24.06.2011

OMAR M'A TUER de Roschdy Zem ***

Omar m'a tuer

Est-il utile de rappeler les faits ? En juin 1991 une femme est assassinée dans sa villa du Sud de la France. Sur le mur de la cave où le massacre de la dame a eu lieu, écrit avec le sang de la victime les enquêteurs découvrent une inscription : "Omar m'a tuer" avec cette somptueuse faute d'orthographe que seuls les journalistes relèveront. Quelques jours suffisent à la police pour arrêter Omar Raddad, le jardinier de Ghislaine Marchal la victime. Cet "arabe de service" fait un coupable idéal. Néanmoins, malgré un procès et un verdict sans appel, condamné à 18 ans de réclusion criminelle Omar Raddad sera écroué et ne cessera de clamer son innoncence. Il ne devra son salut qu'à Jacques Chirac qui lui accordera la grâce présidentielle. Grâcié 8 ans plus tard mais toujours pas innocenté à ce jour, il ne cesse de se battre pour être réhabilité et laver son honneur souillé. Malgré Jacques Vergès, l'avocat des causes perdues qui, selon ses propres mots trouve en Omar Raddad son premier innocent, cet homme reste la victime d'une erreur judiciaire pendant qu'un assassin court toujours.

En effet, Roschdy Zem ne laisse pas de place au moindre doute, Omar est innocent et son film est un procès à décharge qui fait apparaître les innombrables zones d'ombre, les irrégularités, les preuves abandonnées ou détruites qui démontrent l'innocence de l'accusé. Ces indices sont tellement nombreux que je n'en cite aucun et vous les laisse découvrir.

Le réalisateur ne s'acharne pas contre la justice et n'enfonce pas non plus le clou d'une enquête et d'un procès bâclés voire truqués à grand renfort d'effets de manches et de sous-entendus qui laisseraient supposer un acharnement raciste. Il se concentre davantage sur son personnage, un homme tranquille qui dégage une sorte de pureté, une douceur et une indéniable gentillesse, sans omettre quelques "travers" de l'homme telle que son addiction aux jeux de casino ou la fréquentation des prostituées (ce qu'il démentira toujours). Bien qu'en France depuis de nombreuses années Omar Raddad ne parle ni n'écrit le français ce qui fait atteindre aux interrogatoires lors de l'arrestation des sommets d'incompréhension où l'homme ne sait même pas de quoi on lui parle.

C'est lors de sa détention qu'Omar trouvera le plus de bienveillance et d'humanité de la part des co-détenus de sa cellule. Malgré cela, l'homme entamera une grève de la faim pour tenter de se faire entendre. Est-ce cette grève de la faim ou l'enquête parallèle d'un écrivain grand bourgeois (la partie du film totalement ratée avec un Podalydès tellement mou et peu concerné qu'il semble complètement à côté du sujet, du rôle et du film) manifestement plus préoccupé de l'opportunité d'écrire un best-seller que par l'homme accusé à tort qui ont alerté Chirac ? En tout cas, Omar Raddad est sorti de prison en 1998 mais n'a toujours pas obtenu la révision de son procès.

Sans emphase et presque classiquement Roschdy Zem clame l'innocence d'Omar Raddad. En cela il est aidé par l'interprétation hallucinante qu'en propose l'immense Sami Bouajila qui sans outrance non plus offre toute l'humanité et la compassion possibles à son personnage.

15.04.2010

HUIT FOIS DEBOUT de Xabi Molia **

19414711_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20100408_062529.jpg19414705_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20100408_062527.jpg19414694_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20100408_062526.jpg

Elsa est très fragile. Elle ne voit plus qu'épisodiquement son fils de 10 ans dont elle ne pourra recupérer la garde que si elle trouve un emploi stable. Hélas, les petits boulots qui l'aident tout juste à survivre ne lui permettent pas de conserver son logement dont elle est expulsée. Devenue aussi marginale que son voisin Mathieu qui n'a d'autre solution que de s'installer dans la forêt, elle dort la nuit dans sa voiture et imagine diverses combines pour pouvoir manger, se laver et se présenter aux entretiens d'embauche qu'elle rate systématiquement par manque d'énergie, de conviction, de confiance en elle...

Suivre le parcours de ces deux paumés poétiques nous plonge au coeur même d'un sujet de société très actuel  et très angoissant : comment se réinsérer quand on a tout perdu ? Et on ne rêve que d'une chose, que ces deux là s'en sortent tant ils sont attachants. Mais le réalisateur ne nous donne pas à vivre le combat de deux battants acharnés à refaire surface mais de deux êtres délicats et rêveurs, doux et lymphatiques par vraiment armés pour affronter l'adversité.

Voir et entendre Denis Podalydès aborder un entretien et faire l'éloge du doute, justifier les quatre années d'interruption dans son curriculum par son besoin de prendre du recul afin de s'assurer au travers de ses nombreuses lectures si le travail est vraiment indispensable, et d'ajouter qu'au jour de cet entretien il n'est pas encore tout à fait certain qu'il le soit est d'un comique quasi surréaliste. Il faut dire que Podalydès est une nouvelle fois au top de son attitude lunaire et de son interprétation décalée.

Quant à Julie Gayet elle compose avec beaucoup de douceur et de fantaisie une partition de fille perdue, rêveuse, absente, contemplative. Victime tantôt lucide tantôt inconsciente, ses quelques larmes de désespoir et d'abattement crèvent le coeur. Elle est aussi capable de se montrer inquiétante et menaçante lors d'une scène impressionnante, anxiogène où en jouant avec son fils sur une plage, elle flirte avec la folie. Une très grande interprétation qui la rend particulièrement exquise, charmante et aimable.

Cependant en oscillant trop entre le burlesque désopilant et l'aspect beaucoup plus dramatique, le réalisateur nous laisse un peu désorientés car ses deux losers adorables accumulent les malchances en série. Ceci dit, résolu à se comporter de façon franchement optimiste, il semble nous dire qu'il est possible de se retrouver 7 fois par terre et se relever 8 fois... même si Elsa et Mathieu ne semblent pas trés bien barrés et qu'il n'y a pas de quoi en rire. C'est ce qui est gênant !

05.02.2010

HUIT FOIS DEBOUT de Xabi Molia **(*)

Film en compétition - France

Festival International du Premier Film d'Annonay

171306_huit_fois_debout_Xabi_Molia_dest_2.jpg
2694.jpg

Elsa est très fragile. Elle ne voit plus qu'épisodiquement son fils de 10 ans dont elle ne pourra recupérer la garde que si elle trouve un emploi stable. Hélas, les petits boulots qui l'aident tout juste à survivre ne lui permettent pas de conserver son logement dont elle est expulsée. Devenue aussi marginale que son voisin Mathieu qui n'a d'autre solution que de s'installer dans la forêt, elle dort la nuit dans sa voiture et imagine diverses combines pour pouvoir manger, se laver et se présenter aux entretiens d'embauche qu'elle rate systématiquement par manque d'énergie, de conviction, de confiance en elle...

Suivre le parcours de ces deux paumés poétiques nous plonge au coeur même d'un sujet de société très actuel : comment se réinsérer quand on a tout perdu. Et on ne rêve que d'une chose, que ces deux là s'en sortent tant ils sont attachants. Mais le réalisateur ne nous donne pas à vivre le combat de deux battants acharnés à refaire surface mais de deux êtres délicats et rêveurs, doux et lymphatiques par vraiment armés pour affronter l'adversité.

Voir et entendre Denis Podalydès aborder un entretien et faire l'éloge du doute, justifier les quatre années d'interruption dans son curriculum par son besoin de prendre du recul afin de s'assurer au travers de ses nombreuses lectures si le travail est vraiment indispensable, et d'ajouter qu'au jour de cet entretien il n'est pas encore tout à fait certain qu'il le soit est d'un comique quasi surréaliste. Il faut dire que Podalydès est une nouvelle fois au top de son attitude lunaire et de son interprétation décalée.

Quant à Julie Gayet elle compose avec beaucoup de douceur et de fantaisie une partition de fille perdue, rêveuse, absente, contemplative qu'on ne lui connaissait pas. Victime tantôt lucide tantôt inconsciente, ses quelques larmes de désespoir et d'abattement crèvent le coeur. Elle est aussi capable de se montrer inquiétante et menaçante lors d'une scène impressionnante où en jouant avec son fils sur une plage, elle flirte avec la folie. Une très grande interprétation qui la rend particulièrement exquise, charmante et aimable.

Cependant en oscillant trop entre le burlesque désopilant de la première partie et l'aspect beaucoup plus dramatique de la seconde, le réalisateur nous laisse un peu désorientés. Ceci dit résolu à se comporter de façon franchement optimiste, il semble nous dire qu'il est possible de se retrouver 7 fois par terre et 8 fois debout... même si ses deux "héros" ne semblent pas trés bien barrés et qu'il n'y a pas de quoi en rire et c'est ce qui est gênant !