17/05/2013

THE GREAT GATSBY de Baz Luhrman ****

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Nick Carraway (Tobey-Spider-Maguire) est un jeune courtier à la bourse de New-York.

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06/05/2013

MUD - SUR LES RIVES DU MISSISSIPPI de Jeff Nichols ****

Mud - Sur les rives du Mississippi : Affiche

Ellis et Neckbone ont 14 ans et préfèrent leurs escapades en pleine nature à la fréquentation du collège. Il faut dire que les bayous, sinueux, marécageux offrent leur part de mystère et de magie à deux garçons à l'imaginaire fertile. Le premier vit avec ses parents, au bord du divorce, dans une baraque en tôles sur pilotis, l'autre, orphelin est élevé par son oncle, un pêcheur à l'étrange arnachement. Une de leurs équipées les conduit sur une île isolée et sur cette île, à un bateau échoué à la cîme d'un arbre, sans doute lors d'une des récentes inondations. Ellis et Neckbone sont enchantés de leur découverte et s'approprient immédiatement l'épave. Sauf que des indices laissent supposer qu'elle est habitée. Effectivement, Mud surgit, un type à la fois louche et inoffensif. Neckbone aurait tendance à fuir devant ce clochard tandis qu'Ellis est prêt à écouter son histoire et à lui venir en aide. Les questions fusent. Pourquoi porte t'il un serpent tatoué sur le corps ? Pourquoi ne veut-il jamais se séparer de sa chemise ? Pourquoi a t'il un revolver dans le pantalon ? Mud n'est pas avare de détails. Et entre mythologie personnelle, mensonge et manipulation, l'homme offre aux garçons sa version des événements qu'il a vécus, de ses rapports avec les personnes impliquées dans l'histoire et pourquoi il se cache sur cette île.

Pour défendre Juniper la femme qu'il aime depuis l'enfance, Mud a tué un homme, il a la police aux trousses ainsi que les frères et le père de l'homme qu'il a tué. Ellis, lui même en pleine découverte du sentiment amoureux  adhère sans hésitation à la vision follement romantique de Mud qui souhaite retaper le rafiot, retrouver et embarquer sa belle pour partir loin de ce monde cruel, avec elle. Justement une beauté blonde amochée (Reese Whiterspoon, émouvante) débarque en ville et correspond exactement à la description. C'est Juniper. Est-elle là pour rejoindre son amoureux ?

Mud est comme le Mississippi, beau, imprévisible et inquiétant. Mais aussi terriblement attachant, séduisant; irrésistible. Forcément c'est Matthew McConaughey qui enchaîne avec ce Mud quatre films et quatre performances remarquables : Magic Mike, Killer Joe, The Paperboy. Je le répète mais on ne répète jamais assez et à quel point "le cinéma est aussi (surtout ?) l'art de faire faire de vilaines choses à de jolis garçonsj'ai toujours considéré Matthew McConaughey comme l'un des meilleurs acteurs de sa génération depuis son apparition en 1996 dans le sublime Lone Star. Enfin et grâce à des réalisateurs attentifs, cet acteur étonnant capable de surprendre encore et encore devient indispensable. Ici, plus réservé qu'à l'accoutumé, mélancolique et manipulateur, il est un amoureux prêt à tout pour sauver sa belle des griffes des garçons qu'elle fréquente et qui s'expliquent le plus souvent en la rouant de coups.

A ses basques s'accroche Ellis, lui aussi prompt à foncer dans le lard des gars qui ne traitent pas les filles comme des princesses... d'abord un "terminale", puis un concurrent et enfin un tueur. Et on tremble un peu pour l'avenir de ce jeune garçon qui suivra sans doute les traces de celui qu'il va admirer un temps avant de se sentir trahi... Le jeune Tye Sheridan (un nom de star !!!) est à suivre et à surveiller de très près. Déjà intense dans Tree of Life de Terrence Malick (bonjour la filmo du moutard !) il est ici l'égal de son aîné et porte en grande partie le film sur ses frêles épaules. Avec sa petite moue, ses cernes et sa volonté, il semble être né pour être acteur. On trouve du Leo (oui, MON Leo) pour sa facilité à absorber l'écran tout entier à lui seul et du Dan DeHaan pour son regard triste et fatigué chez ce nouveau petit prodige.

Et puis Jeff Nichols en train de devenir incontournable car son film est d'une beauté à tomber. Inquiétant, intrigant il pérégrine nonchalemment vers un final inattendu. La dernière demi-heure, haletante m'a fait décoller de mon siège avec l'apparition d'un sniper justicier..

Et on souhaite à Ellis de rencontrer une fille à la hauteur de ses exigeances...

01/05/2013

HANNAH ARENDT de Margarethe Von Trotta ****

Hannah Arendt : Affiche

En 1961 Hannah Arendt, philosophe juive allemande volontairement exilée à New-York depuis la montée du nazisme exprime le souhait de suivre le procès d'Adolf Eichmann responsable de l'envoi des juifs en camps de déportation. N'ayant pu assister aux  Procès de Nuremberg, elle met toute sa force de conviction pour être sur place à Jérusalem. C'est finalement pour le journal New Yorker qu'elle va être le témoin de ce procès historique à la suite duquel elle écrira Eichmann à Jérusalem. C'est en effet de cette "expérience", de son observation de cet homme, Eichmann, qu'elle tirera son concept longtemps incompris, décrié, de "la banalité du mal".

Si (comme moi) vous ne connaissez d'Hannah Arendt "que" le nom et cette idée largement utilisée aujourd'hui de la "banalité du mal"... vous sortirez peut-être de la vision de ce film fasciné par une femme, une pensée mais aussi une actrice et une réalisatrice. Car réussir à filmer la pensée en action peut paraître relativement surréaliste. Margarethe Von Trotta y parvient secondée admirablement par une actrice d'exception, Barbara Sukowa. Recevoir ainsi une leçon d'histoire et de philosophie n'est pas courant au cinéma. Et "rencontrer" une pensée aussi complexe, d'une intelligence inouïe s'exprimer avec une telle puissance, une telle détermination, une telle évidence est un cadeau. Ce film qui nous offre Hanna Arendt et Barbara Sukowa est un cadeau.

Hannah Arendt enseigne à New-York à des étudiants énamourés qui boivent littéralement chacune de ses paroles, se précipitent pour lui allumer ses cigarettes et la vénèrent des yeux. On les comprend. On imagine sans peine qu'elle a dû bouleverser la vie de pas mal de boutonneux, comme le fit jadis pour elle Martin Heidegger dont elle fut un peu plus que l'élève !

Lorsqu'Hannah se trouve face à Eichmann, petit homme enrhumé, enfermé dans sa cage en verre, elle est stupéfaite. Le film rend parfaitement compte de ce moment d'effarement total. L'homme ne fait pas peur, il est d'une extraordinaire banalité. Puis l'évidence apparaîtra lorsqu'elle l'écoutera répondre aux questions de ses juges. Eichman est certes l'administrateur de la "solution finale concernant la question juive" mais il est d'une médiocrité telle qu'il est incapable de penser. Pour lui "la loi c'est l'honneur". Le "juif" n'existe pas en tant que personne. Et Eichmann n'est qu'un exécutant scrupuleux, tout entier asservi à son patron, l'autre Adolf ! Lorsqu'on lui demande s'il aurait tué son père si Hitler le lui avait demandé, il répond "oui, s'il m'en avait apporté la preuve". Lorsqu'on lui demande si la preuve lui a été donnée que 6 millions de juifs devaient périr, il ne comprend pas la question. Hannah Arendt ne cherche pas à banaliser le crime de cette ordure mais sa médiocre personnalité. Mais je ne m'aventurerais pas davantage à tenter d'exprimer en quelques mots la pensée complexe et fascinante de cette femme...

La réalisatrice utilise quelques images d'archives du procès. On les connait mais on est toujours remué de voir cet homme au rictus excécrable rester calme et répondre avec respect et courtoisie au Président du Tribunal. Quelques témoignages de rescapés font toujours froid dans le dos. Certains s'évanouissent, perdent leur sang-froid, fondent en larmes... Comment une telle chose a pu être possible ? On aura beau retourner cette question dans tous les sens, on n'obtiendra jamais la réponse.

A cause de cette théorie donc, cette "banalité du mal", Hannah paiera le prix fort et perdra l'amitié de certains de ses proches. Mais elle sera également victime d'insultes, d'accusations qu'elle considèrera comme des calomnies sans pour autant les dénoncer, de menaces même de la part du gouvernement israëlien. Elle devra s'isoler et souffrira mais fera toujours face sans faiblir ni renoncer à sa théorie.

La lumière éclatante de la sublime Jérusalem s'oppose à l'atmosphère enfumée de l'appartement New-Yorkais. Les soirées entre intellectuels, les rapports incroyables qu'elle entretenait avec son mari sont d'autres moments passionnants de ce film fort, remarquablement puissant dans sa simplicité. Interprété avec génie par une actrice étonnante. Fascinant.

25/04/2013

L'ÉCUME DES JOURS de Michel Gondry ****

L'Ecume des jours : Affiche

Colin a une belle vie. Il est si riche qu'il n'a pas besoin de travailler. Il passe son temps à créer des machines insensées comme ce pianocktail qui permet de composer des boissons en fonction des accords interprétés. Il vit avec Nicolas, son conseiller, avocat et cuisinier. Son meilleur ami, Chick n'est pas issu du même milieu et doit travailler en usine, d'autant plus qu'il a une passion ruineuse. Fan du philosophe Jean-Sol Partre, il se procure chaque oeuvre, chaque conférence et même l'effigie de son idole grandeur nature. Pour l'aider à assouvir sa passion onéreuse, Colin offre à Chick le quart de sa fortune. Côté coeur, tout va bien. Chick et Alise s'aiment, Nicolas et Isis s'aiment et Colin trouvant injuste de ne pas être amoureux, rencontre Chloé ("avez-vous été arrangée par Duke Ellington ?") et l'épouse. Tout va bien, la vie est belle... mais plus pour longtemps. Chick délaisse Alise au profit de Jean-Sol Partre, Nicolas ne cesse de tromper Isis et le nénuphar qui pousse dans le poumon de Chloé bouleverse tout l'univers. 

N'en déplaise aux  Inrocks et autres pisse-vinaigre qui un jour peut-être aimeront le cinéma, ça leur déridera peut-être un peu les fesses fera un bien fou, Michel Gondry  a presque tout bon ! Et pourtant j'avais peur. On ne touche pas à l'Ecume des Jours. C'est LE roman de l'adolescence, de la jeunesse. Celui qu'on lit, qu'on relit et qu'on n'oublie jamais. Celui que même ceux qui ne lisent pas ont lu ! C'est un monument, une cathédrale et sans doute réputé inadaptable au cinéma. Et pourtant en regardant le film, on lit le livre en images et on a envie de le re-lire, de fouiller dans la bibliothèque et de retrouver la vieille version toute cornée  découverte en terminale ou avant, celle avec le nénuphar ou la tête de Boris en couverture. Le roman date de 1947.  Et cette histoire est incroyable, extraordinaire, toujours actuelle. J'espère qu'une nouvelle génération de teenagers va dévaliser les librairies et tomber amoureuse de Colin, Chloé, Isis, Nicolas, Chick et Alise, et du style époustouflant de l'auteur !

Evidemment, il y a deux segments bien distincts. Avant et après le "nénuphar" de Chloé. Et Michel Gondry accomplit la prouesse de nous mettre dans le même état d'esprit que ses personnages. En entrant dans cet univers, celui de Vian animé par Gondry, on passe une heure avec un sourire figé en mode découverte, admiration et émerveillement. Le réalisateur n'oublie rien mais ne se contente pas de faire figurer des gadgets en pagaïe mais bien de rendre vivant le monde surréaliste, onirique où les objets prennent vie, l'influencent ou agissent en fonction des événements. Jamais on aurait cru pouvoir voir le fameux pianocktail, la voiture nuage, la sonnette insecte, la souris, les doublezons, les fenêtres qui repoussent, la chambre qui rapetisse, ou assister à une démonstration de "biglemoi"...

Lorsque le film commence Colin se taille "en biseau les coins de ses paupières mates, pour donner du mystère à son regard" comme dans le livre. Et toute la fantasmagorie déployée par Vian refait brusquement surface. Et Colin (incarné idéalement par Romain Duris au jeu tellement surréaliste) apparaît, innocent, gentil, superficiel car "Il était presque toujours de bonne humeur, le reste du temps il dormait". Le temps de l'insouciance où les amoureux dansent, vont à la patinoire, boivent, s'amusent est éphémère. Et la seconde partie, dès le mariage de Colin et Chloé, est peu à peu et de plus en plus sombre, menaçante, angoissante. L'appartement si grand, si lumineux  devient lugubre, marécageux. Il rétrécit. Les couleurs s'estompent jusqu'à disparaître. Il ne reste plus qu'un noir et blanc brumeux, dramatiquement chargé.

Mais Gondry ne se contente pas de la forme, le fond est là aussi. Et le réalisateur, comme Vian, dénonce le monde du travail, l'exploitation, le rendement, les cadences, la médecine impuissante, l'Eglise cupide et mercantile, l'administration, le culte de la personnalité illustré par le personnage de Jean-Sol Partre, l'individualisme... Par ailleurs Colin, à l'instar de Vian est un grand amateur de jazz et pas n'importe lequel. La BO est donc admirable et les apparitions de Duke Ellington un régal.

Mais curieusement, on est beaucoup plus bouleversé par les modifications de l'environnement, par ce monde qui devient funeste et par Colin misérable, obligé d'accepter des emplois extravagants, (fabriquer des armes à la chaleur de son corps, travailler pour une administration qui prédit les événements) dans des conditions épouvantables que par l'histoire d'amour dramatique. J'avais le souvenir d'un grand roman d'amour triste à mourir, et du film je retiens surtout un profond désespoir provoqué par la perte de l'innocence, la fin de l'insouciance  douloureusement expérimentées par Colin.

Je n'arrive pas à dire si L'ECUME DES JOURS est un grand film ou un beau film ou les deux (sûrement les deux) mais il est à coup sûr, différent, inventif, subtil... désespéré.

22/03/2013

THE PLACE BEYOND THE PINES de Derek Cianfrance ****

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Luke fait un tabac avec son numéro de cascadeur à moto lancé à toute berzingue dans un globe en feraille. Il va de ville et ville et croise la route de Romina avec qui il avait eu une aventure quelque temps plus tôt. Il découvre alors qu'il est père et décide de ne plus quitter la petite ville de Shenectady pour être près de son fils, le voir grandir, partager sa vie. Mais Romi refuse de quitter l'homme qui partage désormais sa vie. Pour aider ceux qu'il considère comme sa famille, Luke trouve un emploi de mécanicien chez Robin qui rapidement lui propose de commettre des braquages de banques afin d'agrémenter d'un peu de beurre les épinards. C'est alors qu'intervient Avery Cross, jeune flic ambitieux, lui aussi père d'un bébé...

A partir de là : CHUT ! Et je vous enjoins à trucider de la manière la plus moyen-âgeuse possible (au chalumeau par exemple) toute personne qui vous raconterait quoique ce soit à propos de ce film. En effet, au bout d'une heure, alors qu'on se croit confortablement installé dans un polar un peu crasseux et haletant, le film réalise un virage à 180° totalement ébouriffant. Polar il l'est mais aussi grand mélo des familles, comment et pourquoi être un père, mais aussi un fils ? Et Derek Cianfrance s'y prend comme un maître et prend tout son temps pour raconter une histoire en trois parties bien distinctes et pourtant totalement imbriquées et dépendantes les unes des autres ! Pour une fois la longueur du film n'est pas un handicap et aucun moment de flottement ou d'ennui n'envahit le spectateur. Elle permet en outre de suivre de façon approfondie chaque personnage, son histoire, son destin, ses choix, ses aspirations.

Difficile de ne pas évoquer James Gray ou Martin Scorsese. Tant pis, c'est fait.

Côté casting ! Du lourd, du très très lourd. Les deux des trois plus beaux gosses de la planète hollywood actuelle sont là, Ryan Gosling en un long plan (séquence) langoureux d'ouverture torse nu (avec beaucoup de lecture dessus...), merci Derek, Bradley Cooper beaucoup trop habillé, plus fragile et torturé que d'habitude. Ils sont parfaits et portent le film à des sommets. Ray Liotta, plus flippant que jamais fait de son regard un effet spécial. Impressionnant ! A noter également la présence du fiévreux Dan Dehaane, révélé dans Chronicle, confirmé dans Des Hommes sans loi et une fois de plus étonnant ici.

Un grand film, à voir, à revoir, qui marquera sans aucun doute l'année 2013 et les projets de Derek Cianfrance découvert avec le très très sombre Blue Valentine (apparemment la vie pour Derek, c'est pas de la poilade) à suivre de très très près.

17/03/2013

CLOUD ATLAS de Lana Wachowski, Tom Tikwer, Andy Wachowski ****

Cloud Atlas : affiche

Adam Ewing jeune homme de loi en 1849 traverse le Pacifique sur un voilier. Alors que son esprit et son corps sont attaqués par un étrange parasite, il devient l'ami d'un esclave clandestin. En 1931 à Edimbourg le jeune compositeur Frobisher écrit à son amant Sixsmith et lui raconte comment il travaille avec un vieux compositeur invalide qui veut s'emparer de son oeuvre. Il découvre les écrits d'Ewing. En 1975 en Californie, une journaliste Luisa Rey qui enquête sur la construction d'une centrale nucléaire rencontre Siksmith, vieux scientifique qui cache un secret. Il meurt assassiné et Luisa découvre les lettres qu'il a reçues de Frobisher. En 2012, l'éditeur Cavendish fuit la famille d'un de ses clients, un gangster qui a balancé un critique du haut d'un balcon. Il lit le livre écrit par Luisa. Dans un futur imaginaire en Corée des jeunes femmes sans âme ni conscience sont utilisées pour être serveuses dans un fast-food. L'une d'elles Sonmi-451 se révolte en découvrant un film, "L'épouvantable Calvaire de Timothy Cavendish". En prenant conscience qu'elle est une esclave et de quelle façon elle et ses semblables sont nourries, elle va déclencher une rébellion. Dans un futur post-apocalyptique, le vieux Zachry raconte comment depuis sa jeunesse il doit survivre à des hordes barbares... Et ce n'est pas tout, et plus encore !

Quel rapport les personnages ont-ils les uns avec les autres ? Comment les histoires s'imbriquent-elles les unes dans les autres ? Comment cette "cartographie des nuages" peut-elle toucher en plein coeur, ravir les yeux, les oreilles ? C'est la magie, celle du cinéma, de trois réalisateurs déments qui proposent, osent et nous offrent, cinéphiles chanceux, à travers cinq siècles, une profusion d'images, de sens, de non sens, d'évidences et de "trucs" abracadabrantesques. On ne comprend pas tout, pas tout le temps en tout cas ? Le récit n'est jamais linéaire, ce serait trop simple. Et alors ? C'est du plaisir, à l'état pur, brut. 2 h 45 à travers les siècles à guetter une comète tatouée... et à soupirer d'aise de passer, revenir, repartir d'un personnage à l'autre, et les quitter à regret au bout de ces 2 h 45 exténuantes, enthousiasmantes.

Alors que Terrence Malick nous assène sentencieusement que l'amour nous aime... les Wachowski/Tikwer nous embarquent dans un délire ludique, drôle et dramatique pour creuser une seule idée simple que les destins sont intimement liés les uns aux autres, qu'il n'y a pas de hasard, que la réincarnation existe, que l'effet papillon se répand à travers les âges, mais au fond, j'ai surtout entendu ceci : le cinéma nous aime. Et ici, il y est tout entier, dans un blockbuster follement ambitieux, hors du commun, unique, novateur, inédit, narré comme une symphonie qui s'écrit peu à peu  ! Tout comme il n'a jamais été vu jusqu'ici que tous les acteurs interprètent 4, 5 ou 6 personnages différents. Les grincheux trouveront sans doute ridicule d'à peine pouvoir les reconnaître sous leurs postiches et latex. C'est au contraire amusant et incroyablement original de voir qu'une asiatique se transforme en américaine rousse, une noire en blanche, un américain en coréen... Les acteurs ont dû s'amuser comme des fous. Nous aussi. Et s'émouvoir aussi, car trois histoires d'amour dont une homosexuelle (aaaaaah Ben-je t'aime d'amour-Wishaw !!!) feront fondre les coeurs d'artichaut. Quant au "parler" post-apocalypse, brillant, imagé, fleuri, pittoresque, il est un régal absolu.

Voir Cloud Atlas pour la surprise, le revoir pour le plaisir !

20/02/2013

LES MISÉRABLES de Tom Hooper * * * *

Les Misérables : affiche

Jean Valjean, prisonnier 24601 purge une peine de 19 ans de bagne pour avoir volé un pain puis avoir tenté une évasion. Son geôlier Javert lui remet à contre-coeur sa libération conditionnelle et ne cessera de le poursuivre convaincu qu'un criminel le reste toute sa vie. Rejeté de tout côté à cause du fameux passeport jaune des bagnards, Valjean est recueilli par un évêque qui lui offre le gîte et le couvert. Valjean lui vole son argenterie, se fait arrêter par la police mais l'évêque le sauve en assurant qu'il ne s'agissait pas d'un vol mais d'un cadeau. Dès lors Valjean rompt sa conditionnelle et à force de travail et de bonté devient entrepreneur puis Maire de Montreuil sous le nom de Monsieur Madeleine.

Alors qu'il regarde ailleurs, Fantine se fait injustement virer de l'atelier par le contremaître. Jetée à la rue, elle est contrainte de vendre ses cheveux, ses dents puis son corps pour envoyer de l'argent aux cupides Thénardier à qui elle a confié sa petite Cosette. Plus tard, Valjean découvre le calvaire de Fantine mourante et lui promet de prendre Cosette sous sa protection. Les années passent...à Paris, Valjean toujours contraint de fuir devant Javert protège Cosette qui le considère comme son père. La jeune fille croise le regard de Marius Pontmercy. Les jeunes gens tombent immédiatement amoureux mais ne peuvent se revoir car Valjean et Cosette doivent à nouveau fuir Javert qui les a retrouvés. Marius étudiant, sera avec ses amis sur les barricades parisiennes au déclenchement de l'insurrection de 1832 suite aux obsèques du Général Lamarque... Et je ne vous parle pas de Gavroche, Eponine, Enjolras, Fauchelevent. Et pourtant tous sont ici présents, même s'il aurait fallu quelques heures supplémentaires pour évoquer l'intégralité de l'oeuvre colossale. En effet, rien sur la bataille de Waterloo et d'ailleurs on s'en fiche car ici, comme récemment pour le magnifique Homme qui rit de Jean-Pierre Améris, il ne s'agit pas d'adapter Hugo mot à mot mais de faire une proposition de cinéma.

Comment parler de misère, de combats, d'injustice, d'honneur, de bonté, de charité, de compassion, de lutte, de justice, de doutes et d'amour en chantant ? Il faut voir ce film unique, inédit, audacieux pour le croire et le comprendre. Jamais l'entreprise n'avait été osée. Car ici, les acteurs au lieu de jouer en faisant mine de s'égosiller en play-back, chantent en direct sur le plateau de tournage. Ce sont eux qui avaient l'ascendant sur la musique et pouvaient se permettre toutes les respirations et émotions qu'ils souhaitaient. Leur interprétation en est absolument surprenante et magique. C'est magnifiquement expliquéici.

L'esprit d'Hugo plane sur le film et j'ose prétendre comme d'autres assurent l'inverse qu'Hugo, en bon agitateur qu'il était, aurait adoré cette interprétation fièvreuse, audacieuse et respectueuse. Comment avec un titre aussi terrible, Les Misérables, réussir une oeuvre empreinte d'un tel romantisme ? Hugo l'a fait, et Tom Hooper réussit l'exploit d'embarquer le spectateur dans une épopée lyrique et exaltée qui happe le spectateur dès la première scène et ne le lâche plus. A condition de se laisser emporter par la fougue. Comme le suggère une chanson connue, il semblerait que la misère soit moins pénible au soleil. Ici, j'affirme que la misère est plus supportable en chansons. Devant l'avalanche d'épreuves qui s'abattent sur les personnages, le calvaire de Fantine, la douleur d'Eponine, le chemin de croix de Valjean... il est difficile de rester froid face à l'interprétation supra sensible des personnages. Rarement autant de larmes auront été versées sur un écran. Et moi dans mon fauteuil, j'étais une flaque.

Mixer Hugo, ce génie, et Alain Boublil créateur de la comédie musicale des années 80, pourquoi pas, pourquoi jouer les vierges effarouchées, crier à la trahison et surtout refuser de se laisser submerger par l'émotion ? La passion mélo hugolienne est là. Oui ce film est chanté, intégralement et c'est somptueux, pour les oreilles comme pour les yeux.

Et moi qui aime tant les performances d'acteurs. Ils sont ici affolants d'intensité et tous excellents chanteurs. Hugh Jackman en tête (ce sacré bonhomme avait déjà fait ses preuves ici). Valjean, d'abord rongé par la haine et un légitime désir de vengeance face à toutes les injustices dont il est la victime passera définitivement du côté du bien après sa rencontre avec l'évêque qui lui sauve la vie. L'acteur, totalement habité par l'âme tourmentée de Valjean, restitue avec une force insoupçonnée toute "la tempête sous un crâne", tous les tourments, les hésitations et la bonté sublime du personnage. Ce qu'il exprime et déclenche comme émotions dans ce film vaut pour moi une belle statuette en or car il est à des années lumières au-dessus de son collègue à échasses.

Anne Hathaway, bouleversante Fantine, est parfaite et ne volerait pas son petit Oscar non plus, Russel Crowe (impeccable et troublant Javert, loin des habituels et vils corbeaux noirs des autres adaptations), Amanda Seyfried (adorable et touchante Cosette), Eddie Redmayne (fougueux Marius), Aaron Tveit (Enjolras exalté), Samantha Barks (douloureuse Eponine)... sont parfaits.

Je sens que pour être tout à fait crédible vous réclamez une petite réserve... la voici : les Thénardier, tortionnaires de Cosette, parents indignes d'Eponine et Gavroche sont ici deux pantins burlesques totalement éloignés de la noirceur des personnages du livre. Etrange.

La fièvre romanesque, le lyrisme, l'ampleur et le romantisme dévastent tout pendant 2 h 30 mais au-delà des larmes, du bruit et de la fureur on n'entend que le calvaire, le cauchemar, la bonté, l'honneur et la conscience de Valjean.

Emmenez vos ados, ils vont adorer j'en suis convaincue. Et vous, comme moi, peut-être ne résisterez-vous pas à l'appel des mots... Car je vais m'attaquer une nouvelle fois aux 1 700 pages de ce roman dont l'auteur disait "« Ma conviction est que ce livre sera un des principaux sommets, sinon le principal, de mon œuvre ». Ce film lui rend hommage.

23/01/2013

THE MASTER de Paul Thomas Anderson ****

The Master : affiche

C'est décidé, je ne parviens pas à écrire à propos de ce film ! Et, dixit une chasseuse, je ne vais pas me mettre la pression pour autant n'est-il pas ? J'y parviendrai peut-être quand je l'aurai revu car oui, j'ai envie de le revoir, très. J'ai quand même envie d'essayer de vous donner envie d'avoir envie de le voir car je l'ai aimé. Passionnément.
Evidemment, je suis Piti Anderson addict (et pas uniquement parce qu'il est très joli garçon, malgré un petit air souvent contrarié) depuis Booghie Nights. Qu'avec Magnolia forever il donnait une leçon de ce que peut être un film choral, un vrai. Que Punch Drunk Love est un grand film d'amour unique où l'amoureux dit à peu près à sa chérie "j'aime tellement ton visage que j'ai envie de le défoncer à coups de marteau" et que There will be blood est un film essentiel... Bref, la filmo de Paul Thomas Anderson est largement au-dessus du panier ordinaire et son Master m'a une nouvelle fois captivée de bout en bout.

Le synopsis de ce Master : Freddie, un vétéran, revient en Californie après s’être battu dans le Pacifique. Alcoolique, il distille sa propre gnôle et contient difficilement la violence qu’il a en lui… Quand Freddie rencontre Lancaster Dodd – « le Maître », charismatique meneur d’un mouvement nommé la Cause, il tombe rapidement sous sa coupe...

Ample, mystérieux, majestueux, splendide, ce film ne se contente pas d'être une merveille pour les yeux et les oreilles. Comme toujours la bande-son est soignée. La première demi-heure est un pur chef-d'oeuvre qui suffirait seule à se mettre à genoux !

Les relations de maître et esclave, la dépendance réciproque de l'un à l'autre, le discours mégalo, la psychologie de bazar qui semble régler tous les problèmes et vous rendre accro en une seule séance, tout ici est too much. Et j'aime ce cinéma excessif qui ne serait bien sûr pas le même sans la direction d'acteurs qui donne une nouvelle fois à Joaquin Phoenix et Philip Seymour Hoffman l'occasion de cabotiner sans mesure.  Mais quand le cabotinage est porté à ce niveau, on peut parler d'art. Ce que fait Joaquin Phoenix ici, d'une maigreur prequ'inquiétante, est tout simplement génial. Et la prestation toute en douceur, sucre et miel d'Amy Adams effrayante en froide sainte-nitouche manipulatrice est à la hauteur de celle des garçons...

16/01/2013

FOXFIRE, CONFESSIONS D'UN GANG DE FILLES de Laurent Cantet ****

Foxfire, confessions d'un gang de filles : affiche

Au milieu des années 50 dans une banlieue morose des Etats-Unis, il ne faisait déjà pas bon être une fille à l'école comme ailleurs. Legs, adolescente orpheline de mère et dont le père alcoolo dragueur l'a confiée à sa grand-mère s'échappe et rejoint sa meilleure amie Maggie, plus sage mais prête à la suivre au bout du monde. Il faut dire qu'elle a un tempérament de feu cette Legs et elle va réussir à convaincre toutes les filles victimes d'humiliations sexistes de la rejoindre dans sa lutte contre le monde macho, sexiste et misogyne qui les entoure. Et on applaudit bien fort ces agitatrices insoumises, véritables rebelles feministes qui hélas vont frôler régulièrement les limites de la délinquance et finir par prendre une décision fatale...

Une véritable bande va se créer autour de la très charismatique et révoltée Legs, presque malgré elles. Elles vont inscrire dans leur chair la marque de leur appartenance à leur communauté nouvelle. Une espèce de feu follet tatoué sur l'épaule en signe d'allégeance lors d'une cérémonie à la fois naïve et solennelle. Leurs premières actions, bien que spectaculaires auront plus l'allure de blagues potaches qu'elles signeront chaque fois de leur marque le "foxfire". Mais toutes auront comme objectif de rendre aux hommes et aux garçons les outrages plus ou moins graves qu'ils leur font quotidiennement subir au nom d'une prétendue supériorité. Un acte plus imprudent que les autres va conduire Legs en maison de correction. Un cauchemar. Ses amies seront là à sa sortie des mois plus tard. Elles n'ont qu'une quinzaine d'années et vont réussir à vivre toutes ensemble dans une grande maison  selon leur idéal de justice et de liberté. Entre filles. Elles devront rapidement faire face à une réalité bien prosaïque : pour survivre comme pour vivre, il faut de l'argent. Comment s'en procurer ? Là où il se trouve décident-elles : dans la poche des hommes...

On savait depuis Entre les murs à quel point Laurent Cantet savait comme personne filmer la jeunesse. Ici, son propos est beaucoup plus romanesque puisque d'ailleurs tiré d'un romain de Joyce Carol Oates. Mais en collant aux basques de ces filles épatantes, il séduit et émeut bien davantage. La progression dramatique ne faiblit pas, on tremble pour elles, et on sent rapidement que ces rebelles avec causes vont laisser dans leur lutte quelques plumes et perdre bien des illusions. On en est tout désolés pour elles même si l'on sait que les rêves de jeunesse ne durent pas éternellement ni ne se concrétisent forcément. Mais en outre l'espèce masculine dépeinte ici fait horreur et en prend un sale coup dans les lattes.

Le casting non professionnel dont s'est entouré le réalisateur fait absolument merveille. Toutes ces filles sont incroyables, compétentes, complémentaires et forment un groupe parfaitement cohérent ! Mais on est obligé de constater que l'extravagante, impétueuse et insoumise Legs interprétée par Raven Adamson domine largement par son tempérament et sa forte présence alors qu'elle est si menue. Sa transformation physique après son séjour en maison de correction, elle abandonne sa longue chevelure contre une coupe garçonne, la rend encore plus irrésistible et inoubliable. Tant de force, d'autorité, de détermination et d'énergie sous cette apparence si fragile est vraiment étonnant. Pourvu que les réalisateurs se l'arrachent désormais !

05/01/2013

C'EST LE WEEK END IL FAIT FROID IL FAIT MOCHE.

SAUVEZ CE FILM QUI LE MERITE ET QUI VOUS SURPRENDRA JE VOUS LE PROMETS. IL Y A URGENCE. ET SI JE NE PARVIENS PAS A VOUS CONVAINCRE, ECOUTEZ CET ENTRETIEN QUI VOUS FERA CRAQUER (http://www.franceinter.fr/emission-eclectik-jean-pierre-ameris)

Et évitez soigneusement les trois autres dont je parle avant, et ne me remerciez pas des économies de temps et d'argent que je vous fais faire.

L'HOMME QUI RIT de Jean-Pierre Améris ****

Le film est inspiré de l'oeuvre dense, complexe, passionnante et intimidante de Victor Hugo. Une histoire terrible et incroyable. Celle de deux enfants. L'un Gwynplaine défiguré dès son plus jeune âge par une cicatrice qui donne à son visage un sourire permanent, victime des comprachicos qui a l'époque enlevaient ou achetaient les enfants, les mutilaient pour les exposer comme des monstres. L'autre Déa, une fillette aveugle que Gwynplaine a sauvée de la mort une nuit de tempête. Les deux enfants abandonnés, orphelins sont recueillis pas Ursus, un saltimbanque, philosophe et guérisseur. Sous des dehors rugueux et misanthrophe le vieil homme dissimule des trésors de tendresse et de bonté. Incidemment, il découvre que le visage du garçon provoque l'hilarité et c'est ainsi que le spectacle de "L'homme qui rit" voit le jour. La petite troupe sillonne alors avec bonheur les routes d'Angleterre. Gwynplaine et Dea s'aiment et deviennent inséparables, sous l'oeil bienveillant et inquiet d'Ursus qui sait que pour vivre heureux il est préférable de vivre cachés. Les foules se pressent pour découvrir Gwynplaine, lui assurent une célébrité sans cesse croissante jusqu'à arriver aux oreilles de la Cour...

D'emblée il faut écarter l'idée de l'adaptation à la lettre d'une oeuvre littéraire grandiose et colossale. Il s'agit ici de la vision d'un réalisateur à propos d'une histoire qui le hante depuis ses quinze ans. L'histoire de deux adolescences meurtries par la différence. Alors que le handicap de Dea aveugle semble vécu sereinement, Gwynplaine souffre de son apparence. Comment en étant à ce point différent, monstrueux, trouver sa place dans ce monde et être heureux ? Rien que l'idée d'évoquer cette douleur, celle de ne jamais se sentir à sa place suffit à me bouleverser. Et le film l'est, bouleversant, par la grâce de cette vision personnelle qui transforme l'oeuvre, sans jamais la trahir, en un conte horrifique, terrifiant sans pour autant négliger un humour apaisant alors que le drame pèse inéluctablement. Et par celle d'acteurs véritablement habités par la beauté et la puissance de leurs personnages. Chacun semble avoir compris que "La vie n'est qu'une longue perte de tout ce qu'on aime". Malgré cette menace qui les nargue, Gwynplaine s'abandonne un temps à l'illusion d'être accepté sans masque, malgré sa différence et à celle encore plus folle de changer le monde puisqu'il obtient soudainement le pouvoir de siéger au Parlement. Sa diatribe face à la Reine et aux parlementaires : "Ce qu'on m'a fait, on l'a fait au genre humain", puissante, bouleversante vire à la farce. Des bouffons ridicules le remettent à sa place, trop tard.

Dans un décor de carton pâte assumé, revendiqué, Jean-Pierre Améris ne cherche pas la réconstitution historique. On ne verra donc pas de "carrosses rouler devant des châteaux du XVIIIème siècle". On restera plutôt concentrés sur les personnages principaux et leurs visages, même si l'ambiance "timburtonnienne" évoque Edward aux Mains d'Argent et la mer synthétique celle admirable du Casanova de Fellini. Mais qu'on ne s'y trompe pas, le sublime, génial, inoubliable Joker composé par Heath Ledger s'inspire totalement de l'Homme qui rit de  Victor Hugo (et non l'inverse). Il n'y a donc rien de paradoxal à ce que le "masque" de Gwynplaine l'évoque de façon aussi troublante. Mais alors que le Joker blessé aussi au plus profond de sa chair n'aspire qu'au mal, Gwynplaine est d'abord un jeune héros courageux qui a sauvé une fillette, puis un homme honnête qui rêve de justice et d'amour. Marc-André Grondin incarne avec une belle présence inquiète et naïve cet être meurtri, aimé au-delà de ce qu'il espère et totalement ébloui par cet amour.

Emmanuelle Seigner belle et cruelle Duchesse se servira un temps de Gwynplaine pour surmonter un ennui abyssal et l'utilisera comme une distraction. Elle verra en lui le véritable miroir de son âme noire. "Ce que tu es dehors, je le suis dedans". Et l'actrice offre à son personnage une intensité et une fêlure touchantes qui évoquent la Madame de Merteuil des Liaisons Dangereuses. 

Dea est la jeune fille pure qui aime et protège Gwynplaine, parfois malgré lui. Elle connaît l'essentiel invisible pour les yeux. Elle ne peut comprendre que Gwynplaine craigne qu'elle ne l'aime plus si elle  venait à découvrir sa laideur. "Comment peux-tu être laid puisque tu me fais du bien ?". Christa Théret, une nouvelle fois surprenante incarne avec une grâce magnifique cet ange aveugle, simple et vertueux. Elle est d'une expressivité réellement impressionnante empruntée aux grandes actrices du muet. Et ici comme une réincarnation, jusque dans ses gestes de la Virginia Cherril des Lumières de la ville de Charlie Chaplin.

Quant à Gérard Depardieu, jamais aussi bon que dans les grands classiques qui ont contribué à sa gloire, il est ici exemplaire de sobriété. D'une présence forcément imposante, il laisse néanmoins toute la place à ses partenaires et à cet ange fragile et gracile qu'est ici Christa Théret. Et pourtant chacune de ses apparitions alternativement drôles ou bouleversantes le rendent une fois encore inoubliable dans ce rôle de père déchiré, impuissant à sauver ses enfants de leur destin.

Jean-Pierre Améris nous saisit donc dès la première image implacable et cruelle et ne nous lâche plus jusqu'au final poignant. Il concentre son histoire en une heure trente, sans digression inutile accompagnée d'une musique ample et idéale. Et c'est à regret que l'on quitte ces personnages follement romanesques et romantiques.

et évitez soigneusement les trois