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LA FRAPPE

de Julien Gaspar-Oliveri **(*)

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FRANCE

avec Diego Murgia, Bastien Bouillon, Romane Fringelli, Héloïse Volle, Sophie Cattani

Enzo et Carla s'aiment comme un frère et une soeur. Très fort. Et se chamaillent comme chien et chat. Souvent.

Lorsque leur père Anthony est de retour après avoir purgé cinq ans de prison pour fraude, Enzo est ravi que Carla, qui fait des études, ait trouvé une chambre et quitte l'appartement. Elle comprend qu'il a l'intention de l'accueillir ce qui la met hors d'elle. Elle n'a aucune envie de renouer avec ce père absent qui les a livrés à eux-mêmes, aux services sociaux et au foyer d'accueil cinq ans plus tôt. Enzo se plie en quatre pour recevoir Anthony dans un logement propre dans lequel il lui cède une chambre, il lui présente sa petite amie et il a créée une petite entreprise : son père et lui vendront ensemble du petit électroménager pas cher (et de très mauvaise qualité) sur les marchés. Mais rien ne va se passer comme il l'avait idéalement imaginé et un traumatisme ancien va venir gâcher les retrouvailles et la vie rêvée.

Certains films emportent l'adhésion unanime de la critique. C'est rare et celui-ci en fait partie. Hélas vous l'avez compris, je suis beaucoup moins enthousiaste. Le réalisateur a choisi l'option d'une réalisation sans fioritures (quoique ces gros plans interminables en sont peut-être une), caméra à l'épaule et très TRES près de ses personnages, de leur peau, de leurs visages. Les sachant vous expliqueront sans doute quelle intention et quel(s) sens se dissimulent derrière cette manière de filmer qui constitue l'essentiel de la réalisation, que j'ai trouvée plutôt irritante. De longs et insistants plans serrés sur les peaux acnéiques et les boutons purulents... franchement, ça va un moment ! Les acteurs sont-ils plus crédibles s'ils s'affichent sans maquillage ? J'admets la superficialité de cette remarque et tant pis. Par ailleurs, les gens "simples" vivent-ils forcément dans des logements crasseux occupés par des victimes du syndrome de Dyogène ? Bref, l'environnement n'est pas reluisant et le réalisateur croit dur comme fer (et le démontre) en l'atavisme et la reproduction des pires travers de génération en génération (quoique... la grande soeur fait des études).

Mais le plus dommage n'est pas là. Ce qui aurait dû constituer un des chocs du film a été largement éventé, que dis-je, révélé dans la bande-annonce et lors de la promo du film. Il faut donc attendre plus d'une heure pour que soit déballé ce que l'on sait depuis le début.

Alors que reste-t-il ? Les deux jeunes acteurs plutôt bons (même si dans Les trois fantastiques c'est Jean Devie plus que Diego Murgia qui m'avait le plus impressionnée) et évidemment l'incroyable Bastien Bouillon. Tout chez lui, sa voix, son regard et surtout ses sourires la plupart du temps forcés, font frémir. Et puis ce dernier quart d'heure, absolument saisissant, inattendu. Un dernier quart d'heure qui s'emballe enfin, fait surgir la violence, le déni qui s'acharne et l'amour d'une soeur et d'un frère. L'émotion enfin, mais un peu tard...

Commentaires

  • Si l'émotion surgit à la fin, je ne sais pas si c'est trop tard. C'est tard. Mais je me dis que c'est bien qu'elle soit là, toutefois. Parfois, à trop anticiper, les films deviennent sirupeux...

    Je n'ai pas vu "La frappe". Je le rattraperai peut-être, mais ce n'est pas sûr que je puisse. La promo évente le grand secret, oui. J'ai l'impression que, pour certains, la présence de Bastien Bouillon est plus importante que le mystère de l'intrigue. Et je trouve ça frustrant de trop en savoir... même si, évidemment, ledit Bastien est un acteur formidable, que j'espère voir encore longtemps.

  • C'est sûr que l'émotion, même tardive, c'est déjà ça. Mais j'aurais aimé m'attacher davantage à tous ces personnages.
    Je trouve que le grand pataquès était surtout fait autour de Diego Murgia qui m'a surtout impressionnée dans ce dernier quart d'heure.

  • Un très bon film... Et ce genre de famille existe, c'est peut-être gênant à l'image mais ça existe donc pourquoi le réalisateur ne pourrait pas traité ce point ?! Cela démontre surtout la fragilité de la famille qui est assez logique vu le contexte social et familial...

  • Je sais que ce genre de familles existe... je suis du nord (de Maubeuge pour être précise donc pas vraiment chez les bobos) et je suis entourée de personnes qui travaillent dans "le social". Mais le traitement fait ici m'a déplu.

  • Je suis tellement d'accord avec toi, sur tout. J'ai été très mal à l'aise vis à vis des gros plans sur des peaux si imparfaites, tu oses le dire, j'ose aussi. Effectivement quand on sait de quoi il s'agit, on attend un peu que ça vienne sur le tapis. Mais aussi, le nombre de scènes malaisantes, il n'y a presque que ça. Je le trouve subtile sur la manière de traiter de l'attachement, avec le garçon qui a cru que l'amour d'un père c'était ça, alors que la fille a compris le mal qui leur a fait, mais la réalisation je dis non. Je ne le recommande pas, c 'est pas un bon moment du tout.

  • Pas un bon moment non, même quand on est habitué aux films "difficiles".
    Reste la bascule... ce moment dingue que je n'ai pas vu arriver mais justifie le titre.

  • Tu ne me vends pas du rêve. Je ne savais quasiment rien de ce film sinon qu'il est recommandé par les experts de la France Inter et, bien sûr, le grand secret dont tu parles...
    Ce que tu dis sur cette manière de filmer n'est pas non plus pour me plaire. J'y vois souvent une manière de masquer la pauvreté des alentours, et surtout une facilité.
    Je ne pense pas y aller. Même si, l'odeur du Bouillon pourrait me faire changer d'avis.

  • Le Bouillon est comme la blanquette... et on voit les environs mais j'en pouvais plus de compter les boutons (cela ne m'a même pas endormie).
    Reste le Bastien et le dernier quart d'heure qui valent leur pesant !

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