27.11.2011

LES ADOPTES de Mélanie Laurent ***

Les Adoptés : photo Clémentine Célarié, Marie Denarnaud, Mélanie LaurentLes Adoptés : photo Marie Denarnaud, Mélanie Laurent

Les Adoptés : photo Denis Ménochet, Mélanie Laurent

Lisa, Marine et leur mère Millie sont inséparables, elles vivent ensemble et élèvent ensemble Léo le fils de Lisa. Les pères, les maris et les hommes en général sont totalement absents de cette vie qu'elles se sont aménagées.  Alors que rien ne semblait pouvoir ébranler cette soi-disant harmonie, Alex (un garçon !) entre dans la vie de Marine. Ils tombent amoureux l'un de l'autre. C'est la révolution, surtout chez Lisa qui avait jusque là une forte emprise sur sa petite soeur. Par un coup du destin particulièrement dramatique cet étrange et finalement fragile équilivre va être remis en cause donnant l'occasion à certain(e)s de s'interroger sur ses propres comportements.

Pour sa première réalisation (quoiqu'elle avait déjà réalisé un court métrage il me semble), la très décriée "Mel." qu'on ne peut hélas plus classer dans l'unique case "actrice" -apparemment ça dérange-,  s'aventure du côté d'un thème des milliers de fois traité de toutes les façons possibles au cinéma : la famille ! L'originalité du ton, léger puis dramatique et la singularité du propos qui donne la parole quasi exclusive à des femmes vivant pratiquement en autarcie repliées sur leurs propres sentiments et la qualité du traitement révèlent une sensibilité et une différence bien agréables à découvrir. Je suis contente d'avoir aimé ce film et de pouvoir faire partie de ceux qui le défendent. De toute façon c'est un film facile à aimer car même si l'attachement un tantinet asphyxiant qui lie les deux soeurs paraît "too much", il n'en demeure pas moins qu'on sent à quel point Mélanie Laurent a bien observé et écouté ce qui peut se passer dans des familles atypiques. et il y a moyen d'y  trouver des résonnances dans sa propre histoire. En outre, la vie tient à bien peu de choses et elle le démontre brutalement, de manière tout à fait vraisemblable et absolument pas artificielle comme j'ai pu le lire.

Heureusement, j'ai lu aussi que Mélanie Laurent témoignait d'un véritable regard de cinéaste et il est vrai que ce film fourmille de plein de moments de grâce, les dialogues sont superbement écrits et les situations intelligemment fouillées. Quitter ces jolis personnages parfois embarrassés par leurs sentiments provoque une petite déchirure. Mélanie Laurent réussit à parler d'enfance, d'amour mais met en lumière également les liens fusionnels qui unissent de deux soeurs dont l'une tente de se libérer sans blesser l'autre. La réalisatrice (qui rit et pleure comme personne je trouve) se donne d'ailleurs le rôle pas toujours sympathique de la soeur la plus "toxique" qui ne conçoit pas le bonheur de l'autre sans l'envisager comme une trahison. Alors que Marie Denarnaud est la solaire et lumineuse Marine qui trouve en Alex le moyen de se dégager de l'emprise familiale. L'idée pas banale est aussi d'avoir donné à l'indispensable (oui, je sais il y a beaucoup de garçons indispensables sur ce blog) Denis Menochet le rôle du Prince Charmant qu'il incarne à la perfection.

Une bien belle surprise !

05.10.2011

LE SKYLAB de Julie Delpy ***

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Le Skylab ("laboratoire du ciel") a été la première station spatiale américaine lancée le 14 mai 1973. Elle devait se désintégrer au-dessus de la Terre le 11 juillet 1979 en rentrant dans l'atmosphère. Certains prédisaient que la station devait tomber sur l'ouest de la France. Et c'est justement dans la maison familiale de Bretagne que se rendent Ernestine et ses parents pour rejoindre le reste de la famille à l'occasion de l'anniversaire de la grand-mère.
Aucun suspens et ce n'est évidemment pas le sort de la station Skylab qui intéresse Julie Delpy même s'il en sera régulièrement question et dont de nombreux débris finiront par s'écraser sur l'Ouest de l'Australie. La réalisatrice choisit de se replonger dans une journée en famille à l'aube des années 80. Et on plonge avec elle, égrénant avec délice des souvenirs et des images comme s'il s'agissait de notre propre famille. Et je dois dire qu'il ne manque pas grand chose à l'évocation d'un dimanche à la campagne. Alors soit Julie est une espionne, une voyeuse car il me semble que nous avons tous peu ou prou vécu les mêmes micro événements qui constituent la vie infernale d'une "famille", soit, alors que nous nous croyons tellement uniques, nous sommes tous effroyablement identiques dès lors que nous constitutions ce groupe éminemment déconcertant qu'est la famille. Même si aujourd'hui ce mot, cette "notion", cette abstraction me paraîssent toxiques et néfastes, il n'en demeure pas moins que les bains d'adolescence ou d'enfance font un bien fou. Il faut dire que le soin du détail matériel apporté à cette reconstitution d'une époque, "le bon vieux temps" donc, est impressionnant. Et tant pis si c'est réac' et vieux con de le dire !
Le film de Julie Delpy ne sent pas la poussière. Il semble peut-être dater de l'époque dont il parle, mais il sent bon l'enfance, les vacances et les souvenirs.
Réunir pour un même repas une mamie qui a eu six enfants qui se sont mariés et ont fait des enfants à leur tour, cela fait deux tablées (les enfants d'un côté, les adultes de l'autre) assez conséquentes de tatas, de tontons et de cousins qui arrivent en 2 CV, en Simca 1000, en 4L et même en train. Il y a donc tout un panel d'humanité qui va du tonton fasciste, au "bon" para qui regrette les guerres, au sportif en short qui a évidemment amené son ballon pour un foot digestif, en passant par la tata instit' qui procrée en batterie, la tata bègue complètement à côté de la plaque, l'autre qui vote à droite, une autre féministe, sans oublier les artistes gauchistes, le tonton dépressif et suicidaire... et pendant ce temps là, les moutards jouent dans la grange, vont à la plage, connaissent quelques émois, quelques frayeurs aussi.
Et les acteurs dans tout ça ? Ils sont en vacances, à la fête et ils nous réjouissent, nous font bien rire aussi à être ces prototypes d'une autre époque, d'un autre siècle. Certains, tel Vincent Lacoste, n'hésitent pas à jouer à fond la carte du ridicule en étant ce boutonneux auquel les filles ne résistent pas malgré (ou à cause de ?) le paquet de clopes dans son slip de bains. Denis Ménochet est impressionnant en ex para traumatisé par toutes les guerres... Il nous rappelent les expressions (la "première patacul" m'a particulièrement fait rire, ou les "moutons sont des animaux à poils laineux..." mais je suis une bonne nature), les chansons de Sardou à Ferré...
Tout cela est bien bon et ensoleillé.
Et le casting de moutards est épatant !
De toute façon Julie Delpy, je l'aime d'amour et celui qui s'avisera d'en dire le moindre mal sera banni à tout jamais de ce blog. Vivement son prochain film.

04.12.2010

PIEDS NUS SUR LES LIMACES de Fabienne Berthaud **

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Lily est une grande fille sans âge qui est restée une enfant. C'est une herbe un peu folle qui fait des trucs étranges avec les animaux vivants ou morts. Elle vit seule avec sa maman dans une grande maison à la campagne et ça tombe bien, ça arrange tout le monde. Il fait du soleil tout le temps et Lily peut courir pieds nus dans la nature, se baigner nue et porter des robes trop courtes. Mais maman est victime d'un AVC mortel au volant de sa voiture. Lily pourrait vivre seule, elle est adulte, mais en fait non, elle ne peut pas. Alors sa grande soeur Clara, très sage, très gentille et très affectueuse vient la rejoindre chaque weed end avec son mari plutôt conciliant et pas trop con mais qui aime faire l'amour même les jours d'enterrement, ce qui ne se fait pas quand même ! Mais ce n'est pas encore suffisant, Lily qui n'est pas seule dans sa tête, fait des bêtises en dehors du week-end et la personne chargée de s'occuper un peu d'elle (mais pas trop) se lasse rapidement. Lily vient donc vivre en ville (à Paris) chez sa soeur et son beauf qui ont un appartement très moche et très laid et vraiment pas beau du tout. Alors Lily se sent en prison et elle déprime. Sa soeur rêve toute éveillée de la noyer dans l'eau du bain mais ne le fait pas. Lily qui n'a pas tout son kilo s'échappe et traîne dans Paris à la recherche d'un verre d'eau. Alors Clara décide de la ramener dans la grande maison Ricorée à la campagne et comme ça elles pourront se mettre des limaces sur les bras, des poulpes sur la tête, remplir le congélo d'animaux morts, sauter à pieds joints dans l'eau froide sans culotte et en riant comme des sottes !

Et pourquoi pas créer un business de PantouFFles et confitures pendant qu'on y est ? 

Trois mecs à qui on hésiterait à donner l'heure au coin d'un bois viennent faire un barbecue merguez. Lily qui a une araignée dans le plafond fabrique un slip en poils de rats à son fiancé et Clara se fait réchauffer par Jean-Pierre Martins. C'est dur parfois le métier d'actrice.

Que serait ce film sans l'immense talent déployé ici par les deux actrices ? Rien car il est cousu de fil blanc, totalement invraisemblable et le bonheur vraiment trop beau pour être vrai... Mais il faut reconnaître que Ludivine Sagnier est ici parfaitement crédible et convaincante en adulte qui a oublié de grandir dans sa tête. Et on sait gré à la réalisatrice d'avoir su exploiter à ce point la part d'enfance qui demeure en elle. Quant à Diane Kruger, elle est sobre, digne, délicate et protectrice. Un beau rôle.

Mais le côté "viens poupoule, je suis demeurée mais je vais t'expliquer la vie à toi la sacrifiée qui a toujours fait là où on t'a dit de faire !..." non et non, à d'autres.

Dernière chose, il faudrait que les réalisateurs et trices se décident un jour à ne pas faire disparaître Jean-Pierre Martins dans les dix premières minutes de leurs films ou aparaître dans les dix dernières. Merci. On tient sans doute là notre Javier Bardem à nous... et qui le connait à part Fred et moi ???