jeudi, 26 août 2010

LA RIVIERE TUMEN de Zhang Lu ***

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Situé à la frontière entre la Chine et la Corée du Nord au cœur d’un hiver qui semble s'installer pour ne plus jamais finir, ce film nous démontre tranquillement mais avec effroi que ce qui va très mal dans cette partie du monde n'est pas près d'aller mieux.

La glace qui recouvre la rivière Tumen et les vastes étendues neigeuses qui l'entourent donnent au paysage un aspect irréel et l'entoure d'un calme infini. Et pourtant tout ce qui se passe dans cet endroit du monde hors du monde est tragique et concerne des gens pauvres et d'autres plus pauvres encore. Chaque jour des coréens passent ou cherchent à passer cette frontière invisible pour tenter de survivre un peu plus décemment en Chine. Les rigueurs du climat implacable provoquent de nombreuses morts.

Deux jeunes ados Changho et sa soeur muette Soon-hee deviennent ami avec un jeune coréen, leur oncle fait office de "passeur" pour ces laissés pour compte sans beaucoup d'espoir tandis que leur grand-père n'hésite pas à héberger ou à partager ses repas avec des "clandestins". Deux drames épouvantables qui resteront bienheureusement hors champs vont changer le destin de toutes ces personnes de chaque côté de la frontière.

D'une beauté fulgurante, teinté de gris, de bleu mais d'une noirceur absolue, ce film assez radical consent peu d'espoir et de confiance en l'espèce humaine.

jeudi, 12 août 2010

L'ARBRE de Julie Bertucelli ***

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Julie Bertucelli n'a besoin que d'une scène de quelques instants, pas de grandes démonstrations ni de longs discours pour imposer l'amour et la complicité qui unissent Peter et Dawn, mariés et parents de 4 enfants. Simplement une scène tendre et drôle dans un hamac. Alors, quand un type comme Peter meurt, merveilleux mari et amant, papa complice fou de ses enfants, forcément ça laisse un vide que rien ne peut combler. Une peine insurmontable s'installe. Et Dawn, dévastée ne parvient même plus à s'occuper de ses enfants qui vivent chacun de leur côté et à leur façon la perte de cet être évidemment idéal.
Les mois passent, rien ne console Dawn mais elle va trouver un travail, elle qui n'avait jamais travaillé, rencontrer un homme charmant, patient. Mais c'est  davantage au contact de sa petite fille de 8 ans, Simone, et en acceptant d'entrer dans son univers légèrement surnaturel qu'elle va réellement refaire surface. En effet, Simone est persuadée que son père lui parle dans l'arbre, le sublime et gigantesque figuier qui est très, trop près de la maison. Rapidement Dawn va se rapprocher de cet arbre aux étranges pouvoirs. Une scène magnifique la montrera s'endormant dans une branche de l'arbre, enlacée dans ou par le feuillage.
L'arbre se fera tantôt rassurant, comme s'il veillait sur la maison, tranquille et majestueux, tantôt monstrueux et inquiétant dès que le vent souffle. Une voisine, gênée par ses racines qui envahissent peu à peu son terrain le compare à une pieuvre. Car oui, cet arbre progressivement devient une menace, pour les canalisations qui se bouchent et font proliférer les grenouilles jusque dans les toilettes, pour les fondations que les racines tentaculaires ébranlent. Même les chauve-souris, de taille très inaccoutumée de notre côté de la planète pénètrent dans la maison.
Mais peut-on abattre un arbre qui contient, représente et symbolise l'âme d'un être aimé au-delà de tout ? Un père, un mari absent à jamais, mais présent, incarné, inoubliable, irremplaçable et envahissant.
La réalisatrice parvient miraculeusement à nous rendre cet arbre d'une puissante et hypnotisante beauté aussi précieux qu'il l'est pour ses personnages. Il faut dire que Charlotte Gainsbourg et la petite Morgana Davies (adorable, saisissante, inoubliable) nous rendent les frémissements et le murmure de chaque branche réellement palpables. On ne doute pas de leur extravagance parce que c'est cette imaginagion ou cette inspiration qui les maintiennent en vie. A sa meilleure amie (qu'elle rejettera plus tard parce qu'elle est incapable d'accéder à son secret) qui s'étonne qu'elle ne soit pas plus triste d'avoir perdu son père, Simone répond : "dans la vie, on a deux possibilités : être triste ou être heureux. J'ai choisi d'être heureuse". Etonnante petite fille
Tout ceci se passe en Australie, pays inconnu, mystérieux, vaste et secret, dont les éléments naturels, la faune, la flore et le climat nous sont étrangers. Mais en n'insistant pas trop sur le caractère fantastique de son récit, Julie Bertucelli nous fait apprécier et croire en cette façon inédite de vivre un deuil, de faire en sorte qu'on survive à la disparition de l'être qui nous est le plus cher.
Son film porté par la grâce de deux actrices l'une confirmée (Charlotte) l'autre toute petite mais éblouissante, est une petite merveille. 

mercredi, 11 août 2010

CELLULE 211 de Daniel Monzon ***

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A la veille de commencer son nouveau travail de "maton", le jeune Juan Oliver se rend à la prison de haute sécurité pour la visiter et faire bonne figure devant ses futurs employeurs. Mal lui en prend car dans le même temps, le truand Malamadre bien que placé en isolement a réussi à fomenter une émeute qui ne va cesser d'évoluer au fil des jours. Lors de sa visite Juan se blesse légèrement. Ses collègues l'allongent inconscient dans la Cellule 211. Lorsqu'il se réveille ses collègues ont disparu et le voilà au milieu de ce QHS où sont regroupés les guguss parmi les plus dangereux du pays. En un quart de seconde de réflexion il n'a d'autre choix que de se faire passer pour un prisonnier fraîchement arrivé.  
La tension est constante et même croissante dans ce thriller carcéral, genre cinématographique où les réalisateurs semblent s'amuser à taquiner jouissivement nos nerfs délicats. Distillant de façon quasi égale ultra-violence et profonde humanité Daniel Monzon complique encore l'affaire en insérant des intrigues dans l'intrigue. Même si elle sera déterminante, la prise d'otages de membres de l'ETA (qui s'estiment étrangers aux revendications) à l'intérieur de la prison par les prisonniers eux-mêmes est la partie la moins intéressante. Elle va être le déclencheur d'une situation qui va rapidement dépasser les mutins et le seul cadre de leur prison.
La grande question demeure néanmoins : est-ce que Juan Oliver va réussir à se sortir de ce pétrin, obligé d'une part de fraterniser avec les prisonniers, dont certains très méfiants à son égard, et notamment avec leur chef dont il va devenir, grâce à ses idées lumineuses, une sorte d'alter ego, de relayer leurs revendications, et d'autre part de tenter de calmer les ardeurs des plus belliqueux ?
Les rebondissements et péripéties ne vont cesser de se succéder intégrant également des drames plus personnels. Les caméras de surveillance à l'intérieur des bâtiments, les informations parvenant aux détenus par l'intermédiaire de la télé ajoutent encore aux tensions, au malaise et apportent une densité aux événements comme aux personnalités.
Il faut dire que le réalisateur y va franco en nous démontrant grâce à des personnages forts et convaincants que les sauvages ne sont pas forcément du côté qu'on croit. Un homme incarcéré à vie au physique et au tempérament de machine à tuer peut faire preuve de plus d'humanité, de compréhension et de sensibilité qu'un maton n'accordant aucune circonstance atténuante ni même de considération aux prisonniers.
Vif, nerveux, rythmé, sans temps morts l'action est constamment réamorcée grâce à de multiples péripéties, plus ou moins crédibles mais peu importe. Le constat est quand même que la prison semble être  un endroit "idéal" pour révéler la sauvagerie qui sommeille en chacun.
Quand je vous aurai dit que ce film a raflé une flopée de Goya (équivalent spingouins de nos Cesar) que Luis Tosar est épatant en Malamadre mais surtout, surtout que le très convaincant et injustement incarcéré Alberto Amman ne se contente pas d'avoir une présence et un physique très très agréables... vous vous ruerez sans attendre sur ce film captivant !

jeudi, 05 août 2010

MOON de Duncan Jones ****

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La Terre a trouvé un remède à ses problèmes de ressources énergétiques. La Lune lui fournit dorénavant de quoi alimenter ses énergies. Pour cela l'entreprise Lunar a implanté une station lunaire répondant au doux nom de Selene. Pour gérer l'extraction de l'hélium 3 un homme reste  sur place pendant 3 ans avant d'être remplacé par un autre. Sam Bell n'en a plus que pour deux semaines avant que sa mission et son contrat s'achèvent et qu'il puisse enfin retrouver sa femme et sa fille. Mais alors qu'il ne lui reste plus que quelques jours à tenir, que la solitude et l'éloignement des siens le font de plus en plus souffrir, il est victime d'un accident qui l'oblige à rester à l'infirmerie sous la haute surveillance de Gerty, l'Intelligence Artificielle chargée de superviser le bon déroulement de la mission. La santé et l'état psychique de Sam se dégradent obligeant la société Lunar à envoyer une équipe sur place pour le ramener...
Je fais partie des rares privilégiés qui ont eu le bonheur de voir ce film en salle. Il était programmé en clôture du dernier Festival International du Premier Film d'Annonay (ne vous inquiétez pas je vous reparlerai du Festival en temps et en heure !) en février dernier. A l'époque une sortie était envisagée. Hélas, les voies de la distribution étant parfois plus impénétrables que celles du seigneur, "Moon" est resté dans les cartons, ne bénéficiant que d'une sortie en DVD. J'ai donc revu hier ce moment d'extase et comme je le disais à l'époque ce film est fantastique à plus d'un titre.
Il s'agit en effet d'un premier film de science fiction genre particulièrement délicat et qui engloutit la plupart du temps des budgets pharaoniques. "Moon" est la preuve qu'on peut faire de l'excellence sans faire dégoûliner le pognon sur l'écran. Je ne ferai pas l'affront de dire que Duncan Jones a bricolé son film au fond de son jardin car ses décors, intérieurs comme extérieurs sont d'une beauté à tomber, mais il est évident qu'on ne croule pas sous les effets spéciaux ou pas. "Moon" ne peut que ravir les amateurs du genre mais pas uniquement car il est d'une qualité exceptionnelle tant sur le plan du scenario, de la réalisation que de l'interprétation sans oublier la musique enivrante, obsédante.
Ce film avait selon moi toutes les caractéristiques pour devenir culte car depuis "2001..." et "Solaris" qu'on ne peut s'empêcher d'évoquer ici, jamais un film d'anticipation n'avait atteint ce niveau d'excellence et c'est vraiment avec fermeté que je vous engage à vous procurer le DVD. Comme tout grand film qui cache ses secrets, celui-ci ne peut se satisfaire d'une seule vision et même s'il est difficile d'en parler sans trop en dire, la révélation est faite à peu près au milieu du film avec une simplicité vraiment déconcertante.
Dès la divulgation du secret, on passe au second niveau de perception et de résolution. Comment Sam va t'il se sortir de ce guêpier ? Gertie la "voix" (celle de Kevin Spacey en VO) qui évoque évidemment celle de HAL ou CARL de "2001...", mielleuse, doucereuse nous fait toujours osciller entre inquiétude et apaisement. Faut-il se méfier de Gertie qui se met à éluder les questions, qui a des conversations confidentielles avec la Terre ou s'en remettre à ses propos rassurants ?
Absolument seul dans sa station lunaire comme à l'écran, l'acteur prodigieux qu'est Sam Rockwell (pas uniquement dans ce film mais chaque fois qu'il est devant une caméra) ne s'adresse qu'à un ordinateur qui a une petite bouille de "smiley" et à un écran où les messages de sa femme lui parviennent sans qu'il puisse communiquer en direct ! Son interprétation est une performance qui aurait dû le propulser au premier rang. Le voir si sûr de lui d'abord, puis douter, se dégrader, réagir alors qu'il n'a jamais personne en face de lui tient de la prouesse.
La fin du film, renversante, écoeurante laisse peu d'espoir quant à l'évolution de l'espèce humaine...

jeudi, 29 juillet 2010

MILLENIUM 3 - LA REINE DANS LE PALAIS DES COURANTS D'AIR de Daniel Alfredson ***

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On retrouve Lisbeth où on l'avait laissée la semaine dernière : très mal en point. Une balle dans la tête, une dans l'épaule, une dans la hanche. Avant d'être incarcérée pour meurtre, puis jugée, puis sans doute placée une nouvelle fois en hôpital psychiatrique, elle séjourne à l'hôpital sous haute surveillance, mais pas tant que ça, puisqu'elle va encore échapper de justesse à une tentative d'assassinat. Elle est soignée par un gentil docteur mamour qui trouve qu'elle est la patiente la plus rock and roll (lui il dit "divertissante") qu'il ait jamais eue. Alors que les morts et les complots continuent de s'abattre, de se déchaîner ou d'être exposés au grand jour mettant en scène les plus hautes sphères de l'Etat, Mikael Blomkvist et sa rédactrice en chef (qu'il ne va cesser de repousser alors qu'elle lui réclame non stop sa nuit d'amour), continuent l'enquête pour innocenter Lisbeth. La soeur de Mikael, avocate, entre en scène pour défendre aussi la jeune femme pas très coopérative lors des interrogatoires alors que se déchaînent contre elle des ministres, des sous ministres, un psychiatre et j'en passe...

Ce dernier volet est de loin le meilleur. Le mystérieux DVD enregistré lors du premier épisode, tous les sévices, humiliations et injustices subis par Lisbeth sont décryptés, explicités et elle mènera sa vengeance jusqu'à la dernière bobine. On sent que Mikael aimerait exprimer des sentiments que Lisbeth feint de ne pas voir, ce qui le rend particulièrement odieux pour le reste de l'humanité, notamment ses collègues et chérie qu'il ne cesse d'exposer aux pires dangers.

Plus de rythme, une scène de tribunal au poil, une dernière demi-heure mouvementée  permettent de clore en beauté la trilogie.

Evidemment, la Suède ne va sans doute pas remercier les réalisateurs car ces films ne sont pas vraiment une pub engageant au tourisme tant tout y est toujours froid, sinistre, pluvieux et gris. Le mythe de la belle et du beau suédois blonds, athétiques et bronzés en prend un sale coup aussi car ici tout le monde est moche et terne.

Sauf l'extraordinaire Noomi Rapace (brune corbeau...mais papa est hidalgo !), parfaite, irréprochable, solide quoique frêle interprète d'un rôle de composition monstrueux. Une révélation !

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mardi, 27 juillet 2010

YO, TAMBIEN de Álvaro Pastor y Antonio Naharro ***

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Daniel obtient son premier boulot dans un centre social à Séville. C'est un événement car il a 34 ans, il vit toujours chez ses parents mais surtout, il est trisomique. Malgré son handicap il a obtenu des diplômes ce qui le rend unique. Ses collègues l'accueillent chaleureusement et ne tardent pas à l'apprécier. Daniel se lie plus particulièrement avec l'une d'entre elles, Laura, jeune femme seule, familière et désinvolte qui noie son cafard dans l'alcool et le tabac et multiplie les rencontres d'un soir. L'amitié particulière de Laura et Daniel va évoluer vers l'intimité et progressivement vers des sentiments qui vont les exposer, provoquer les regards et les jugements des autres, aussi bien dans l'entourage familial que professionnel.
L'acteur principal Pablo Pineda est réellement trisomique. Il y a des caractéristiques physiques qui ne trompent pas et sont immédiatement visibles. Mais il explique aussi dans le film que le palais des trisomiques est beaucoup plus petit ce qui oblige la langue à se positionner d'une certaine façon et provoque des difficultés d'élocution. Le film s'inspire par ailleurs de sa propre vie puisqu'il est le premier trisomique en Europe à avoir obtenu un diplôme universitaire. Contrairement à ce que j'ai lu ici ou là, le fait que Daniel soit différent d'une part par son handicap, d'autre part parce qu'il est très intelligent mais aussi doté d'un humour solide et irrésistible qui le fait répondre du tac au tac à certaines remarques désobligeantes, rend la rencontre et l'attirance de Laura vraiment plausible. Elle ne se sent pas attirée par lui par compassion mais bien parce que cet homme est intelligent et drôle.
Evidemment il y a des facilités, des évidences, de bons sentiments de ci de là mais sur un sujet aussi casse-gueule, les réalisateurs réussissent un film vraiment tendre, jamais malsain ou voyeuriste avec de beaux moments de complicité et d'autres parfois plus cruels. Les rapports que Daniel entretient avec ses parents à qui il doit le fait d'avoir développé cette intelligence hors du commun et avec son frère qui l'aime et le protège mais qui refuse de culpabiliser d'être "normal" sont vraiment bien vus et donnent lieu à de belles scènes (celle où son frère lui dit "une femme avec 46 chromosomes ne pourra pas tomber amoureuse de toi"...) qui font réfléchir. Comment réagir lorsqu'on découvre qu'on a un enfant qui ne sera jamais comme les autres ? Mais c'est surtout quand ils deviennent adultes que les vrais problèmes surviennent et que la souffrance se manifeste. Leur apparence les fait toujours ressembler à des enfants, ce qu'ils ne sont plus. On suit d'ailleurs, parallèlement à l'histoire principale, celle de deux jeunes trisomiques de 24 ans, amoureux l'un de l'autre et qu'on cherche à séparer.
Jamais lacrymal mais toujours honnête et respectueux ce film nous ouvre les yeux sur une douloureuse différence et notre façon de la percevoir et de la tolérer.

mercredi, 21 juillet 2010

LLUVIA de Paula Hernandez ***

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Une pluie abondante s'abat sur Buenos Aires depuis des jours. Alma est bloquée dans sa voiture, dans un tunnel, dans un embouteillage monstre. Roberto court, trempé, blessé, poursuivi et se réfugie dans la première voiture qu'il trouve. Celle d'Alma. Les deux sursautent comme surpris de se trouver face à face. Bizarremment, c'est Roberto, le fugitif qui paraît le plus effrayé. Alma, agacée, choisit finalement de ne pas révéler sa présence aux poursuivants, des policiers !
Drôle d'endroit, drôle de climat pour une drôle de rencontre.
La pluie la nuit, sur les vitres, sur les pare-brises, sur la route ça donne des couleurs étranges, des images parfois distordues, des reflets, des ombres, des halos, des scintillements, des réverbérations. Tout est différent, déformé, accéléré parce qu'on court pour tenter de s'en protéger ou d'y échapper et ralenti parce qu'on ne peut plus avancer. On imagine les contraintes et les difficultés de réaliser un tel film sous cette pluie battante et incessante mais c'est aussi ce qui lui donne en partie son originalité. On sait qu'on est à Buenos Aires mais finalement n'importe quelle grande ville où chacun est anonyme ferait l'affaire pour "abriter" la rencontre, la parenthèse embuée, ruisselante et détrempée de ces deux "perdus".
Dès les premières minutes, on sait qu'Alma ment à sa mère au téléphone. Elle la rassure sur sa destination, sur son travail... mais on comprend que la maison, la vie d'Alma se trouvent dans sa voiture, qu'elle y dort, qu'elle y mange et qu'elle ne répond pas lorsque son portable sonne et que s'affiche un certain prénom. Quant à Roberto, il reçoit aussi des coups de fils. Il a une vie peut-être bien différente de ce qu'on aurait pu imaginer d'après son irruption incongrue.
Mais qu'a t'il bien pu leur arriver ?
C'est sans doute grâce à cette rencontre forcée et imprévue qu'ils vont être amenés à questionner l'autre puis à s'interroger sur eux-mêmes, sur leur avenir, sur leur passé. Découvrir, juste un peu, qui ils sont. La place de l'enfance ou plutôt de l'enfant, celui qu'on a, celui qu'on aura et celui qu'on a été est aussi au centre de cette parenthèse flottante et nébuleuse, douloureuse et apaisante.
Certaines scènes sont absolument renversantes. Je n'en citerai qu'une, à la fois burlesque et tragique, celle d'un fils qui se rend au chevet d'un père qu'il n'a pas vu depuis des décennies et se trompe de lit.
Quant aux deux acteurs Valeria Bertucelli et Ernesto Alterio, ils sont incroyables et justes et merveilleux. Avec une mention particulière à Valeria Bertucelli qui embellit de minute en minute à mesure que le film avance, et devient lumineuse, magnifique. Et pourtant la courageuse n'a pu faire de folies de toilettes et de maquillage car elle passe une partie du film sous une pluie battante.
 
Dommage qu'une telle pépite sorte en catimini pendant l'été où la plupart des gens refusent (à tort) de "s'enfermer" (c'est pourtant l'endroit où il fait le meilleur et où l'on peut s'évader...) et dans quelques salles seulement. Traquez sa sortie dans vos cinémas car c'est ce genre de films (confronté à l'Inception(nel)), discrets, sensibles, délicats qui font vraiment la différence...
 
Et qui m'a évoqué ces couplets de Brassens :
 
"Chemin faisant, que ce fut tendre
D'ouïr à deux le chant joli
Que l'eau du ciel faisait entendre
Sur le toit de mon parapluie
J'aurais voulu, comme au déluge
Voir sans arrêt tomber la pluie
Pour la garder, sous mon refuge
Quarante jours, quarante nuits

Un p'tit coin d'parapluie
Contre un coin d'paradis
Elle avait quelque chos' d'un ange
Un p'tit coin d'paradis
Contre un coin d'parapluie
Je n'perdais pas au chang', pardi

Mais bêtement, même en orage
Les routes vont vers des pays
Bientôt le sien fit un barrage
A l'horizon de ma folie
Il a fallu qu'elle me quitte
Après m'avoir dit grand merci
Et je l'ai vue toute petite
Partir gaiement vers mon oubli
".
 
Mira :

mardi, 20 juillet 2010

COPACABANA de Marc Fitoussi ***

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Babou n'a jamais réussi à garder, ni un homme ni un boulot. Cela dit elle s'en moque éperdument. Ce qui la rend vraiment optimiste, ce sont ses rêves de voyages passés et à venir. Sa destination idéale ultime est le Brésil et entendre un air de samba la met en joie. La seule chose qui la chagrine un peu et qu'elle confie à son seul ami, Patrice, dans la même galère sociale qu'elle, c'est que sa fille de 22 ans Esmeralda jadis si complice, s'éloigne d'elle. Le jour où Esmeralda lui annonce qu'elle va se marier et que sa présence au mariage n'est pas souhaitée pour ne pas lui faire honte, Babou est profondément peinée. Elle décide alors de prouver à sa fille qu'elle est capable de trouver un travail qui lui permettra de lui offrir un beau cadeau. Babou trouve donc un poste de vendeuse d'appartements en multi propriété sur la côte belge en plein hiver...
 
Plein de choses dans ce film résolument optimiste, entre drame et comédie sociale. Pour Babou, quitter les briques rouges de Tourcoing pour la mer du Nord ne pose aucun problème. Galérer ici ou là, pour elle c'est pareil puisque son paradis c'est le Brésil. Pour moi, c'est l'occasion une fois encore de constater que le plat pays et la mer qui va avec me font toujours le même effet électrisant. Surtout cette plage là précisément, encore plus mystérieuse et mélancolique l'hiver, désertée de ces touristes, avec ses couleurs qui varient parfois d'un instant à l'autre... Mais revenons à Babou qui va faire l'ingrate expérience des "commerciaux" de l'immobilier. D'autant plus difficilement qu'elle sera chargée au début de "rabattre" les clients vers les vendeurs qui pourront concrétiser les ventes. Elle fera aussi la découverte de ses chefaillons impitoyables, de collègues distantes et envieuses parce que soucieuses de garder leurs postes. Elle croisera la route d'un gentil ouvrier flamand mais trop romantique pour elle, comprendra les raisons de sa fille, ses craintes en l'avenir mais sans jamais se détourner de son bel enthousiasme, de sa soif d'évasion et de liberté.
Le plus grand bonheur pour moi est de retrouver grâce à ce film une actrice que j'avais tant aimée et qui m'avait bien déçue ces dernières années avec des rôles qui sonnaient faux de femme rigides, dures, autoritaires... Ici, elle est Babou sorte de marginale un peu anar, un peu vulgaire, grande gueule avec un grand coeur. Drôle, généreuse, maternelle, un peu cruelle aussi, elle nous arrache des rires, des sourires et des larmes comme rarement depuis longtemps.
La scène où elle souffle à son futur gendre au téléphone ce qu'il doit dire à sa fille pour la récupérer, est un grand moment de ce qu'une grande actrice peut offrir au cinéma je trouve.

QUESTIONE DI CUORE de Francesca Archibugi ***

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Angelo est carrossier à Rome où il retape de vieilles voitures de collection. Il vit avec sa femme enceinte et ses deux enfants. Alberto est un scénariste à succès en panne d'inspiration et de sentiments. Rien n'aurait dû faire que les deux hommes se rencontrent. Mais alors qu'ils sont tous les deux victimes d'un infarctus le même soir, c'est au cours de leur séjour au service de réanimation que leur amitié va s'ébaucher et résister à leur sortie de l'hôpital. Atteints du même mal, hantés par la même frayeur de récidive ou d'aggravation, les deux hommes réagissent chacun à leur manière. Alberto en étourdissant les autres et lui-même de paroles et d'humour, Angelo en feignant d'aller bien et en cachant la vérité à son entourage.
Lorsqu'une infirmière ouvre le rideau qui les sépare dans la salle de réanimation, les premiers mots d'Alberto à Angelo sont : "qu'est-ce que tu es beau !". Et effectivement, l'acteur Kim Rossi Stuart, malgré sa pâleur de plus en plus cadavérique à mesure que le film avance, est d'une beauté à tomber. D'ailleurs, je ne m'en relève pas. J'avoue que c'est d'abord pour lui que je suis allée voir ce film sans savoir de quoi il retournait. Mais "question de coeur", ça ne pouvait que me "parler". Et effectivement, le mélo de l'été, le voilà. Pas beaucoup de choses à en dire puisque le film est assez prévisible mais au moins les acteurs au travail ici font du bon boulot et c'est déjà beaucoup. Et puis j'aimerais tellement que Kim Rossi Stuart soit un peu plus présent sur les écrans. Je ne me souviens pas l'avoir revu depuis "Romanzo Criminale" un de mes coups de coeur de 2006, et son premier et jusque là seul film en tant que réalisateur, le très beau et poignant "Libero" où il se donnait le rôle pas très gratifiant du père colérique et injuste.
Ici, en plus d'être toujours aussi beau, il démontre qu'il peut être autre chose qu'un beau gosse, un méchant, un mafieux mais qu'il a aussi un vrai sens comique. Oui, on rit aussi dans cette histoire de mort annoncée.
Le film perd un peu de crédibilité lorsqu'on comprend qu'Angelo tente en quelque sorte de préparer son départ et de se faire remplacer auprès de sa femme et ses enfants par Alberto, "que vont-ils devenir sans moi" pense t'il. Mais la façon de parler de la maladie, d'essayer de continuer à vivre malgré l'angoisse et les constants rappels à l'ordre de ce coeur qui faiblit, de tenter d'en rire malgré les inquiétudes est plutôt bien vue. De quelque côté qu'on se trouve de la maladie, peut-on se préparer à mourir ? A vivre un deuil ?

lundi, 12 juillet 2010

LE BRAQUEUR de Benjamin Heisenberg*** - PARIS CINEMA

FILM EN COMPETITION - Autriche-Allemagne

Johann Retterberger court sans cesse. Dans la cour de la prison et dans sa cellule où un tapis de course lui a été installé, vraisemblablement pour aider à sa reconversion à sa sortie. Mais Retterberger n'est pas très coopératif avec son agent de probation qui lui demande, inquiet, ce qu'il compte faire lorsqu'il sera de nouveau libre. L'inquiétude est d'ailleurs tout à fait justifiée puisque dès sa sortie Retterberger se remet à braquer des banques. Il porte sur le visage un masque mi effrayant mi ridicule et échappe toujours à ses poursuivants grâce à ses talents de coureur . Entre deux hold-up il participe à des marathons qu'il remporte. Aucune de ces deux activités ne semblent lui apporter la moindre satisfaction. Une improbable histoire d'amour viendra un temps l'humaniser et l'ouvrir à des sentiments qu'il découvre...

Totalement dépouillé de toute psychologie ce film est un choc brutal qui met le spectateur en tension croissante. Ce que j'aime. J'aime les courses effrenées où la musique percutante accélère le rythme cardiaque. J'aime ce personnage froid, totalement individualiste qui emplit des sacs de billets de banque manifestement sans but, sans qu'en tout cas on ait la moindre explication. Il avance, conditionné par un instinct de survie hors du commun ou une addiction irrépressible.

Beaucoup moins convaincante et réussie est l'histoire d'amour. Néanmoins ce film est littéralement porté par un acteur génial, impassible et glacial, Andreas Lust, dont les comportements sont parfois traversés d'éclats de violence insensés, et qui m'a entraînée dans sa course.

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