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ADIEU MONDE CRUEL

de Félix de Givry ***(*)

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FRANCE

avec Milo Machado Graner, Jane Beever

Epuisé par le harcèlement qu'il subit de la part de trois garçons de son collège, Otto 14 ans décide de mettre fin à ses jours car dit-il, ou plutôt écrit-il : "la mort c'est juste une fois, alors que la vie c'est tous les jours".

Avant de passer à l'acte, il adresse une lettre à cinquante deux personnes : sa mère et tous les élèves de troisième (qu'il retrouvera en enfer) de son "collège catholique de merde". Dès que sa lettre est postée, il se jette d'un pont mais survit à la chute. Certaines lettres ont déjà été distribuées. Revenir en arrière devient impossible pour Otto. Il se cache dans un bâtiment abandonné de la ville (Lisieux), trouve de quoi se nourrir dans des poubelles jusqu'à ce que Lena une fille de son collège l'aperçoive et lui propose une cachette plus confortable (la chambre maudite inoccupée de l'hôtel restaurant que tient sa mère). Pendant ce temps, tout le monde le croit mort, des recherches sont effectuées par la police et les habitants de la ville, des affiches placardées sur les murs, une marche blanche s'organise.

C'est un film tendre et doux, pourtant triste et cruel et finalement lumineux. Bercé par la voix de Françoise Lebrun un peu comme celle de Véronique Silver berçait La femme d'â côté de François Truffaut. D'ailleurs on ne peut s'empêcher de trouver des accents trufaldiens à ce film avec son début qui ressemble à une fin et la fin qui pourrait être un début... Cela dit l'hommage (peut-être) du cinéaste au cinéma qu'il aime est discret et il a sa manière bien à lui de nous emporter dans son histoire. Un cinéaste à suivre donc.

Le désespoir d'Otto se transforme peu à peu au contact de Lena. Car pour elle, la vie vaut d'être vécue ; il y a forcément des choses merveilleuses à vivre. Son tempérament solitaire et romanesque s'emballe en compagnie du garçon qui la suit dans son exaltation. Elle voit dans leur rencontre la possibilité de fuir ce monde étriqué sans pourtant le quitter, en recommençant une autre vie ailleurs. Leur projet s'organise peu à peu.

Une très jolie musique accompagne cette ode à l'amitié puis à l'amour naissant pour ces deux ados qui se sentent incompris, pas reliés au monde des adultes qui les entourent discrètement. Ils sont relativement absents de cette épopée immobile et initiatique mais pas démissionnaires. On voit peu leurs réactions mais on imagine simplement la tristesse infinie de la mère. Les "camarades" de classe sont stupéfaits et trouvent évidemment beaucoup de qualités à ce garçon réservé et solitaire sans apparemment s'être doutés du calvaire qu'il vivait. On ne reverra d'ailleurs pas les responsables du harcèlement qui a fait fuir Otto.

Comme tout est vécu du point de vue des deux ados, on sent avec notre regard d'adulte que leur ambition d'indépendance et de fuite est une pure illusion. On suit néanmoins, en tremblant un peu pour eux, l'évolution de leur utopie exaltée par leur imagination et c'est très beau.

Milo Machado-Garner toujours excellent, offre son beau regard triste, parfois découragé au cheminement d'Otto. A ses côtés l'inconnue Jane Beever est un astre qui flamboie (et pas uniquement grâce à sa chevelure de feu) et peut s'assombrir aussi vite qu'elle s'enflamme.

La dernière scène... l'amour d'un enfant, l'instinct d'une mère... c'est BEAU.

Prenez soin de vos ados hypersensibles, ils en valent la peine !

(Et miracle, un film sans portable, c'est encore possible).

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