dimanche, 07 mars 2010

CRAZY HEART de Scott Cooper ***

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Bad Blake est une gloire passée de la musique country. A 57 ans, malgré quatre mariages, un fils qu'il n'a pas vu depuis plus de 20 ans, il ne possède rien. Alcoolique et solitaire, devenu presque une épave, il survit en donnant des concerts de ville en ville dans des bowlings miteux ou des bars guère plus reluisants, devant un public aussi cabossé que lui. Au hasard de ses haltes il séduit des fans plus très fraîches et continue sa route à travers les Etats-Unis. Un jour pourtant à Santa Fe, il rencontre Jean, une jeune journaliste maman d'un petit garçon de quatre ans. Et c'est le miracle, Jean et Bad, que la vie a pas mal abîmés, tombent amoureux l'un de l'autre. Par ailleurs, Tommy Sweet star montante du rock à qui il a tout appris lui propose de faire la première partie d'un de ses concerts et lui demande de lui écrire de nouvelles chansons. Une embellie semble s'amorcer pour Bad qui hélas ne renonce pas à l'alcool...
Malgré l'itinéraire qui semble parfaitement balisé de l'histoire d'un raté qui sombre pour finalement accéder à une forme de rédemption par l'amour et la prise de conscience de son auto destruction, je n'ai pu bouder mon plaisir devant ce "Crazy heart" sans grande surprise mais avec beaucoup de coeur et de charme à l'intérieur.
D'abord il y a les grands espaces de l'ouest américain, écrasés de soleil, poussiéreux avec ces bleds et ces motels de bord de route qui paraissent oubliés du reste du monde, et c'est vraiment beau.
Et puis il y a la musique, les balades country, le son de la lap-steel hawaïenne, tantôt rythmique, tantôt entraînante (et oui Willie Nelson, Kenny Rogers, j'adore !) interprétée de façon plus que convaincante et avantageuse par Jeff Bridges qui trimballe ce qu'il faut de lassitude pour être ce cow-boy singer qui ne lâche pas.
Et puis la réussite en incombe aussi évidemment aux acteurs qui sont irréprochables. Jeff Bridges (un oscar ce soir ???) gras du bide, chemise qui colle à la sueur, cheveux et barbe en bataille n'en fait pas trop pour être cet has-been qui souffre et ressuscite peu à peu. Maggie Gyllenhaal superbe, douce et touchante et toujours prompte à enlever tous ses vêtements. Robert Duvall éternel et plus que jamais cow-boy qui en sait long sur la vie, les êtres... Et même Colin Farell dans un joli petit rôle essentiel, reconnaissant et fraternel. Jamais je n'aurais pensé que cet acteur au regard vide de poisson mort (voir "Miami Vice") pourrait évoluer un jour jusqu'à me paraître vraiment bon acteur et sympathique.
Franchement je ne regrette pas ce plaisir d'avoir rencontré ces crazy hearts plein de mélancolie  !

samedi, 06 mars 2010

L'ARBRE ET LA FORET de Olivier Ducastel et Jacques Martineau ***

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Frédérick n'assiste pas aux obsèques de son fils Charles. Lorsqu'il rentre chez lui après la "cérémonie" les réactions des membres de la famille ne se font pas attendre. Sa femme Marianne et une de ses belles-filles Françoise semblent comprendre ou du moins accepter, son autre fils Guillaume explose et crie sa honte, sa petite fille Delphine (fille du défunt) reste provisoirement muette de stupéfaction. Frédérick ne s'explique pas, il préfère nonchalamment retourner "parler" au tilleul, compagnon de son mystère et qu'il a planté en 1943, continuer d'écouter (ampli sur 12) et réveiller chaque jour tout le monde au son de la tétralogie de Wagner !

Frédérick et Marianne sont un couple solide depuis près de 60 ans. Guy Marchand et Françoise Fabian en sont les interprètes et déploient une complicité et une intimité tellement évidentes qu'elles donneraient presque envie de vieillir tant leur sagesse et leur connivence font plaisir à voir. Ils sont propriétaires d'une belle demeure perdue dans la campagne au milieu d'une forêt qui leur appartient et dont ils ont au fil des décennies planté et regardé grandir les arbres. Dans un premier temps, chacun va essayer d'oublier cet épisode étonnant d'un père qui n'assiste pas aux obsèques de son fils. Faire comme si... Jusqu'à ce que Frédérick au cours d'un énième repas familial décide de révéler le secret qu'il garde depuis longtemps et l'a isolé de ses proches. Il commence ainsi : "Je ne suis pas allé à l'enterrement de Charles parce qu'il m'a demandé de ne pas venir. Charles était un salaud...".

Stupeur et tremblement !

La révélation, même si elle est loin de celle(s) de "Festen" n'en est pas moins surprenante mais c'est davantage les réactions de chacun qui sont explorées ici. Ah la famille !!!  Les secrets y font mal la plupart du temps, parce qu'ils sont l'objet de fantasmes, d'interprétations, de confusions, de méprises, de jugements qui isolent, séparent ou détruisent. Les réalisateurs choisissent clairement de nous dire que c'est par la parole qu'on se décharge du poids que font peser les mystères, les mensonges, les dissimulations sur tous les membres d'une famille. Que seule la parole est libératrice et permet de combler ce besoin incomprénsible parfois tyrannique d'une plénitude familiale !

Certains personnages sont particulièrement bien observés et les réalisateurs me semblent accorder une attention toute particulière à l'autre fils Guillaume, alcoolique, amer, malheureux qui crie son besoin d'amour et de reconnaissance par une attitude souvent odieuse. A Marianne, la femme éternellement amoureuse malgré les décennies qui s'additionnent, compréhensive et accommodante sans être une victime résignée. A Delphine, la petite fille qui tremble de s'engager avec l'homme qu'elle aime et qui l'implore constamment de l'aimer, de la protéger, de ne jamais lui mentir, de lui faire des serments pleins de toujours et de jamais... Et puis il y a Françoise, la belle-fille, ex femme de Charles, qui refuse de juger, qui affirme que le deuil s'accomplit pour chacun à sa façon, que rien n'est vraiment grave et définitif au fond. C'est mon personnage préféré et c'est Catherine Mouchet qui l'interprète. Actrice rare, d'une classe et d'une intelligence hors du commun, d'un naturel désarmant, son attitude souvent désinvolte mais dénuée d'ironie, sa gaité, sa malice et son humour, sa voix très caractéristique et son débit nonchalant font que c'est décidé, quand je serai grande si je suis grande un jour, je VEUX être Catherine Mouchet. Ses conversations avec Marianne/Françoise Fabian ou sa "fille" sont des moments de grâce et d'intelligence. L'entendre dire à Françoise Fabian qui lui fait des confidences "ah ben ça mérite un ptit verre !" ou à sa fille qui s'inquiète de son avenir : "Tout ce fatras psychologique j'trouve ça tellement... bête. On a des problèmes avec son papa et sa maman, et alors qui n'en a pas ?" sont des merveilles !

Un beau film à l'interprétation plus que parfaite plein de douleur et de sagesse qui ne donne pas de recette mais essaie de traduire quelques comportements, tels que juger sans savoir ou comprendre, s'enfermer en croyant bien faire, révéler sans se préoccuper de ce qu'on va déclencher. Prendre la bonne distance est parfois source de conflits mais peut aussi/surtout être salvateur et favoriser un certainement apaisement voire l'épanouissement. Il n'est pas interdit de rêver, on est au cinéma.

Pour vous achever de vous donner envie : la bande annonce (avec Catherine Mouchet vers 1mn30...)

mardi, 02 mars 2010

UNE EDUCATION de Lone Scherfig ***

Une éducationUne éducation Une éducation

Jenny a 16 ans et vit dans la banlieue de Londres. Excellente élève promise à un brillant avenir, elle fait la joie de ses professeurs et la fierté de ses parents. Mais curieuse de tout et fascinée par la France existentialiste de Saint Germain des Prés, elle s'étiole entre un père borné et rigide et des profs qui ne comprennent pas son appétit de vivre autre chose. Il faut le dire franchement, au collège de jeunes filles en uniforme, aux cours de violoncelle et avec un prétendant de son âge très fadasse, Jenny s'emmerde copieux. En Angleterre en 1961, deux choix s'offraient aux filles : faire des études brillantes et rester vieille fille ou trouver un "bon parti" qui vous met à l'abri de tout. Lorsque cette deuxième option se présente en la personne de David, le père de Jenny est tout prêt à oublier les rêves d'entrée à Oxford qu'il avait fait pour sa fille.

La rencontre de Jenny et David, à la fois drôle et très originale, les place instantanément sur la même longueur d'ondes. Celle de l'humour. Jenny est bien jeune mais elle est vive, intelligente et très cultivée. David a plus du double de l'âge de Jenny mais il est immédiatement attirée par cette jeune fille différente. La façon dont David "embobine" ses parents est extraordinaire. Plein d'attentions aussi bien envers le père que la mère, il se comporte comme le gendre idéal mais avant cela comme un homme rassurant. C'est assez stupéfiant de voir avec quelle désinvolture et quelle inconscience ils jettent leur fille dans les bras de David. Mais les deux tourtereaux sont amoureux et ils multiplient les combines pour passer une soirée, puis une nuit, puis un week end ensemble !

Les combines c'est d'ailleurs un peu un aspect du "métier" de David qui flambe et fait la fête. Jenny est éblouie et avec lui, elle découvre le luxe et l'insouciance. La vie jusque là si morne devient un divertissement permanent. Par ailleurs, David se montre plein d'attentions, de délicatesse jusqu'à accepter d'attendre qu'elle ait 17 ans, âge auquel elle a décidé de perdre sa virginité.

Quel talent il fallait pour ne pas faire de cette audacieuse "éducation" une histoire répugnante et licencieuse ! Mais en creusant un peu, j'ai découvert que la réalisatrice était celle du délicieux, déroutant et frémissant "Wilbur". Je ne suis donc pas étonnée. Mais surtout, pour ne pas tomber dans le graveleux et faire de Jenny une Lolita qui devient adulte, elle a aussi misé sur deux interprètes d'une finesse et d'une subtilité rares.

Peter Sarsgaard déploie ici un charme considérable qu'il avait eu peu l'occasion de révéler jusqu'alors. Le mystère dont il s'entoure parfois nous fait craindre qu'il fasse souffrir Jenny. On attend que survienne le "drame" mais il tarde à venir et David dévoile peu à peu ses cartes faisant tomber une à une toutes les réticences de Jenny. Quant à Jenny, elle est interprétée par Carey Muligan actrice de 25 ans, tout à fait crédible en gamine de 16 ans qui par le simple miracle d'une coiffure et d'une robe devient une jeune femme d'une beauté et d'une élégance fabuleuses. Qu'une gamine mignonne se transforme en élégante branchée sosie d'Audrey Hepburn (je suis obligée de le reconnaître, même si on le lit partout) est tout à fait stupéfiant. Et en voyant Carey Mulligan s'emparer de ce rôle dans cette histoire juste et cruelle, brillamment interprétée, on ne peut s'empêcher de penser qu'une star est née.

 

P.S. : moi qui ai découvert Londres en 2009, je dois dire que ce film m'a donné l'envie irrésistible d'y retourner, ce qui n'est pas rien, en plus du reste.

vendredi, 26 février 2010

LIBERTE de Tony Gatlif ***

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En 1943 dans un village français débarque une famille de tziganes avec ses roulottes, ses moutards, ses animaux et son attirail ! C'est la guerre et le glorieux gouvernement de Vichy a décrété l'interdiction aux "bohémiens" de ce peuple nomade de circuler librement, et ce bien avant que le raciste gouvernement nazi en demande lui aussi la déportation... Les tziganes doivent se sédentariser sous peine d'être internés dans des camps de concentration. Malgré la manoeuvre du Maire et vétérinaire du village qui cède pour 10 francs sa propre maison afin que Taloche et sa famille s'y installent, ils seront quand même inquiétés, poursuivis, arrêtés...

Il n'y a que Tony Gatlif pour nous parler de ce peuple qu'on ne connaît que par les clichés qui subsistent encore. Les "roms" font toujours peur mais le réalisateur nous les présente de l'intérieur, nous immerge au creux, au coeur de leur campement et brusquement on se retrouve en pleine nature pour les observer. Pourquoi leur mode de vie nous est-il si incompréhensible ? Simplement parce qu'il est différent et comme toujours c'est de la différence que naît la crainte et de la crainte la folie et la bêtise qui autorisent certains hommes à en persécuter d'autres ! mince je parle comme un maître Jedi moi ! J'ai eu la sensation d'être parmi les indiens, oui comme ceux d'Amérique dans les westerns. La famille est un tout indivisible. On ne se sépare ni des enfants, pas même pour les mettre à l'école, ni des vieux, jamais.

Une institutrice humaine et "résistante" (Marie-Josée Croze, subtile), un maire généreux et tolérant (Marc Lavoine, convaincant) qui recueille un petit garçon errant "P'tit Claude" (Mathias Laliberté... craquant) fasciné par les Bohémiens tentent par tous les moyens de protéger voire de sauver, non pas des "Roms" mais d'autres êtres humains. Ainsi le réalisateur rend t'il à la fois hommage à ces "justes" qu'on ne connaît pas et offre surtout un peu de la reconnaissance qu'attendent les tziganes qui ont connu, au même titre que les juifs, la barbarie de l'extermination.

Et évidemment un film de Tony Gatlif ne serait pas vraisemblable s'il ne débordait d'énergie, de vitalité, d'espoir et de musique ! Et c'est le cas une fois encore. Ce film en liberté sent l'air pur, le courage et la vitalité. Et même s'il est traversé de moments d'angoisse, de désespoir, de découragement et de beaucoup d'injustice, le réalisateur a décidé qu'on ne pouvait emmurer la liberté !

Pour exprimer cette liberté, cette indépendance, cette insoumission, Tony Gatlif a choisi un comédien, acteur, musicien, acrobate, fabuleux, fascinant et unique au monde : James Thierrée. Son rôle de Taloche, un peu simplet, sans doute secrètement amoureux de l'institutrice, est une espèce de farfadet qui court, virevolte, grimpe aux arbres, se jette de branche en branche ! Il est comme un animal sauvage qui se roule dans la terre, libère l'eau et pousse des cris de bête dès qu'on cherche à l'enfermer. Ce doit être usant pour lui de s'entendre constamment remettre face à son ascendance, mais je dois avouer que sa ressemblance impressionnante avec son génial grand-père me bouleverse jusqu'aux larmes moi !

vendredi, 19 février 2010

LA VIDA LOCA de Christian Poveda***

 La Vida LocaLa Vida Loca

La Vida Loca

Avant de vous parler de ce film, il faut que je vous parle un peu de Christian Poveda, le réalisateur, parce que le mercredi 2 septembre 2009 il a été assassiné par balles dans la banlieue de San Salvador à 54 ans alors qu'il était en train de tourner un nouveau documentaire dans une banlieue contrôlée par les gangs. C'est lui là au-dessus Christian Poveda. Celui qui est armé d'une caméra.

Il a été photographe-grand reporter de 1979 à 1990. Il a parcouru le monde et couvert les guerres en Irak et au Liban.  La Vida Loca était son premier documentaire a être diffusé en salles. Il a longtemps vécu à El Salvador. En 1980 il y met les pieds pour la première fois, en tant que photo-reporter. Il y couvre l'actualité au quotidien jusqu'au début des années 90, et en 1981 il réalise son premier documentaire, ce qui lui permet de se faire de nombreux amis et contacts dans le pays. En 1990, après avoir quitté le photojournalisme il décide de se consacrer entièrement à la réalisation de documentaires ("On ne tue pas que le temps" en 1996, "Voyage au bout de la droite" en 98).

Dans ce premier long métrage "La Vida Loca" il s'intéresse au quotidien de jeunes salvadoriens qui vivent selon les rites d'un gang ultra-violent "La Mara 18". Il a pu les filmer parce que pendant un an avec l'autorisation de la police et des chefs, il s'est "infiltré" au sein d'un des deux gangs qui répandent la terreur au San Salvador. Il n'a pas reçu de protection particulière pour autant. Mais son film, témoignage au coeur de l'horreur quotidienne est aussi percutant qu'un upercut et il est difficile d'imaginer que ce que l'on voit est vrai tant toute humanité semble avoir disparu par moments chez ces garçons très jeunes mais qui paraissent tous beaucoup plus que leur âge.

Cette guerre entre deux gangs est fratricide. Une guerre civile mais sans but et sans motivation. Il n'y a dans cette violence de chaque jour aucun mobile politique ou religieux. C'est une lutte à mort des pauvres contre les pauvres. Sans travail, sans protection sociale, sans avenir. Pour certains d'entre eux la devise est "Mata para vivir, vive para matar" (tue pour vivre, vis pour tuer). Tout est dit.

On ne comprend rien à ce qui se passe puisque la seule motivation est la haine du camp adverse et Christian Poveda a choisi d'illustrer chaque assassinat violemment mais sans image. Au terme d'une séquence un coup de feu, le noir et c'est tout. La scène suivante est une veillée funèbre. Et le récit du réalisateur est admirablement rythmé par ces enterrements où les femmes, les mères, les soeurs s'effondrent mais qui décuplent encore la haine... C'est un cercle sans fin, on ne voit pas comment ça pourrait finir.

Mais je me suis surprise après un énième coup de feu à dire "non pas elle"..., parce qu'on parvient malgré tout à s'attacher à une telle qui ne rêve de rien d'autre que de renaître avec un oeil neuf parce que le sien a été bousillé par un projectile, ou à tel autre envoyé en maison de redressement, seul endroit où il parvient à réussir une année scolaire !

Les femmes aussi sont parfois ramassées par les flics parce qu'elles vivent de divers trafics. Quant aux enfants, étrangement, lorsqu'ils sont nourrissons, ils sont particulièrement entourés, maternés, couvés... mais dès qu'ils tiennent sur leurs deux jambes, ils assistent à tout bras ballants, sans broncher, sans émotion apparente aux soirées sexe, drogue et rock'n'roll, aux descentes de police, aux assassinats dans la rue. C'est un monde à part, une vision d'un monde sauvage et sans pitié, inconcevable pour nous. Mais ce film choc et dérangeant, documentaire qui livre la réalité brute sans commentaires, est nécessaire.

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Dans le DVD qui sortira le 3 mars, vous trouverez également un livret de 28 pages de sublimes et terrifiantes photos de Christian Poveda.

Ainsi qu'une Rencontre, une interview avec Christian Poveda, une enquête d'Envoyé Spécial sur son assassinat, un documentaire sur la genèse d'une guérilla au Salvador "Revolucion o Muerte"...

dimanche, 07 février 2010

SHERLOCK HOLMES de Guy Ritchie ***

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En attendant la soirée de clôture qui ne va pas tarder à arriver, je suis allée voir ce que faisait "mon" Robert dans le rôle de Sherlock. On peut dire qu'il le dépoussière lestement et qu'il n'en reste que la pipe et le violon. Et c'est tant mieux.

Ce film est formidable, il démarre pied au plancher, ne rate aucun virage et ne se plante pas dans le premier platane. Il est tape à l'oeil, bruyant, survolté et évidemment, je me suis fichue éperdument de l'enquête mystico-ésotérique car ce qui compte (pour moi) c'est Robert/Sherlock. Il est en roue libre, déchaîné, cabotin comme jamais, complètement clown... en un mot, il est lui-même !

Les sublimes décors d'un Londres humide dont le fameux Pont est en constuction et les savoureux dialogues, parfois délicats ou guindés mais toujours chargés d'humour et de sous-entendus font le reste.

La relation d'amitié/amoureuse qui unit Sherlock à son cher Watson, les oeillades qu'ils se lancent, les allusions à leur vie commune sont un régal. Jude Law et Robert Downey Jr forment un couple idéal, parfait.

Sherlock Holmes

LE CHAT DE MME MOSKOWITZ *** de Jorge Gurvich

Festival International du Premier Film d'Annonay

Film en compétition - Israël

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Yolanda Moskovitz est une élégante professeur de français à la retraite. Elle est très seule mais n'en semble pas affectée. Elle prend grand soin de ses toilettes, de sa coiffure, se prépare de bons petits plats et le soir regarde la télévision, particulièrement des jeux en français dans le style "Des chiffres et des lettres". Elle n'aime pas les nombreux chats qui rôdent dans le quartier et dont les miaulements l'empêchent de dormir et qu'elle tente par tous les moyens de chasser. 
A cause d'une chute dans l'escalier, ellle se casse le col du fémur et se retrouve à l'hôpital en service gériatrique. Après une difficile période d'adaptation à cet environnement et surtout à la promiscuité avec les autres personnes âgées, elle fait plusieurs rencontres qui vont redonner un sens à sa vie. D'abord avec Allegra une adorable femme très seule puis avec Shaul, ex joueur de foot avec qui elle va flirter et plus puisqu'affinités !
Voilà un beau film tout en nuances, subtilités et pudeur. Non, les coeurs ne cessent pas de battre et de s'enflammer avec l'apparition des rides et des rhumatismes. Alors qu'eux-mêmes n'osaient même plus l'espérer, qu'ils avaient même sans doute oublié que ça pouvait encore leur arriver, Yolanda et Shaul vont connaître une fois encore, une dernière fois, les sensations vertigineuses de l'amour partagé. Et c'est magnifique de voir ces deux belles personnes, un peu usées par l'âge et par l'accident qui les tient soit clouée dans une chaise roulante soit ralenti par des béquilles, se remettre à sourire, à vouloir plaire, à s'habiller, se maquiller pour l'autre, puis à danser et chahuter en cachette.
La connivence évidente des deux acteurs Rita Zohar (star en son pays) et Moni Moshonov (très connu même chez nous puisqu'il est un acteur fétiche de James Gray et qu'il fut dernièrement le père de Joachim Phoenix dans "Two lovers"), leur implication, leur humour, leur fantaisie et leur charme font énormément pour ce beau film d'amour d'une grande simplicité et d'une extrême profondeur qui touche infiniment.
Le réalisateur Jorge Gurvich est un grand sentimental et romantique qui ne cesse de nous rappeler qu'il a rencontré l'amour de sa vie grâce à ce film ! On en est sincèrement ravis pour lui car il en parle infiniment bien.

samedi, 06 février 2010

LES DEUX VIES D'ANDRES RABADAN (Las dos vidas de Andrés Rabadán) de Ventura Durall***(*)

Festival International du Premier Film d'Annonay

Film en compétition - Espagne

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Cette histoire est vraie. En 1994 le jeune Andrès Rabadan est condamné à 20 ans de prison : à 19 ans, dans un accès de folie, il fait dérailler trois trains puis tue son père avec une arbalète. Diagnostiqué schizophrène, c'est en hôpital psychiatrique qu'il purge sa peine. Le film démarre 11 ans plus tard. Andrès est toujours dans ce même hôpital, bien qu'il n'ait plus aucun traitement depuis 7 ans...

Comme bien souvent c'est dans les traumas d'une enfance blessée qu'il faut chercher l'explication ou la signification d'actes parfois irrémédiables. Et c'est subtilement par d'incessants aller/retours entre le passé et le présent que le réalisateur nous donne accès à l'inconscient et aux souvenirs de l'énigmatique et impénétrable Andrès. Le détenu baptisé "fou à l'arbalète" semble à la fois résigné et parfaitement lucide quant à son sort. Son attitude détachée et désinvolte déplaît au personnel comme aux médecins.

Le très charismatique très beau et très impressionnant Alex Brendemühl dans le rôle d'Andrès donne à ce personnage mystérieux et impénétrable une étonnante épaisseur le rendant à la fois attirant et inquiétant. Habilement et avec beaucoup de fluidité la réalisation de Ventura Durall nous rapproche encore davantage de ce coupable/innocent pour nous aider à comprendre par quelles horreurs on peut en arriver à en commettre et devenir un assassin.

Les moments "d'évasion" d'Andrès constituent une véritable plongée poétique dans son imagination voire son imaginaire. Une fenêtre est ouverte sur l'extérieur qui lui permet de "s'évader" et apporte de l'air, de la couleur et de la lumière dans un quotidien immuable. Sa rencontre avec une infirmière particulièrement sensible à la différence, à l'intelligence et au charme d'Andrès est aussi admirablement et pudiquement développée. Entre faute, secret, résignation et espoir, ce beau film magistralement interprété rend impatient de retrouver les prochains films de son réalisateur.

vendredi, 05 février 2010

THE STRENGTH OF WATER de Armagan Ballantyne ***

Film en compétition - Nouvelle Zélande

Festival International du Premier Film d'Annonay

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Melody et son frère Kimi sont soudés comme les deux jumeaux qu'ils sont. Elle est fantasque, intrépide et extravertie alors que Kimi est plus réservé et pétochard. Taï un jeune homme, vagabond s'installe dans une vieille maison abandonnée désignée comme "la maison interdite". La famille des deux enfants accueillent Taï qui fascine Melody. Alors que la petite fille se promène seule avec le jeune homme, ils sont menacés et attaqués par un chien. En tentant de protéger Melody, il se trouve indirectement impliqué dans sa mort. Alors que toute la famille de la petite fille est effondrée, Kimi continue de se comporter comme si sa soeur était toujours là et vit avec son fantôme qui l'accompagne sans rien changer à ses habitudes.

Avec une économie de mots et sans démonstrations excessives la réalisatrice explore le fameux travail de deuil qu'un enfant doit accomplir et qui se trouve d'autant plus douloureux que la disparue était son double, son alter ego et une partie indissociable de lui-même. C'est en isolant des autres, en s'enfermant provisoirement avec l'être aimé par dessus tout que Kimi va apprendre à admettre qu'il ne la reverra plus jamais et la laisser "partir" définitivement.

A la périphérie de cette histoire d'amour fraternel, la réalisatrice nous parle d'un pays tellement éloigné qu"il nous est étranger et de la civilisation maori, ses traditions, ses coutumes, ses croyances, encore plus inconnue. Elle évoque également la peur de la différence et de l'inconnu au travers du personnage de Taï, jeune homme d'autant plus étrange qu'il est étranger et qui devient par sa différence un coupable idéal.

Porté par des acteurs non professionnels et notamment les deux enfants magnifiques qui semblent totalement ignorer la caméra, ce film bénéficie également d'une image, d'une photographie sublimes et de paysages du bout du monde suffocants de beauté.

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mercredi, 03 février 2010

L'enfant de Kaboul de Barmak Akram***

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Une femme couverte d'un tchadri abandonne son bébé sur la banquette arrière du taxi de Khaled. Père de quatre filles alors qu'il rêve d'avoir un garçon, Khaled trime dur pour faire vivre la famille à sa charge, ses enfants, sa femme et son père. Une bouche supplémentaire à nourrir est inconcevable. Il va se heurter au refus de différentes "autorités" où il souhaite laisser le bébé, commissariat, orphelinat, ONG... puis entreprendre de rechercher la mère dont il n'a aperçu que la cheville, puis d'une certaine façon s'attacher à cet enfant perdu.

3 jours dans la vie de Khaled vont être le prétexte à nous faire parcourir Kaboul, ville survoltée, effervescente, bouillonnante, ravagée par plus de 20 années de guerre mais en pleine reconstruction. Et le réalisateur ne va pas chercher à nous faire pleurer en nous démontrant de façon quasi documentaire que ce pays et cette ville en particulier ont souffert, souffrent encore des dommages des guerres et des talibans dont les ombres planent toujours. Et pourtant son film étreint le coeur tant il expose comme jamais le quotidien de personnes qui vivent et redressent la tête quoiqu'il en soit. Il n'élude rien : la pauvreté, la mendicité, le manque de travail, l'état des routes et des habitations, le manque d'électricité, le couvre-feu, un attentat suicide parfois, un hélicoptère qui survole la ville, une bombe qui explose, le pouvoir de l'argent, la domination des hommes, l'asservissement des femmes toujours isolées chez elles ou sous leurs voiles. Entre archaïsme, intégrisme et modernité ce pays et ses habitants tentent de faire face.

Le parcours de Khaled pour se "débarrasser" de ce minuscule mais si encombrant paquet oscille constamment entre le drame et le comique tant il doit faire face à des situations burlesques. L'acteur étonnant qu'est Hadji Gul fait le reste, pétri d'humanité, de compassion et d'intelligence il est notre guide à travers ce film et cette ville cruels, drôles et bouleversants. HUMAIN.

D'abord symboliquement désigné comme étant Moïse sauvé miraculeusement, on apprend le prénom du bébé : Massoud...

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