vendredi, 21 novembre 2008

J’irai dormir à Hollywood d’Antoine de Maximy ***

J'irai dormir à Hollywood - Antoine de MaximyJ'irai dormir à Hollywood - Antoine de MaximyJ'irai dormir à Hollywood - Antoine de Maximy

Antoine de Maximy est comme son film et ses deux caméras : un prototype ou plutôt un type unique en fait. Il a parcouru les Etats-Unis seul d’est en ouest avec pour objectif ou plutôt comme prétexte de dormir chez une star hollywoodienne. Il en est le seul « acteur », mais aussi le réalisateur, caméraman, interviewer et personnage. Il va, au long de son périple rencontrer des gens, des « vrais » américains comme il dit, se faire inviter (ou pas) à manger chez eux et dormir (ou pas) chez l’habitant. A pied, en stop, en taxi, en bus, à vélo… aucun moyen de locomotion ne lui résiste jusqu’au jour où lassé par ce manque d’autonomie et d’indépendance, il décide d’acheter une vieille voiture mais qui roule encore pour finir le voyage. Son choix se portera sur un corbillard qu’il repeint en rouge vif pour le rendre plus gai. Cette voiture provoquera l’admiration, la moquerie ou la crainte.

Ce film passionnant et ovniesque est tour à tour hilarant, émouvant ou inquiétant. On est d’abord impressionné, surpris, subjugué même par l’accueil, l’amabilité et l’hospitalité des américains. Sans compter que certains ont un humour vraiment décapant. Il faut dire que le sourire, la gentillesse et l’intérêt que porte Antoine de Maximy à ses interlocuteurs le rendent éminemment sympathique.

Evidemment on ne fait sans doute que survoler l’étendue, la richesse et la diversité de ce qui se passe aux Etats-Unis. Mais la totalité des portraits tracés est captivant et permet de mesurer toutes les différences entre ce pays grand comme un continent et le nôtre.

Certaines rencontres frappent plus que d’autres bien sûr et il arrivera à notre charmant hurluberlu de devoir dormir au motel lorsqu’il ne parviendra pas à se faire accepter. Il y a des scènes d’une drôlerie et d’une cocasserie sans nom, comme celle où il suit à vélo une calèche qui transporte une famille Amish qui refusera de le recevoir, celle encore où il achète son improbable bagnole chez un vendeur complètement barré et constamment hilare. D’autres séquences nous présenteront des personnages beaucoup moins sympathiques comme ce type persuadé que tout le monde parle arabe en France et qu’il faudrait un bon Charles Martel pour remettre de l’ordre dans tout ça, ou cet autre au bord de la folie qui lui demande de le conduire à l’hôpital parce qu’il a été abandonné par sa mère, puis l’emmène chez lui pour qu’il le débarasse d’un chat qui le terrorise, ou cet autre encore, chauffeur de taxi qui lui demande sans cesse de ne pas l’approcher car il craint qu’il ne l’assassine…

Antoine de Maximy ne juge jamais et même si parfois il lève les yeux au ciel devant les âneries qu’il entend, s’il provoque à son insu et à sa grande surprise une dispute dans un bus entre un noir et une blanche, la plupart du temps il écoute, plaisante, s’amuse et entre véritablement en empathie sincère avec ses interlocuteurs comme avec ce vétéran du Viet-Nam qui prend le train pour se rendre à la prison où il devra purger une peine de 15 ans pour avoir possédé une arme sans permis (« j’en ai vu d’autres » dira-t’il), ou cette vieille indienne navajo qui dans une réserve avec sa famille s’étonnera qu’un blanc puisse avoir de la considération pour elle, ou ce SDF jadis agent immobilier qui vit sur une plage de Los Angelès en attendant qu’une retraite convenable lui soit versée dans cinq ans et avec qui il partagera une nuit à la belle étoile…

Le plus surprenant c’est que le réalisateur se faisant refuser un peu brutalement l’accès de la demeure d’une star de Hollywood par un garde du corps pas très affable se recule visiblement pas rassuré et qu’il n’hésitera pas à s’aventurer dans des quartiers de la Nouvelle Orléans réputés malfamés, dangereux, ravagés et laissés en l’état depuis le passage de l’ouragan Katrina ! A ce moment, le passage véritablement flippant du film, on tremble pour lui.

On traverse des villes énergiques comme New-York, survoltées comme Las Vegas, mais aussi des quartiers dévastés, des paysages grandioses, sublimes comme dans les plus beaux westerns, on parcourt des routes de campagnes, des nationales qui se perdent dans l’horizon, c’est l’Amérique rêvée, imaginée, supposée mais aussi surprenante, fantasque et inattendue. Ce n’est ni un film, ni un documentaire mais c’est du cinéma sans aucun doute, drôle, émouvant ou inquiétant.

vendredi, 14 novembre 2008

La bande à Baader de Uli Edel ***

La Bande à Baader - Martina Gedeck et Moritz BleibtreuLa Bande à Baader - Johanna Wokalek

La vie, la gloire et la mort de la célèbre « Bande à Baader » qui terrorira l’Allemagne de l’Ouest dans les années 70 en multipliant les attentats sanglants.

Au départ la cause semble juste voire légitime : lutter contre l’impérialisme américain, refuser la guerre au Vietnam. Mais la façon qu’ont ces adeptes de l’extrême gauche ou ces intellectuels de défendre leurs idées devient rapidement tellement de plus en plus violente et incohérente qu’au final tous les membres du groupe ne peuvent apparaître que comme des fous sanguinaires qui ne peuvent s’exprimer qu’en faisant couler le sang.

Le film semble relater les faits sans juger, ce qui est admirable quand on essaie parfois de nous présenter des tueurs comme des héros. En ce qui me concerne, à aucun moment je n’ai cru que ces gens luttaient pour une cause. Tout n’est pour eux qu’un prétexte pour faire exploser leurs bombes et faire des victimes. Et bien qu’ils se défendent de ne jamais vouloir tuer d’innocents, rien ne les empêche de déposer des explosifs dans des bureaux pendant les heures de travail, de vider leur chargeur sur des cadavres. Des tarés sauvages, dangereux et enragés voilà tout. Ils vont jusqu’à aller prendre des « cours de terrorisme » de terrain à Bagdad, en Jordanie avec de « vrais » terroristes pour rendre ce qu’il nomme leur guérilla urbaine encore plus « organisée ». Ils sont prêts à fricoter avec n’importe quelle organisation pourvu que ça les rende encore plus efficaces.

Lorsque tous les survivants seront arrêtés et incarcérés, une seconde puis une troisième génération de cette « Fraction Armée Rouge » naîtra et poursuivra les attentats tandis que Baader et sa bande tenteront de mettre au point leur système de défense dans un procès fleuve captivant. Les méthodes de barbares employées dans les prisons et notamment dans les quartiers haute sécurité laissent encore une fois sans voix, anéanti, accablé…

Tout cela est passionnant, formidablement bien conté, musclé, énergique et sans un temps de répit. Et les formidables acteurs sont tous, sans exception, au diapason de cette « histoire de fous pleine de bruit et de fureur »…

dimanche, 09 novembre 2008

La vie moderne de Raymond Depardon ***

La Vie moderneLa Vie moderne

Avec ce beau documentaire, le réalisateur pénètre sans effraction au cœur du monde paysan. Ici, pas de grandes exploitations, mais des petites fermes perdues au milieu de nulle part, des familles qui tentent tant bien que mal de survivre, de transmettre, de résister. Cette vision d’un monde peu connu des citadins, oublié peut-être, voire inconcevable fait parfois froid dans le dos, d’autres fois chaud au cœur. Raymond Depardon ne juge jamais, il observe et rend compte le plus simplement du monde puisque ce sont les paysans eux-mêmes qui s’expriment alors que parfois, il a bien du mal à obtenir une réponse à ses questions ou quelques confidences. Entre ce vieil homme de 80 ans étonnamment « moderne » et large d’esprit qui trouve inconcevable que les femmes d’agriculteurs soient considérées « sans profession » et son frère encore plus âgé, autoritaire, taciturne, rancunier qui a beaucoup de difficultés à accepter qu’une fille qui ne soit pas de la région ait épousé son neveu, le gouffre est immense. Mais tous travaillent finalement ensemble en écartant les états d’âme. Et pourtant tout le monde est conscient que cet univers, cette profession sont en train de disparaître. Même les plus jeunes qui tenteraient de s’installer renoncent à leur projet par manque d’argent et parce que les plus grands laissent peu de place aux petits.

Tout ici est magnifique, la campagne, les saisons, les couleurs, les lumières mais aussi douloureux, glacial et parfois dramatique.

En sortant de la séance, on comprend mieux certaines choses. Ces vieilles pierres que l’on observe, que l’on admire parfois au loin en traversant la campagne n’ont rien d’exotique. Derrière ces murs, il y a surtout beaucoup de labeur, de sueur, de conflits, de tracas, de courage et de dignité. Et ces beaux visages burinés, aux rides profondes le sont parce qu’être paysans, c’est 365 jours par an de travail rude, de passion parfois, toute une vie à s’épuiser.

Un film admirable donc, âpre, inattendu et plutôt bouleversant.

lundi, 27 octobre 2008

Un conte d’été polonais d’Andrzej Jakimoski ***

Un conte d'été polonaisUn conte d'été polonais

L’été, dans un village polonais, Stefek un petit garçon de 10 ans s’ennuie ferme. Elevé par sa mère restée seule après le départ du père et surveillé de près par sa grande sœur de 17 ans qui cherche un job d’été, il essaie de forcer le destin et intègre, sans le savoir ni le vouloir réellement, un peu de magie dans son quotidien monotone.

S’il s’agissait du conte de n’importe quelle autre saison au même endroit, cela aurait pu être sinistre tant ce village semble terne et oublié du monde. Mais comme le disait Aznavour dans une chanson célèbre « il me semble que la misère serait moins pénible au soleil». Et apparemment il fait très chaud et très beau dans ce coin de Pologne en été et du coup le film baigne dans une lumière magnifique. Suivre à la trace et toujours à sa hauteur le petit Stefek devient par instants un parcours fascinant. Tantôt surprotégé par sa sœur aînée (Ewelina Valantziak, une vraie beauté), tantôt complètement livré à lui-même, l’enfant invente et répète des jeux plus ou moins dangereux. Mais surtout, il veut que son père revienne et, persuadé de l’avoir aperçu à la gare locale, il y passe des heures chaque jour pour attirer son attention, tenter de brusquer le cours des choses en lui montrant à son insu le chemin de la maison.

C’est magnifique et le petit acteur est un amour.

samedi, 25 octobre 2008

Dernier maquis de Rabah Ameur-Zaïmeche ***

Dernier maquisDernier maquis

Mao est le patron musulman d’une petite entreprise de réparation de palettes et d’un garage de poids lourds. Si ses employés pratiquement tous musulmans pratiquant le remercient d’avoir construit une Mosquée dans l’enceinte même de l’entreprise, ils ne sont pas dupes de sa manœuvre et notamment d’avoir choisi un imam sans les consulter (le choix de l’imam étant une question capitale dans la pratique de l’Islam).

Le fossé est grand entre ce patron intelligent, cultivé, volontiers paternaliste mais manipulateur et ses employés courageux et dévoués qui travaillent dur pour un salaire de misère. Malgré leur reconnaissance sincère ils ne sont pas naïfs au point de ne pas voir la combine pour endormir leurs éventuelles revendications. Mao l’exprime clairement à l’imam en lui disant qu’il doit convaincre les hommes que pratiquer la religion c’est bien pour l’esprit et le corps et s’ils ne s’y prêtent pas, les primes sauteront. Ce patron n’échappera d’ailleurs pas à la colère brouillonne et à une grève complètement désorganisée.

Quelques scènes sublimes suffisent à imposer l’adhésion devant un film dont on ne comprend pas forcément le but (en tant que laïque athée, c’est très difficile) : le réalisateur condamne t’il ou envisage t’il l’intervention de la religion dans le monde du travail ? Il est évident que la réponse n’est pas claire et qu’il laisse le spectateur fasse à ses interrogations, ce qui n’est peut-être pas plus mal. Avant de conclure sur un empilement de palettes rouges qui enferment l’écran, les acteurs et le spectateur (il faut le voir pour le croire que des palettes en bois rouge peuvent être magnifiquement cinégéniques !), Rabah Ameur-Zaïmeche accumule une succession de scènes incroyables (le contrôle des fiches de pointage à l’entrée de l’atelier, la première prière dans la Mosquée, la contestation du choix de l’imam, l’auto-circoncision d’un homme qui n’a pas compris qu’on pouvait être un « bon » musulman sans être circoncis, les explications fumeuses du patron qui refuse une augmentation ou décide de fermer un atelier, la découverte d’un ragondin etc…) que ses acteurs ou non acteurs d’une justesse et d’un naturel rares rendent particulièrement fortes. Si Rabah Ameur-Zaïmeche (qui ressemble à De Niro jeune…) s’est donné le rôle difficile, ambigu et pas forcément sympathique de Mao le patron, tous les autres sont inconnus mais formidables comme ce film âpre et déroutant qui donne la parole à ceux dont on ne parle pas.

mercredi, 22 octobre 2008

Khamsa de Karim Dridi ***

Khamsa - Marco Cortes Khamsa - Marco Cortes

Marco, jeune gitan de 11 ans (malgré la main de Fatma qu'il porte en pendentif et l'expose à se faire insulter de "sale bicot"), s’échappe du foyer où il a été placé pour avoir mis le feu à une caravane mettant en danger la vie de sa belle-mère et de son petit frère. Il veut revoir sa grand-mère mourante et retrouve le camp où il vivait. Seul son cousin, le nain Tony, accepte de l’héberger et tente mollement de l’empêcher de faire des bêtises. Mais Marco rejoint ses amis d’enfance et avec eux vole des sacs, des scooters, cambriole des villas et entre dans la spirale infernale de la débrouille et du danger.

L’itinéraire de cet enfant pas gâté du tout nous projette sans fiotures dans un monde aux portes d’une grande ville : Marseille. Un monde dont on ne parle pas, qu’on ne connaît pas, avec des gens oubliés qui vivent dans des conditions inimaginables entre l’autoroute et les usines. Les enfants, livrés à eux-mêmes, à qui on donne une bière à boire vers 4/5 ans pour avoir la paix, en dehors de leurs jeux stupides (plonger dans la mer du haut d’une grue…) n’ont d’autre horizon que la délinquance.

Karim Dridi nous balance cet uppercut en pleine figure sans jamais sombrer dans le misérabilisme ou l’angélisme. Ni  vraiment sympathiques, ni tout à fait antipathiques ces jeunes sans loi mais avec un peu de foi nous sont montrés bruts de décoffrage, toujours prêts à la bagarre ou à défier la peur, l’insulte au bord des lèvres avec parfois de rares moments de tendresse, de partage et d’humanité. C’est sidérant. L’enjeu de ces enfants n’est pas de s’en sortir mais de survivre dans une société qui les abandonne en partie parce qu’ils leur font peur. Les services sociaux font bien quelques tentatives mais renoncent car leurs démarches les mettent en danger. En effet, la solidarité se met rapidement en place dans le camp dès qu’interviennent des « étrangers ».

Marco a bien quelques velléités de s’en sortir, de partir en Espagne, de devenir boulanger mais il est vite rattrapé par un destin tout tracé. Son père (Simon Abkarian, formidable) séducteur violent et sans cœur l’abandonne, alors Marco (le jeune Marco Cortes, magnifique, enragé) fonce vers son sort, tête baissée.

Ce film intelligent, impressionnant et pourtant jamais spectaculaire, est un coup de poing.

samedi, 18 octobre 2008

Tokyo ! de Michel Gondry, Leos Carax, Joon-ho Bong ***(*)

Tokyo !

“Film à sketches” dont les thèmes traités dans la tentaculaire ville japonaise aussi pluvieuse que Seattle sont la solitude, la difficulté de communiquer, le racisme, la peur des autres, des différences, des étrangers… « Tokyo ! » est particulièrement jouissif, délirant, poétique, rare, inventif, passionnant et cohérent. Il nous offre trois films magnifiques et plutôt fantastiques (dans tous les sens du terme) pour le prix d’un. Foncez.

 

« Interior Design » de Michel Gondry***

Tokyo !

Un jeune couple amoureux et plein d’humour cherche à s’installer à Tokyo où le prix des loyers est inversement proportionnel à la taille et la salubrité de l’appartement. Le garçon n’a qu’une passion, le cinéma. Il a d'ailleurs déjà réalisé un improbable film expérimental qui « dépasse les limites de l’écran » ; tandis que la fille plus rêveuse et hésitante ne trouve pas bien sa place. A force de comprendre et s’entendre dire qu’elle est un boulet sans ambition, elle va peu à peu se transformer pour finalement trouver une utilité et un sens à sa vie.

Le cheminement pour en arriver là est beau, lent et intrigant mais la métamorphose inattendue, cloue littéralement sur place et rend le film totalement surréaliste et d’une touchante poésie.

 

« Merde » de Leos Carax****

Tokyo !

Merde, c’est son nom, est une créature hideuse qui vit dans les égouts de Tokyo et sort de temps à autre pour terroriser les tokyoïtes. Il a le corps tordu, une démarche de dément, un œil crevé, des griffes à la place des ongles et une étrange barbe rousse. Pouah ! Un jour il trouve un lot de grenades abandonnées et fait un carnage dans les rues de la ville. Il est capturé par l’armée et mis en prison. Seul un avocat français parle son énigmatique langage et va assurer la traduction lors de son procès.

C’est Denis Lavant qui prête ou plutôt qui offre son physique étrange et sa naïveté à cette créature rebutante. Mais le voir déambuler complètement hagard et halluciné dans les rues des quartiers chics est un pur régal et d’un niveau comique assez élevé. Il ose arracher sa béquille à un handicapé, jeter son mégot dans un landau etc, et on… enfin j’en redemande car comme l’affirmait W.C Field :

« Un homme qui n’aime ni les enfants, ni les animaux ne peut être totalement mauvais ».

Et puis survient l’avocat français et Jean-François Balmer, grandiose, compose un immense numéro à mi-chemin entre Nicholson (version Joker ou Jack Torrance), Nosferatu et Raspoutine. L’épilogue est vraiment marrant et j’aimerais que le cinéma nous propose plus souvent des personnages aussi inocemment méchants !

 

« Shaking Tokyo » de Joon-Ho Bong****

Tokyo !

Ne pouvant plus supporter le contact avec son prochain, avec le soleil, un jeune homme est devenu “hikikomori”, un ermite. Il vit reclus chez lui. Son père assure sa subsistance en lui adressant chaque mois, sans un mot, une somme d’argent. Jusqu’au jour où ça arrive ! Lui qui n'avait plus croisé le regard de personne depuis 10 ans, il tombe amoureux d’une jeune et belle livreuse de pizza qui disparaît. Impressionnée par l’ordre et la perfection qui règnent dans l’appartement du jeune homme elle devient elle aussi « hikikomori ». Pour la retrouver et la sauver il n’a d’autre moyen que de sortir de chez lui.

Coup de foudre et tremblements de terre vont secouer deux êtres que l’angoisse de vivre dans une ville déshumanisée a rendu névrosés. C’est l’épisode le plus romantique mais certainement pas le moins angoissant…

car mieux qu’un certain film récent, ce trytique sur la solitude dans les grandes villes montre bien l’isolement et l’aveuglement qui gagnent notre univers urbain.

samedi, 04 octobre 2008

Séraphine de Martin Provost ***

Séraphine - Yolande MoreauSéraphine - Ulrich Tukur et Yolande Moreau

Séraphine s’épuise à « faire des ménages » chez des bourgeois qui la méprisent dans un village où à peu près tout le monde se moque d’elle. C’est vrai qu’elle est étrange, qu’elle imprime de son pas lourd la campagne pour grimper et parler aux arbres et aux oiseaux, qu’elle se baigne nue dans la rivière et qu’à l’église elle parle à la Sainte Vierge. Séraphine s’en fiche, elle a une passion, un secret. A la nuit tombée, elle peint dans sa chambre minuscule en chantant des chants grégoriens. Autodidacte mystique et solitaire qui trouve son inspiration chez les anges qui animent son imagination, elle fabrique sa peinture elle-même à base de boue, d’huile, de sang et peint des fleurs, des fruits, des oiseaux sur des planches de bois. Elle devient par hasard la « bonne » du collectionneur allemand Wilhelm Uhde (qui lui aussi à un secret) en 1912. Il n’est autre que le premier acheteur de Picasso et le découvreur du Douanier Rousseau. Lorsqu’il va remarquer une petite toile peinte sur bois, ce marchand d’art visionnaire va immédiatement déceler le génie de son auteure, stupéfait d’apprendre qu’il s’agisse de Séraphine. Au début réticente, elle va finalement admettre que l’homme aime réellement son travail. Il va l’aider, l’encourager, la financer, mais la guerre éclate et Uhde est contraint de regagner l’Allemagne à la hâte. Séraphine va continuer à peindre dans le plus grand dénuement. Ils ne se retrouveront qu’une quinzaine d’années plus tard… l’aventure de Séraphine se poursuit mais de plus en plus dévote et exaltée elle sombrera dans la folie.

Malgré la misère et le désespoir qui enveloppent le destin hors du commun de cette artiste inconnue (de moi en tout cas) on respire, on s’éblouit et on espère tout au long du film car Martin Provost nous promène longuement, langoureusement dans une campagne somptueuse qui décline toutes les nuances du vert indissociable de la vie, de la résistance et de la patience de son héroïne. Je suppose qu’il doit beaucoup à son étonnante et magique interprète, Yolande Moreau qui incarne avec force, humilité et toute la grâce poétique qu’on lui connaît cette femme artiste incomprise, inspirée et supra-sensible. Sa relation avec le personnage de Uhde et l’acteur Ulrich Tukur faite de reconnaissance et d’admiration réciproques porte l’émotion à un degré élevé. Lorsqu’ils sont ensemble, on est submergé et malgré la durée du film, on a beaucoup de mal à les quitter. C’est sublime.

mercredi, 01 octobre 2008

Appaloosa d’Ed Harris ***

Appaloosa - Viggo Mortensen et Ed HarrisAppaloosa - Viggo Mortensen, Jeremy Irons et Ed Harris

Vers 1880, Randall Bragg sème la terreur avec sa bande de furieux dans une petite ville du Nouveau-Mexique, Appaloosa (c’est rien de dire que cette ville est le ass hole du monde). Virgil Cole et son adjoint de longue date Everett Hitch, impitoyables as de la gâchette et enragés de l’ordre, y sont engagés pour rétablir le calme. Ils ont carte blanche pour employer la méthode de leur choix. Alors qu’ils ont réussi à capturer le méchant et après qu’un procès bâclé le condamne à mort, ce dernier parvient à s’échapper. Survient une belle, mystérieuse et pas farouche jeune femme libre comme l’air, toujours d’accord avec le dernier qui l’embrasse, dont Virgil tombe fou amoureux. Tous les ingrédients sont réunis pour cette nouvelle page de l’histoire de l’ouest américain…

Vous redirai-je une fois encore que dans un western je me sens comme chez moi ? Non, bon, tant pis. Cela dit à l’ouest, rien de nouveau. Tout est là comme si rien n’avait bougé, les cow-boys, les indiens, les voies ferrées, le saloon, les colts, les méchants très méchants, les gentils pas si gentils, les filles perdues, la femme fatale, la ville au milieu de nulle part, le soleil, la poussière, les grands espaces, les duels (expédiés ici) et j’en oublie et je ne m’en lasse pas ! Et pourquoi ce nouvel opus de la conquête de l’ouest est-il sublime ? Parce que.

Plutôt que de tenter de renouveler un genre qu’on ne cesse de clamer moribond, Ed Harris lui rend manifestement un éclatant hommage en nous offrant un film tranquille, classique mais passionnant où la violence, les sentiments et l’humour sont omniprésents.

Le casting prestigieux n’est évidemment pas étranger à cette réussite. Jeremy Irons en méchant cruel impose avec classe son apparente indolence. Renee Zelwegger (meilleure de film en film) est parfaite en femme solitaire et complexe. Mais évidemment le duo de choc, c’est Ed Harris et Viggo Mortensen qui le composent. La complicité, la connivence qui les unissent, l’amitié sans faille, le dévouement voire la dévotion des personnages l’un par rapport à l’autre font réellement merveille à l’écran. Quant à la nonchalance de Viggo/Everett qui vient sans cesse au secours de Ed/Virgil qui a un mal de chien à finir ses phrases, elle est à mourir de rire ! Deux prodigieux acteurs pour un grand film.

jeudi, 25 septembre 2008

Entre les murs de Laurent Cantet ***

Entre les mursEntre les murs - François BégaudeauEntre les murs

Une année dans une classe de 4ème d’un collège (difficile) du XXème arrondissement de Paris et plus particulièrement pendant les cours de François, prof de français.

Rarement film aura aussi bien porté son titre puisqu’on ne quitte jamais l’enceinte du collège : la salle de cours, la salle des profs, la cour de récréation. Il semble d’ailleurs qu’il y ait un gouffre infranchissable entre les élèves incapables de dissocier ce qu’ils sont à l’extérieur et à l’intérieur de l’école et les profs parfois remplis de certitudes et de théories, et donc parfois maladroits à imaginer que leurs décisions à l’intérieur du collègue peuvent avoir des conséquences désastreuses à l’extérieur. Cela dit, ici il n’y a pas les méchants profs d’un côté et les gentils élèves de l’autre ou l’inverse. C’est un peu une tranche du monde, une tranche de vie dans toute sa complexité qui nous présente des adultes et des jeunes de 13/14 ans en devenir, aux prises avec le quotidien.

La première barrière à franchir pour que ces deux mondes se rencontrent, c’est le langage. Et quand il s’agit d’admettre que l’emploi de l’imparfait du subjonctif n’a plus cours et qu’il faut adapter sa façon de s’exprimer en fonction de son interlocuteur et de l'endroit où l'on se trouve, la mauvaise foi est mutuelle.

Les joutes verbales incessantes et la contestation quasi systématique de ces ados, qui rendent l’enseignement impossible par moment apportent au film une étonnante vigueur d’autant que le « parler djeuns » a quelque chose de particulièrement énergique et stimulant même s’il est déconseillé de l’employer en cours. Et ainsi tels ce prof et ces élèves, on passe de l’amusement à l’émotion, de l’agacement au sentiment d’injustice. A tour de rôle, chacun « pète un câble » et plusieurs scènes particulièrement tendues et réalistes instillent un véritable sentiment de malaise et d’incompréhension insurmontable.

Tout est passé en revue du conseil de classe à la rencontre parents/profs parfois musclée elle aussi, en passant par le conseil de discipline, les contestations et états d’âme autour de la machine à café, les codes vestimentaires des ados qui enferment chacun et empêchent les « gothiques » de se mélanger aux « tecktoniks »…

Quant à l'interprétation, qu'elle soit issue d'un travail ou improvisée, elle est exceptionnelle.

C’est vivant, sans aucun temps mort, parfois drôle, parfois émouvant, parfois effrayant ou surprenant mais toujours passionnant.

C’est aussi comme l’avait souhaité le Président du dernier Festival de Cannes Sean Penn qui lui a accordé la Palme D'Or : « un film dont le réalisateur manifeste sa conscience du monde dans lequel il vit ».

Et comme je le dis souvent, il faut se méfier des mots en « asse », ou mieux, les bannir de son vocabulaire J

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