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LE TRIANGLE D'OR

de Hélène Rosselet-Ruiz ***

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FRANCE

avec Malou Khebizi, Soundos Mosbah, Ziad Bakri

Les règles pour entrer au service de "Madame", la patronne exigeante venue du Golfe, sont simples : ne pas l'énerver, ne pas être plus jolie qu'elle, ne faire aucun commentaire et surtout s'assurer que "Madame" ne sort jamais.

Pour entrer à son service avant d'intégrer l'armée et se constituer un petit pécule, Laura fait parfaitement l'affaire puisqu'elle n'y connaît rien en politique, ne parle pas un mot d'arabe et est disponible 24 h/24. Après un entretien d'embauche sous surveillance, une visite des lieux express au cours de laquelle mille consignes lui sont données (ne pas se rendre à l'étage de "Monsieur", ne pas le regarder et l'appeler sa seigneurie s'il s'adresse à elle lors de ses visites occasionnelles...) Laura s'installe dans une petite chambre de l'hôtel particulier parisien du VIIIème arrondissement (très chic) où un émir du Golfe a installé sa maîtresse cachée qui rêve de devenir la seconde épouse de ce Prince saoudien que (selon elle) : "toute femme rêverait d'avoir pour mari", non merci.

Le triangle d'or est délimité par les avenues Montaigne, des Champs-Elysées et George V, celles qui abritent des familles fortunées, des entreprises et des commerces de luxe. C'est dans ce luxe illusoire avec piscine et une pauvre panthère encagée que l'on drogue pour ne pas qu'elle pleure... que végète Souria, princesse soumise et amoureuse éperdue. En attendant que l'élu de son coeur lui rende visite, elle déambule comme une âme en peine, essaie des tenues luxueuses, se fait masser, chouchouter tandis qu'elle (mal)traite Laura avec mépris en alternant agacement, rebuffades voire insultes.

Le film ronronne mais intrigue néanmoins. On longe d'interminables couloirs, tous sous surveillance permanente. Laura entame une relation vaguement amicale avec Emre un sbire mystérieux du Prince et s'entraîne physiquement chaque jour. Puis il prend un virage à 90° dès lors que Laura décide de ne plus subir les injustices de sa patronne. Dévouée oui, mais ni servile ni esclave.

L'étonnante réaction de Souria, l'évolution des relations entre les deux femmes et les doutes d'Emre à propos de sa mission font bifurquer le film vers une tout autre histoire que je ne révèlerai pas, entre luxe et cauchemar. La fin abrupte laisse sans voix face à une réalité hélas très plausible. Et pour une fois la bande annonce que je craignais trop explicite, nous met sur une fausse piste.

A noter une séquence en boîte de nuit qui épingle le comportement (bien réel aussi) de certains garçons d'aujourd'hui...

Après l'incroyable Diamant brut, l'étonnante Malou Khebizi qu'on a du mal à reconnaître démontre qu'elle peut se mettre dans la peau de personnages bien différents voire opposés. Et ce premier long métrage de la réalisatrice, sur un sujet rare et audacieux, est étonnant de maîtrise.

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