation a de dangereux, mais elle peut aussi vous intriguer et vous inciter à vous faire votre opinion… c’est tellement inconcevable !),
  • parce qu’il me paraît impensable que ce film disparaisse trop vite des écrans (je ne m’inquiète pas trop, il ressortira quand il aura tout raflé aux Oscar en mars prochain…),
  • parce que voir les ravages de la maladie, de la folie, de la jalousie, de la fascination qui consument deux êtres, deux fantômes absurdes et fascinants qui s’aiment et se haïssent,
  • parce qu’un cinéma de cette puissance, de cette qualité, de cette beauté est une récompense, une preuve de confiance envers l’intelligence du spectateur,
Photos de 'L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford'
 
  • parce que ce film est un cadeau…

 

je vous encourage une fois de plus (à cliquer ici et) à le voir car il est plus qu’un film, une aventure épique, une expérience poétique, un opéra mélancolique,

INOUBLIABLE.

Photos de 'L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford'

13.10.2007

L'ASSASSINAT DE JESSE JAMES PAR LE LÂCHE ROBERT FORD d’Andrew Dominic *****

Je suis retournée voir ce film car l’affrontement de Jesse James et Robert Ford me hante depuis trois jours. Les plus observateurs remarqueront qu’il s’est passé quelque chose entre la première et la deuxième (je n’ai pas dit seconde…) vision…

J’avais oublié de vous parler de la musique. C’est Nick Cave qui s’y colle et c’est tellement envoûtant, adapté aux images, à la tragédie qui se joue qu’on la remarque à peine alors qu’elle fait corps avec l’atmosphère. Elle en devient indissociable, un piano, un violoncelle qui ensorcellent.

Je me suis encore davantage concentrée sur l’autopsie de cette trahison qui laisse Robert Ford exsangue et surtout complètement déconcerté, consterné par le sort qu'on lui réserve. Au lieu d’être porté en triomphe pour avoir débarrassé la terre d’un assassin, il est au contraire traité de lâche alors qu’on continue de chanter les louanges de Jesse James.

Si le film est tout entier construit sur les humeurs sombres et la mélancolie de ces cow-boys (qui pleurent beaucoup), la longue et palpitante scène où Jesse, Robert et son frère Charley se retrouvent pour préparer un nouveau « coup », juste avant le meurtre de Jesse, est d’une intensité, d’une puissance incomparable. C’est un sommet de tension où le malaise entre les trois hommes, leur peur, leur méfiance les uns vis-à-vis des autres atteint un paroxysme manifeste.

Quant à Brad Pitt et Casey Affleck, je le confirme, ils atteigent eux aussi des sommets d'interprétation absolument époustouflants. Je ne sais si Brad Pitt entrera dans la légende comme étant LE Jesse James du cinéma, mais Casey Affleck, éperdu d'admiration puis rongé de culpabilité,  est sans conteste Robert Ford. Il est I.N.O.U.B.L.I.A.B.L.E.

 Ce film est un chef d’œuvre, le mot est lâché.

Après cette photo, vous pouvez retrouver ce que j’en disais mardi.

Pas de surprise, pas de suspens, le film nous emporte inexorablement, lentement, implacablement vers l’assassinat de Jesse James par ce lâche Robert Ford. Mais n’est-ce pas plutôt à la demande expresse de son idole que Robert Ford le tue ? Dans cette scène, intense, tendue, magistrale, Jesse James semble préparer son suicide. Avec application, il retire ses revolvers qu’il dépose sur un canapé, il prétend dépoussiérer un cadre, il tourne le dos à son assassin. Il se prépare, il attend le coup de feu, tout en observant son assassin dans le reflet du tableau, lui qui n'hésitait pas non plus à abattre d'une balle dans le dos des gêneurs désarmés…

Avant d’en arriver là, il faudra accompagner Jesse James dans ses derniers jours, sa dégringolade progressive vers la folie, la paranoïa d’un homme traqué que tout le monde inquiète. Certains supporteront mal cette lente descente vers les enfers si j’en crois la nouvelle épidémie de salle qui se vide… Car évidemment, « L’assassinat… » n’est pas un film facile, évident, lisible à la première « lecture » mais on plonge néanmoins dans une œuvre d’une majesté, d’une ampleur et d’une ambition sans pareilles qui vous poursuit encore au réveil, le lendemain. Mon bonheur de cinéphile : être hantée par un film, une ambiance, des héros, des acteurs !

On croyait que Clint Eastwood (qui ???) avait tout dit de la fin des héros et de l’ouest américain épique et mythique dans son « Impitoyable ». Non, le western n’est pas mort et n’a heureusement pas dit son dernier mot. Mais ici, pas de poursuites entre cow-boys et indiens, pas de chevauchées sur fond de coucher de soleil, pas de sécheresse, de poussière et de canyons imposants. C’est l’hiver, il fait froid, souvent sombre, la neige recouvre tout, les cavaliers comme leurs montures semblent exténuer. C’est magnifique, baigné dans un clair obscur ocre et glacial. Je qualifierai ce film de « western dépressif » qui n’est pas sans évoquer le « Dead man » de Jim Jarmush et même le trop sous-estimé « Open range » de Kevin Costner, par cette poésie, cette beauté, cette langueur et cette mélancolie dont ces films sont empreints.

Andrew Dominic, réalisateur Néo-Zélandais a une ambition folle et un talent exceptionnel. Il évoque la beauté et le côté morbide des mythes. Etrangement, Jesse James, assassin notoire et revendiqué était un bandit super-star, objet d’un véritable culte de son vivant. Des livres et des BD lui étaient consacrés. A sa mort, son cadavre « congelé » a été photographié, exposé à la foule des admirateurs qui se pressaient également pour visiter la maison où il avait vécu jusqu’à 34 ans avec sa femme (effondrée, épouvantée) et ses deux enfants. Il était le « Brigand bien aimé » alors que sa tête était mise à prix. Pour l’interpréter, Brad Pitt plus pâle qu’un mort vivant, dont le visage se décompose littéralement à mesure que sa fin approche est absolument extraordinaire. Amical puis inquiétant, il passe du rire aux larmes, s’emporte, explose de rire puis plonge brusquement dans le plus douloureux tourment. Son prix d’interprétation à Venise est amplement mérité et il me semble un concurrent évident pour Philip Seymour Hoffman (oui, je fais mes pronostics des Oscar…), tant il est exceptionnel ici.

Il ne faut néanmoins pas oublier la performance touchante et déroutante de Sam Rockwell qui offre toujours des compositions remarquables dans chacun de ses films. Mais évidemment, la découverte incontournable c’est Casey Affleck, d’abord recroquevillé sur lui-même, brûlant d’admiration, puis rongé par la jalousie, enfin détruit par la culpabilité, intimidant malgré sa gaucherie, tour à tour horripilant puis touchant, il est prodigieux.

Une standing ovation pour lui, une « Ola » pour le film.

L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford - Brad Pitt

 

10.10.2007

L'ASSASSINAT DE JESSE JAMES PAR LE LÂCHE ROBERT FORD d’Andrew Dominic ****

L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford - Brad Pitt

Pas de surprise, pas de suspens, le film nous emporte inexorablement, lentement, implacablement vers l’assassinat de Jesse James par ce lâche Robert Ford. Mais n’est-ce pas plutôt à la demande implicite mais expresse de son idole que Robert Ford le tue ? Dans cette scène, intense, tendue, magistrale, Jesse James semble préparer son suicide. Avec application, il retire ses revolvers qu’il dépose sur un canapé, il prétend dépoussiérer un cadre, il tourne le dos à son assassin. Il se prépare, il attend le coup de feu, tout en observant son assassin dans le reflet du tableau, lui qui n'hésitait pas non plus à abattre d'une balle dans le dos des gêneurs désarmés…

Avant d’en arriver là, il faudra accompagner Jesse James dans ses derniers jours, sa dégringolade progressive vers la folie, la paranoïa d’un homme traqué que tout le monde, même et surtout ses amis les plus proches, inquiète. Certains supporteront mal cette lente descente vers les enfers si j’en crois la nouvelle épidémie de salle qui se vide… Car évidemment, « L’assassinat… » n’est pas un film facile, évident, lisible à la première « lecture » et l’histoire et le destin de certains personnages secondaires sur lesquels le réalisateur s’attarde, ne sont pas limpides. Ça ne me gêne pas de ne pas tout comprendre quand je suis plongée comme c’est le cas ici dans une œuvre d’une majesté, d’une ampleur et d’une ambition sans pareilles qui vous poursuit encore au réveil, le lendemain. Mon bonheur de cinéphile : être hantée par un film, une ambiance, des héros, des acteurs !

On croyait que Clint Eastwood (qui ???) avait tout dit de la fin des héros et de l’ouest américain épique et mythique dans son « Impitoyable ». Non, le western n’est pas mort et n’a heureusement pas dit son dernier mot. Mais ici, pas de poursuites entre cow-boys et indiens, pas de chevauchées sur fond de coucher de soleil, pas de sécheresse, de poussière et de canyons imposants. C’est l’hiver, il fait froid, souvent sombre, la neige recouvre tout, les cavaliers comme leurs montures semblent exténués. C’est magnifique, baigné dans un clair obscur ocre et glacial. Je qualifierai ce film de « western dépressif » (crépusculaire i disent dans les revues savantes) qui n’est pas sans évoquer le « Dead man » de Jim Jarmush et même le trop sous-estimé « Open range » de Kevin Costner, par cette poésie, cette beauté, cette langueur et cette mélancolie dont ces films sont empreints.

Andrew Dominic, réalisateur Néo-Zélandais a une ambition folle et un talent exceptionnel. Il évoque la beauté et le côté morbide des mythes. Etrangement, Jesse James, assassin notoire et revendiqué était un bandit super-star, objet d’un véritable culte de son vivant. Des livres et des BD lui étaient consacrés. A sa mort, son cadavre « congelé » a été photographié, exposé à la foule des admirateurs qui se pressaient également pour visiter la maison où il a vécu jusqu’à 34 ans avec sa femme (effondrée, épouvantée) et ses deux enfants. Il était le « Brigand bien aimé » alors que sa tête était mise à prix. Pour l’interpréter, Brad Pitt plus pâle qu’un mort vivant, dont le visage se décompose littéralement à mesure que sa fin approche est absolument extraordinaire. Amical puis inquiétant, il passe du rire aux larmes, s’emporte, explose de rire puis plonge brutalement dans le plus douloureux tourment. Son prix d’interprétation à Venise est amplement mérité et il me semble un concurrent évident pour Philip Seymour Hoffman (oui, je fais mes pronostics des Oscar…), tant il est exceptionnel ici.

Il ne faut néanmoins pas oublier la performance touchante et déroutante de Sam Rockwell qui offre toujours des compositions remarquables dans tous ses films. Mais évidemment, la découverte incontournable c’est Casey Affleck, d’abord recroquevillé sur lui-même, visage d'ange et regard fuyant, brûlant d’admiration, puis rongé par la jalousie, enfin détruit par la culpabilité, intimidant malgré sa gaucherie, tour à tour horripilant puis touchant, il est prodigieux. Quel cadeau un tel rôle pour un jeune acteur !

Une standing ovation pour lui, une « Ola » pour le film. 

 

L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford - Casey Affleck et Brad Pitt
L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford - Casey Affleck et Sam Rockwell

23.06.2007

Lady Chatterley et l’homme des bois de Pascale Ferran *****

 Lady Chatterley : photo Jean-Louis Coulloc'h, Marina Hands, Pascale Ferran

 

Lady Chatterley : photo Marina Hands, Pascale Ferran

En 1921 en Angleterre, Constance s’étiole dans son château perdu au cœur d’une forêt, près de son mari Clifford, infirme de guerre. Ses promenades quotidiennes la mènent jusqu’à la cabane du garde-chasse. Ils vont s’observer, s’apprivoiser, se découvrir, s’aimer…

Ce film est une rareté et lorsque le générique de fin démarre on se trouve instantanément en manque de Constance et d’Oliver. Pendant que le texte défile reviennent en tête leur douce, longue et merveilleuse dernière conversation, leurs regards éperdus et la toute dernière réplique prononcée dans un souffle par le garde : « oui ». La fin, d’une mélancolie déchirante pourtant pleine d’espoir et d’optimisme est comme une élévation. C’est l’histoire toute simple d’un amour qui libère le corps, mais aussi l’esprit et l’intelligence. C’est un amour qui révèle que les sentiments sont plus forts que les conventions sociales. Il permet aux amoureux de se relever. Constance transgresse les interdits et Oliver, d’abord réticent se met à apprendre, à comprendre et à partager le langage. C’est l’histoire d’un abandon et d’une confiance absolus.

Je ne me souviens plus avoir ressenti qu’une caméra pouvait être aussi caressante… avec ses personnages mais aussi avec la nature, véritable métaphore de l’élan qui fait que les amoureux se cherchent et se rejoignent. Par le regard et dans ses gestes, Constance rend cet homme, son homme, beau et attirant. Quant à Oliver (Jean-Louis Coulloch’ EPOUSTOUFLANT) massif, terrien, solide, solitaire mais si féminin « ma mère disait que j’avais des réactions de fille ; je le vis comme une infirmité », il est d’une délicatesse qui fait frissonner. La première fois qu’il embrasse Constance, il murmure : « vous voulez bien ? ». Quand les deux amants doivent être séparés un temps, Constance dit à Oliver : « ça ne me gêne pas que tu ailles voir d’autres femmes, pourvu que je ne le sache pas et surtout que ton cœur reste doux ». Oliver sourit ! Constance prend la mesure de l’amour qu’elle porte et qu’elle reçoit. Ça fait tant de bien et tant de mal parfois !

Que dire de Marina Hands ? Il semble que Pascale Ferran en ait tiré toute la lumière intérieure. Elle est magnifique, naïve, directe, ardente… Elle explose de rire. Elle est belle, elle est Constance.

L’actrice romantique de l’année : c’est Elle !

C’est si beau, si frémissant tout simplement ! C’est un film incandescent, inoubliable.

05.02.2007

La vie des autres de Florian Henkel Von Donnersmark *****

 

RDA 1984. Employé de la Stasi la police secrète d’Etat, Wiesler (Ulrich Mühe : fascinant) est chargé d’enquêter sur un couple d’intellectuels suspects alors qu’ils ne sont même pas (vraiment) opposants au régime. Peu à peu l’enquêteur semble s’attacher au couple.

Instantanément, dès la première scène, magistrale, on est captivé. Il s’agit d’un interrogatoire dans des sous-sols sordides. Pas de torture ici, la violence est uniquement psychologique, mais tout aussi insoutenable. Ensuite on quitte cet endroit. On y reviendra bien plus tard… L’intérêt va croissant. Le suspens, l’atmosphère, tout est solide et captivant

Ce film parfait est un premier film. La reconstitution, les couleurs froides (on se croirait parfois dans « Brazil »), la mise en scène, l’intensité de l’histoire passionnante de la première à la dernière minute… oui justement la dernière minute : ultime sommet de perfection, tout ici est soutenu et maîtrisé. C’est aussi romanesque et bouleversant tout en restant sobre et objectif. Une réussite exemplaire qu’il va être difficile de surpasser cette année.

Cette vie des autres aurait pu s’appeler « Sonate pour un homme bon »… et l’homme bon, on le découvre à la toute dernière seconde où dans un dernier plan fixe, le réalisateur nous livre le visage enfin apaisé, voire rayonnant d’un homme soulagé, pardonné qui avait hanté le film d’une interprétation quasi hypnotique au regard vide, mort ! Un moment fabuleux.

« Celui qui sauve un homme, sauve le monde ». Encore une fois on vérifie cette phrase du Talmud. Encore une fois on voit que c’est par l’amour que l’homme froid, cruel, implacable peut devenir bon. L’acteur Ulrich Mühe qui s’ouvre à l’art puis à des sentiments méconnus de lui (l’amour, la compassion…) atteint par son interprétation extraordinaire des sommets insoupçonnés. Le reste du casting est pratiquement de ce niveau avec une interprétation exemplaire, notamment d’Ulrich Tukur, exceptionnel.

Une réussite totale. Un choc ! 

25.01.2007

LE VENT SE LEVE de Ken Loach *****

Comme chaque année "la semaine Télérama" propose de venir voir ou revoir une sélection des meilleurs films de l’année 2006. Cette sélection est faite par les journalistes de Télérama et par les lecteurs de la revue. J'ai choisi cette année de revoir en salle : "The wind that shakes the Barley".

 

The Wind shakes the Barley (Le vent se lève) de Ken Loach

Quel film et Quelle palme ! Le réalisateur Wong Kar Waï et son jury ne s’y sont pas trompés en accordant à ce film la Palme d’Or du Festival de Cannes en 2006.

1920 en Irlande la guerre d’indépendance fait rage et le beau titre original fait référence à un poème irlandais de Robert Joyce « Le vent qui agite l’orge » qui évoque le soulèvement irlandais de 1798.

Damien, jeune médecin tout juste diplômé souhaite partir à Londres exercer son métier. Témoin de deux scènes insupportables au moment de son départ, il renonce au départ et choisit de s’engager dans les troupes de l’Armée de la République d’Irlande (I.R.A.) pour combattre les troupes britanniques qui occupent le pays. Entre l’engagement politique, les scènes de combats, l’entraînement de cette troupe d’abord désarmée obligée de bricoler ou de voler ses armes, la torture et les exécutions sommaires d’innocents parfois, dans les deux camps, rien ne nous est épargné !

Et puis il y a un moment où tout bascule et les phrases chocs, c’est  encore Damien qui les prononcent : « j’ai étudié l’anatomie pendant des années, et je vais tuer un homme d’une balle en pleine tête. » Et plus tard : « J’ai franchi un cap, je ne ressens plus rien ».

A nous spectateurs, d’encaisser cela.

Ce film dérangeant, percutant et bouleversant est l’œuvre d’un anglais qui dénonce avec effroi et en hurlant le colonialisme, l’impérialisme, toutes les occupations abusives de pays, toutes les oppressions et plus encore toutes les guerres de religion ainsi que les luttes absurdes et aberrantes dans leur horreur. Il le fait en contant le drame qui va séparer Damien et Teddy au cours d’une lutte fratricide imbécile. Deux frères, deux clans, deux groupes qui se déchirent c’est toute la « connerie » des guerres et plus encore des guerres civiles

Voici donc l’œuvre (le chef-d’œuvre) d’un humaniste pacifiste en rage contre la folie des hommes et il y a bien longtemps qu’il nous avait été offert de voir un film de cette exceptionnelle qualité ! Qu’il soit réalisé par un honnête homme de 70 ans toujours en colère le rend encore plus admirable.

Sur le plan cinématographique, c’est tout aussi remarquable. Pas de romantisme, les morts ne meurent pas au ralenti sur de la musique classique, Ken Loach ne nous impose pas de bondir par un coup de cymbale ou de pleurer en sortant les violons. Ce cinéma classique, sans fioriture, traité chronologiquement en toute simplicité est un coup de poing ! Le vent secoue la lande magnifique et résistante comme un maquis.

L’histoire d’amour (généralement superflue dans nombre de films) est filmée pudiquement d’autant que l’élue du cœur de Damien est elle aussi une résistante qui aura à souffrir mille tourments dans son corps et dans sa chair.

Quant à Cillian Murphy : quel acteur, mais quel acteur !!!

Comment ne pas être à genoux devant Ken Loach et ce cinéma exemplaire ? Comment ne pas finir en larmes comme cette femme à genoux en pleurs elle aussi face à l’étendue désastre ?

31.12.2006

The fountain de Darren Aronofsky*****

Izzy est mourante. Tommy, son mari scientifique, décide que la mort est une maladie dont on peut guérir et choisit désespérément de chercher le traitement qui pourrait la guérir plutôt que de passer le temps qu’il lui reste à ses côtés.

A partir de ce synopsis simple et terrible, Darren Aronofsky nous embarque dans un trip sous acide absolument hallucinant encore jamais vu au cinéma. Evidemment si on n’entre pas instantanément et consentant dans ce parti pris alambiqué, dans cette esthétique saisissante qui brouillent les pistes à travers trois époques aussi éloignées que possible, on risque de rester sur le carreau. Dommage de passer à côté de ce voyage qui aboutit à une constatation d’une beauté et d’une sagesse inouïes : il faut laisser partir les gens qu’on aime pour parvenir à la sérénité.

Laissez-vous emporter vous ne regretterez pas cette aventure entre rêve, cauchemar et réalité où même la musique vous soulèvera de votre siège, où vous découvrirez un arbre de vie d’une beauté ensorcelante, où vous serez aveuglé par la splendeur volontairement démesurée du moindre décor. Ici tout est excessif, le cœur palpite, les yeux sont écarquillés et pourtant tout est apaisant.

Quant aux deux acteurs (très beaux : Rachel Weisz et Hugh Jackmann), seuls au monde, seuls à l’écran car ils éclipsent tous les autres, ils ont ce qu’il faut de romantisme échevelé pour nous faire adhérer à leur histoire d’amour éternel et nous emporter dans leurs torrents de larmes.

Terminer l’année par un film aussi merveilleux est un cadeau, cadeau et poème d'amour aussi d'un réalisateur à sa femme ! Un choc : sublime !

Il m’évoque cette phrase de L.F. Céline : « Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. Tout le reste n’est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force ».

 

27.08.2006

THE WIND THAT SHAKES THE BARLEY de Ken Loach *****

 

Le vent se lève

Avec la critique de ce film, je participe au concours organisé par PRICE MINISTER : BLOGUEURS, FAITES VOTRE CINEMA.

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Quel film et Quelle palme ! Le réalisateur Wong Kar Waï et son jury ne s’y sont pas trompés en accordant à ce film la Palme d’Or du Festival de Cannes en 2006.

 

1920 en Irlande la guerre d’indépendance fait rage et le beau titre original fait référence à un poème irlandais de Robert Joyce « Le vent qui agite l’orge » qui évoque le soulèvement irlandais de 1798.

 

Damien, jeune médecin tout juste diplômé souhaite partir à Londres exercer son métier. Témoin de deux scènes insupportables au moment de son départ, il renonce au départ et choisit de s’engager dans les troupes de l’Armée de la République d’Irlande (I.R.A.) pour combattre les troupes britanniques qui occupent le pays. Entre l’engagement politique, les scènes de combats, l’entraînement de cette troupe d’abord désarmée obligée de bricoler ou de voler ses armes, la torture et les exécutions sommaires d’innocents parfois, dans les deux camps, rien ne nous est épargné !

 

Et puis il y a un moment où tout bascule et les phrases chocs, c’est  encore Damien qui les prononcent : « j’ai étudié l’anatomie pendant des années, et je vais tuer un homme d’une balle en pleine tête. » Et plus tard : « J’ai franchi un cap, je ne ressens plus rien ».

 

A nous spectateurs, d’encaisser cela.

 

Ce film dérangeant, percutant et bouleversant est l’œuvre d’un anglais qui dénonce avec effroi et en hurlant le colonialisme, l’impérialisme, toutes les occupations abusives de pays, toutes les oppressions et plus encore toutes les guerres de religion ainsi que les luttes absurdes et aberrantes dans leur horreur. Il le fait en contant le drame qui va séparer Damien et Teddy au cours d’une lutte fratricide imbécile. Deux frères, deux clans, deux groupes qui se déchirent c’est toute la « connerie » des guerres et plus encore des guerres civiles

 

Voici donc l’œuvre (le chef-d’œuvre) d’un humaniste pacifiste en rage contre la folie des hommes et il y a bien longtemps qu’il nous avait été offert de voir un film de cette exceptionnelle qualité ! Qu’il soit réalisé par un honnête homme de 70 ans toujours en colère le rend encore plus admirable.

 

Sur le plan cinématographique, c’est tout aussi remarquable. Pas de romantisme, les morts ne meurent pas au ralenti sur de la musique classique, Ken Loach ne nous impose pas de bondir par un coup de cymbale ou de pleurer en sortant les violons. Ce cinéma classique, sans fioriture, traité chronologiquement en toute simplicité est un coup de poing ! Le vent secoue la lande magnifique et résistante comme un maquis.

 

L’histoire d’amour (généralement superflue dans nombre de films) est filmée pudiquement d’autant que l’élue du cœur de Damien est elle aussi une résistante qui aura à souffrir mille tourments dans son corps et dans sa chair.

 

Quant à Cillian Murphy : quel acteur, mais quel acteur !!!

 

Comment ne pas être à genoux devant Ken Loach et ce cinéma exemplaire ? Comment ne pas finir en larmes comme cette femme à genoux en pleurs elle aussi face à l’étendue désastre ?

27.03.2006

MILLION DOLLAR BABY de Clint Eastwood*****


Puis-je avoir un avis objectif et digne d’intérêt en ce qui concerne les films de et avec Clint ???

Comme annoncé celui-ci m’a mise KO au premier round. C’est drôle, d’une profondeur inimaginable et d’une tristesse infinie. C’est beau, c’est magnifique, c’est sublime et incroyable.
Un jour, ça vous tombe dessus et vous devez prendre la plus grande décision de toute votre vie et ça peut faire sacrément mal…
Hilary Swank est étonnante d’énergie, de volonté, de douleur. Elle est adorable et l’on a envie des meilleures choses pour elle. Morgan Freeman, vieux sage compréhensif et positif « fait » du Morgan mais c’est ce qu’il fait le mieux et sans faille. Clint, sentiment de culpabilité sur deux pattes (qu’a-t-il bien pu faire à sa fille d’aussi impardonnable ??? on n’aura pas la réponse), traîne sa carcasse féline et fatiguée entre ombre et lumière et c’est magnifique. Il est parfait, impeccable, irréprochable. Quant au film, scenario inattaquable, il est d’une beauté visuelle absolument sidérante, sombre et lumineux comme la vie et les états d’âme des personnages.
Voir les ombres sur le visage de Clint, voir Clint entrer dans la lumière, l’ombre de Clint qui se projette sur les murs, l’ombre de son ombre, l’ombre de sa main…
Ce type est un monument, un géant, le dernier des Mohicans.
Bonus non négligeable les cathos intégristes en prennent pour leur grade. Merci Clint.