L'INCONNUE
de Arthur Harari ****
FRANCE
Avec Léa Seydoux, Niels Schneider, Valérie Dréville, Lilith Grasmud
David est photographe de portraits mais ce qui l'intéresse vraiment c'est de photographier des sites de banlieue que son père a lui-même immortalisés une génération plus tôt et de souligner les différences.
Ce n'est pas un garçon très affable et pourtant il se laisse entraîner dans une étrange soirée où il ne peut quitter des yeux une jeune femme qui finit par se jeter sur lui. Ils font l'amour (si on peut parler d'amour pour ce monologue orgasmique) et se séparent sans un mot. Le lendemain, dans le miroir David découvre l'inconnue dont il a désormais le corps. Il ne peut en parler à personne et d'ailleurs qui le croirait ? Il découvre que cette femme s'appelle Eva, qu'elle est allemande. Il cherche donc à la rencontrer. Les choses seraient assez simples si les deux personnages avaient "simplement" échanger leurs corps. Sauf qu'il reçoit un appel de la personne qui occupe désormais son corps. Vous suivez ? Ce n'est pas Eva, c'est une jeune fille de 20 ans, Malia, qui est dans le corps de David (qui la dégoûte purement et simplement). Mais ils s'associent pour mettre leurs recherches en commun.
Tout ce que je peux vous dire c'est que ce body swap (échange de corps en bon français) est comme une MST. Il se transmet lors de rapports sexuels pas très émoustillants.
Pour le reste, il faut se laisser embarquer dans cette histoire labyrinthique qui nécessite parfois de faire faire à notre cerveau une sacrée gymnastique pour parfois retrouver qui est qui dans le corps de qui et ce qu'il envisage de faire en tant que...
Amnésie ou schizophrénie ? Ni l'un ni l'autre, mais quelle est donc cette étrange, embarrassante et il faut bien le reconnaître terrifiante "maladie" ? En ce qui me concerne, le film m'a littéralement absorbée et bien que je l'aie vu depuis une semaine, il me poursuit encore. Des images reviennent, des moments, des interprétations. Et alors que Arthur Harari nous avait déjà perdus dans la jungle moite d'une île des Philippines (Onoda) au coeur d'une guerre sans guerre, il nous condamne aujourd'hui à errer avec ses personnages désemparés dans les méandres inextricables de personnages torturés qui ont perdu leurs corps.
Je vous assure c'est fascinant et difficile à expliquer. Entre l'aspect extérieur que l'on offre aux regards et sa propre identité, le réalisateur gratte jusqu'à l'os le vertige que cela représente.
Pour nous immerger au coeur de cette tourmente existentielle il a élu deux acteurs totalement investis dans cet univers audacieux et différent (ce film ne ressemble à aucun autre). Niels Schneider (méconnaissable et d'une inquiétante maigreur) et Léa Seydoux (sans maquillage, alourdie et métamorphosée (physiquement) par une grossesse récente), finissent par rendre leurs personnages au premier abord plutôt antipathiques profondément humains, émouvants submergés par une tristesse insurmontable.
La dernière scène est magnifique, Léa Seydoux est fascinante.
Mais la question demeure, où est Eva ?

Commentaires
Un peu trop fouilli, pas très probant dans la "logique" métempsychose avec pour moi quelques incohérences... Mais le duo Seydoux-Schneider est impressionnant et l'atmosphère est prenante