UN ÉTÉ À LA FERME
de Hugo Willocq ***
FRANCE - DOCUMENTAIRE
La ferme de Grégory a toujours été un terrain de jeux pour ses fils Paul 12 ans et son petit frère Germain.
En ce début d'été les garçons sont ravis de passer leurs vacances en pleine nature. Au début, ça chahute, ça s'arrose aux jets d'eau, ça saute dans la paille, court dans les champs et rigole au volant d'un petit tracteur pour enfants. Rapidement, l'ennui gagne et le père va finalement leur confier quelques tâches, leur expliquer d'où vient la ferme, ses difficultés, ses contraintes, les découragements et la volonté de s'en sortir. C'est passionnant et magnifiquement filmé.
L'immersion est totale dans cette ferme de l'avesnois (ô mon païs !) consacrée à l'élevage laitier. Et au début on ne voit pas trop de connexion entre le père (plutôt taiseux) et ses deux enfants chahuteurs. Lorsqu'il commence à s'ouvrir et à accepter leur aide, on se dit que cela va être compliqué entre un père qui n'explique pas très bien et deux enfants qui n'ont pas l'air de comprendre. Peu à peu, sans voix off ni interview, entre ces trois personnages (la mère est peu présente dans le documentaire) qui n'ont que faire de la caméra, s'installent une belle connivence, le désir de transmission mais aussi une réelle volonté de la part des enfants de se consacrer à ce travail. Et c'est beau.
Ce travail est un véritable sacerdoce puisque les vaches doivent être traites (!!! bizarre ce mot) le matin et le soir 365 jours par an. Et on prend toute la mesure de ces astreintes en suivant cet homme et ses enfants se consacrer aux travaux quotidiens et faire face aux imprévus tels qu'une vache qui disparaît ou un orage qui approche. Jamais ils ne se plaignent. Ils aiment ce monde dont on n'entend souvent parler que du côté de la crise (certes réelle) et des difficultés. Ici, l'inquiétude pointe son nez parfois mais le coeur du film est la vie de cette famille en particulier et pas les enjeux politiques ou économiques de l'agriculture. Cela reste hors champs sauf lors d'une scène où Grégory s'inquiète des tarifs qui sont rarement favorables à l'agriculteur. Il doit également recadrer Paul (12 ans) qui a trimballé son petit frère et 3 copains dans le tracteur familial (le grand, celui pour adulte) sans conscience du danger.
Un moment de partage tendre et drôle entre les enfants survient lorsque rentrés le soir Grégory s'intéresse au jeu de ses fils. Sur leur console, les deux garçons jouent à Farming simulator un jeu video qui consiste à... reconstituer la vie d'une ferme. Le père s'étonne de constater qu'ils ont acheté énormément de matériel très onéreux et leur demande s'ils ne seraient pas possible d'en faire autant dans la vie réelle.
Les deux garçons s'entendent à merveille et il ne serait pas étonnant qu'ils reprennent ensemble plus tard la ferme familiale. Germain le plus jeune ne cesse de s'extasier devant la beauté des vaches et est proche des animaux tandis que Paul a un goût prononcé pour le matériel agricole à la pointe. Ils semblent complémentaires.
On assiste à une joyeuse fête de village et si cette très jolie ferme et ses magnifiques environs semblent idéalisés, ils sont pourtant bien réels et le film offre un regard lumineux et positif, donc différent, sur cette profession tellement difficile.

Commentaires
La bande-annonce était déjà très jolie, augurant d'un film positif comme on les aime, c'est-à-dire pas neuneu. Je me suis dit que "Vingt dieux !" devait avoir ouvert une porte pour ce type de docus.
J'espère qu'on verra de plus en plus de films ruraux. Y compris des fictions. Il me semble qu'il y a là tout un monde à explorer. Et des idées à prendre auprès de gens qu'on voit finalement très peu au cinéma, art des villes (par excellence ?).
Merci pour ta chronique :)
J'ai aimé passer l'été avec cette famille.
Vingt dieux était une fiction (très documentée certes) mais j'aime vraiment ce genre de documentaire très beau visuellement et avec du sens.