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LE GÂTEAU DU PRÉSIDENT

de Hasan Hadi ****

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IRAK

avec Baneen Ahmad Nayyef, Waheed Thabet Khreibat, Saiad Mohamad Qasem

Irak 1990. Lamia 9 ans vit avec sa très vieille grand-mère surnommée Bibi dans une hutte faite de bois et de paille dans les marais aux alentours de Bassora obligeant Lamia à se rendre à l'école en barque.

L'endroit serait magnifique si les conditions de vie n'étaient si précaires. Placé sous embargo américain l'Irak est soumis à une grave crise sanitaire et alimentaire. Bibi qui travaille toujours malgré son grand âge perd son emploi et comme chaque année, le Président Sadam Hussein, bien que le peuple crève de faim, exige qu'un enfant soit tiré au sort dans chaque école afin de lui confectionner un gâteau pour son anniversaire. C'est évidemment Lamia qui hérite du sort maudit. Mais comment se procurer les ingrédients de base quand on n'a pas le moindre argent ? En parallèle à ce cadeau empoisonné, Lamia découvre que sa grand-mère adorée cherche, la mort dans l'âme, à la confier à une famille qui pourra mieux s'occuper d'elle et notamment la faire manger à sa faim. Terrifiée et en larmes Lamia fugue, chargée de son coq Hindi toujours contre elle dans une besace et de son petit cartable. Elle garde en tête son objectif de trouver les éléments pour préparer le gâteau. Dans son périple elle retrouve son meilleur ami Saeed qui l'accompagne et l'aide dans sa quête.

Avec cette expédition à travers les rues grouillantes de Bassora, le réalisateur qui était enfant à cette époque évoque ses propres souvenirs d'écolier et esquisse en creux une image du régime de l'époque. Puisqu'il le fait à hauteur d'une aventure vécue par des enfants, on est effarés du sort qui leur est réservé. Ils sont lâchés dans ce monde sans repères, avec peu d'affection et la peur menaçante des bombardements. En arrière plan on aperçoit les conditions de vie déplorables, les denrées rares trop chères, la corruption permanente, les  blessés lors des bombardements, l'état lamentable de l'hôpital, la distribution rationnée d'eau potable etc.

L'instituteur, sosie effrayant du Président, ne fait que leur gueuler dessus, les dénonce, eux ou leurs familles à la moindre occasion, vole dans leur cartable leur maigre subside et se fait tout doux lorsqu'un parent a réparé son vélo ou lui a offert de quoi remplir sa grosse panse. On est écoeurés par le culte de la personnalité imposé par le dictateur. Ses portraits géants sur les murs, encadrés dans les locaux officiels et même dans les domiciles privés sont absolument partout, parfois approximativement dessinés mais le plus souvent à l'avantage du raïs. Les enfants dès leur arrivée en classe chantent des hymnes patriotiques à sa gloire jurant de lui sacrifier leur âme et leur vie.

Au cours de ses pérégrinations véritablement épiques, Lamia, à l'exception d'un chauffeur de taxi, n'aura à faire qu'à des adultes malveillants ou intéressés. Un conducteur de bus lui interdira l'accès de son bus (mais elle a plus d'un tour dans son sac), un marchand impotent qui possède les oeufs tant convoités imposera aux enfants de déplacer des sacs plus lourds qu'eux, jusqu'à ce sale type qui la met en confiance en lui promettant du sucre et l'emmène... dans un cinéma porno. Dans le même temps, Bibi la grand-mère investit le commissariat désespérée d'avoir perdu sa petite fille. Mais personne n'a de temps à consacrer à ce que les flics considèrent comme une vieille folle impolie.

C'est peu de dire qu'on tremble pour Lamia, tout le temps, et pour les enfants en général rapidement embrigadés par le Président ou par la religion. A un moment j'ai même eu envie que son calvaire, son chemin de croix qu'elle vit toujours avec obstination et parfois même le sourire, cesse. Pourtant le réalisateur qui maîtrise tout pour ce premier film magnifique ne montre jamais sa petite héroïne comme une victime qui renonce. Elle est une battante. Et puis, Saeed et elle ont un jeu merveilleux : se regarder l'un l'autre jusqu'à ce que le premier cligne des yeux. C'est très beau et finit par être bouleversant.

La dernière scène (juste avant celle où le Président souriant sous sa grosse moustache et dans son costume impeccable fête son anniversaire face à une pièce montée géante... car il n'a rien à faire des gâteaux confectionnés par les enfants) est un crève-coeur.

Les deux enfants sont merveilleux. Mais Lamia interprétée par Baneen Ahmad Nayyef est un soleil. Le film m'a évoqué le déchirant Le cahier d'Anah Makhmalbaf (que je n'ai encore jamais réussi à revoir).

Le gâteau du Président a reçu le Prix de la Quinzaine des cinéastes, La Caméra d'or (qui récompense un 1er film) et il est le candidat irakien à l'Oscar du meilleur film étranger.
Je ne sais s'il nous sera possible de voir beaucoup de films irakiens prochainement. Celui-ci mérite toute votre attention.

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On est heureux de les voir heureux, sans doute entre deux prises.

Le Gâteau du Président : Photo

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