samedi, 04 juillet 2009

What ever works de Woody Allen ***

 Woody Allen dans Whatever Works (Photo) Evan Rachel Wood, Larry David, Woody Allen dans Whatever Works (Photo)

Boris est seul. Il est aussi, est-ce la raison ou la conséquence de sa solitude, misanthrope, sauvage, asocial, irritable, aigri, hypocondriaque, neurasthénique et toute ressemblance avec le réalisateur est tout à fait préméditée.

Tout a échappé à Boris, son mariage, son Prix Nobel en Physique Quantique, et même ses suicides. Il a quand même quelques amis fidèles avec qui il déblatère sur le présent et l’avenir du monde foutu, du foutu monde, de l’humanité irrécupérable et il donne des cours d’échecs à certains moutards du quartier qu’il méprise et maltraite. Ah ! le bonheur de pouvoir traiter un enfant crétin de crétin. Il n’y a que dans les films qu’on peut s’autoriser à le faire (fin de la parenthèse).

Un jour, hasard et coïncidence, Boris rencontre Melody Celestine une très très jeune fugueuse aussi cruche que ses shorts sont courts, qui lui demande asile.

Contre toute attente, Boris accepte de la recueillir pour une nuit. Mais la petite s’installe et malgré leurs différences et oppositions abyssales, malgré l’incontinence verbale permanente et neurasthénique de Boris, Melody reste invariablement joyeuse et optimiste et les deux vont s’attacher l’un à l’autre puis se marier.

Ce n’est que le début. La mère dévote obnubilée par ses rides, puis le père raciste homophobe vont retrouver la trace de leur fille et tenter de la sortir des griffes de ce « mari » qui pourrait être son père, voire son grand-père !

Hosannah au plus haut des cieux, Woody est de retour ! Après des vacances (ratées) en barcelonie, il a réintégré New-York. La ville, SA ville rêvée, fantasmée, toujours ensoleillée, qui ressemble à un village avec ses petits marchés, ses boutiques, ses escaliers, ses terrasses de café… et en fond parfois le fameux pont, comme un regard nostalgique sur le passé de son film le plus chavirant « Manhattan ». Le thème de celui-ci n’est d’ailleurs pas très éloigné de celui de son chef d’œuvre puisqu’il s’agit d’une Lolita qui s’éprend d’un homme de plusieurs décennies son aîné. Sauf qu’ici la jeune fille est une tête de linotte mais néanmoins particulièrement attachante parce que Evan Rachel Wood lui donne infiniment de charme et de présence.

Woody n’est jamais plus à l’aise pour nous servir son exquise loghorrée que lorsqu’il est chez lui.

Deux remarques simplement dont un regret, que Woody lui-même n’ait pas interprété le rôle de Boris. Sans doute s’est-il estimé trop vieux ! Ensuite, Beethoven convient beaucoup moins bien à l’univers allenien que Gershwin, même si les cinq coups du destin de la Vème symphonie donnent lieu à une scène invraisemblable que personne d’autre que Woody Allen n’oserait !!!

Pour le reste, pendant 1 heure 30, c’est un régal de tous les instants, les répliques fusent dont certaines à mourir de rire comme toujours quand Woody est en forme et il l’est le dira t’on jamais assez. Les pensées profondes sur la vie, l’amour, le sexe sont servies par un Larry David qui a pris tous les tics et les tocs du patron, jusque dans la façon nerveuse d’ôter ou de mettre ses lunettes. Il est hilarant, agaçant, touchant. Il interpelle le spectateur face caméra ou l'invite à le rejoindre hors champ pour commenter l'action.

Les autres personnages sont tout aussi savoureux, la délicieuse Evan Rachel Wood bien sûr, mais aussi Patricia Clarkson, la mère déchaînée, dont le personnage de bigote coincée va se révéler être une artiste excentrique et nymphomane, et Ed Begley Jr le père, qui va enfin accepter son homosexualité.

La religion, les racistes, la droite en prennent pour leur grade mais la grande nouveauté, c’est que Woody peut nous déconcerter, nous surprendre et nous éblouir encore en  affirmant que l’amour peut rendre heureux !

Vivement le prochain.

samedi, 27 juin 2009

Là-haut de Pete Docter et Bob Peterson ***.

 Bob Peterson, Pete Docter dans Là-haut (Photo) Bob Peterson, Pete Docter dans Là-haut (Photo) Bob Peterson, Pete Docter dans Là-haut (Photo) Bob Peterson, Pete Docter dans Là-haut (Photo)

 Bob Peterson, Pete Docter dans Là-haut (Photo)

Carl est un rêveur fasciné depuis son enfance par un explorateur dont il suit les exploits aux "actualités" du cinéma Tout jeune, il rencontre Ellie, une fillette très délurée et mignonne comme tout. Seule la mort pourrait les séparer. Les années passent, Carl épouse Ellie et lui promet, croix de bois, croix de fer, de l’emmener en haut des chutes spectaculaires qui les font rêver depuis toujours. Ils économisent toute leur vie et à cause de tous les aléas qui empêchent parfois que la vie tourne rond et de réaliser ses projets… Ellie mourra avant que ce rêve ait pu se concrétiser.

Carl est inconsolable et décide de faire le voyage seul. Pour s’échapper de son quotidien brisé et solitaire, il accroche des centaines de ballons multicolores et sa maison s’envole. Sans le savoir, il embarque Russell avec lui, un petit scout rondouillard de 9 ans.

Ensemble, ils vont vivre de multiples, dangereuses, trépidantes ou drôlatiques aventures, rencontrer des animaux étranges un peu couillons, d’autres plus malins, des gentils et des méchants. Carl va même croiser le héros de son enfance au milieu de nulle part.

Beaucoup moins inventif que le merveilleux  Wall-E mais cent fois mieux que Coraline, le moment venu (sortie de ce film le 29 juillet) si vous ne devez choisir qu’un film d’animation et emmener vos enfants, choisissez celui-là car il peut à la fois ravir les petits et plaire aux plus grands.

Vives, énergiques et bouillonnantes, on ne s’ennuie pas une seconde pendant les aventures de Carl et Russell. Les couleurs éclatantes, les décors fabuleux font pétiller les yeux. La première partie, quasi muette et plutôt réaliste, n’élude pas les petites misères et gros chagrins qui parcourent une vie d’homme. Quant à la seconde, menée tambour battant et virevoltante, elle fait la part belle aux péripéties et au danger. Ajoutez à cela pas mal d’humour et le personnage du petit Russell vraiment craquant et vous ne résisterez plus.

On peut aussi s'amuser à trouver quelques beaux et sages messages/conseils : l'amour, l'amitié, les sentiments sont plus précieux et essentiels que les biens matériels.

 

Ne vous impatientez pas, je vous parlerai demain de la soirée "Allociné"...

jeudi, 25 juin 2009

Very bad trip de Todd Philips ***

 Bradley Cooper, Ed Helms, Zach Galifianakis, Todd Phillips dans Very Bad Trip (Photo) Bradley Cooper, Ed Helms, Justin Bartha, Zach Galifianakis, Todd Phillips dans Very Bad Trip (Photo)

Ça commence par la fin. Donc, dès le début on sait que l’enterrement de la vie de garçon de Doug avec ses trois amis à Las Vegas s’est très très mal passé !

Comme dirait l’autre, la question est de savoir : est-ce que c’est drôle ?

La réponse est oui.

Mille fois oui.

Alors comme je manque de temps, je vous encourage vivement à aller lire ce qu’IL en dit.

Il le dit bien mieux que je ne pourrais le faire et je suis d’accord avec lui à 200 %.

 

Il a juste oublié une chose :

la naissance d’une nouvelle sex bomb !

Ce qui, pour nous les filles est une excellente nouvelle.

 Bradley Cooper, Todd Phillips dans Very Bad Trip (Photo)

mardi, 23 juin 2009

Amerrika de Cherien Dabis ***

 Hiam Abbass, Nisreen Faour, Cherien Dabis dans Amerrika (Photo) Hiam Abbass, Nisreen Faour, Cherien Dabis dans Amerrika (Photo)

La vie n’est ni simple ni rose pur Mouna, divorcée, et son fils ado Fadi. Ils vivent à Bethléem, doivent chaque jour passer les contrôles de barrage des territoires occupés, subir des humiliations, des inspections injustifiées du coffre de la voiture, perdre deux heures pour un trajet d’un quart d’heure. Et le soir, après une journée de travail à la banque, Mouna retrouve sa mère, aimante mais tyrannique.

Un (beau ?) jour, une demande d’immigration ancienne et oubliée arrive par le courrier : acceptée. Mouna et Fadi décident de rejoindre sa sœur qui vit depuis 15 ans aux Etats-Unis avec son mari médecin et ses deux filles nées là-bas.

Dès l’arrivée, Mouna et son fils seront soumis à un nouveau contrôle et un interrogatoire où durant trois heures, ils doivent tenter de prouver qu’ils ne sont pas armés. Il faut dire qu’on est aux alentours de 1991 et que la première guerre du Golfe vient d’éclater.

La première scène à l’aéroport pourrait être assez cocasse si elle n’était dramatique. A la question « quel est votre pays d’origine ? », Mouna répond « nous n’avons pas de pays ! ». A la question « quelle est votre occupation », Mouna répond « oui, c’est ça, occupation depuis 40 ans ! ». C’est sans doute simple et naïf, mais suffisamment percutant et efficace pour exposer quelques unes des confusions qui existent dans l’esprit des occidentaux entre l’identité, la religion et la nationalité. Amalgame et cafouillage qui font que souvent on associe arabes et musulmans, musulmans et terroristes. Or, Mouna est arabe mais pas musulmane et encore moins terroriste évidemment.

Elle est apatride, sans nation. Elle est née quelque part mais souffre de n’être de nulle part. Comme sa sœur Rahda (toujours superbe Hiam Abbass) « américaine » depuis 15 ans mais toujours troublée par le mal du pays.

Les lendemains ne chanteront pas pour Mouna qui après avoir été cadre « au pays » se retrouve serveuse dans un fast-food ; ce qu’elle n’osera avouer à sa famille. Son fils subira de nouveaux affronts en se faisant surnommé « Oussama » au lycée où il a été admis au vu de son impressionnant dossier scolaire (en outre, il parle trois langues)…

Mais sur leurs parcours, ils rencontreront des gens merveilleux, comme le proviseur du lycée, une employée de banque, le patron du fast-food…. parce que la réalisatrice, même si elle pointe une réalité douloureuse et la difficulté de s’intégrer dans l’Amérique et l’Occident tout entier après le 11 septembre, a choisi néanmoins pour ce premier film, de jouer la carte de l’optimisme et d’éclairer la route de ses personnages.

L’actrice, Nisreen Faour, qui allie douceur et énergie, est merveilleuse.

samedi, 20 juin 2009

Les lascars de Albert Pereira Lazaro et Emmanuel Klotz ***

 Albert Pereira Lazaro, Emmanuel Klotz dans Lascars (Photo) Albert Pereira Lazaro, Emmanuel Klotz dans Lascars (Photo)

Tony Merguez et Jose Frelate sont les rois du ghetto… en tout cas ils se considèrent comme tels parce que vu d’ici on dirait plutôt les champions de la lose !

Le ghetto c’est la « téci » de Condé Sur Ginette, banlieue d’une très très grande ville. Tout y est : les barres HLM, les jeunes qui zonent à l’entrée des immeubles, les durs qui dealent et tout le monde qui rêve d’aller se dorer la pilule sur les plages de Santo Rico.

Tony est celui qui se la pète le plus mais qui ne parvient même pas à tenir tête à sa meuf, une furie excitée qui exerce un métier pas vraiment en accord avec les traficotages de son chéri.

Alors que son pote Jose va trouver un job d’été qui ne sera pas vraiment une réussite et rencontrer une geoisebour pas farouche, la belle Clémence, Tony va accumuler les embrouilles et aura bien du mal à se dépêtrer de plusieurs situations délicates. Pour le dire autrement tout va partir en laïve ce qui va faire de ce film un foutoir incommensurable bien marrant.

Les réalisateurs rendent un hommage à la banlieue sans oublier de se moquer des codes et conventions qui y règnent. Le film et les personnages sont en totale connivence avec le public sans doute ciblé mais qui ne déplaira pas à celui qui ne connaît pas la téci. Ils décrivent à la fois un univers gangsta rap de dessins animés et la vie des banlieues avec beaucoup d’impertinence, de pertinence aussi et énormément d’actions. Ils dénoncent tout en créant l’empathie.

Visuellement, c’est très beau. Auditivement c’est nickel et ce qui ravage tout c’est évidemment la tchatche inouïe et sans pareil des autochtones qui ont su se créer un langage propre. Le casting de voix est imparable, un vrai régal. Même s’il est un peu difficile de voir aujourd’hui en Vincent Cassel un représentant des faubourgs, on ne peut nier que sa voix idéale est l’une des friandises réjouissantes de ce film. Idem pour celles d’Omar Sy (encore !!!), Frédérique Bel, Diane Kruger, Gilles Lelouche, Diam’s qu’on peut s’amuser à reconnaître !

jeudi, 18 juin 2009

Sunshine cleaning de Christine Jeff ***

 Amy Adams, Jason Spevack, Christine Jeffs dans Sunshine Cleaning (Photo) Alan Arkin, Amy Adams, Emily Blunt, Jason Spevack, Christine Jeffs dans Sunshine Cleaning (Photo)

Rose gagne difficilement sa vie en faisant des ménages pour une société de nettoyage. Elle élève seule son fils, voit en cachette l’homme qu’elle aime qui est marié et père de famille. Jadis ils furent le couple star du lycée. Rose a aussi une sœur plus jeune, plutôt paumée qui vit encore avec leur père, un rêveur doux dingue qui a un peu raté sa vie professionnelle... Le fils de Rose se fait renvoyer de son école. Pour pouvoir lui payer une école privée et conseillée par son amant flic, elle décide de créer une entreprise de « nettoyage de scènes de crimes » avec sa sœur.

Evidemment, le boulot n’est pas banal mais au moins on ne se retrouve pas devant Monsieur grand avocat et Madame qui rêve d’ouvrir une galerie en s’ennuyant dans sa maison château à baies vitrées donnant sur la mer… Le rêve le plus fou de Rose serait d’être « dans l’immobilier », comme tout le monde et surtout comme ses anciennes copines de bahut. Lors d’une invitation chez l’une d’elles à une fête « pré-natale » !!! (scène mémorable) elle réalise avec effroi à quoi elle a finalement échappé si elle avait épousé son capitaine d’équipe de foot…

C’est le monde des « petites gens » et de la débrouille qui est décrit ici. Ce qui est suffisamment rare pour être noté et vivement apprécié. Des gens qui ont des problèmes à boucler les fins de mois parfois difficiles, des soucis d’assurance, des enfants imparfaits, une famille imprévisible… Des gens avec des espoirs, des coups durs, mais de l’énergie, de la volonté et de l’optimisme.

La vie en somme.

Quant à l’héroïne de cette histoire unique et ordinaire, classique et pittoresque, c’est l’épatante et très jolie Amy Adams, véritable rayon de soleil, vraiment formidable et que j’ai grande hâte à retrouver dans un rôle qui fait autant de bien sans être gnangnan.

mercredi, 17 juin 2009

Les beaux gosses de Riad Sattouf ***

 Anthony Sonigo, Robin Duverger, Vincent Lacoste, Riad Sattouf dans Les Beaux gosses (Photo)

La vie n’est pas simple pour un ado de 14/15 ans qui s’appelle Hervé (prénom difficile ( J)) en hommage à Hervé Vilard ! Ses parents sont divorcés et il vit seul avec sa mère dépressive, envahissante et obsédée par les branlettes de son fils. Hervé a un meilleur copain Camel pas plus malin et qui comme lui se masturbe dans une chaussette en feuilletant les pages lingerie des catalogues de la Redoute des années 80. Hervé a néanmoins un avantage, il plaît à Aurore et malgré la trouille qui le paralyse, il va réussir à « sortir » avec elle.

Enfin un film qui parle d’ados qui ressemblent à des ados et non à des gravures de mode relookées ou des caricatures. Même si leur look improbable est plus proche de celui des seventies, pour une fois, ils ne vivent ni dans des triplex du XVIème arrondissement ni dans des barres HLM d’une banlieue oubliée du monde. C’est la première fois, depuis bien longtemps au cinéma que l’on peut voir un film qui ressemble à la réalité. Et d’ailleurs on sent que le réalisateur a dû y mettre une bonne part d’un vécu pas facile et cet aspect apporte une sincérité vraiment touchante au film comme aux personnages.

Les héros sont, vous l’avez compris ou vu,  tout sauf des beaux gosses. Ils en sont au stade très ingrat où tout est « trop » ou pas assez chez eux, le nez, l’acné, l’hygiène, les oreilles, les cheveux et l’humour… Et on rit, on rit beaucoup à ce qui ressemble pourtant beaucoup plus à des tourments qu'à des moments de gloire. Les dialogues sont savoureux, les situations cocasses, les rapports étranges avec les profs ou les parents. Et pourtant on ne peut s’empêcher de penser qu’en cette période on passe parfois de sales quarts d’heure.

Mais un jour, c'est inévitable et même plutôt bienvenu, on échappe à cette adolescence, mais au moins elle a permis à Riad Sattouf de faire un film d’ados qui ne ressemble à aucun autre.

mardi, 02 juin 2009

Ils mourront tous sauf moi de Valeria Gaia Germanika ***

 Agnia Kuznetsova, Olga Shuvalova, Polina Philonenko, Valéria Gaï Guermanika dans Ils mourront tous sauf moi ! (Photo)

Katia, Vika et Janna sont en seconde dans un lycée de la banlieue morose et pas rose de Moscou. On semble loin de la sublime, lumineuse, brillante et toute dorée Place Rouge. Y’a rien qui ressemble plus à une HLM de banlieue qu’une autre HLM de banlieue quel que soit l’endroit de la terre où l’on se trouve apparemment. Les trois jeunes filles sont amies à la vie à la mort, d’ailleurs un jour où elles sont encore plus complices que jamais, elles font le pacte de s’aimer toujours, au moins jusqu’à ce qu’elles soient adultes.

Ah si seulement tous les adultes pouvaient crever !

Il faut dire que question géniteurs elles sont servies… Entre celle qui se fait battre par ses parents sans raison, une autre dont les parents se foutent complètement et une troisième qui les mène par le bout du nez, elles n’ont pas vraiment de modèle qui leur donnerait envie de grandir.

Mais à quoi peuvent bien rêver les jeunes filles russes du troisième millénaire ? d’amour et d’ivresse ! Une petite semaine les sépare de la grande soirée du lycée et c’est cette nuit là que tout va changer, basculer. L’une va faire l’amour pour la première fois (expérience effroyable et catastrophique), une autre va connaître sa première cuite et s’approcher du coma, la troisième va fumer son premier pétard ! Leur amitié ne va pas beaucoup résister.

Sauvage et cinglant, parfois cruel voire cru, on a du mal à croire que quoi que ce soit dans ce film est feint ou « joué ». Les trois jeunes filles, superbes et d’une spontanéité rare sont suivies de très très près par leur très jeune réalisatrice (23 ans, elle sait encore de quoi elle parle). On est loin des ados ronchons insupportables, agaçantes et soupirantes des teen-age movies français ou américains auxquelles les « vieilles » de mon âge n’arrivent jamais à s’identifier, dans lesquelles les mêmes vieilles ne parviennent jamais à se reconnaître, comme si elles avaient oublié qu’elles avaient été jeunes un jour... Et pourtant celles-ci sont bel et bien des petites jeunes filles d’aujourd’hui qui vont devenir adultes dans ce monde de brutes ! Et pour une fois, on comprend, on compatit, on leur souhaite tous les bonheurs du monde. C’est pas gagné…

samedi, 30 mai 2009

Sois sage de Juliette Garcias ***

 Anaïs Demoustier, Bruno Todeschini, Juliette Garcias dans Sois sage (Photo) Anaïs Demoustier, Juliette Garcias dans Sois sage (Photo)

Nathalie qui veut qu’on l’appelle Eve commence un nouveau boulot de livreuse de pain dans la campagne profonde et bourguignonne. Très vite, on s’aperçoit qu’elle ment à tout le monde et peut-être aussi à elle-même. Elle s’invente un « fiancé » qui n’est jamais ni jamais tout à fait le même, ni tout à fait un autre, selon qu’elle change d’interlocuteurs. Tantôt il l’attend en Angleterre, tantôt il est mort dans un accident de voiture, ou marié et ne peut la voir comme il le souhaiterait, ou il lui offre des chemisiers qu’elle doit porter pour penser à lui… Tout est étrange dans son comportement. Sa façon de surveiller ce couple et ce bébé en se cachant dans la forêt. Son habitude de ne pas répondre aux questions ou de ponctuer ses dérangeantes réponses d’un sourire lumineux et irrésistible. Jusqu’à ce que l’homme qu’on aurait pu croire inventé de toute pièce apparaisse. Peu à peu, on se met à comprendre pourquoi Nathalie/Eve est si seule, tellement bizarre, pour ne pas dire complètement dérangée.

Alors qu’on se met de plus en plus à imaginer les pires choses, c’est le plus abominable des crimes qui va nous être révélé !

L’étonnante réalisation bercée parfois par un concerto pour piano à quatre mains de Schubert (je crois), que des bruits angoissants ou de longs silences viennent interrompre est à la fois élégante et oppressante. La réalisatrice développe un travail étonnant sur les sons, les couleurs, les lumières et les matières qui confère à l’ensemble un paradoxe incroyable entre la beauté, la douceur, la chaleur qui règnent dans la campagne environnante et la noirceur du drame qui se dessine peu à peu. Certaines scènes sont à la limite du soutenable : la manucure spéciale de Eve, les scènes avec le bébé, l'ultime rencontre entre deux personnages...

Bruno Todeschini me semble faire preuve d’un véritable courage pour interpréter avec finesse, sobriété et ce qu’il faut d’ambiguïté le rôle d’un homme à ce point haïssable.

Inconfortable et perturbant, ce premier film de la réalisatrice est portée par une toute jeune actrice, Anaïs Demoustier, qui garde encore sur le visage les taches de rousseur et les joues rondes de l’enfance. Elle fait pourtant preuve d’une étonnante maturité pour interpréter cette fille perdue à cause de l’amour ou plutôt des prétendues preuves d’amour les plus inconcevables et inadmissibles qui soient. Elle est extraordinaire, pure, dure, fragile et inquiétante, bouleversante.

jeudi, 28 mai 2009

Looking for Eric de Ken Loach ***

 Eric Cantona, Steve Evets, Ken Loach dans Looking for Eric (Photo) Eric Cantona, Steve Evets, Ken Loach dans Looking for Eric (Photo)

Tout fout le camp dans la vie d’Eric Bishop : sa femme l’a quitté il y a de longues années par sa faute, sa fille élève seule son enfant et lui reproche de ne pas être assez présent et ses deux beaux-fils frôlent la délinquance. Eric sombre peu à peu dans la dépression malgré le soutien de ses copains postiers.

Un soir de « fumette » un peu plus intense, Eric se met à parler comme souvent au poster du Dieu Cantona qui trône dans sa chambre… mais cette fois le poster répond et mieux encore : Eric Cantona en personne apparaît et va aider l'autre Eric à s'en sortir en prodigant de précieux conseils...

Ça se passe à Manchester et c’est du Ken Loach, donc évidemment on n’est pas chez les bourgeois et le réalisateur n’a pas besoin de grands discours pour décrire la réalité et le quotidien pas rose.

Mais qui aurait cru qu’un jour sur ce blog je crierais :

« HOURRAHHH CANTONA !!!* ».

Ce jour de gloire est arrivé pourtant.

Qui aurait cru qu’il était possible de sortir d’un film de Ken Loach avec une pêche d’enfer, un sourire jusque là ? Qu’un film de Ken Loach pourrait se conclure comme une comédie romantique américaine ?

Pas moi. Et c’est pourquoi je vous encourage vivement à voir ce film très drôle, très émouvant, plein de bonnes surprises, de suspens, de frayeurs, d’amour, de violence, de facilité aussi… mais on s’en fout. C’est le plaisir qui compte et ici il est infini à plusieurs niveaux. En tête : l’interprétation sans faille du premier au dernier rôle. Evidemment Steve Evets est formidable mais Cantona est sensationnel.

S’il est très drôle de voir les copains se mettre en quatre pour tenter de redonner le moral à leur copain en essayant de le faire rire, ce sont les aphorismes solennels de Canto qui emportent tout. Comment résister quand il affirme avec son inénarrable accent :

« Je ne suis pas un homme…

Je suis Cantona » ?

Mais j’en ai retenu quelques autres spécialement pour vous :

« La plus noble des vengeances c’est de pardonner. »

« Quand on sait faire du vélo, on le sait à vie ».

« Le rock’n’roll, ça ne s’oublie pas ».

« Les femmes sont le plus grand mystère des hommes ».

« Celui qui sème des chardons récoltera des épines ».

Je trouve ça tordant.

D’autant que s’il est rare qu’un ancien acteur devienne champion sportif de haut niveau, il est évident qu’Eric Cantona a parfaitement choisi sa reconversion et qu’il l’a déjà prouvé. Ken Loach rend un superbe hommage à son idole et les footeux pourront se régaler à revoir ses plus beaux buts qu’Eric décortique avec fougue. On lui sait gré aussi de nous remettre en mémoire cette my(s)thique conférence de presse où Cantona a conclu par un « Quand les mouettes suivent un chalutier, c’est parce qu’elles pensent que des sardines seront jetées à la mer », puis a planté là les journalistes sans autre explication.

C’est pour ça qu’on l’aime et que quand il prône la solidarité et de ne pas jouer perso, on a envie d’y croire.

Pour finir, mais je ne vous en dirai pas plus car la surprise est de taille… le dernier quart d’heure ou « Opération Cantona » est une apothéose, hilarant, vraiment à mourir de rire.

Rien que pour ce quart d’heure là, si le reste ne vous convainc pas, pour l'entendre pontifier et le voir faire son footing (grande classe), il faut vous ruer en salle voir ce film résolument optimiste, relever votre col et crier :

« HOURRAHHHH CANTONA !!! *».

 

 

* OOOH AAAAHHH pour les puristes

(j'veux pas d'ennuis avec les Hooligans moi)...

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