AMOUR APOCALYPSE
de Anne Émond ***(*)
CANADA
Avec Patrick Hivon, Piper Perabo, Gilles Renaud
Adam est un gentil garçon de presque cinquante ans qui n'a, comme le lui répète régulièrement son père, ni femme, ni famille, ni voiture.
Propriétaire d'un chenil dont il soigne avec beaucoup d'application et de tendresse les locataires canins, il est harcelé sexuellement par sa jeune employée Romy qui ne supporte ni ordre ni consigne. Mais surtout, il souffre d'une dépression profonde accentuée par une éco-anxiété galopante. Lors d'une entrevue avec une psychiatre il énumère toutes les catastrophes naturelles qui vont s'abattre sur la terre. Le moment est drôle mais la psychiatre le place sans hésitation sous anti dépresseurs et anxiolytiques. Comme beaucoup de dépressifs il essaie de mettre tous les atouts de son côté pour essayer d'aller mieux. Il s'achète une lampe de luminothérapie et lorsqu'il prend contact par téléphone avec le service après-vente pensant joindre un service d'écoute, il tombe sur Tina une employée de l'entreprise drôle, joyeuse et compatissante.
Voilà une comédie romantique peu ordinaire avec des protagonistes dans la force de l'âge, un peu fêlés ou déçus par la vie qu'ils mènent, qui vont se rencontrer sur fond de catastrophe climatique programmée. Lorsqu'Adam, en ligne avec Tina entend en direct le tremblement de terre qu'elle est en train de subir, il confie le chenil à Romy, emprunte la voiture de son père et part rejoindre Tina en Ontario (environ 7 heures de route depuis Montréal si j'ai bien calculé). Sans s'être jamais vus, ils se reconnaissent instantanément dans la grande salle communale où sont hébergés les sinistrés. Aucune déception de part et d'autre, la connexion et la compréhension sont instantanées. Après s'être assurée que sa famille est à l'abri, Tina s'absente quelques jours avec Adam. Ensemble ils entreprennent le voyage vers Montréal accompagnés d'une jeune collègue de Tina. La rencontre avec un dealer toxicomane donne l'occasion d'une scène au cours de laquelle Tina, hilare car sous l'effet d'une herbe magique, se réjouit de rencontrer en vrai un specimen de climatosceptique sans doute terreplatiste et adepte du complot totalement dans le déni alors que tout s'effondre autour d'eux et que la région subit une canicule peu commune et des orages dantesques.
La réalisatrice ne joue pas sur l'angoisse que peuvent provoquer les incendies de forêts (qui donnent une couleur somptueuse et inquiétante à la lune), les inondations, les tremblements de terre et autres catastrophes, mais les intègre au récit de sa romcom de façon tout à fait naturelle et réaliste. Face à ce chaos qui semble de plus en plus inévitable le film place face à face des êtres démunis qui ne savent comment l'affronter pendant qu'au plus profond d'eux se joue une tempête émotionnelle et sentimentale. C'est très beau, très doux et souvent drôle. La façon dont la dépression est traitée me semble tout à fait positive et concrète. L'idéal à atteindre n'est pas le bonheur à tout prix mais l'espoir et la volonté d'aller bien, d'aller mieux. C'est bien à deux qu'on peut affronter et combattre cette maladie insidieuse et quasi invisible même s'il est évident que l'amour ne résoudra pas l'effondrement programmé de la planète.
Le film est également parcouru de très jolies scènes. Celle où le père plutôt intrusif et maladroit jusque là retrouve son fils sur un pont, celle où Adam conseille à ses chiens de faire du mieux qu'ils peuvent quand l'apocalypse s'approchera, celle où Adam essaie de rassurer une adolescente inquiète (ce qui sera mal interprété...), celles où Adam lors de ses séances de méditation s'échappe vers des contrées enneigées alors que les glaciers fondent à vue d'oeil... et plein d'autres encore, délicieuses, douces ou inquiètes.
Je ne peux que vous encourager à voir ce film doux et mélancolique, d'autant qu'il est porté par deux acteurs charmants, adorables, Adam un peu triste, Tina lumineuse, qui apportent avec leur humour et leur gentillesse un peu de lumière à ce monde tristounet.
Dommage que les spectateurs (salle comble) se lèvent et ne profitent pas du merveilleux générique final : une séance de méditation ! Quelques minutes, c'était trop pour eux. Nous ne sommes qu'une dizaine à être restés.

Commentaires
Jolie chronique, qui me fait revisiter le film d'une autre façon. Merci.
Beaucoup de choses sur lesquelles rebondir. Pas sûr de le faire sur toutes, en fait, car ton avis n'a pas forcément à être contredit ou approfondi. Une question : la scène du pont, est-ce qu'elle ne t'a pas fait penser à "La vie est belle" version Capra ? Le paternel n'est pas un ange, mais...
Le générique final ne m'a pas totalement convaincu (même si je suis resté jusqu'au bout). J'ai trouvé ça un peu cliché, peut-être parce que je n'étais pas sur mon tapis de yoga...
Oui je pense que nous l'avons vécu un peu différemment.
Maintenant que tu le dis, oui, la scène du pont fait penser à celle de La vie est belle (Capra) où le père montre finalement sa vraie nature... d'ange gardien.
Pour pratiquer les deux disciplines, yoga et méditation sont complètement différents même si complémentaires. Celles que pratiquent Adam se rapprochent même de l'auto-hypnose (dont je suis TRES cliente).