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LUDWIG : LE CRÉPUSCULE DES DIEUX - DVD

de Luchino Visconti *****

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Avec Helmut Berger, Romy Schneider, Silvana Mangano, Trevor Howard, Gert Fröbe, Helmut Griem, Umberto Orsini

Après ma récente visite en Bavière (l'article a tellement passionné les foules que ça me donne envie de relater toutes mes sorties) sur les traces de Ludwig, le besoin de revoir le chef-d'oeuvre de Visconti qui évoque le règne (façon de parler) de Ludwig II de Bavière s'est fait pressant.

Et j'ai bien fait de revoir ce film renversant car plusieurs jours après je suis encore envahie par les images exceptionnelles et la musique et j'aime que les films m'envahissent ainsi. Il dure 277 minutes, en gros 4 heures et 37 minutes. Et pourtant pas une de trop.

Ludwig se retrouve propulsé sur le trône à la mort de son père Maximilien. Il n'a que 18 ans et puisque son père l'a toujours tenu éloigné de sa future mission, le jeune homme n'a aucune idée de ce que régner veut dire. Il prend pourtant son rôle très au sérieux au début mais comprend rapidement qu'il n'a qu'un rôle d'apparat, le pouvoir étant réservé aux chambres du parlement. Ayant été élevé dans des châteaux, hors du monde, il a développé un goût prononcé pour le romantisme, les arts, la poésie, la musique, la peinture et se détourne définitivement de son rôle. Bref, Ludwig est un romantique, rêveur absolument pas fait pour régner. Il a en outre une sainte horreur de la chasse comme de la guerre ce qui est incompatible avec sa fonction.

La construction des châteaux de conte de fées est au coeur du film. Le célébrissime Château de Neuschwanstein a même inspiré Walt Disney pour celui de la Belle au bois dormant. Ludwig n'y aurait séjourné que 70 jours. Un autre est la réplique de Versailles avec une astuce qui rend la galerie des glaces infinie. Les visiter (seules quelques pièces sont accessibles au public) dans leur écrin de verdure qui paraît inaccessible, y accéder en calèche (oui messieurs dames), se perdre dans les jardins réserve de magnifiques moments. Les revoir dans le film où il a été tourné relève de la magie.

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Les décors sont donc au-delà de l'imagination. C'est flamboyant, baroque, rococo, du pur mauvais goût mais cela ajoute à la personnalité absente, ombrageuse, rêveuse de Ludwig que l'on imagine pas dans un palais ordinaire. Il déambule la nuit dans une grotte agrémentée d'un lac souterrain, dans des embarcations improbables en forme de coquillage, entourés de cygnes omniprésents sur l'eau comme dans les décorations des châteaux. Visconti n'a pas oublié ce détail. Le cygne est pour Ludwig le symbole de la pureté mais aussi il joue un rôle important dans l'Opéra de Wagner Lohengrin. C'est tout jeune que le futur roi assiste à la représentation de cet Opéra qui l'impressionne profondément. Rencontrer le compositeur devient une obsession qui évidemment sera satisfaite. Il restera marqué toute sa vie par cette musique et par sa rencontre avec Wagner dont il deviendra le très généreux mécène et le film se concentre un temps sur cette relation toxique. Wagner et sa chère Cosima exploitent la jeunesse, la naïveté et la générosité du jeune homme et profitent de son argent. Trevor Howard et Silvana Mangano incarnent à la perfection ce couple fusionnel et vénal.

Le film est construit comme une enquête. Face caméra défilent de nombreux personnages qui ont côtoyé Ludwig et doivent déterminer, témoignages à l'appui de tous ceux qui le côtoient, s'il est fou et peut être maintenu dans ses fonctions. Les témoignages m'ont paru être une véritable entreprise de démolition de celui qui les a entretenus et en qui pour certains il avait une grande confiance. La profonde mélancolie et la solitude de Ludwig explosent à chacune de ses apparitions. Lorsqu'il arpente à grandes enjambées les pièces de ses châteaux. Lorsqu'il s'offre les services d'un acteur qui s'épuise à déclamer d'interminables tirades que Ludwig, insomniaque, lui réclame jour et nuit.

Seule sa cousine Elizabeth, impératrice d'Autriche-Hongrie lui apporte quelque sérénité et des instants de connivence voire de bonheur. Comme lui Sissi, accablée de solitude, s'épuise dans les plaisirs que procurent les arts et les voyages. "Puisqu'on me trouve frivole, autant que je le sois". Ils se comprennent et Ludwig est secrètement amoureux d'elle mais elle rit lorsqu'il lui récite des poèmes ou lui parle de la musique de Wagner : "Mon cousin veux-tu donc faire de la Bavière une nation de musiciens

Elle finira comme tous les autres par se détourner de lui, lassée de ses extravagances après avoir essayé de le marier à sa soeur Sophie. Ludwig rompra ces fiançailles après quelques mois. Lorsque Sissi, appelée à la rescousse pour tenter de ramener son royal cousin à la raison, elle visite les châteaux et éclate de rire en les découvrant. Cet éclat de rire est d'une cruauté abrupte et sans appel. L'idée géniale de Visconti est d'avoir proposé à Romy Schneider de reprendre le rôle de Sissi. Rôle dont elle ne voulait plus entendre parler après avoir été l'Impératrice dans les trois films d'Ernst Marischka (la trilogie niaiseuse mais incontournable diffusée chaque année à Noël). Heureusement, elle a accepté. Plus que jamais dans ce film elle est Sissi. Une Sissi d'une beauté insolente presque surnaturelle. En traîneau, sous son ombrelle, sur son cheval elle semble se fondre dans chaque paysage de la Bavière. Le non couple qu'elle forme avec Ludwig/Helmut Berger est mythique. Et son personnage est à l'opposé de celui qu'elle avait composé devant la caméra de Marischka. Sombre, tourmentée, cruelle elle cache derrière ses sourires impeccables toute la tristesse du monde. 

Les trois dernières minutes de cette scène SUBLIME (ci-dessous) sont bouleversantes. La vie de Ludwig bascule à cet instant où Sissi lui assène : "Je te donne l'illusion de l'amour... Tu voudrais faire de moi ton impossible amour... L'amour est parfois un devoir et ton devoir est d'affronter la réalité". Comment dire cela à Ludwig qui ne vit qu'à travers les arts, les rêves, la beauté, tout ce qui l'éloigne des réalités du monde et l'aide à le supporter, comme son amour pour la seule femme qu'il a aimée ?

Ludwig ou le crépuscule des dieux

Définitivement délaissé par Elizabeth, par Wagner qu'il est contraint de chasser, le roi, de plus en plus isolé et ténébreux, cloîtré volontairement s'entoure d'une cour de jeunes éphèbes  et s'abandonne sans joie à tous les plaisirs possibles et imaginables, aux orgies, à l'alcool, laissant enfin libre court à son homosexualité. Le destin tragique, énigmatique de Ludwig est encore à ce jour une affaire pas clairement résolue. On a du mal à croire que l'explication donnée par le Comte Von Holstein un de ses plus fidèles conseillers et néanmoins traitre, responsable du complot visant à destituer le Roi, soit la bonne.

Le film aurait été réalisé en hommage à l'amour que Visconti portait à son acteur. Fasciné par la beauté d'Helmut Berger, il le filme sans perdre des yeux un instant cet être passionné, hypersensible que la solitude et les déceptions à répétition plongent peu à peu dans la folie. Le réalisateur détruit peu à peu la beauté quasi surnaturelle de son acteur en imprimant sur son visage, ses dents pourries tous les stigmates de la déchéance et du désenchantement. Comme pour en creux évoquer la fin d'un monde, la déliquescence du siècle et du romantisme.

Helmut Berger est l'incarnation même du héros romantique tourmenté. De lumineux et doux son visage se transforme peu à peu en un masque d'inquiétude, d'anxiété et de souffrance. Ce personnage, ce rôle, cet acteur sont absolument bouleversants. J'ai noyé de larmes les dernières minutes de ce film que Visconti conçoit dans un univers baroque et une réalisation follement élégante. Comme dans Le Guépard autre chef-d'oeuvre indépassable qui évoquait déjà le vacillement d'un Prince. Ici, à mesure que la déchéance se profile, le rythme ralentit mais toujours martelé par les accords d'un piano angoissant. La musique sublime de Wagner accompagne avec puissance la plupart des scènes grâce aux pages les plus éblouissantes de Lohengrin ou Tristan et Isolde.

Ludwig cherchait la liberté dans l'impossible. Helmut Berger le rend fascinant, admirable, inoubliable et bouleversant.

Ludwig - Le crépuscule des Dieux : Photo Helmut Berger

Commentaires

  • Hé ben ! Quelle chronique ! Bravo, Pascale... et désolé de ne pas avoir commenté ton voyage. Cela doit être de la jalousie mal assumée de ma part... ;-)

    C'est amusant que tu parles d'un film de Visconti, car j'en a dans le viseur pour dans très bientôt. Quand exactement ? Je ne sais pas, mais avant la fin du mois, c'est sûr. En attendant, merci d'avoir remis "Ludwig" en lumière. Je ne savais pas qu'il était si long. Le genre de films que j'aime bien regarder un dimanche de pluie ou d'hiver, quand rien d'autre n'est vraiment accessible sans "effort".

  • Tu peux être jaloux, c'est un si beau voyage :-)
    Mais quel Visconti ? Tu me mets l'eau à la bouche.
    J'ai quant à moi bien envie de me faire un petit festival Visconti car à mon palmarès je n'ai "que" : Mort à Venise, Le Guépard, Rocco et Ludwig. Tous des chefs d'œuvre. C'est tellement beau, puissant ces films !

  • Ta note fait vraiment envie !
    J’ai regardé les vidéos, c’est émouvant de penser que nous sommes passées à certains endroits nous aussi :). Et revoir nos petits châteaux (si les autoroutes n’étaient pas si pénibles j’aimerais les voir tous).
    Le film a l’air splendide. J’espère que je pourrai le voir avec toi bientôt :)

  • Oui c'est émouvant quand on voit Romy arriver au château. Nous y étions il n'y a pas si longtemps, dans la calèche avec le charmant Disons demain (et son costume bavarois) qui nous trouvait charmantes.
    La scène ou Sissi lui dit qu'elle ne l'aimera pas, strop triste.
    Je reverrais ce film sans problème.
    Moi aussi j'aimerais pouvoir voir les autres. Mais ces autoroutes, spa possible !!!!! Les pires de toutes même si elles m'ont coûté moins cher que les autoroutes pays-basiques ou que la fourrière belge :-). Que d'aventures !!

  • Arrrgh, j'ai to-ta-lement raté ta note que je vais reprendre plus tranquillement, je suis débordée en ce moment + déplacements (mais pas en avion).
    Je me fais une récré et t'informe que j'était à Paris ce week-end où nous avons vu la fascinante expo rétrospective Romy Schneider (https://www.cinematheque.fr/cycle/romy-schneider-628.html) à la cinémathèque. Vous y verrez des extraits de Ludwig justement, mais bien sûr de plein de films de Romy, quelle fantastique actrice et qu'elle était belle... c'est bien simple, j'y suis restée 2 heures à tout lire, tout regarder plusieurs fois, malgré des textos empressés de mon amoureux qui avait avancé à la cafète et m'informait que mon frichti refroidissait...
    Allez-y, courez-y, vous en ressortirez avec des étoiles dans les yeux.

  • Ah j'aimerais bien la voir cette expo mais il faudrait que j'aille à la Capitale :-) Je ne me souviens plus y être allée, à part l'escapade à Versailles au Château mais c'est pas Paris . J'ai plus des envies d'air et de campagne.
    Romy est d'une beauté incroyable. Et dans ce film c'est encore plus vrai.

  • Enorme chef d'oeuvre ! Une chronique au diapason :) et nécessaire tant ce film reste souvent trop confidentiel. A voir absolument et à conseiller effectivement

  • A voir, à revoir. J'en suis encore bouleversée.

  • Je te le dis parce qu'on est entre nous. Euh...
    Pour mon prochain Visconti, je vise "Rocco et ses frères". J'espère en reparler avant juillet.

    Ce serait mon troisième du réalisateur. J'ai du retard aussi, tu vois...
    Cela dit, pour être honnête, je suis plus attiré par Fellini et De Sica, à ce stade.

  • Oui, on est entre nous. Ce n'est vraiment plus la foule ici. (Je ne raconte plus ma vie).
    Ah oui Rocco. La dernière fois que je l'ai vu, Annie Girardot m'a impressionnée. Quel rôle et quelle interprétation ! Et Alain ❤ Par contre je trouve... mince j'ai oublié son nom, le mari d'Annie, vraiment mauvais.
    Bon ben je crois qu'en ce qui me concerne, Visconti est en tête. Tellement romantique. Incontournable pour moi.

  • A voir aussi, inoubliables et angoissants, Senso et L'innocent.

  • Pour l'instant j'ai reçu Les damnés et les Amants diaboliques.
    L'innocent est arrivé en version espagnole sans sous titre français :-(

  • Après la tournée des châteaux, la visite au monument viscontien !
    On sent à travers ton texte la puissance du film, ce crépuscule divin qui culmine au pinacle du romantisme germanique magnifié par un prince esthète milanais. Il faut que les palais, ça le connaît, il a ça dans le sang le Luc. Et un amour débordant pour l'acteur, qu'il ne ménagera pas d'ailleurs. Et Sissi pour couronner le tout, ça me rappelle mon voyage à Vienne !
    Ach, tu m'as donné envie.

  • Ah tant mieux si je t'ai donné envie. Ce film c'est un vertige. Avec le Guépard et La mort à Venise mais bien différent.
    On peut le rapprocher du Guépard puisqu'il y a deux princes déchus. Ludwig et Helmut sont des personnages fascinants et bouleversants.
    J'aimerais aller à Vienne pour surprendre l'ombre du 3ème homme et celle de Mozart.

  • Si tu vas à Vienne, je te conseille évidemment le musée du "Troisième Homme", en sous-sol, ouvert uniquement les jours du mois finissant par "3", collection privée phénoménale qui voue un véritable culte au film (mention spéciales à toutes les boîtes à musiques qui jouent le thème du film). Et un Apfelstrudel au café de Schönbrunn avec vue sur le château de Sissi.

  • Ah ça fait rêver. Je ne savais pas qu'il y avait un Musée du 3ème homme. Dans les égouts ?
    Non mais cette scène où Alida Valli ne se retourne pas et laisse Joseph Cotten comme un plouc appuyé à la voiture, je ne m'en remettrai jamais.

    Und der Prater of course.

  • Très belle reconstitution de l'égout, de l'atmosphère d'après-guerre dans la ville en ruines, et même les gros pieds d'Orson contre lesquels vient se frotter le minet.
    Le musée est en partie en sous-sol, natürlisch !

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