NOUS L'ORCHESTRE
de Philippe Béziat ***
FRANCE (documentaire)
Grâce à un dispositif jamais utilisé le réalisateur de ce documentaire à la fois passionnant et décevant a placé de nombreux micros (90) et caméras au coeur de l'orchestre nous permettant de vivre intensément des moments choisis de répétitions.
Les 120 musiciens de l’Orchestre de Paris, à la Philharmonie, sont dirigés par un très jeune chef prodige finlandais, Klaus Mäkela tout juste trente ans. Passionné, virevoltant, fougueux et très (très) charismatique il est un spectacle à lui seul. Le film s'ouvre d'ailleurs sur un moment de sa direction inspirée et bouillonnante. Un musicien glissera admiratif à son voisin : "il n'est pas venu pour faire de la figuration". En effet.
Par cette captation qui ne s'attarde pas sur des oeuvres connues ou "faciles", on réalise à quel point écouter un disque et voir et entendre l'orchestre à la manoeuvre est différent et permet de saisir toute la puissance et la beauté d'une oeuvre. Quelques frissons parcourent la cinéphile mélomane.
Le film est également une réflexion sur le sens du "collectif". L'orchestre est une entreprise. Il faut se retrouver chaque jour, plusieurs heures par jour inlassablement avec les mêmes personnes et parfois pendant plusieurs décennies. Humainement se créent forcément des amitiés, des affinités, des admirations, réciproques ou pas mais aussi des exaspérations et des inimitiés. La remarque la plus cocasse est celle d'un musicien fraîchement retraité qui assure qu'un tel est un prodigieux artiste mais un véritable con humainement : "comment Dieu a-t-il pu mettre autant de génie dans un tel con ?". On le comprend donc, vivre ensemble n'est pas toujours aisé même lorsque c'est la musique qui rassemble.
Par contre on n'apprend rien sur ce qu'est un chef d'orchestre et quelques pistes nous sont donnés sur la vie des musiciens. Mais rien n'est approfondi. C'est dommage. Et puis le réalisateur se risque à des plans artificiels assez incongrus et inutiles, des vues du périf, des escaliers du bâtiment. Le pire revient aux témoignages où l'on voit les musiciens s'exprimer face caméra mais on ne les entend pas... le texte de ce qu'ils disent est imprimé à l'écran. Prétentieux et sans intérêt.
J'ai également regretté qu'à aucun moment les oeuvres interprétées en répétition ne soient nommées. Seuls les "tubes" sont reconnaissables. Au générique nous savons que nous avons entendu Stravinsky ("Le Sacre du printemps"), Ravel ("Concerto en sol"), Bartók ("Le Mandarin merveilleux"), Mozart (Concerto pour violon).
Le grand moment absolument renversant de beauté et de puissance revient à la grandiose Symphonie N°8 de Mahler.
On reste donc un peu à distance de ce collectif pas comme les autres, mais on fait la connaissance avec un chef d'orchestre exceptionnel et on écoute de la musique qui ne l'est pas moins. Ce n'est pas si mal.


