PRESSURE
d'Anthony Maras ***(*)
ROYAUME-UNI
avec Brendan Fraser, Andrew Scott, Kerry Condon, Damian Lewis, Chris Messina
C'est, dit le synopsis : "l'histoire vraie d'un compte à rebours sous haute tension".
La pressure (pression) du titre n'est pas qu'atmosphérique. C'est aussi celle que subit le Capitaine John Stagg pendant 72 heures. Churchill l'a désigné comme le meilleur météorologue du monde et nommé officier météo en chef du SHAEF (Quartier général suprême des forces expéditionnaires alliées) en vue de l'opération Overlord autrement dit le débarquement en Normandie alias D.day ou encore Jour J. Pendant que les soldats patientent au camp Griffiss en jouant aux cartes et buvant des coups, l'Etat Major sous le haut commandement du Général américain Dwight D. Eisenhower (futur 34ème président des Etats-Unis) s'interroge à Bushy park. Quel temps fera-t-il le lundi 5 juin 1944, date arrêtée du débarquement ? Le météorologue en charge, le très cool Irving P. Krick, n'a qu'à regarder par la fenêtre, il fait un temps superbe, pas un nuage à l'horizon, et se baser sur des configurations atmosphériques des décennies précédentes pour affirmer que rien ne viendra perturber les conditions idéales et ce soleil radieux.
Le (très tendu et britannique) John Stagg n'est pas de cet avis et se base sur l'expertise d'un prévisiologue norvégien qui affirme qu'une tempête est en cours de formation (plafond très bas, vagues de 3 mètres et plus) et affectera grandement les chances de réussite du débarquement. Il envisage de repousser la date au 18 juin mais il est impossible de garder le secret jusque là parfaitement gardé pendant un aussi long laps de temps.
Le film débute sur un épisode méconnu. La répétition générale du débarquement en Normandie dans le Sud-ouest de l'Angleterre en avril 1944. Un fiasco complet qui s'est soldé par un bilan catastrophique de 749 soldats américains tués (ce qui fait pleurer Eisenhower) décimés par une attaque surprise des allemands.
Nous savons que la date finalement choisie fut le 6 juin. Et malgré ce que l'on ne peut considérer comme un scandaleux divulgâchage, le film est passionnant puisqu'il est question de savoir comment le très britannique Stagg a réussi à convaincre le très américain Eisenhower qui a eu fort à faire entre ces deux scientifiques mais aussi Montgomery présenté ici comme un va-t-en guerre (rudement remis à sa place à deux reprises). Et au milieu de tout ce staff hautement gradé et testostéroné, une femme, Kay Sommersby, vaillamment incarnée par Kerry Condon, qui fut la première femme officier ordonnance d'un général cinq étoiles.
Le film ne fera peut-être pas date comme le plus audacieux film de guerre et c'est dommage car il traite en profondeur un aspect qui n'avait été jusqu'alors que survolé. Et je trouve qu'il peut être un parfait complément aux deux films français qui cartonnent (et c'est tant mieux) : La bataille de Gaulle.
Ici, l'affrontement des deux météorologues aussi tenaces l'un que l'autre dans leurs certitudes face à des cartes et des statistiques et à l'autorité d'Eisenhower est absolument passionnant. Oser un film à suspense alors que n'ignore l'issue de l'enjeu est une vraie réussite.
L'interprétation est à la hauteur. Andrew Scott est parfait mais Brendan Franser en Eisenhower est particulièrement impressionnant.
