LE RETOUR DU PROJECTIONNISTE
de Orkhan Aghazadeh ***(*)
AZERBAÏDJAN
Dans un village reculé d’Azerbaïdjan, Samid réparateur de télévisions retrouve un vieux projecteur et rêve d'ouvrir un cinéma au village.
Sa rencontre avec Ayaz, un jeune homme passionné de cinéma et de ses techniques va le motiver encore davantage dans sa quête de la lampe magique qui redonnera vie au projecteur poussiéreux.
Certains films de fiction ressemblent à des documentaires. Ce film documentaire ressemble à un film de fiction. Il raconte pourtant l'histoire vraie de Samid jadis projectionniste itinérant que le réalisateur a rencontré alors qu'il faisait des repérages pour finaliser un film d'études.
On reste accroché au suspense que le réalisateur installe. Rien que trouver un endroit haut perché pour obtenir une connexion internet et passer la commande de la lampe manquante, dans cette région recouverte de neige en hiver est une expédition. En attendant il faut confectionner un écran. Les femmes sont réquisitionnées pour coudre ensemble des pièces de tissu blanc. Le cadre qui supportera la toile est fabriquée par les hommes et installé dans la salle communale. Les affiches sont réalisées par le très doué Ayaz, par ailleurs particulièrement astucieux pour créer un petit projecteur fait de carton et d'une lampe et projeter les petits films d'animation qu'il réalise. Mais la commande passée par internet se fait attendre. Des semaines, des mois passent... les affiches sont délavées par la pluie, les villageois et les édiles qui s'étaient emballés pour le projet commencent à douter et à penser qu'Amid est fou et qu'il se ridiculise aux yeux de tous. Même la relation avec Ayaz connaît quelques remous mais Amid n'abandonne pas.
A la marge de cette magnifique relation d'amitié entre deux hommes de générations différentes et de leur projet fou, ambitieux auquel ils tiennent plus que tout, le réalisateur nous immerge dans la vie d'une communauté sur un territoire qu'on imagine pas. La région est splendide, vallonnée. Le climat y semble rude en hiver. Les femmes sont bien séparées des hommes et doivent obtenir leur approbation pour la moindre distraction mais il semble y régner une forte solidarité.
Le but du film, redonner vie au cinéma, n'élude pas une part personnelle. On découvre alors pourquoi cet homme obstiné est si triste et pourquoi il s'attache à son projet comme au dernier rempart à son chagrin. Le film devient alors bouleversant.
Doux, tendre, pétri d'humanité, ode à l'amitié et au système D, parfois drôle et toujours passionnant, ce magnifique documentaire démontre qu'avant d'être une industrie, le 7ème art était un artisanat.
Et c'est beau.
