MICHAEL
de Antoine Fuqua ***
ETATS-UNIS
Avec Jafaar Jackson, Colman Domingo, Milles Teller, Nia Long
En deux heures : les 30 premières années d'un Peter Pan devenu le Roi de la Pop.
Et c'est pas mal du tout.
Je vous vois venir et d'emblée je réponds à la question que vous ne m'avez pas encore posée. Est-il question ici (puisque le film est adoubé par la famille) des (très lourds) soupçons de pédophilie qui ont flétri les dernières années de la star ? La réponse est catégorique : NON. Mais je pense qu'il y a une logique puisque ces accusations terribles surviennent après la période que couvre le film. Sans pouvoir l'affirmer il semble que la mention finale au générique : l'aventure continue, laisse sous-entendre qu'il y aura un second volet qui ne devrait logiquement pouvoir en faire l'impasse. Quant à la question : faut-il séparer l'homme de l'artiste (#ilfautséparerBenjamindel'abbé) ? Difficile en ce qui me concerne de renoncer à écouter (entre autre) Thriller, l'album parfait qui compte sans doute les plus grands, les plus beaux, les plus indémodables et éternels hits de la pop. Néanmoins si le sujet n'est jamais ouvertement abordé, il plane constamment sur le film. Il est fréquemment question de Neverland le ranch de 3 000 hectares reconverti en parc d'attractions à destination des enfants défavorisés qu'a acquis Michael, mais aussi du fait indiscutable que l'homme ne se sent véritablement à l'aise qu'en compagnie des enfants.
Il faut dire que le garçon qui se prenait pour Peter Pan et refusait de grandir n'a pas bénéficié d'une enfance de tout repos. Au milieu de ses neufs frères et soeurs il était le petit ange à la voix d'or. Malgré ses prédispositions pour le chant et la danse, le père, Joseph (l'incontournable Colman Domingo se colle valeureusement au rôle) ne cessait de l'humilier psychologiquement le trouvant trop noir et affublé d'un gros nez (son surnom big nose) et physiquement. Les coups de ceinture pleuvaient sur Michael dès qu'il avait le tort de déplaire, ce qui semblait très facile pour cet homme, véritable tyran domestique qui a exercé une emprise psychologique phénoménale sur l'ensemble de la famille. Si la mère est un soutien timide pour Michael elle reste toujours en retrait de la maltraitance. Il ne fait aucun doute que le père est à l'origine de la carrière des Jackson Five (Michael et quatre de ses frères) mais pour y parvenir il a imposé un rythme de vie et de travail infernal à ses enfants. On ne sait d'ailleurs pas jusqu'à quel âge Michael est allé à l'école.
Autant le dire le film n'a cinématographiquement pas grand chose à proposer. C'est un biopic sage qui inventorie chronologiquement les différentes étapes de la carrière précoce de Michael. C'est pourtant franchement une bonne surprise. Evidemment il n'y a pas assez de Quincy Jones et encore moins de Diana Ross pourtant essentiels dans sa carrière. Mais peu importe, ce qui électrise le film ce sont indéniablement les scènes musicales, aussi bien les enregistrements en studio que les passages télé, le tournage du clip Thriller (par John Landis) et les prestations scéniques devant un public en transe (certaines fans s'évanouissent). Entendre et voir Michael Jackson (sous les traits de son neveu Jafaar qui a intégré chacun des gestes, le moindre pas et le mythique moonwalk) interpréter Bit it, Billie Jean ou Bad est absolument magique. Tout le meilleur de la star se déploie dans ce film car il ne s'économisait pas et il est impossible que l'énergie et l'envie de danser ne gagnent pas les spectateurs. Le réalisateur a le bon goût de proposer les chansons intégralement.
C'est ici le garçon mal aimé, fragile qui a donné naissance à un artiste surdoué, hors du commun qui s'exprime. Celui que l'on aime, que l'on admire, que l'on peut plaindre. Résister et faire face à son père, découvrir le diagnostic du vitiligo qui le handicape, le voir prendre littéralement feu lors de l'enregistrement d'une pub pour Pepsi, être surpris de le voir s'enticher d'animaux de plus en plus excentriques et sauvages... tout est abordé dans le film qui laisse voir un garçon infiniment seul, sans amours, sans amis si ce n'est son chauffeur et son avocat.
Jafaar Jackson est Michael Jackson. Le mimétisme est hallucinant.
J'ai peut-être l'air de m'excuser d'avoir vu et aimé ce film mais il n'en est rien, je ne regrette pas, j'avais des fourmis dans les pattes et du bon son dans la tête. Je vous garantis qu'il m'arrive de voir des films dont j'ai honte et je ne vous en parle pas. Le dernier en date est Die my love... une bouse catastrophique de la première à la dernière image. Mais pas Michael.

Commentaires
Un beau plaidoyer pour un film qui est assez loin de mes priorités.
Je crois que je préfère réécouter les albums. Et/ou voir "This is it".
Une petite coquille : "Beat it" devenu "Bit it". L'influence du numérique...