THE BRIDE !
de Maggie Gyllenhaal ****
ETATS-UNIS
Avec Jessie Buckley, Christian Bale, Peter Sarsgaard, Penelope Cruz, Annette Benning, Jake Gyllenhaal, John Magaro
La créature de Frankenstein (dénommée Frank dans le film) n'en peut plus de traîner ses cent années de solitude.
Il se rend à Chicago dans les années 1930 et demande au Dr. Euphronious (Annette Benning), scientifique visionnaire, de lui créer une compagne. Ils exhument une jeune femme assassinée et la "réactivent" sans difficultés dans le laboratoire du Docteur. A son réveil, la jeune femme profère des propos incohérents et Frank est en extase devant l'étendue de son vocabulaire (c'est drôle). Frank est un être doux et poli mais il ne faut pas s'approcher de trop près de l'élue de son coeur dont il tombe instantanément amoureux. Quant à la Fiancée, elle refuse de ne répondre qu'au rôle qu'on veut lui assigner. Le couple se retrouve au coeur d'une cavale meurtrière. La police et particulièrement deux détectives (Peter Sarsgaard et Penelope Cruz) sont à leur trousse. Sur leur chemin, les cadavres s'accumulent à leur corps défendant. Ils aimeraient juste qu'on leur foute la paix.
Ceux qui s'offusquent que Maggie Gyllenhaal massacre l'oeuvre littéraire de Mary Shelley n'ont sans doute pas vu le film car à ma connaissance la romancière n'a jamais écrit de roman s'intitulant La fiancée de Frankenstein, à moins qu'on ne m'ait pas prévenue. Peu importe, laissons-les à leur grogne. Je crois pouvoir dire que la réalisatrice imagine une vie pour ces créatures. Et moi j'ai adoré ce film et j'aime adorer les films même si j'ai parfaitement conscience que celui-ci part dans tous les sens et qu'il est forcément clivant. Précisément, il ne ressemble à aucun autre. Il brasse allégrement différents genres, film de mafia, cavale à la Bonnie and Clyde, comédie musicale (ces scènes sont euphorisantes), gothique, horreur et romance bouleversante où les protagonistes jurent s'aimer jusqu'à la fin des temps.
Pile poil ce dont j'avais besoin.
Le film a un côté monstrueusement féministe lorsque la Fiancée se met à expliquer aux hommes ce que consentement signifie. Une fille qui vous accompagne au cinéma et dit 8 fois non à vos avances... devrait n'avoir à le dire qu'une fois. La Fiancée le fait comprendre sans équivoque. J'adore ! Fin de la parenthèse.
Alors oui, tout est explosif, excessif, complètement punk et délirant. C'est étrange, sauvage et chaotique mais qu'est-ce que ça fait du bien ! La réalisatrice et son actrice principale ont tourné les doigts dans la prise et ne se sont accordées aucune retenue. Le film explose de toute part. Il est épuisant mais réjouissant. Et puis son casting !!! Quelle chance de voir ces seconds rôles de luxe tels que Penelope Cruz en détective élégante et futée qui doit faire sa place dans un monde d'hommes, Peter Sarsgaard (le toujours très séduisant mari de la réalisatrice) en flic qui cache un secret et Jake Gyllenhaall (frère de la réalisatrice) en acteur qui chante et danse à la Fred Astaire. Quel régal !
Et bien sûr le couple vedette tellement intense qu'il mériterait de devenir mythique (hélas, il semble que le film déplaise...). Christian Bale est ce monstre mal couturé, aux plaies parfois suitantes, fragile. Il se cache pour n'effrayer personne. Il est parfait avec sa démarche massive, sa voix d'outre-tombe et ses yeux implorants d'amoureux fou. Enfin, celle qui porte et transcende le film est la désormais indispensable Jessie Buckley qui s'est emparée de la créature échevelée avec une joie vraiment communicative et une certaine puissance aussi. Elle hurle et se débat, court, aligne des quantités de mots, danse comme une démente et ne porte qu'un costume, une robe déchirée, des bottes rouges, arbore une coiffure exceptionnelle et une tache indélébile sur le visage que toutes les femmes de l'époque s'empressent de reproduire en maquillage et guise de manifeste. Par l'intensité folle de son jeu, elle fait de cette gorgone vengeresse qui n'aspire qu'à vivre, un personnage follement attachant.
Le grand film romantico gothique est celui-ci, pas celui-là !
Ah que j'ai aimé ce film, ce couple, ces acteurs, cette folie éreintante mais galvanisante ! C'est un grand Barnum baroque, foutraque et survolté mais j'aurais bien pris la main de Frank et Ida pour les suivre dans leur cavale à travers les Etats-Unis (il faut peut-être que j'arrête les drogues dures). Pas sûre que je serais parvenue à les suivre.
P.S. : ceux qui verront le film et en diront du mal n'obtiendront de moi qu'une indifférence indignée.


