mardi, 27 février 2007

Le Parrain I, II, III de Francis Ford Coppola ****

Enfin ma DVthèque s’orne de ce chef d’œuvre, de cette Œuvre que je termine de revoir dans son ensemble. Une seule évidence : c’est parfait et on ne s’en lasse pas. Une seule histoire, trois volets virtuoses, trois acteurs remarquables, des seconds rôles irréprochables, une musique inoubliable et une voix… Voilà un siècle de la vie d’une famille partie de rien et de Sicile qui se retrouve les rois du monde aux Etats-Unis. Don Vito Corleone (Marlon Brando et Robert de Niro en Vito jeune) en 1945, refuse de s’associer aux trafics de drogue que proposent les autres familles mafieuses et les ennuis commencent. A la mort de Don Vito, c’est Michaël (Al Pacino) qui succède à son père et devient « patriarche » à son tour.

Entre quête de pouvoir, rivalités, intrigues, trahisons et meurtres l’histoire de cette famille est jalonnée de sang et d’amour. Le génie de Francis Ford Coppola est de nous avoir rendu sympathiques ces êtres ignobles, monstrueux pour nous faire finalement adhérer et que nous soyons touchés par la tragédie qui finit inévitablement par les atteindre. Lorsque Michaël souhaite être réhabilité aux yeux des siens, il s’accoquine avec une Eglise catholique bien corrompue (vision sombre et écoeurante du Vatican) pour finalement se confesser au Pape : « j’ai trompé ma femme, je me suis parjuré, j’ai tué des hommes, j’ai fait tuer des hommes, j’ai ordonné l’assassinat de mon frère… ».

« Ego te assolvo » lui dit Le Pape (Raf Vallone en Jean-Paul I, la bonté absolue) !

La fin idéale, éblouissante, au-delà de tout pardon, nous cloue au fauteuil : Michaël reçoit la punition suprême, celle qu’on n'attend pas et Al Pacino (fascinant) nous livre le cri muet le plus assourdissant du cinéma

(écoutez-le ci-dessous !), ou comment tuer un homme en le laissant en vie ! Si vous ne pleurez pas...

 

jeudi, 25 janvier 2007

Singin’ in the rain de Stanley Donen *****

Quelle chance et quel bonheur de pouvoir re-voir ce joyau sur grand écran ! On connaît par cœur les moments forts du film mais on oublie parfois l’histoire qui raconte l’avènement du cinéma parlant et comment certaines carrières ont dû être brisées à cause de voix pas adaptées ou pas en rapport avec un avantageux physique. C’est le cas de Lina Lemont (Jean Hagen, tordante) qui forme avec Don Lockwood (Gene Kelly, sublime) LE couple glamour des années 20 mais qui a une voix de crécelle ridicule ! Les scènes d’anthologie et les prouesses s’enchaînent à un rythme frénétique. Donald O’Connor (excellentissime) nous « make laugh », Debbie Reynolds est craquante, Cyd Charisse nous dévoile ses interminables jambes… et bien sûr Gene Kelly (bondissant, sautillant, souple, élastique, athlétique, pataugeant dans les flaques…) n’a (à mon avis) jamais été égalé et il a élevé la comédie musicale au rang de perfection. Grâce à lui, époustouflant, son humour, son charisme, son charme (tous les garçons devraient se faire greffer son nez et son sourire…), son enthousiasme, son dynamisme, son talent, ce film est un chef-d’œuvre.

Vous en reprendrez bien encore un peu non ?

dimanche, 21 janvier 2007

Un singe en hiver d’Henri Verneuil ****

Encore un miracle du septième art. Moi qui suis allergique au degré terminal aux poivrots et autres pochtrons qui prétendent que la moindre fiesta ne peut se faire sans être imbibé jusqu’aux yeux, qui affirment qu’on ne peut décoller du réel en dessous de trois grammes par litre, je me prosterne néanmoins devant ce film qui fait l’éloge de la cuite, l’apologie de l’ivresse ! Un véritable plaidoyer pour l’ivrognerie.

Il faut dire que les deux pochards ici présents élèvent la biture à un niveau artistique qui enivre !!! Et le singe égaré, comme on en rencontre en Orient au moment des premiers froids, c’est Jean-Paul Belmondo qui confirme la révélation qu’il fût dans « A bout de souffle » et tient toutes les promesses de l’acteur majuscule qu’il a toujours été. (Ah oui, j’aime Belmondo, le saviez-vous ?).

A force de voir et revoir ce film… l’histoire passe carrément au second plan (pourtant elle est belle et forte) et je ne vois plus que la rencontre de deux acteurs-monstres sublimes et d’un dialoguiste hors pair qui leur a mis en bouche une avalanche de répliques cultes qu’ils savourent et nous servent avec délectation. L’un vieillissant, Gabin, qui n’a pas eu son compte d’imprévus, « j’en redemande » hurle t’il, et semble passer le flambeau à l’autre, Belmondo, admirable. Il le prend sur son cœur : « dans mes bras fils, tu es mes vingt ans ! ». La tendresse et l’admiration que ces deux géants se portent sont palpables à l’écran.

Le mieux pour vous redonner l’envie d’avoir envie est d’entendre ceci :

« Depuis qu’il a arrêté de boire, il a viré sournois ».

« Le picon bière, ça pardonne pas. C’est de ça que mon pauvre papa est mort ».

"- Oui monsieur, les princes de la cuite, les seigneurs, ceux avec qui tu buvais le coup dans le temps et qu'ont toujours fait verre à part. Dis-toi bien que tes clients, ils vous laissent à vos putasseries, les seigneurs. Ils sont à cent mille verres de vous. Eux, ils tutoient les anges !

- Excuse-moi, mais nous autres, on est encore capables de tenir le litre sans se prendre pour Dieu le Père.

- Mais c'est bien ce que je vous reproche. Vous avez le vin petit et la cuite mesquine. Dans le fond vous méritez pas de boire. Tu t'demandes pourquoi y picole l'espagnol ? C'est pour essayer d'oublier des pignoufs comme vous. »

« Je ne vous apprendrais rien en vous rappelant que Wang Ho veut dire fleuve jaune et Yang Tse Kiang fleuve bleu. Je ne sais si vous vous rendez compte de l'aspect grandiose du mélange : un fleuve vert, vert comme les forêts comme l'espérance. Matelot Hénault, nous allons repeindre l'Asie, lui donner une couleur tendre. Nous allons installer le printemps dans ce pays de merde ! »

« Mais c'est d'ta faute ! Si tu buvais plus vite, elle serait déjà là ! Les choses entraînent les choses... Le bidule crée le bidule... Y a pas de hasard ! Allez ! On rentre à la caserne ».

Et puis à la toute fin Albert et Gabriel se séparent dans un train pour ne plus jamais se revoir sans doute : une poignée de mains, le sourire ému de Belmondo, le regard attendri du jeune pour le vieux… et la dernière image emplie de la détresse de Gabin, seul sur le quai…

… « et le vieil homme entra dans un long hiver ».

Un miracle qui vous fait descendre le Yang-Tsé-Kiang et voir Manolete !

Albert : « A la gloire des fusiliers marins d'Extrême-Orient !

Gabriel : A Manolete ! Tué à Linarès par le taureau Isleiro ! »

En résumé, le bidule crée le bidule.

Je vous dis : MAGIQUE ! Tchin.

 

samedi, 06 janvier 2007

Trois enterrements de Tommy Lee Jones****

 

Pour ceux qui ont raté cette merveille à sa sortie, il reste la séance de rattrapage en DVD. N’hésitez pas, car pour ce coup d’essai, Tommy Lee Jones a réussi un coup de maître. On connaissait l’acteur marmoréen, on découvre le réalisateur engagé et amoureux fou de son pays.

Mike Norton (absolument génial Barry Pepper), garde frontière macho et bas de plafond (pléonasme ?) tue accidentellement Melquiades Estrada, méxicain clandestin devenu « cow-boy » et ami de Pete (magnifique Tommy Lee Jones) son contremaître. Devant la mollesse des autorités locales à mener l’enquête, Pete va s’en charger lui-même et offrir à son ami un enterrement digne comme il le lui avait promis. Il va retrouver l’assassin et le mener, à coup de crosse parfois, vers la rédemption.

Tout ici est absolument et simplement sublime. Au-delà des paysages grandioses qui coupent le souffle, voir un homme, très con, en chemin vers la lumière, se redresser, au prix de souffrances physiques et psychologiques certes, découvrir des valeurs modestes et pourtant fondamentales tels que l’amitié, le partage, l’entraide, le respect de la parole donnée est bouleversant. Ce voyage initiatique qui aboutit à la compréhension, à la tolérance et au pardon est un uppercut qui atteint en plein cœur. On n’oublie plus jamais ce nom : Melquiades Estrada dès qu’on a vu ce western passionnant à la fois classique, singulier et déroutant qui tire les larmes. Bien que cette histoire soit poignante, cruelle et passionnante, Tommy Lee Jones n’oublie pas de distiller l’humour avec finesse et on rit franchement à plusieurs reprises, sans oublier une scène presque onirique où une petite fille joue Chopin au milieu de nulle part sur un piano désacordé : magique. Il brosse également deux beaux portraits de femmes, magnifiques, délaissées qui prennent leur destin en main.

Quant à l’interprétation, je l’ai dit, elle est d’une subtilité, d’une intensité et d’une justesse exceptionnelles.

 Un chef d’œuvre !

dimanche, 03 décembre 2006

L’enfant sauvage de François Truffaut (1970)***


Bénéficiant d’une séance pour des scolaires j’ai pu revoir ce bijou en salle, et je confirme que rien ne remplacera jamais le grand écran.

Un « enfant sauvage » capturé dans une forêt de l’Aveyron en 1798 est amené au parisien Docteur Itard qui s’emploie à éveiller ses capacités intellectuelles. Très rapidement l’enfant, Victor, sera capable de respecter quelques règles de vie sociale mais aussi et surtout, il deviendra parfaitement inadapté aussi bien à cette vie qu’à la vie sauvage. Il trouvera un semblant d’équilibre près des fenêtres qui marquent la transition entre l’enfermement et le dehors et lui permettent de contempler, de sa prison dorée, cette nature qui l’a maintenu en vie.

Le film est magnifique, réalisé dans un noir et blanc soigné et François Truffaut est parfait dans le rôle du professeur, un peu rigide et pourtant fréquemment bouleversé par les progrès phénoménaux de son protégé. La scène où, pour lui faire prendre conscience du bien et du mal, le professeur inflige une punition non méritée à son élève est poignante.

Quant au jeune Victor, il est interprété par Jean-Pierre Cargol qui est réellement impressionnant.

«Nous avons imaginé que le Docteur Itard, au lieu d’écrire ces rapports, avait tenu son journal quotidien, ce qui donne au récit l’allure d’une chronique et préserve le style de l’auteur, à la fois scientifique, philosophique, moraliste, humaniste, tour à tour lyrique ou familier.» François Truffaut.

Quand l'homme sauvage s'élève au rang d'homme social : voici la scène "abominable" :

 

dimanche, 29 octobre 2006

Le plus sauvage d’entre tous de Martin Ritt ***

  

A la demande générale de Ed., lassée de mes effets spéciaux qui tanguent, et en attendant mon retour dans les salles… voici La révélation ou, comment tout a commencé entre lui et moi !

Je m’offre la coquetterie de ne pas parler de l’année de ce film mais il se trouve que c’est le premier que j’ai vu avec Paul Newman (à la télé noir et blanc de l’époque…), affectueusement et familièrement appelé depuis « Mon Paulot » !

Avec le recul du temps qui a coulé sous le Pont Mirabeau, je comprends mieux l’inquiétude de mes parents qui se demandaient pourquoi je n’étais pas plus attirée par « La mélodie du Bonheur » ou « Mary Poppins » mais encore et toujours aimantée par les westerns . Il se trouve que ce film est un drame étonnant où, dans un vieux ranch à l’abandon, se déchirent un père rigide et pas affectueux et un fils (Paul Newman) forcément écorché, que l’absence d’amour de son père a rendu insensible, rebelle, voire violent. Tout ceci est observé par une gouvernante (Patricia Neal, magnifique, plus une midinette) dévouée et troublante. C’est un western moderne à l’ambiance lourde. Aucun manichéisme ne vient stigmatiser les personnages qui ne sont ni aimables, ni détestables. On y parle peu, on s’observe et quand on se parle, c’est pour se dire des horreurs.

Alors que « La fureur de vivre » de James Dean m’avait paru peu réaliste et que je n’avais rien compris à « L’équipée sauvage » de Marlon Brandon… je découvrais médusée, fascinée et séduite à jamais : Mon « Rebel without a cause ».

Plutôt que de se laisser enfermer dans des rôles auxquels aurait pu le cantonner son physique, Paul Newman ose des personnages ambigus et déplaisants. Il est ici vraiment antipathique, misogyne, alcoolique et pourtant… !

Le film lumineusement photographié évolue dans un climat pesant et n’offre aucune rédemption de dernière minute au « héros ».

 

vendredi, 13 octobre 2006

Breakfast on Pluto de Neil Jordan ***

C'est le week-end et vous ne savez que mettre dans votre mange-dvd ! Je vous recommande +++ ce petit bijou sorti dans l'indifférence générale en février avec cet "amazing" acteur Cillian Murphy. 

"Breakfast on Pluto" vient juste de sortir en DVD.

Pour vous faire une idée et ne plus hésiter, cliquez ici !

Et voici la note que j'avais fait à l'époque

 

Ne vous y trompez pas, cette jolie fille...

 est un garçon .

Patrick est un garçon. Il vit dans un bled paumé irlandais. A la naissance il est abandonné par sa jolie maman qui cache un secret trop lourd à porter dans cette Irlande ultra catholique... Elle s’est échappée pour vivre dans la ville qui l’a engloutie : Londres. Patrick est élevé dans une famille d’accueil pas très chaleureuse et pas très compréhensive. Patrick aime depuis tout petit s’habiller en fille et il fait un peu/beaucoup honte à sa maman d’adoption. Assez jeune, il s’enfuira lui aussi pour échapper à cette famille.
Patrick dès lors se fera appeler Pady, Kitten ou Patricia en assumant totalement son désir obsessionnel de changer de sexe. Il part à la recherche de lui-même beaucoup, de sa maman, énormément : « the phantom ladie », la femme adorée, idéalisée et de l’amour, tout simplement mais résolument. Au bout du voyage qui le ramènera au point de départ, il trouvera un père, « son » père. Et quel père…?

En chemin, il se forgera une personnalité à hauteur de sa démesure mais pourtant faite de légéreté, de délicatesse, de fausse insouciance ce qui est plus commode pour traverser les épreuves. Patrick sera fragile comme une petite fille, espiègle comme un lutin, d'une gentillesse (absolument pas au sens péjoratif) déconcertante et c'est ce cocktail insolite et charmant qui le rend tellement attendrissant.

Quelques aberrations scénaristiques n’empêchent pas d’aimer ce film à la folie. De rencontre en rencontre, Patrick traverse cette époque troublée des années 70 et sera même mis en cause dans un attentat de l’IRA (très réaliste) et soupçonné d’être un terroriste. Au cours de l’interrogatoire, plus que musclé, on passe brusquement à un film brutal et cru alors que jusque là, et malgré les difficultés du héros, on était plutôt dans la poésie et la douceur.

Patrick, c’est Cillian Murphy qui habite ce rôle démesuré sans avoir l’air de forcer jamais. A aucun moment son jeu n’est caricatural, même si le personnage l’est, forcément. Et ce personnage rêveur on l’aime parce qu’il est un mélange de douceur, de naïveté, d’innocence, de bonté et pour le spectateur (fille ou garçon) comme pour certaines personnes qu’il rencontre, il est difficile de ne pas succomber. Patrick est irrésistible tout simplement et il habille son désespoir (très poignante scène où il supplie littéralement les terroristes qui le méprisent, de le tuer : « vous n’avez même pas une balle perdue pour quelqu’un tel que moi ! ») avec un humour et un optimisme inaltérables. Il sourit et rit beaucoup pour éviter que la vie ne soit que cette vallée de larmes…

Ses rencontres sont à la fois cocasses et attendrissantes car étonnamment ce sont les hommes les plus virils et machos possibles qui tombent sous le charme de cette adorable personne. Elles peuvent être également d'une cruauté sans nom lorsqu'un "magicien" l'utilise, sous hypnose et lui fait revivre en public et à son insu, des scènes traumatisantes. Le public raffole et se tord de rire...

Liam Neeson, Brendan Gleeson et Stephen Rea (entre autres) entourent avec bonheur Cillian Murphy mais c'est ce dernier qui  est magnifique, renversant et impressionnant dans un rôle remarquable et époustouflant.

mardi, 19 septembre 2006

Cavale de Lucas Belvaux***

 

Deuxième volet de sa trilogie exemplaire "Un couple épatant", "Cavale", "Après la vie", cette cavale est fascinante et semble être l'esquisse (déjà très aboutie) du formidable "La raison du plus fort" sorti récemment. Quel acteur et quel réalisateur que ce Lucas Belvaux !

Bruno s'évade de prison et souhaite se venger de ceux qui l'ont trahi et reprendre contact avec ses anciens compagnons de lutte (il prône la révolution prolétarienne). Mais les temps et les gens ont changé et il ne trouve plus écho nulle part à son idéal. Pas même chez Jeanne (merveilleuse Catherine Frot) qui partageait la lutte avec lui et semble l'avoir aimé. Elle l'aidera néanmoins dans sa cavale solitaire, car curieusement ce sont les femmes (superbes, étonnantes) qui sont "fraternelles" dans cette histoire, avec un sens de l'honneur au sommet.

La course folle de Bruno pour échapper à la police est fascinante, passionnante et bouleversante. C'est violent, romantique, tendu et mélancolique. Lucas Belvaux n'explique pas, n'excuse rien. Il montre, et bien. C'est magnifique. C'est enragé, désespéré, à la limite de la perfection.

Un acteur et un réalisateur rares, uniques, essentiels.

mercredi, 09 août 2006

MAGNOLIA de Paul Thomas Anderson****

 

 « Magnolia » était une fleur, c’est devenu un vertige.

« Magnolia » est un film « choral », exercice cinématographique périlleux, mais celui-ci aboutit. Aucune histoire n’est oubliée en chemin et ici, pas moins de neuf personnages croisent et entremêlent leurs destins. Chaque histoire, cocasse, drôle, émouvante, bouleversante, mais toutes passionnantes, aurait pu faire l’objet d’un film et pourtant à aucun moment P.T. Anderson ne s’égare, délaissant ou privilégiant l’une ou l’autre. Il conserve tout au long de son récit une limpidité absolue sans oublier de surprendre, malmener, ébouriffer le spectateur médusé, déconcerté et consentant.

Le montage kaléidoscopique, rythmé et énergique est emporté par une caméra virtuose qui transporte dans un tourbillon d’émotions et de sentiments.

La musique lancinante, envahissante ajoute au trouble permanent, à la tension constante.

Et puis, en plein milieu de ce long film jamais trop long : une scène, LA scène sublime où tous les personnages dispersés aux quatre coins de la ville fredonnent la même chanson, « Wise up » d’Aimee Mann. C’est un instant de calme et de douceur, d’abandon, de réflexion suspendu dans la tourmente. C'est ici que même le spectateur peut prendre le temps de se reposer avant de repartir vers le tumulte.

Les thèmes abordés sont forts et universels : l’amour, l’amour filial, le remord, la rédemption, l’inceste… et là encore P.T. Anderson qui n’a aucune pitié, mais beaucoup de respect, pour son spectateur, le secoue sans ménagement comme un shaker.

 Les acteurs ne sont pas négligés dans cette agitation et offrent TOUS une partition haut de gamme. Le cabotinage n’est pas toujours désagréable quand il est maîtrisé et de ce niveau.

Tom Cruise est parfait, il ne sauve pas le monde. Il est d’abord ignoble, suffisant et pourtant drôle, puis il se décompose sous nos yeux pour s’effondrer finalement, enfin humain, enfin apaisé. Magnifique.

Philip Seymour Hoffman d’abord mystérieux puis généreux offre une composition superbe d’une humanité bouleversante. Il est le seul acteur que je connaisse qui soit parvenu jusqu’alors à exprimer par son visage, d’une douceur idéale : la compassion !

John C. Reilly est touchant en colosse amoureux et maladroit.

William H. Macy est étonnant et comme toujours irréprochable.

Julianne Moore, border line et au bord de l’hystérie est sublime.

Jason Robards (qui reste à jamais pour moi le « Chéyenne » d’ « Il était une fois dans l’Ouest ») impose sa présence magnétique alors qu’il est immobile et mourant durant tout le film…

Aucun acteur de cette distribution de rêve n’est à négliger, ils sont tous à la fois touchants et intenses. Bravo !

Ce film est un choc, et ce genre de secousse est aussi fréquent au cinéma qu’une pluie de grenouilles sur Los Angelès... mais :

"ce sont des choses qui arrivent !"...

 

samedi, 05 août 2006

Lord Of War d’Andrew Niccol***

 Rien que les trois premières minutent valent le détour et auraient mérité de remporter tous les prix internationaux. C’est un reportage, un documentaire, un court-métrage puissant, efficace : on y suit le parcours d’une balle de kalachnikov de sa fabrication jusqu’à sa destination finale entre les deux yeux d’un petit garçon africain !

La démonstration est terrifiante mais l’exercice est brillantissime.

Néanmoins, même si elle est incroyablement documentée et tirée de faits réels, nous sommes dans une fiction et Nicolas Cage apparaît, costume impeccable de VRP et nous dit, face caméra : « 1 personne sur 12 sur la planète est armée. Le problème est … : comment armer les 12 autres ? ».

Glaçant.

La toute dernière sentence nous assène que les trafiquants d’armes sont prospères, qu’ils soient rassurés, mais aussi que les plus importants fournisseurs d’armes au monde sont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France (cocorico !), et la Chine… soit les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU !!!

Désespérant.

Entre les deux, on nous montre le parcours d’un émigrant minable qui voulait s’en sortir. Comme il est sans foi ni loi, immoral et qu’il aime l’argent vite gagné il s’enrôle volontaire dans le commerce d’armes. C’est illégal mais tout le monde est au courant. Qu’importe le conflit, et ce n’est pas ce qui manque dans le monde, vendre aux deux camps qui s’opposent n’est ni un problème moral ni un handicap.

Nicolas Cage, œil de cocker, sourire triste, assume parfaitement ce rôle d’ordure qui par ailleurs mène une vie  de frère, d’époux et de père de famille irréprochable. Par ailleurs, le film recèle de grands moments d'anthologie : les pourparlers avec différents dictateurs africains, le dépouillement d'un avion chargé jusqu'à la gueule d'armes et dépouillé en 10 minutes au mileu de la brousse, les affrontements avec un flic obstiné d'Interpol...

La démonstration fait vraiment peur et il est difficile de sortir indemne de la projection de ce  film.

Ce monde est pourri et la barbarie peut dormir tranquille, elle a encore de belles heures devant elle.

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