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LA VIE D'UNE FEMME

de Charline Bourgeois-Taquet ***(*)

LA VIE D'UNE FEMME, Charline Bourgeois Taquet, cinéma, Léa Drucker, Mélanie Thierry, Charles Berling, Laurent Capelluto, Marie-Christine Barrault, Bernard Blancan; Erri de Luca

FRANCE

avec Léa Drucker, Mélanie Thierry, Charles Berling, Laurent Capelluto, Marie-Christine Barrault, Bernard Blancan, Erri de Luca

Gabrielle, 55 ans est chirurgienne, cheffe de service, efficace, brillante, indispensable.

Elle court, elle décide, elle organise, toujours entre deux opérations et deux communications téléphoniques et jamais chez elle le moindre signe de lassitude ou d'agacement. On la suit, toujours en marche et on y croit. Gabrielle c'est Léa Drucker (efficace, brillante, indispensable) et comme dans Dossier 137 elle est convaincante dans la profession qu'elle exerce le temps d'un film. C'est Léa Drucker et on la suit, on l'aime d'emblée. Cette fois elle est Gabrielle. A l'hôpital on compte sur elle. A la maison aussi. Il y a son mari (doux Charles Berling) dont elle a élevé les deux enfants maintenant jeunes adultes (envahissants) qui ne lui laissent aucun endroit paisible pour souffler enfin. Et puis il y a sa mère (Marie-Christine Barrault toujours excellente) qui perd progressivement la carte pour laquelle elle doit prendre des décisions difficiles et son grand ami Kamyar (Laurent Capelluto, patient et dépassé par l'énergie son amie), également associé.

Et puis... une rencontre, une femme (Mélanie Thierry discrète et irrésistible) surgit dans son univers et provoque prise de conscience et bouleversement. Pourtant Gabrielle ne traverse aucune crise existentielle. Sa vie, elle l'a choisie, elle l'assume, tout comme ses choix (celui de ne pas avoir d'enfant par exemple). L'arrivée de Frida (mon dieu ce prénom !!!) écrivaine qui vient passer quelques semaines dans son service pour les besoins d'un roman apporte l'imprévisible dans ce quotidien qui paraissait solide. Les certitudes vacillent un peu et Gabrielle découvre le désir, la curiosité, les envies face à la stabilité. Et à la différence avec certains films où l'héroïne se cherche puis découvre une autre façon de vivre et envoie tout valser pour vivre enfin, Gabrielle ne change rien ou presque à sa vie. Elle continue d'aimer profondément son mari et entre personnes intelligentes, les disputes restent étonnamment cordiales et... intelligentes. Comment ce mari aimant et impressionné ne pourrait-il se sentir perdu voire médiocre face à cette femme admirable qui pourtant jamais ne fait peser le poids de son excellence sur son entourage ?

J'évite au maximum les films qui parlent d'hôpital et de maladie mais impossible de résister à un film avec Léa Drucker. Au milieu de la marche en avant de cette femme en action, quelques minutes de calme et pourtant difficiles et terriblement émouvantes (merci Bernard) où elle doit annoncer la terrible maladie à un homme usé, prêt à renoncer. Mais aussi cette excursion inattendue, une échappée douce, sensuelle et vibrante en montagne avec Frida à la rencontre d'un écrivain ermite (Erri de Luca).

Avec ce film tendre, intelligent avec comme une espèce de tranquillité qui perdure, j'ai eu l'impression de rencontrer un personnage plutôt qu'une histoire, ou plus encore l'envie de rencontrer cette personne.

Léa Drucker, de quasi tous les plans, est exceptionnelle, sans esbroufe, sans jamais en faire trop, simple, naturelle, très belle, avec sa voix, son regard, toute menue et pourtant incroyablement solide, terrienne. Pas une femme parfaite non, une femme qui a envie d'être surprise, troublée, avec des failles et des doutes.

J'ai entendu ce matin dans le poste qu'elle était peut-être notre Meryl Streep...

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