SUR LA ROUTE D'OMAHA
de Cole Webley ***
ETATS-UNIS
Avec John Magaro, Molly Belle Wright, Wyatt Solis
Un papa réveille ses deux enfants, Ella et Charlie, en pleine nuit pour un périple dont il ne leur révèle pas la destination.
Ils embarquent aussi le chien, compagnon et soutien de tous les instants des enfants. On apprend rapidement que la maman est morte et que la maison, saisie, devait être quittée en urgence. Au cours d'un voyage sur les routes du Midwest, ils font des haltes dans des stations-services miteuses, des motels minables mais aussi au bord du désert de sel où les petits feront voler un cerf-volant. Ils dégusteront une glace car les enfants ont toujours envie d'une glace, plongeront dans une piscine et malgré les questions répétées, le père demeurera silencieux sur le but du voyage. Aucun doute n'est possible sur les finances catastrophiques du père qui compte le moindre dollar.
Entre moments d'inquiétude et quelques instants de joie volée au doute et à l'anxiété, la fin du voyage se révèlera absolument bouleversante voire traumatisante. Que cache ce père aimant, soucieux du bien-être de ses enfants mais infiniment triste et qui demande à sa petite fille de pas encore dix ans de se montrer responsable ? Ce qu'elle est d'ailleurs de manière très impressionnante. A chaque arrêt, la voiture brinquebalante ne peut redémarrer. C'est Ella qui est chargée de la pousser et de sauter en marche, elle doit aussi s'occuper et veiller sur son petit frère chapardeur. Malgré les responsabilités qui pèsent sur elle et son infini patience avec le petit Charlie, elle redevient parfois une petite fille qui éclate de rire comme rattrapée par l'insouciance que son âge devrait lui permettre. Mais le front soucieux de son père l'inquiète et il refuse toujours de répondre à ses questions précises. Tout juste apprendra t-elle la destination finale : Omaha dans le Nebraska où les attendent un zoo et une journée merveilleuse ; une dame à la station-service l'a assuré à Ellie.
Difficile de ne pas penser au cinéma épuré, simple et puissant de Kelly Reichardt, d'autant que l'excellent John Magaro prête ses traits à ce père inquiet, doux, désespéré et mutique. La balade traverse des contrées aux paysages splendides et des villes fantômes un peu désolées bien éloignées du rêve prôné par l'actuel président qui doit être loin de connaître les réalités d'une partie du peuple américain.
L'inconnu Cole Webley démontre que derrière la détresse, les statistiques et des lois absurdes vivent et survivent des êtres humains confrontés à des choix aberrants. Pour les incarner, il a réalisé un sans faute, avec John Magaro bien sûr mais aussi avec le petit Wyatt Solis qui garde l'innocence et l'insouciance de son âge. Mais celle qui dévore ce film est la petite Molly Belle Wright. Dans la joie et dans l'émotion elle est sensationnelle pour le rôle de cette fillette à qui l'on demande de grandir bien trop vite.
La dernière réplique du père est d'une tristesse infinie. Pour la lire, clic gauche et balayage avec votre souris : "je crois que j'ai besoin d'aide !"
P.S. : ne lisez pas la critique du Monde de Mathieu Macheret, ce gros malin spoile la fin et joue les monsieur je sais tout en affirmant : "ben je le savais, Cole Webley arrive trop tard pour nous l'apprendre"... pauvre ........ ! (je vous laisse le soin de remplir les pointillés par des noms d'oiseaux ou de bêtes moches).
