AUCUN AUTRE CHOIX
de Park Chan-Wook ***(*)
COREE
Avec Lee Byung-Hun, Ye-jin Son, Park Hee-Soon
You Man-su est un cadre très sûr de lui dans une usine de papier.
A la maison, son bonheur est complet. Une femme aimante partage sa vie ainsi que deux enfants (un ado très ado, une petite fille étrange qui ne vit que pour la musique et ne parle qu'en répétant la dernière phrase qu'elle a entendue), deux chiens, une immense maison perdue dans la végétation et une serre magnifique. Il ne comprend pas le texte qui accompagne un fabuleux cadeau qu'il reçoit de sa direction (des anguilles...) : "pour services rendus". Il s'agissait cruellement d'anticiper son prochain licenciement. Le chômage est pour lui inacceptable ainsi que perdre son statut social. Pour lui le couperet est tombé, il est un homme décapité. Mais ses entretiens d'embauche malgré un CV sans doute intéressant ne convainquent pas. Il décide alors d'éliminer ses concurrents.
Cette histoire adaptée d'un roman noir de Donald E. Westlake avait déjà été portée à l'écran sous le titre éponyme Le couperet (avec un très étonnant José Garcia). Costa Gavras avait opté pour la version dramatique malgré quelques aspects cocasses (on ne devient pas un assassin sans quelques prédispositions). Le réalisateur coréen choisit évidemment d'accentuer l'angle burlesque et on rit beaucoup. Autant parce que l'apprenti assassin se retrouve dans des situations parfois grotesques mais aussi par les choix étranges et originaux qu'il fait pour se débarrasser de ses victimes.
Les femmes ont un rôle essentiel dans l'histoire et sont un précieux soutien pour leurs hommes égarés. Notamment celle de Man-su. Alors qu'il s'effondre de honte, sa femme fait front (même si elle pleure en cachette). Alors qu'il ne prend que de mauvaises décisions, elle prend toutes les bonnes (réduire leur train de vie par exemple voire vendre leur somptueuse demeure et se séparer des chiens (deux bouches de trop à nourrir) et de la précieuse serre...).
Le seul reproche qu'il fait à sa femme est de lui rappeler qu'il l'a épousée alors qu'elle était une mère célibataire. On voit bien que le gars veut être le premier en tout. Il refuse également de révéler à l'aîné qu'il n'est pas son père. On apprend pourtant qu'il n'a pas toujours été "the good guy" qu'il s'acharne à être. Pas un barbecue ne se termine par un câlin (forcé) d'une minute ou un pas de danse... Mais a-t-il pour autant l'étoffe d'un meurtrier ?
La réalisation est évidemment vertigineuse, chaque plan est magnifique jusqu'à nous faire plonger dans un verre de bière... Cette fable/farce évoque une vision idyllique de la famille (la première partie et plus encore la longue première scène sur l'adagio du concerto N° 23 de Mozart) mais aussi la cruauté, l'inhumanité du monde capitaliste et de l'automatisation à tout crin. Les premières images d'une sorte de paradis idéalisé s'opposent aux dernières de fumée d'usine robotisée, déshumanisée. Et puis l'acharnement de Man-su à éliminer ses concurrents est d'autant plus abominable que ses victimes sont elles aussi victimes du système.
Néanmoins, on rit beaucoup. Man-su décide certes qu'il n'a pas d'autre choix mais ses hésitations et maladresses produisent des effets parfois vraiment hilarants. Notamment lors d'une séquence mi bondage, mi art du bonsaï... ou cette autre au cours de laquelle la femme d'une prochaine victime intervient.
On n'attendait pas Lee Byung-Hun (l'increvable héros en chemise blanche de A bittersweet life (toujours aussi beau vingt ans après) ou de J'ai rencontré le diable) dans le rôle mi comique mi désespéré de cet assassin presque malgré lui. Il est parfait. Et parfaitement bien entouré.


