15.05.2011
LA SOLITUDE DES NOMBRES PREMIERS de Saverio Costanzo ****






Quatre époques significatives dans la vie de Mattia et Alice dont l'enfance est détruite par un événement effroyable qui va influer sur le cours de toute leur existence. 1984, Mattia et Alice sont des enfants. Ils ne se connaissent pas mais sur chacun d'eux pèsent des responsabilités et des obligations disproportionnées à leur âge qui leur sont imposées par des parents inconscients, démissionnaires ou vaniteux. 1991, Mattia et Alice sont adolescents, ils se croisent, se "reconnaissent" ou plus précisément perçoivent en l'autre cette différence qui les rend étrangers aux autres. 1998 les jeunes adultes qu'ils sont devenus peinent considérablement à trouver comment exprimer l'amour qui les unit presque malgré eux. 2007, épilogue foudroyant...
Que de force, de chagrin et de douleur dans ce film et chez ces deux êtres fracassés très tôt contre les murs d'une vie que leurs parents leur ont imposée ou ont rêvée pour eux, à leur place ! Ils n'auront de cesse de résister en se refusant au bonheur qui parfois s'offrait à eux. Dans l'enfance Mattia surdoué en mathématiques a quasiment la charge de sa petite soeur jumelle, sorte d'autiste douce et docile qui brusquement se met à pousser de déchirants hurlements que seul Mattia peut calmer. Il aime et protège sa soeur mais rêve d'anniversaires et de chahuts plus adaptés à son âge. Être comme tous les autres. Un clown sinistre et terrifiant le ramènera brutalement vers "sa" réalité. La mère monstr(ues)e incarnée par Isabella Rossellini capable de proférer que la naissance de ses enfants lui a gaché la vie et que son fils lui fait peur est une scène choc, définitivement traumatisante pour Mattia. Quant à Alice, elle doit se débrouiller entre l'idéal de gloire que son père a rêvé à sa place et une mère-enfant qui observe, comprend mais laisse faire le carnage.
L'adolescence, époque de toutes les douleurs et de l'infinie cruauté de leurs semblables ne sera pas plus joyeuse pour Alice et Mattia qui prendront néanmoins conscience de leur différence et de ce lien indéfectible et comme irrépressible qui les rapproche. Mais la culpabilité les accable, les isole et les enferme encore davantage. Ils sont incapables physiquement de dépasser cette certitude que le bonheur n'est pas pour eux. Il est rare de voir deux êtres aussi tristes et malheureux tenter de se dépatouiller de la tyrannie des démons qui les possèdent. Et ce qu'ils font subir à leur corps toute leur vie aurait pu donner lieu à un film fantastique voire d'horreur. Mais le réalisateur a la bonne idée de se "contenter" de ne faire voir que le résultat de que Mattia et Alice se font subir et jamais comment ils y parviennent.
Tant mieux, cela donne un film d'une tristesse insondable mais d'une force incroyable et totalement bouleversant. Il faut dire que les 6 acteurs qui donnent "corps" à Alice et Mattia aux différents âges de leur vie sont tous et sans exception époustouflants. Quant à Luca Marinelli et Alba Rochwacher qui les incarnent adultes, on peut dire qu'ils ont poussé leur interprétation au-delà de ce que les limites d'un rôle imposent habituellement. Outre leurs beaux visages fascinants et leur intensité dramatique, ils ont cédé aux exigences du réalisateur Saverio Costanzo qui considère que l'acteur doit s'impliquer physiquement : "J’ai d’abord demandé à Luca Marinelli et Alba Rochwacher, mais aussi aux autres interprètes, de faire un travail spécifique sur le corps pour deux raisons. La première est d’ordre politico-philosophique : le corps est aujourd’hui, je crois, un élément politique important, et sa « destruction » est une révolution que l’on est capable d’accomplir à l’intérieur de soi, un moyen personnel de s’opposer. La seconde est purement concrète car restituer de façon crédible le passage du temps à l’écran demandait un changement corporel."
12:29 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : la solitude des nombres premiers de saverio costanzo, luca marinelli, alba rochwacher, cinéma
16.04.2011
D'UN FILM A L'AUTRE de Claude Lelouch ****

En 1976, Claude Lelouch, une caméra et deux amis s'embarquent pour une traversée de Paris un peu particulière. Au volant de sa Mercédès, il décide de partir de la Porte Dauphine et de rejoindre le Sacré Coeur en 10 minutes. Le temps de trajet d'ordinaire est d'environ trois quart d'heure ! Ce court-métrage de 10 minutes intitulé "Rendez-vous" ouvre ce documentaire qui retrace 50 années des Films 13, la société de production de Claude Lelouch et 50 ans de sa prolifique carrière. Pas facile de justifier cette pure folie, car lancer un bolide dans Paris à 160 km/h parfois 200 en ligne droite, même s'il est 5 h 45 du matin à l'heure où "les balayeurs sont plein de balais", c'est de l'inconscience à l'état brut. 30 ans plus tard, Lelouch refait le même parcours avec un journaliste pas rassuré, et c'est formidable de voir et d'entendre ce gamin de 70 ans commenter ce grand moment d'imprudence décidé sur un coup de tête. Regardez le making off ci-dessous, mais si vous préférez la version originale c'est ICI.
Et oui, je fais partie de ces cinéphiles pas crédibles pour un kopek qui aiment Claude Lelouch. Depuis toujours je dirai. Et ce documentaire fait défiler 50 ans d'un amoureux fou de la vie, des femmes, des acteurs et du cinéma et je dois reconnaître que des frissons de bonheur et d'émotion m'ont régulièrement parcourue pendant cette évocation. Commenté par Claude Lelouch lui-même avec une lucidité, une clarté et une honnêteté telles que ça donne vraiment envie d'imaginer que d'autres grands réalisateurs se collent à l'exercice et reviennent eux-mêmes sur leur carrière. C'est intelligent, c'est drôle, c'est émouvant, c'est lyrique, c'est tristre, c'est sincère ! C'est du Lelouch, pur jus qui se souvient, qui évoque et analyse ses réussites, ses échecs, ses gros ratages où il a parfois frôlé le ridicule. Et c'est bon, ah que c'est bon, tous ces extraits, tous ces moments de cinéma, toutes ces histoires d'amour assumées où dès l'origine il comprend que l'acteur principal d'un film, c'est la caméra. Caméra qu'il ne lâchera jamais, car Lelouch est sans doute un des rares réalisateurs qui ne laisse à personne le soin de filmer.
Tout est bon à prendre dans ce film. Le premier choc du jeune homme il le reçoit en assistant à Moscou au tournage du film de Kalatozov "Quand passent les cigognes" (Palme d'Or à Cannes en 1958). Quelle surprise de constater qu'il reprendra à l'identique la scène du jeune homme qui monte les escaliers en colimaçon quatre à quatre pour rejoindre la femme qu'il aime dans "Les uns et les autres" !
A 29 ans, Claude Lelouch reçoit la Palme d'Or à Cannes en 1966 pour "Un homme et une femme", film d'une nouveauté et d'une liberté insensées, triomphe mondial qui remportera également L'Oscar du meilleur film étranger, l'Oscar du meilleur scénario original, l'Oscar de la meilleure actrice pour Anouk Aimée, les Golden Globes du meilleur film étranger, du meilleur réalisateur, de la meilleure actrice, de la meilleur musique... chabadabada ! Surfant sur ce succès, le réalisateur enchaîne les projets et surtout se crée cette famille de cinéma à laquelle il restera éternellement fidèle. Car outre le fait qu'il raconte des histoires et que j'aime qu'on me raconte des histoires, je crois que ce que j'aime chez Lelouch et dans ses films, c'est cet amour démesuré pour les acteurs qu'il sublime, transcende, idéalise et leur permet, grâce à la maîtrise unique de sa direction de nous offrir des compositions inoubliables. N'hésitant pas, légende ou réalité, mais "si la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende" n'est-ce pas ?, de laisser libre court à l'improvisation : le fourire de Michelle Morgan dans "Le chat et la Souris" ou LA scène où Annie Girardot, déchirante, se livre à Michel Boujenah hagard, muet dans "Les misérables" Evidemment parfois, souvent il tombe amoureux de ses actrices, et elles le lui rendent bien. Il en épouse certaines.

Et puis il y a la bande de copains : Jean-Louis Trintignant, Pierre Barouh, Francis Lai, Amidou, Charles Gérard... des découvertes prodigieuses comme Charles Denner acteur sensitif, Lino Ventura, hilarant dans "L'aventure c'est l'aventure" (enjoy, je vous garantis une bonne rigolade) dont il ne peut plus se passer, et d'autres, tant d'autres. Des centaines d'acteurs français sont passés dans les films de Claude Lelouch et ont parfois donné leur meilleur.
Alors évidemment la musique de Francis Lai est parfois assommante, mais elle fait partie de ce lyrisme et de cet enthousiasme si particuliers. Elle est indissociable. Evidemment on ne met pas des acteurs en pyjamas pour évoquer les camps. On ne choisit pas Patricia Kaas pour être l'actrice principale d'un film... etc. Mais les erreurs, les échecs et le ridicule (ah ! Gérard Lanvin en Christ !!!), Lelouch les assume, ne joue pas à l'artiste maudit et incompris. Il sait que la véritable histoire d'amour se joue entre lui et le public fidèle.
Impossible de parler de tout ce qui jalonne cette carrière et ce documentaire. J'insisterai juste sur ce moment particulier et fort où Jean-Paul Belmondo et Claude Lelouch, lassés l'un et l'autre de leur vie, de leur carrière, se retrouvent, discutent et décident de partir au bout du monde soigner leur déprime. ça donnera "Itinéraire d'un enfant gâté", un de mes films préférés. Et Lelouch de s'étonner de ce qu'un film devient dès qu'il est entre les mains du public :
"Avec ce film, on va faire le tour du monde, tourner dans des endroits de rêve et paradoxalement, la scène dont tout le monde se souviendra a été tournée à Paris dans une chambre de bonne, ce qui montre une fois de plus qu’au cinéma, le plaisir, le rire et les larmes n’ont rien à voir avec l’argent."

Beau, spectaculaire, émouvant, enthousiasmant, humble et nostalgique, ne ratez pas ce superbe moment de cinéma je vous dis.
12:59 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : d'un film a l'autre de claude lelouch, cinéma
16.03.2011
JIMMY RIVIERE de Teddy Lussi-Modeste ****



Jimmy est Gitan. Il vit dans son camion vaguement aménagé d'un lit, non loin des caravanes de sa mère et de sa "soeur d'amour" mariée sans amour. Par contre Jimmy aime d'amour sa Sonia musulmane qui le lui rend ardemment. Il est passionné de boxe Thaï. Sa conversion au pentecôtisme, une branche bien sectaire du protestantisme le contraint à renier ses deux passions, la boxe et Sonia. Car les pentecôtistes croient que le baptême par immersion totale et le désir ardent de marcher auprès de Jésus-Le-Sauveur-qui-pardonne rachètent les péchés passés. Pour devenir un homme meilleur, il faut renoncer à la violence, au désir, et gueuler comme un veau "amen, mon frère" en secouant la tête. Jimmy s'applique. Jimmy y croit mais il a un mal de chien à mettre en accord sa volonté et ses actes. Son entraîneuse (Béatrice Dalle, pas à l'aise dans le rôle mais intense comme toujours) ne cesse de lui rappeler qu'il aurait de beaux combats à mener. Son amoureuse le houspille, le relance, se jette à ses pieds, à son cou, ne comprend pas en quoi la foi doit le faire rompre avec tout ce qu'il a aimé. Elle n'a de toute façon pas l'intention de se laisser abandonner pour Jésus. Et le pasteur, personnage essentiel de la communauté le manipule, cherche à le culpabiliser. Même si Jimmy croit sincèrement que son salut passe par le renoncement, cela relève davantage du sacrifie pour lui, il n'est pas prêt. Alors Jimmy doute, Jimmy hésite, Jimmy boit, Jimmy a les nerfs ! Comment ne pas trahir les siens, sa foi, son intense et impatient désir d'être un homme meilleur ?
Après une étonnante et magnifique scène d'ouverture très "Gus Van-Santienne" où l'on découvre Jimmy de dos au ralenti sur une sublime musique planante qui chavire, on ne va plus le lâcher d'une semelle et ce sera bon. Teddy Lussi-Modeste, dont c'est le premier film (quelle maîtrise !!!) ne va pas tant nous parler de la communauté gitane que du parcours singulier d'un garçon qui pense qu'il suffit d'une cérémonie de purification pour se sentir un homme meilleur. Pourtant en une seule et édifiante courte scène qui sent le vécu il aborde les difficultés des "voyageurs" à s'intégrer et à toujours être considérés comme ceux qu'il faut craindre.
La voie du salut n'est pas si aisée à emprunter et Jésus, son Père et tous les Saints Esprits ont parfois du mal à admettre en leur sein l'indécis. La Sainte Trinité ne se laisse pas approcher sans soufffrance et Jimmy parfois rongé, parfois illuminé se perdra un peu puis décidera, même si l'idéal d'un monde rêvé serait de pouvoir concilier foi et amour(s).
Le film est dédié à "tous les voyageurs" mais ils sont ici étrangement sédentaires et c'est évidemment au voyage intérieur de Jimmy auquel on assiste. Cela donne naissance à un film en tous points atypique, à la fois mystique et totalement ancré les pieds sur terre. On plane souvent, porté par la démarche chaloupée de Jimmy, le petit dur à cuire persuadé être touché par la grâce. Sa sincérité et sa volonté n'ont d'égales que ces incertitudes. Il faut dire qu'il est malmené Jimmy. Son amoureuse Hafsia Herzi, combattive, hargneuse, naturellement sauvage ou sauvagement naturelle, n'entend pas céder sa place. Cette fille a l'air de se foutre éperdument qu'il y ait une caméra, elle fonce, s'offre, exige. Toujours au bord de l'explosion, elle semble constamment réagir à chaud dans l'improvisation, elle invente des mots comme lorsque Jimmy lui explique qu'il ne pourra l'épouser car sa nouvelle religion impose que sa future soit vierge : "t'as la mémoire courte, c'est toi qui m'a déviergée !" rugit-elle. Il est vrai que les pauvres arguments de Jimmy font long feu devant cette fille amoureuse et pleine de bon sens qui ne comprend pas que du jour au lendemain elle soit repoussée. Et puis il y a le pasteur, imposant, charismatique, chaleureux, impressionnant voire inquiétant. Il faut dire que c'est le magnifique Serge Riaboukine qui lui prête sa carrure, sa carcasse, son regard qui poignarde et sa voix superbe, tantôt voluptueuse et la seconde suivante tonitruante.
Et Jimmy enfin ! Jimmy c'est Guillaume Gouix dont certaine prétend (et on ne peut lui donner tort) qu'il faut répéter son nom à l'envi comme un mantra. Il faut dire que cet acteur, abonné jusque là aux seconds rôles, offre ici une performance animale d'une grande subtilité. Il parvenait déjà dans le récent et formidable "Poupoupidou" et dans un second rôle de flic homosexuel (à des années lumière de ce rôle donc, preuve de son immense talent) à piquer imperceptiblement la vedette à tous ceux qu'il approchait. Il est heureux qu'enfin il ait un premier rôle qu'il endosse ici avec une présence somptueuse, brute et charnelle. Il est urgent qu'à présent tous les réalisateurs se l'arrachent et nous l'offrent en pâture, nous en ferons bon usage et il ne demande que ça. Depuis Tahar Rahim, il n'y avait pas eu de plus belle découverte...
Ecoutez, regardez...
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23:30 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : jimmy riviere de teddy lussi-modeste, guillaume gouix, hafsia herzy, serge riaboukine, cinéma, béatrice dallen, pamela flores
04.03.2011
TRUE GRIT de Joel Coen et Ethan Coen ****









Venger son père assassiné par un coward pour deux pièces d'or n'est pas simple dans le big west-ern de l’après guerre de Sécession, qui rappelons le cessa faute de combattants. Et puis comment être prise au sérieux quand on est une petite fille de 14 ans terrassée et indignée ? Mais Mattie Ross (magnifiquement interprétée par la petite Haylee Steinfeld qui ne manque pas de true grit) va mettre son chagrin en veille et, consciente que la justice ne punira pas le coupable, chercher l'homme idéal qui se chargera de la sale besogne. Elle trouve en Rooster Cogburn, marshall borgne et alcoolique mais réputé pour son obstination et son taux de réussite, le vengeur parfait. Par ailleurs, elle va croiser la route du Texas Ranger LaBoeuf, lui aussi à la poursuite de l’infâme Tom Chaney recherché dans un autre Etat pour d’autres méfaits. La motivation de LaBoeuf est la récompense conséquente promise. Les deux hommes vont s’engager en territoire indien où l’immonde Chaney s’est refugié. Ils seront vite rejoints par la fillette qu’ils avaient essayé de semer. Impressionnés par son courage et sa détermination ils vont finalement accepter qu’elle fasse partie du voyage sans pour autant la traiter avec le moindre égard. L’aventure peut commencer. Alors évidemment c’est l’histoire d’une gamine intelligente et cultivée qui n’a pas froid aux yeux et qui n’hésite pas un instant à affronter des hommes qui la regardent de haut, d’un œil goguenard, pour ne pas dire patelin. C’est macho à souhait, mais c’est finalement cette petite minette tenace et téméraire qui va venir à bout de sa soif de justice qui tourne à l’obsession. A un prix considérable certes mais sur son chemin initiatique, Mattie aura côtoyé deux hommes qui marqueront sa vie à tout jamais. Car dans ce film, ce n’est pas tant le résultat qui importe, mais le chemin pour y parvenir. Ce n’est pas tant la vengeance qui intéresse et stimule le spectateur mais la façon dont elle est menée. Pas tant l’intrigue qui captive que la rencontre entre les personnages. L’essentiel n’est pas pourquoi ils sont ensemble mais qu’ils soient ensemble. C’est tout. Et c’est beau ! La tension et les rebondissements ne font pas obstacle à une certaine nonchalance toujours bienvenue dans un western je trouve. Comme si le temps était différent dans le grand ouest. Les personnages prennent toujours le temps d’installer un campement de fortune, de dormir à la belle étoile (images somptueuses de nuit !) autour d’un feu de camp à « déguster » du maïs bouilli. C’est quand il ne se passe rien que tout se joue, que les liens se resserrent, que les regards et les attentions s’expriment. L’aisance et la confiance en soi de la petite, son insouciance, son ignorance du danger sont toujours en décalage avec l’immaturité des hommes souvent en compétition. Face à elle, à sa fraîcheur, sa jeunesse et sa franchise, il y a donc ce marshal borgne qui se fait sans doute plus vieux qu’il n’est (et Jeff Bridges avec sa voix râpeuse y va très très fort) toujours totalement imbibé d’alcool jusqu’au fond des yeux, et LaBoeuf (Matt Damon, une fois de plus extraordinaire !) Texas Ranger un peu précieux aux éperons à grelots décoré comme un cow-boy d’opérette. Et là encore, les Coen ne cède pas à la facilité d’une pseudo relation pères de substitution/fille, même si dans une scène somptueuse le vieux Cogburn lui portera secours. Et malgré l’humour qui est évidemment le petit cadeau supplémentaire, la conclusion pleine de mélancolie voire de tristesse laisse le westernien tout morose. Pour être totalement impartiale je révèlerai néanmoins deux petites déceptions à mon emballement. Le film met un peu de temps à démarrer. Sans doute étais-je trop pressée de voir l’improbable trio prendre la piste vers le territoire indien où s’est réfugié l’affreux. Et inversement la fin, trop abrupte nous prive de façon expéditive des trois personnages avec qui j’aurais bien continué encore le chemin jusqu’à d’indispensables retrouvailles…
Par manque de temps et à cause d’une petite forme je ne pourrai sans doute pas vous exprimer le quart du millième de ce que la vision de ce film m’a provoqué mais il FAUT que je vous en parle un peu avant que vous ayez choisi de voir d’autres films. J’ai l’impression que les frangins Coen (que leur maman doit être fière !!!) flirtent depuis des lurettes avec le western. Mais enfin, ici, ils y tombent pieds et poings liés et y reprennent tous les codes incontournables. Modestement ou intelligemment ou simplement en fans, ils ne cherchent pas à révolutionner la vision de l’Ouest post guerre civile, mais en offrent au contraire une vision tout à fait classique. Et gloire leur soit rendue pour ça. Pour ne pas avoir tenté de nous imposer un néo-western, essayer de nous faire croire qu’ils avaient inventé un genre alors qu’il est né pratiquement en même temps que le cinéma. Evidemment, en frères Coen qu’ils sont, ils ne situent pas leur intrigue en plein cagnard mais en hiver. Cela rend la chevauchée encore plus éprouvante mais n’atténue en rien la splendeur des paysages de la région parcourue, au contraire.
16:19 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : true grit de joel coen et ethan coen, jeff bridges, matt damon, josh brolin, haylee steinfield, cinéma
13.02.2011
TOUS EN SCENE de Vincente Minelli ****


Film de clôture du Festival International du Premier Film d'Annonay 2011.
Tony Hunter, acteur et danseur flirtant avec l'has-beenerie tenterait bien un come back à Brodway. Ses amis scénaristes Lily et Lester lui proposent une histoire en béton dont il aurait le premier rôle. Mais un producteur mégalo et prétentieux transforme le scénario et le spectacle aboutit à un échec retentissant lors d'une première catastrophique où le public sort de la salle consterné. Les trois amis vont tenter de remonter le spectacle avec l'aide de la troupe mais aussi d'une danseuse classique Gabrielle Gérard.
Je pense qu'avec "Singing in the rain" ce film est la quintessence de la comédie musicale. Et les pauvres fous qui ont quitté la salle dont le Warrior avant sa projection ne savent pas ce qu'ils ont perdu d'avoir le bonheur de le re-voir sur grand écran. Les scènes d'anthologie s'y succèdent.
Fred Astaire et le cireur de chaussures dans une espèce de fête foraine nous filent la patate pour les 10 ans à venir :
Les triplés me font toujours autant rire :
Le pas de deux dans Central Park est un enchantement :
Le "Girl hunt ballet" atteint la perfection :
Fred Astaire à 54 ans donne toujours l'impression de flotter quelques centimètres au-dessus du sol, Cyd Charisse est d'une beauté à tomber et ses jambes, inoubliables sont un défi à la logique !
Un chef d'oeuvre.
08:00 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE, FESTIVAL ANNONAY 2011 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
04.02.2011
VAN GOGH de Maurice Pialat ****
Festival International du Premier Film d'Annonay 2011
Film présenté dans le cadre de la thématique : "Les artistes à l'écran"



Après un long séjour en hôpital psychiatrique, Vincent se rend à Auvers sur Oise sur les recommandations de son frère Théo. Le Docteur Gachet, amateur d'art et ami de nombreux peintres de l'époque prendra soin de lui. Vincent s'installe donc dans une petite chambre au café du village. Il y connaîtra ses dernières amours avec Marguerite la très jeune fille du Docteur, ainsi qu'avec Cathy une prostituée. Il réalisera là la plus grande partie de son oeuvre, s'épuisant littéralement à peindre 70 toiles en deux mois mais ne se sortira jamais de la profonde détresse qui l'habitait. Il finira par se tirer une balle dans le ventre et en mourra deux jours plus tard.
Pialat s'attache donc ici aux derniers jours de la vie de Vincent mais plutôt que de se concentrer sur la création de l'artiste (qu'on voit très peu peindre) il se focalise sur les relations souvent houleuses, parfois ambigues de Vincent avec toutes les personnes qui partagent ses derniers jours. Homme difficile à comprendre et à secourir Vincent déroute mais aimante tout le monde. Malgré cette attraction qu'il exerçait, personne ne parviendra à l'empêcher de sombrer dans le désespoir. Je pense pouvoir dire que Pialat tenait là son chef d'oeuvre et malgré la noirceur du personnage et sa fin tragique, réussissait un film particulièrement lumineux et parfois même très joyeux. Des dialogues savoureux et une direction d'acteurs remarquable font de certaines scènes des moments extraordinaires de naturel et de vraisemblance comme si on avait pour une fois et comme jamais demandé aux acteurs de faire en sorte d'oublier la caméra. Cette sensation ressentie d'improvisation est difficile à restituer par des mots.
Quant à Jacques Dutronc qui tenait là LE rôle comme tout acteur doit rêver d'en avoir un seul dans une carrière, il est constamment et absolument exceptionnel, d'une subtilité et d'une présence inouïes.
02.02.2011
80 JOURS de Jon Garano et Jose Mari Goenaga ****
Festival International du Premier Film d'Annonay 2011
Film en compétition - Espagne


Contre l'avis de son mari, Axun se rend au chevet de Mikel qui se trouve dans le comas suite à un grave accident de voiture. Mikel est l'ex mari de la fille d'Axun dont elle ne veut plus entendre parler. Il partage sa chambre avec un autre homme lui aussi très mal en point à qui sa soeur Maité rend visite quotidiennement. Après un round d'observation relativement cocasse, les deux septuagénaires vont se reconnaître. Plus de cinquante ans plus tôt, elles ont été les meilleures amies du monde. Axun et Maité se revoient ainsi chaque jour à l'hôpital. Elles vont refaire connaissance et vivre ensemble de petites choses que les battements d'un coeur amoureux rendent grandes. Ces retrouvailles vont les réjouir, raviver des souvenirs et finalement bouleverser leurs vies pour 80 jours, ou pour toujours !
Les amours des personnes âgées sont rarement traités au cinéma ou parfois évoqués du bout de la caméra. Et pourtant c'est évident, le coeur des "seniors" bat encore, le corps peut encore vibrer et s'émouvoir. Lorsqu'il s'agit de l'homosexualité chez deux femmes de 70 ans, on se trouve face à un sujet vraiment inhabituel et particulièrement casse-gueule. Or c'est avec une sensibilité, une habilité et une délicatesse rares que les deux réalisateurs nous emportent au coeur de la tourmente que le renouveau des sentiments peut provoquer. La sage, compatissante et dévouée Axun a manifestement passé sa vie à se consacrer et à se dévouer à une fille assez incompréhensiblement agressive et à un mari certes "gentil" mais indifférent et égoïste. Elle partage quelques loisirs de vieille dame avec des "amies" bien ordinaires, ridicules comme des perruches... Et puis, lorsque son mari va se mettre à douter, à se méfier des absences de plus en plus répétées et prolongées de sa femme, il retrouvera lui aussi les réflexes d'un coeur amoureux qui passe parfois par une jalousie stupide qui rend ridicule parce qu'elle fait faire n'importe quoi. Il ira jusqu'à la suivre découvrant et interprétant (mal) les choses qu'il voit.
Maité quant à elle a toujours parfaitement assumé son homosexualité même si elle n'a jamais pu vivre au grand jour le grand amour. C'est une femme gaie, fantasque, libre et drôle mais qui cache parfois mal ses fêlures. Elle va tenter et réussir à redonner à son amie la ferveur et l'enthousiasme de la jeunesse, essayer aussi de lui rendre la liberté d'agir. Et surtout elle va lui faire retrouver l'émotion magique des premiers moments où l'on tombe amoureux. Ces instants intenses, incontrôlables, délicieux et douloureux qui font que l'on se réveille la nuit hanté par l'autre, que les rêves mêmes sont habités de sa présence.
Les réalisateurs accomplissent ce petit miracle de nous faire battre le coeur au rythme de ceux de ces deux femmes touchantes, de nous faire rire de leurs fourires retrouvés de gamines, de nous faire soupirer à leurs rendez-vous manqués, leurs hésitations, leurs erreurs, leurs sacrifices...


01.02.2011
IF I WANT TO WHISTLE, I WHISTLE de Florin Serban ****
Festival International du Premier Film d'Annonay
Film en compétition - Roumanie -

Il ne reste que quinze jours à Silviu, jeune délinquant, avant d'être libéré de la maison de redressement où il purge une peine de 4 ans. Son petit frère qu'il a élevé, lui rend visite et lui annonce que leur mère qui les a abandonnés il y a plusieurs années est revenue et compte emmener le plus jeune vivre avec elle en Italie. La tenant pour responsable de sa situation, Silviu craint pour son frère et dès lors tente de tout faire pour empêcher son départ. Les choses sont évidemment compliquées puisqu'il est enfermé pour quelques jours encore et malgré la compréhension du directeur du centre, il ne parvient pas à obtenir de permission de sortie pour résoudre ses problèmes. Il entreprend d'abord calmement de trouver des solutions, puis progressivement acculé, en arrive à agresser un gardien puis à prendre en otage une jeune assistance sociale (qui lui plaît).
Il semble qu'une certaine partie de la jeunesse à travers le monde passe par cette case prison/maison de redressement et c'est une nouvelle plongée dans le monde carcéral qui prend aux tripes ici. Les codes sont les mêmes que pour leurs aînés : les clans, les menaces, les humiliations, la promiscuité... l'enfer.
Silviu résiste au maximum mais finit par véritablement "péter les plombs" et se révolter par ce qu'il considère comme des injustices. Après une première partie marquée par le réalisme des lieux et des situations renforcé par le fait que certains acteurs non professionnels soient de véritables détenus, on entre progressivement dans la vie et l'histoire personnelles de Silviu, même si on ne saura jamais pourquoi il est là. Une première scène de parloir avec la mère qu'il n'a pas revue depuis de longues années s'impose par la tension qui finit par exploser. En quelques mots le jeune homme expose à sa mère la manière dont elle lui a gâché la vie, ce qui l'a conduit là où il est. Il veut l'empêcher de faire vivre la même chose à son petit frère. Le malaise qui s'installe est percutant. Silviu n'est plus ce jeune homme plutôt calme qui cherche à se faire oublier mais une boule d'angoisse, de violence et de haine.
Plus tard lors de la très longue scène vraiment oppressante de prise d'otage, on s'accroche souvent au fauteuil ne sachant à quel moment la violence va finir par se déchaîner. Le jeune acteur Pistireanu George plein de rage contenue, de soumission, parfois inquiétant, parfois désarmant est de pratiquement tous les plans et il est absolument extraordinaire.
14:00 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE, FESTIVAL ANNONAY 2011 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : if i want to whistle, i whistle de florin serban, cinéma
15.01.2011
MÊME LA PLUIE de Icíar Bollaín ***(*)



Ce film j'ai eu l'impression de le prendre en route, comme s'il était déjà commencé lorsqu'il a démarré. C'est difficile à expliquer et j'ai du mal à placer des mots sur ce que j'ai vu alors que ça m'a vraiment emballée. Il faut que je vous en parle (brièvement) avant la fin du week end au cas où vous hésiteriez entre plusieurs films. Alors je dirai qu'il y a celui-ci impérativement et Poupoupidou absolument... et aussi Cabeza de Vaca pour les plus téméraires...
Sebastian, jeune réalisateur et son producteur Costa doivent choisir quelques figurants pour le tournage de certaines scènes du film qu'ils tournent en Bolivie. Ils sont espagnols mais le choix du pays s'est imposé pour des questions de restrictions budgétaires. La main-d'oeuvre locale peut travailler à moindre coût. Sebastian et Costa sont stupéfaits par la file d'attente et le nombre de candidats qui se présentent au casting : environ deux cents personnes alors qu'ils n'en ont besoin que de quatre. En choisissant Daniel pour interpréter un des personnages "indigènes" principaux, ils savent que ce ne sera pas de tout repos et ils ne se trompent pas. En effet, Daniel devient rapidement le chef de file d'une révolte locale contre le gouvernement qui entend privatiser l'eau jusque là disponible à tous.
Dans le même temps le film qui est en train de se tourner relate la façon dont se sont conduits Christoph Colomb et ses hommes envers les "indiens" lors de la découverte du Nouveau Monde ! L'exploitation, l'esclavagisme, les représailles, les mutilations étaient le lot quotidien de la population brutalement assujettie aux colons résolus à s'enrichir grâce aux mines d'or. La révolte et la résistance des indiens du XVIème siècle font donc écho à celles du peuple bolivien face au pouvoir en place. Mais la réalisatrice propose encore un troisième axe en mettant le réalisateur et le producteur face à un dilemme, à leur engagement et à leurs convictions. Comment peuvent-ils réaliser un film qui parle de l'exploitation de l'homme par l'homme, de révolte, d'insurrection et ignorer le combat pour la vie qui se joue sous leurs yeux ? Dans un premier temps, c'est le film que Sebastian et Costa vont défendre coûte que coûte. Peu à peu la protestation du peuple va se faire de plus en plus extrême et violente compromettant chaque jour un peu plus le tournage du film. Et ce n'est pas celui qu'on imaginait qui s'impliquera finalement le plus dans la lutte, jusqu'à risquer sa vie auprès des boliviens.
Le tournage et l'histoire du film dans le film sont aussi passionnants que la lutte contemporaine qui s'amplifie. Une population qui ne possède déjà rien se voit confisquer son dernier bien précieux et vital : l'eau. C'est magnifique et aucun pathos ne vient encombrer ou dénturer la misère, la dignité et le courage éloquents qui se révèlent sous nos yeux. Un film fort, à la fois engagé et grand public, souvent tendu à l'extrême, des paysages somptueux, grandioses et trois acteurs admirables Gael Garcia Bernal, Luis Tosar et Carlos Aduviri : DU CINEMA.
P.S. : l'étoile (*) est justifiée par la fin étrangement bâclée en 10 minutes comme si la réalisatrice avait brusquement manqué de bobines...
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07.01.2011
SOMEWHERE de Sofia Coppola ****




Une voiture tourne à vive allure sur un circuit désert. Au bout de quatre tours un homme sort de la voiture, hirsute, mal sapé, mal rasé et c'est ainsi que l'on fait connaissance avec Johnny Marco, acteur star qui tourne en rond, se repose ou s'ennuie à l'hôtel du Château Marmont à Los Angeles. L'endroit, construit sur le modèle du chateau français d'Amboise date de 1929 et la déco semble ne pas avoir connu de rafraîchissement depuis l'origine tant tout semble décrépi et vieillot. L'hôtel est cependant devenu mythique car il continue d'accueillir et ce, depuis des décennies des générations de stars qui marquent leur passage de leurs frasques.
Johnny Marco vient de terminer un tournage. Il ne fait qu'attendre et suit à la lettre les instructions que lui donne son agent au jour le jour pour la promotion du film. Toujours une bouteille de bière ou un verre d'alcool à la main il trompe son ennui et son désoeuvrement en participant à des beuveries, des pseudo fêtes où le vin est triste et la chair pas mieux. Au cours d'une de ces soirées, il se casse le poignet, banal événement. Il alterne les réjouissances entre conquêtes faciles de filles aussi désoeuvrées que lui dont il oublie le prénom même en pleine action... qui s'offrent puis disparaissent et séances de lap-dance pathétiques devant lesquelles il s'endort parfois. Il est convoqué à une conférence de presse lamentable au cours de laquelle il ne trouve rien à dire et ne comprend même pas les questions.
Il faut un grand talent pour parler de l'ennui, le rendre palpable et le faire partager sans endormir ou rebuter. C'est ce que réussit Sofia Coppola en nous dévoilant le quotidien d'un homme qui selon l'épouvantable formule "a tout" mais qui en réalité n'a rien. Se réveiller chaque matin plus seul que la veille, faire semblant, faire des sourires, briller sous les flashes voilà un peu l'envers du décor et la face cachée des dorures hollywoodiennes. De longs plans fixes en scènes en temps réel, la réalisatrice capture le vide et s'empare du temps et du coup propose un cinéma aux antipodes des productions actuelles où la frénésie des images devient la norme. Prendre son temps, vivre au rythme du personnage principal, l'observer, lambiner et s'abandonner avec lui à ce tempo singulièrement lent est l'un des attraits et atouts majeurs de ce film mais pas uniquement. Alors qu'on hésite à décider si le personnage de Johnny Marco qui semble dénuer d'enthousiasme et d'intérêt pour quoi que ce soit est dépressif, mauvais acteur qui prend conscience de sa médiocrité ou simplement un sale gosse trop gâté, un événement inattendu va survenir.
Un matin une petite poulette de 11 ans débarque. C'est Cleo sa fille qui est confiée pour quelques jours à Johnny par son ex femme. Lors d'une scène MAGNIFIQUE, il emmène la petite à son entraînement de patinage artistique. D'abord plus préoccupé à répondre aux SMS qui lui arrivent, il commence peu à peu à relever la tête et découvre entre autre que sa fille est une virtuose sur la piste mais aussi qu'il a oublié de s'intéresser à elle et que finalement peut-être il "possède" quelque chose d'insoupçonnable, d'inespéré. Dès lors, le film bascule vers la chronique douce et rayonnante d'un père et d'une fille encore petite qui font enfin connaissance. Et sans même chercher à savoir ou décrypter la part autobiographique de l'histoire, c'est simplement beau, bouleversant, extrêment délicat. Quelque chose comme la sincérité, l'abandon, le naturel, l'innocence voire la pureté se met à plâner sur le film et dès lors l'émotion l'emporte. Le coeur palpite tout comme il se met à battre à l'unisson entre le père et la fille, complices, complémentaires, en harmonie. Les regards qu'ils portent l'un sur l'autre sont suffisamment éloquents pour éviter tout commentaire et d'ailleurs les dialogues sont réduits au minimum. Être sur la même longueur d'ondes se passe de discours.
Au-delà des personnages, l'osmose et la complicité des deux acteurs achèvent le petit miracle qui se produit à l'écran. Elle Fanning aurait pu n'être qu'une petite peste hollywoodienne quand on la voit bouger les cheveux, marcher dans l'aéroport ou éviter les regards sur tapis rouge. Mais ses attitudes de future star évanescente collent parfaitement au personnage de fille de star qu'elle est dans le film. Les traces d'enfance, d'insouciance qui demeurent chez elle et son irrésistible sourire la rendent absolument craquante. Quant à Stephen Dorff, acteur jusque là transparent, il imprime l'indolence et la lassitude qui conviennent parfaitement à ce Johnny Marco, star chouchoutée, habitué à être dorloté, materné, qui semble ne plus rien avoir à désirer, qui peut emmener sa fille en colo à bord d'un hélicoptère, qui peut faire un aller retour Los Angeles/Milan sans avoir jamais rien à organiser. Il aurait pu être également un personnage tête à claques tant il vit sur une autre planète loin de toute contrainte mais son visage encore juvénile et son look très Kurt Cobain font qu'on ne doute à aucun moment qu'il soit rester un grand enfant gâté. Par ailleurs, autre prouesse, la douceur et la sensibilité de l'acteur ne le rendent à aucun moment antipathique. La cohabitation avec "sa fille" va t'elle le faire évoluer vers l'âge adulte ? ou pire...
La dernière scène, la toute dernière image, si elle n'est pas du niveau chavirant de celle de "Lost in translation" (mais pas loin...) laisse néanmoins le spectateur complètement sur le carreau...
13:55 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : somewhere, sofia coppola, elle fanning, stephen dorff, cinéma
21.12.2010
LES ÉMOTIFS ANONYMES de Jean-Pierre Améris ****



Jean-René et Angélique ont deux points communs, mais ils ne le savent pas encore. Ils sont l'un et l'autre atteints d'hyper émotivité et entretiennent une passion pour le chocolat. Pour tenter de combatte ces émotions qui les paralysent, ils ont chacun une méthode pas toujours performante mais qui leur permet néanmoins de tenter de s'insérer dans le monde. Jean-René va régulièrement voir un psy tandis qu'Angélique participe aux réunions des émotifs anonymes qui fonctionnent sur le même principe que les alcooliques anonymes. C'est leur enthousiasme pour le chocolat qui va dans un premier temps les rapprocher puisque Jean-René est patron d'une chocolaterie sur le déclin. Il est à la recherche d'un commercial qui boosterait les ventes. Angélique est une chocolatière talentueuse mais lorsqu'elle se présente pour le poste elle n'ose évidemment pas révéler qu'elle n'a aucune disposition pour la vente mais elle est engagée. Attirés l'un par l'autre, ils vont combattre séparément puis ensemble leur "handicap" pour essayer peut-être de se construire un avenir commun.
C'est un film délicieux, tendre, drôle et émouvant. Un film qui ne se "la pète pas", qui ne s'impose pas de façon tonitruante mais se déguste et se savoure comme une sucrerie, une gourmandise. Et pourtant tout est loin d'être rose dans la vie des deux personnages que chaque situation nouvelle et inconnue paralyse littéralement. Car il ne s’agit pas ici de l’émotion qui dérange un peu ou qui attendrit mais bien de celle plus asphyxiante capable de troubler et d’affoler jusqu’à l’évanouissement. Cela paraîtra sans doute incongru voire invraisemblable à ceux qui contrôlent tout. C’est pourtant une réalité, ces êtres dépassés, débordés par leur sensibilité existent bien et c’est évidemment parce qu’il connaît bien le problème pour en être un spécimen représentatif que le réalisateur s’est permis de le traiter sur le mode de la comédie sentimentale. Et la plongée de Jean-Pierre Améris dans le monde de la comédie qu’il aborde pour la première fois en 7 films est une totale réussite. Bien que jusque là les thèmes qu’il évoquait tournaient autour du deuil souvent ou de la place que chacun cherche à trouver, il reconnaît que c’est ce film là qui est le plus intime et le plus personnel. Réussir à rire et à faire rire de ces gens qui rougissent, transpirent, bafouillent, perdent leurs moyens et leur crédibilité sans se moquer est pour lui un véritable pari qu’il remporte haut la main. Lui qui ne pouvait sortir de chez lui sans regarder par l’entrebâillement de la porte si personne n’arrivait, qui ne parvenait à entrer dans une salle de classe s’il était en retard, qui a toujours « souffert » de sa grande taille hors normes qui fait qu’alors qu’il souhaiterait disparaître est le premier que l’on remarque et j’en passe… a trouvé le ton et la forme justes pour faire de Jean-René et Angélique deux personnages touchants, aimables voire poétiques et non ridicules ou dramatiques.
Le côté décalé, un peu désuet du film qui fait évoluer les personnages dans une chocolaterie absolument inconcevable aujourd’hui est parfaitement assumé et délibéré. L’histoire se place pourtant dans le contexte social des difficultés inhérentes aux petites entreprises malgré l’aspect artisanal de l’entreprise et la profession pas courante de chocolatière d’Angélique. Les tonalités chaudes avec dominantes de rouge et de vert et les tenues éclatantes d’Angélique évoquent à la fois les comédies musicales, d’ailleurs Isabelle Carré comme Benoît Poelvoorde nous enchanteront chacun d’un intermède musical, ou sentimentales telle que « The shop around the corner ».
Il est évident que le choix des deux acteurs pour les rôles d’Angélique et Jean-René, écrits pour eux, est l’atout déterminant du film. En plus de former un couple tout à fait convaincant , ils possèdent l’un et l’autre ce mélange presque enfantin de force, de détermination prêts à braver l’impossible pour se trouver et aussi d’infinie fragilité qui leur font perdre tous leurs moyens avec gravité et conviction. Ils développent également une nature comique qui ne nous surprend pas de la part de Benoît Poelvoorde évidemment, mais qui est plus inattendue de la part d’Isabelle Carré. La voir et l’entendre s’exclamer « ô tiens ? » lorsqu’elle est rejointe au restaurant par Jean-René alors qu’ils ont rendez-vous est tout à fait tordant. Quant à Poelvoorde, filmé avec amour et admiration, il s’offre et nous offre plutôt de jolies scènes de séduction qui le rendent absolument irrésistible et beau notamment lorsqu’il arrive au restaurant justement et lorsqu’il chante.
Vous l’avez compris, vous trouverez de multiples et bonnes raisons de vous précipiter en salle dès demain (C’EST UN ORDRE) pour voir ce film délicat, drôle et délicieux. Et pour vous donner une raison supplémentaire, dégustez le clip du morceau « Big jet Lane » d’Angus et Julia Stone, la douce B.O. qui reprend des images des Emotifs Anonymes et laissent supposer que Jean-René et Angélique sont heureux…
17:08 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : les emotifs anonymes de jean-pierre améris, isabelle carré, benoît poelvoorde, cinéma
11.11.2010
POTICHE de François Ozon ****



Robert Pujol dirige d'une main de fer et d'une humeur massacrante l'entreprise de parapluies qu'il a obtenue de la dote de son mariage avec Suzanne. Vaniteux et pédant il n'a que mépris pour tous ceux qui l'entourent. En premier lieu pour sa femme, cette potiche à qui il n'accorde qu'à peine la parole mais qui rêveuse et résignée semble s'être accomodée de cette position, pour ses deux enfants qui ne répondent pas non plus à ses critères de réussite, une fille presque plus réac' que lui, un fils davantage attiré par les arts que par l'économie, et sa maîtresse qui est également sa dévouée secrétaire. Inutile de préciser qu'il n'a aucune considération pour ses employés. Totalement défait par la grève dont son usine fait l'objet, il est victime d'une attaque qui le contraint à s'en éloigner pour une cure de repos. Les enfants étant déclarés incompétents c'est contre toute attente Suzanne qui reprend les rênes de l'entreprise et montre instantanément d'évidentes qualités d'écoute et de négociation. Elle parvient grâce à sa gestion juste et humaine ainsi qu'à l'aide du député maire communiste à mettre fin à la grève et à relancer l'activité avec des idées inédites et créatrices. Evidemment dès son retour Robert, toujours aussi borné ne va se réjouir de ces innovations...
Tout est TROP dans ce film et c'est sans doute ce qui en fait son premier charme et sa grande réussite. François Ozon n'a sans doute pas dû rigoler (autant que moi) tous les jours à faire ce merveilleux film mais il est selon moi une totale réussite à tous points de vue. Un scénario solide avec des personnages qui stagnent ou évoluent, une ambiance kitsch et nostalgique à souhait (l'action se situe en 1977) et des acteurs dirigés qui semblent fiers et heureux de l'être, pouvant ainsi donner libre court à leur fantaisie explosive et démesurée.
Dès les premiers plans on plonge dans l'atmosphère avec Catherine Deneuve, tordante et délicieuse en joggeuse à bigoudis qui s'extasient par des "oh" et des "ha" devant les petites ou grosses bestioles de la forêt. On croirait Blanche Neige découvrant la nature ! Dès qu'elle rentre chez elle, une grande demeure bourgeoise de Province au toit de chaume, on a l'impression d'être "Au théâtre ce soir" où les décors seraient "de Roger Hart et les costumes de Dolnald Cardwell". La façon de déclamer et d'articuler des dialogues très écrits ne contredit pas cette sensation.
On va assister avec joie et bonheur à l'éclosion d'une femme libre et épanouie qui jusque là était toujours restée dans l'ombre d'un père aimé puis d'un mari tyrannique. Car oui, sous ses aspects de comédie hilarante et décalée à de nombreuses reprises, "Potiche" est un véritable manifeste féministe et le personnage de Suzanne est vraiment emblématique de la révolte qui sommeillait en beaucoup de femmes de ces années 70. Les hommes tenaient encore des discours (et l'on en découvre des extraits de "micro-trottoirs" de l'époque) tels que "les femmes sont faites pour rester à la maison..." ou "elles peuvent travailler, ça les occupera..." ou encore "à condition qu'elles n'aient pas le même salaire que nous" etc... Il faut bien reconnaître que les hommes en ont pris pour leur grade dans ces années là et qu'ils ont beaucoup perdu de leur superbe (pour ne pas dire de la supériorité qu'ils étaient (étaient ???)convaincus d'avoir...) depuis et grâce à ces femmes qui les ont affrontés.
Bien qu'il place l'action de son film en 1977, Ozon lui accorde parfois quelques accès de "modernité" en rendant Robert Pujol (Fabrice Luchini, très à son affaire en type odieux constamment excédé) plus sarkoziste que le vrai et plaçant de ci de là des petites phrases comme "casse-toi pauv' con !" ou "travailler plus pour gagner plus"... Et la grève qui agite l'usine n'est évidemment pas sans évoquer le contexte social actuel qui secoue un peu la France ces temps ci.
Le casting brillantissime dont s'est entouré le réalisateur se charge du reste, avec en premier lieu un look seventies très convaincant. Judith Godrèche au brushing Farrah Fawcett plus vrai que vrai, toujours prête à envoyer les CRS contre la racaille pour leur faire comprendre qui est le chef, ose tenir des propos d'un autre âge mais est au fond une de ces filles sacrifiées qui ne peut, bien qu'elle soit persuadée du contraire, se dépêtrer du rôle de potiche qui lui est dévolu. Jérémie Rénier est un fils à maman très sensible qui porte avec beaucoup de crânerie les ptits pulls moulants et les pantalons taille haute. Sa tignasse blond soleil avec mèche laquée à la Claude François est nickel. Karin Viard est la secrétaire modèle, toujours parfaite dans ses tailleurs près du corps et qui finit par cesser de croire que la promotion passe par le canapé. Gérard Depardieu arbore une moumoute copiée sur celle de Bernard Thibault et n'a aucun mal à se forcer pour être crédible en maire communiste. Il est étonnant de voir évoluer ce géant d'acteur qui, plus il tonitrue à tort et à travers IRL plus il se montre sobre, juste, modeste, touchant et donc IMMENSE dans ses rôles de cinéma.
Quant à Catherine, MA Catherine... où et comment vais-je trouver les mots pour parler une fois encore de ce qu'elle fait ici ? Elle est toutes les femmes réunies en une seule. Elle est le coeur, l'âme, le centre. Elle est sublime, elle est divine, elle est incroyable, drôle, forte, touchante, vibrante. Ses duos avec Gérard Depardieu pleins de douceur et de mélancolie où tout l'amour qu'ils semblent se porter passent dans leurs regards sont les grands moments parmi les grands bonheurs du film. Catherine Deneuve n'a peur de rien ni de personne. Même en se ridiculisant par ces tenues et ces attitudes, elle ne l'est pas, parce qu'elle s'amuse d'elle et avec nous. Elle ne se moque pas. Elle est. Cette femme, cette actrice est une vraie rebelle. Elle est folle et indisciplinée, énergique et enthousiaste. VIVANTE. Je l'aime.
P.S. : cerise confite sur le clafoutis, l'action se déroule dans une ville où toutes les voitures sont immatriculées 59 et où il y a de la brique rouge en pagaïe
12:27 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : potiche de françois ozon, catherine deneuve, gérard depardieu, fabrice lucchini, jérémie rénier, judith godrèche, karin viard, cinéma
07.10.2010
YOU WILL MEET A TALL DARK STRANGER de Woody Allen ****



C'est à Londres que se situent les aventures à la fois quotidiennes, ordinaires et extraordinaires de 8 personnages dont les destinées vont se croiser, converger ou s'éloigner. Un septuagénaire se réveille un matin terrifié à l’idée de mourir bientôt. Il quitte sa femme vieillissante pour une bimbo blonde et sans cervelle alors qu’une « cartomancienne » prédit à la délaissée qu’elle va rencontrer un sombre et bel inconnu… La fille de ce vieux couple perd les pédales, amoureuse de son patron qui ne la remarque pas, alors que son mari, écrivain raté se met à lorgner sur la fenêtre de l’appartement d’en face où une jolie fille en rouge, pas loin de convoler, joue de la guitare…
Des histoires de couples, d'amour, de sexe, de désir, d'ambition, de déceptions... des erreurs, des quiproquos, des malentendus, des infidélités, des injustices. Beaucoup d'incertitudes, de tergiversations, de lâcheté, de cruauté. Le tout enrobé, pimenté, entortillé, noyé dans un flot de paroles fiévreuses mais toujours d'une justesse et d'une utilité incontestables. Oui, les personnages de Woody parlent beaucoup. Ils s'expliquent, se justifient. C'est rythmé, nerveux, vigoureux, pétillant avec toujours, au bord de l'éclat de rire, cette inquiétude propre au petit bonhomme assez génial qu'est ce grand réalisateur. Dans cette frénésie de dialogues, de rebondissements en tout genre dont un ABSOLUMENT GENIAL, véritable pirouette inattendue qui concerne Josh Brolin l'écrivain et un de ses amis victime d'un accident... et cet autre où un mari (Josh Brolin encore) emménage chez une splendeur (la sublime Freida Pinto) qu'il a longuement observée depuis la fenêtre de son appartement et qui se retrouve à observer la femme qu'il a quittée (Naomi Watts) depuis son nouvel appartement. En un plan vraiment astucieux et magistral, sans effet ni parole cette fois, il nous démontre la bêtise des hommes (en tant qu'humanité) qui s'obstinent toujours à imaginer, que l’herbe verte ou la vraie vie est ailleurs...
Ce film lumineux, plein de drames, de folie, de douceur et d'humour est un grand grand cru qui m'a rappelé l'époque bénie des "Annie Hall" et "Manhattan", pas moins. C'est totalement euphorisant de voir qu'un réalisateur de cette trempe et de cet âge puisse encore innover tout en imprimant son incontestable et tellement reconnaissable virtuosité. Et beaucoup d'allégresse aussi, de délicatesse pour démasquer les failles et fêlures humaines et nous démontrer la vanité, la fragilité des illusions, des apparences.
Quant à la direction d'acteurs, elle est à l'image du reste, virtuose et irréprochable. Woody tire le meilleur de cette toute nouvelle troupe d'acteurs qui se montrent tous à la hauteur de l'honneur et du bonheur de travailler avec lui. L'inconnue Lucy Punch, véritable fantasme ambulant, tout en jambes, en cheveux, en minceur qui a comme son nom l'indique beaucoup de vigueur et de vitalité est LA révélation irrésistible de cette histoire pleine de bruit et de fureur, "much ado about nothing", "très dramatique et très comique", (comme nous le disait Woody en personne et en français en juillet dernier où il a fait l’ouverture du Festival Paris Cinéma) où il est également question de réincarnation et de vies antérieures... Mais grâce soit encore rendue à Woody de permettre à Anthony Hopkins de redevenir le merveilleux acteur qu'il a su être, sans excès ni cabotinage.
La musique qui accompagne, dès le générique, est comme toujours un régal permanent...
Mon seul regret est que Woody s'estime désormais trop vieux pour s'accorder des rôles dans ses propres films. Mais sinon, bravo, bravo et encore bravo et une standing ovation !
Si vous ne l'aviez pas vue en juillet, voici la petite vidéo que j'avait faite de Woody à la soirée.
08:00 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : you will meet a tall dark stranger de woody allen, cinéma, naomi watts, josh brolin, antonio banderas, freida pinto, anthony hopkins
22.09.2010
BENDA BILILI de Renaud Barret, Florent de La Tullaye ****



"On" m'a conseillé à plusieurs reprises d'aller voir ce film, en me le vantant ainsi : "il donne une pêche d'enfer !". Et puis bon, voir des handicapés taper sur des boîtes en ferraille j'avais moyen envie, d'autant que j'avais entendu un extrait et que la musique m'avait semblé plus qu'approximative (alors qu'il n'en est rien). Et puis l'autre jour, j'ai entendu dans mon France Inter, Renaud Barret (l'un des deux réalisateurs) parler, non seulement du film, mais aussi du pays où il a été tourné le Congo et des membres du "Staff Benda Bilili" (qui signifie "au-delà des apparences"), ce groupe improbable de 5 handicapés et 3 valides qui fait de la musique comme on respire, pour vivre, mais aussi pour survivre. Avec des instruments pourris ou bricolés, mais des voix en or, ils composent leurs chansons qui parlent de la difficulté de vivre (handicapés ou non) dans un pays et dans une ville Kinshasa, la capitale pourtant (on n'ose imaginer dans quel état est le reste du pays !) dont j'apprends que 95 % vit dans une pauvreté totale..., mais sur des rythmes de folie (bossa, blues...) qui donnent envie de sauter partout. C'est Ricky qui a réuni tous les membres du groupe et qui rêve de devenir le meilleur orchestre du Congo.
Alors je dirai que non, ce film ne m'a pas donné une pêche d'enfer, il m'a bouleversée mais révoltéé aussi, émue, amusée, emportée. J'espère qu'il passe encore près de chez vous et que vous allez y courir et que comme moi, vous achèterez le disque en sortant car l'histoire de ce groupe est absolument incroyable et extraordinaire, belle, cruelle et brutale.
Armés d'une patience, d'une énergie et d'une volonté que rien n'entame les Benda Bilili vont mettre à peu près 5 ans avant de pouvoir enregistrer leur disque grâce à la rencontre un peu miraculeuse avec les réalisateurs. Le groupe sera même obligé de se séparer pendant une année au terme de laquelle Ricky part à la recherche de tous ses musiciens qui recommencent l'aventure avec le même entêtement. Ce qui rend ce film si fort et attachant c'est que les réalisateurs ne se concentrent pas uniquement sur les étapes de cette success story qui mènent le Staff au triomphe lors des Eurockéennes de Belfort mais aussi aux conditions de vie de tous ces membres et de la population en général. Ils dorment dans la rue sur des "toncars" comme ils le chantent. Ils avaient la possibilité d'être hébergés dans un Centre qui accueille les handicapés mais il a intégralement brûlé lors d'un incendie... Hommes, femmes et enfants se sont retrouvés à la rue sans que personne ne s'en émeuve. Alors qu'ils ont absolument tout perdu du peu qu'ils avaient, Ricky dira face caméra : "c'est la vie, ce sont des choses qui arrivent". Bon.
On surprend une conversation dans laquelle deux ados s'interrogent et s'étonnent du fait que leurs aînés veulent absolument se rendre en Europe. "Qu'est-ce que c'est l'Europe ?" dit l'un d'eux. "Ben, c'est un pays où tout le monde ne peut pas entrer et qui a été créé pour que les habitants puissent se comparer à nous !". On sourit devant le sérieux naïf de la conversation et on est écoeuré de constater encore et encore que quasiment tout un continent est dans cet état d'ignorance et de pauvreté extrêmes.
D'autres répliques font sourire car l'humour fait partie de leur kit de survie. En se rendant à Belfort en bus depuis Orly, voici ce qu'on entend :
- En tout cas c'est une jolie ville BeDfort.
- Oh oui, et qu'est-ce qu'ils sont gros leurs poulets !
- Ben oui, les maigres ils nous les vendent.
- Oui mais ils nous les vendent pas cher."
Et tous éclatent de rire !
Et dans ce film, il y a une star. C'est Roger qui avait 13 ans au début de l'histoire et qui souhaitait plus que tout rejoindre les stars du ghetto. Il a créé un instrument le "satongé", qu'il appelle pompeusement guitare monocorde et qui est constituée d'un arc de bois planté dans une boîte de conserve reliés par un fil de fer. Il en sort des sons absolument inédits, inouïs et stupéfiants. Bien qu'il ne soit jamais allé à l'école, il n'a jamais sombré dans la délinquance grâce à cette passion. Mais en le voyant sur la scène des Eurockéennes mettre le feu à la foule en délire, on ne doute pas que ce petit gars va s'en sortir et qu'il va pouvoir être enfin la fierté de sa maman.
Le voici avec son drôle d'instrument dans les mains :

08:00 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : benda bilili de renaud barret, florent de la tullaye, cinéma
15.09.2010
SUBMARINO de Thomas Vinterberg ****




Avant tout, pour ceux qui ne la connaissent pas encore, voici une petite explication du titre aussi mystérieux que parfaitement adapté... Submarino est une technique de torture qui consiste à enfoncer la tête d'une victime sous l'eau. Et c'est bien de cette noyade où la proie s'agite vainement pour tenter de sortir la tête de l'eau dont il est question ici. Si Thomas Vinterberg nous assénait il y a 12 ans déjà une baffe monumentale avec son "Festen" que personne n'a oublié... il nous invite cette fois à une descente aux enfers en apnée en compagnie de personnages qui sont comme aspirés dans une épouvantable et implacable spirale de lose. Il faut bien l'avouer c'est parfois à la limite du supportable tant les malheurs s'abattent les uns après les autres sur ces êtres qui tiennent bon malgré tout parce qu'ils n'ont jamais connu autre chose que le malheur et l'adversité, comme une fatalité. Et peut-être faut-il une sacrée dose de sadisme pour assister ainsi à tant de misère. C'est tout juste s'il n'apparaîtrait pas plus "normal" de s'échapper en courant de la salle pour respirer à fond et se réjouir d'être vivant, épargné !
Malgré le sordide souvent insoutenable des événements qui vont s'enchaîner, ce film s'ouvre et se clôt sur une scène, la même, d'une beauté, d'une douceur et d'une tendresse presque extravagantes. Entre les deux : l'horreur !
L'enfance de Nick et de son jeune frère n'a pas été un cadeau. Seuls avec leur mère alcoolique qui conclut régulièrement ses beuveries en frappant son aîné pour finir par s'écrouler ivre morte dans son urine, ils vont résister, serrés l'un contre l'autre. Et comme peu de choses finalement empêchent un enfant de grandir, ils vont finalement continuer à bousiller leurs ailes d'anges fracassés au cours d'une vie qui ne va jamais les épargner. A l'âge adulte, les deux frères vont se perdre de vue et sombrer chacun dans une addiction, l'alcool pour l'un, la drogue pour l'autre. Et pourtant, s'ils sont marginaux, ils n'en sont pas des épaves pour autant car il leur restera toujours, envers et contre tout, une chose insensée, inouïe qu'ils n'ont jamais perdue même au plus profond du calvaire qu'ils endurent, leur humanité ! Une espèce de chose lumineuse, incontrôlable qui les rend absolument magnifiques et admirables, une aptitude extraordinaire à la compassion, à prendre soin les uns des autres et surtout, surtout à tenter coûte que coûte de protéger l'enfance, tous les enfants ! Il faut dire que Nick et son frère sont hantés par le souvenir d'un événement qu'aucune mémoire ne doit être capable d'effacer, qui les a traumatisés à tout jamais et accablés de culpabilité. Le genre de choc qui cloue le spectateur au fauteuil comme le coup de poing de "Festen"...
Les deux frères se retrouveront finalement dans l'endroit le plus improbable qui soit, mais avant ces retrouvailles où l'on aimerait pouvoir traverser l'écran pour leur permettre et les aider à se jeter dans les bras l'un de l'autre, il faut assister à tous les mauvais choix dont certains conduiront à de véritables tragédies, les mauvaises décisions, les renoncements qu'ils vont faire, les doutes, les hésitations.
Implacable et radical "Submarino" choque et bouleverse. Il est sombre et dur, rarement lumineux mais oserai-je dire qu'une timide lueur d'espoir naît dans la rencontre avec un enfant triste à qui l'on dit "je t'expliquerai bientôt pourquoi tu t'appelles Martin" ? Les flash-backs, qu'on ne voit pas arriver sont d'une subtilité admirable et donnent à ce film une construction particulièrement réussie alors que tout laissait à penser au départ qu'il était réalisé de façon linéaire.
Quant à l'interprétation, elle est magistrale. Dominée en particulier par le jeune Sebastian Bull Sarning, absolument époustouflant dans le rôle de Nick enfant, par Jakob Cedergren, magnifique, véritable bloc massif de douleur parfois mutique, capable de se broyer une main lorsqu'il ne trouve pas ses mots mais aussi du plus caressant des regards sur celle qu'il a aimée, et Peter Plaugborg, le frère de Nick, sorte de mort-vivant, brisé par l'angoisse de mal s'occuper de son fils et qui porte sa détresse dans son regard. Un film pas facile donc, vous êtes prévenus.
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27.08.2010
ONDINE de Neil Jordan ***(*)

Syracuse est pêcheur sur les côtes sauvages d'Irlande. Séparé de sa femme, il s'occupe néanmoins de sa fille Annie, une gamine surdouée et très mature en fauteuil roulant qu'il emmène régulièrement pour sa dialyse en attendant un donneur de rein compatible. Un jour de pêche pas comme les autres, il remonte dans ses filets une fille qu'il parvient à réanimer à la manière du Prince Charmant... Dès qu'elle fait la connaissance de l'étrange fille qui ne veut être vue de personne, Annie est persuadée qu'il s'agit d'une sirène avec toute la mythologie et la magie que cela suppose. La fille ne dément pas et se fait appeler Ondine. Annie, tout comme son père vont rapidement s'attacher à cette créature belle, troublante et fascinante. La pêche devient miraculeuse, les filets se remplissent de poissons, Syracuse est persuadé que le chant d'Ondine en est reponsable, l'amour peu à peu s'empare d'Ondine et de Syracuse...
Il s'agit d'un film comme un rêve, comme un conte, donc comme on en fait plus. Que c'est beau mais que c'est beau !!! Et que ça fait du bien de se laisser emporter par le courant d'un amour aux portes du réel. De laisser voguer son imagination au gré des flots. Il suffit d'y croire et tout peut devenir magique. Il suffit d'une petite fille qui vous en persuade et avec qui on a envie d'y croire. Et aussi d'une fille belle comme on en fait plus qui ne vous permet plus de douter. Et d'un garçon aussi qui n'a pas envie que ça s'arrête parce qu'il découvre l'amour.
Et puis il y a l'Irlande si sauvagement ardente et qui se prête si joliment aux légendes et aux chants d'une sirène, l'actrice Alicja Bachleda, sublime, faite pour le rôle. Entrecoupé de scènes hilarantes où Syracuse (Colin Farrell, décidément de plus en plus irrésistible, en mode charme intégral avec accent irish à couper au couteau) commence chacune de ses confessions au curé (Stephen Rea, super !) par "Je m'appelle Syracuse, je suis alcoolique et je suis abstinent depuis...", de quelques drames, d'un peu de magie, d'infiniment de romantisme pour détourner le quotidien, ce film est un beau film, avec de beaux acteurs et une belle histoire.
Le cinéma est parfois merveilleux. J'en redemande. Alors ne laissez pas ceux qui n'aiment pas vous détourner de ce petit bijou. Les contes, il suffit d'y croire un instant, ça ne peut pas faire de mal.
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15.08.2010
THE KILLER INSIDE ME de Michaël Winterbottom ****

Ici encore il frappe fort avec ce film noir très noir à l'esthétique impeccablement chic et soignée à chaque plan. Pour nous faire entrer dans la tête d'un fou, psychopathe très très malade et réussir à nous abasourdir en nous surprenant alors que les serial killers bien dérangés de la tête prolifèrent sur les écrans noirs, il fallait le faire. Et c'est réussi, car en plus d'avoir particulièrement bichonné son ambiance années 50 très raffinée, Michaël Winterbottom (gloire à lui !!!) a choisi un acteur de 35 ans qui peut parfois en paraître 12, qui a le sourire aussi angélique que son regard peut brusquement devenir dément. Ce sinoque, schyzophrène, hyper violent c'est Casey Affleck. Acteur rare mais prodigieux dans sa façon de se vouloir discret, comme empêtré dans une gaucherie qui ressemble à de l'humilité, il capture et envahit l'écran de sa modestie et fait éclater une sauvagerie comme on en voit peu. Casey Affleck, MON Casey Affleck porte ce film sur ses timides épaules. Il semble toujours s'excuser d'être là, comme s'il marchait à reculons et déchaîne la barbarie en prenant soudainement le visage des femmes qu'il aime pour un pusching ball ! Je suis sûre que certains réalisateurs auraient offert un exctincteur à leur acteur pour en arriver au même résultat. Lou/Casey ne se sert que de ses mains et semblent tout surpris de ne pas anéantir sa partenaire au premier coup. Alors il les multiplie jusqu'à épuisement de sa victime et du spectateur. Et lui, part en sifflotant fumer un cigare.
Evidemment lorsqu'on se trouve devant le génie d'un acteur tel que Casey Affleck dont la voix de canard marmonne et mâchouille son texte avec nonchalance ajoutant encore à l'exaspération fascinante qu'il provoque, il faut tenir la route. Jessica Alba s'en sort vraiment bien, toute fragile, innocente et sincère qu'elle est, même si elle est en partie responsable de la violence qui se déchaîne. Par contre Kate Hudson vraiment pas gracieuse en plus de ne jamais être convaincante manque de tout ce que sa "rivale" propose.
Un monstre de cinéma, ça fascine parce qu'on se dit que ça ne peut exister dans la vraie vie, la toupie tourne et c'est forcément notre imagination de malade, de killer inside us qui l'invente. Donc, on est tout pardonné de trouver un film avec une pourriture de cette envergure aussi extraordinaire. Casey, je t'aime d'amour.
P.S. : Bill Pullman est vraiment très très bien aussi mais je suis faible et Casey m'hypnotise.
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04.08.2010
AIR DOLL de Hirokazu Kore-Eda ****



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08.07.2010
INCEPTION de Christopher Nolan ****




Dom Cobb est le meilleur "extracteur" qui soit. Il est chargé de pénétrer les rêves pour en extraire des données conservées par l'inconscient (si j'ai bien compris). Car oui, je veux bien essayer de vous donner envie de voir ce prodige de film (je suis très très cliente !) mais pour vous le raconter c'est une autre histoire et il faut sans doute que vous attendiez que je le revois une fois ou deux. Ce que je ferai, dès sa sortie (le 21 juillet, encore un peu de patience). Car là, j'étais invitée à la projection presse dans la prestigieuse et magnifique salle du Gaumont sur les Champs Elysées ou sévissait le f...... FBI in black.
De toute façon, parler trop d'Inception reviendrait à en révéler trop également. Il faut dire que comme souvent, je n'avais strictement rien lu pour garder le plaisir de la découverte intacte. Alors que puis-je vous en dire ? D'abord qu'évidemment je ne m'attendais pas à ce que cette grosse machine de guerre lancée la plupart du temps à 200 à l'heure soit un grand film d'amour... Si Dom est donc une sorte d'agent secret très spécial qui peut, dans un sommeil artificiel s'emparer de données essentielles, il a aussi une vie privée qui s'en est foutue le camp. Sa femme (Marion Cotillard, fatale) est morte (ou pas ?) et il cherche coûte que coûte à retrouver ses deux enfants ! Un homme d'affaires très riche (Ken Watanabe charismatiquissime) lui propose une affaire qui lui permettra de les retrouver. La cible (Cillian Murphy, parfait en petit garçon blessé) est le fils d'un très puissant industriel qui doit hériter de l'empire de son père avec qui il entretient des relations conflictuelles.
La réalisation est une succession de prouesses visuelles. On pénètre à l'intérieur des rêves ou à l'intérieur de l'inconscient des personnages. Ce qu'ils créent, imaginent ou détruisent est donc l'occasion de donner libre court à l'imagination d'un réalisateur qui n'en manque manifestement pas. Pour la première fois, que certains effets soient visibles ajoute à la vraisemblance et à la beauté. Des immeubles parisiens qui s'enroulent et s'imbriquent les uns dans les autres, un train qui fonce en pleine ville, des miroirs géants qu'on déplace simplement, des murs qui rétrécissent, des falaises entières qui s'effondrent, l'absence d'apesanteur, des ralentis qui s'éternisent, le temps des rêves inégal au temps réel... tout l'univers étrange des rêves où l'on peut survivre à la pire explosion, où l'on croise des personnes qui ne sont plus là est exploré, décortiqué. Et Nolan nous embrouille encore en faisant parfois rêver les personnages dans leurs propres rêves. Vous imaginez un peu à quels niveaux de perceptions on est confronté ? Une seule vision ne suffit pas, c'est sûr. De toute façon c'est un film captivant également du fait que même s'il est LE blockbuster de l'été, le réalisateur n'en a pas négligé pour autant ses dialogues (scientifiques mais pas trop) et le suspens, le personnage mettant des bâtons dans les roues de l'intrigue étant le plus inattendu qui soit... Quant à son merveilleux casting quatre étoiles, il n'oublie pas d'être des acteurs de tout premier plan. L'humour n'est pas absent non plus grâce en priorité à Joseph Gordon Levit (très "physique", alter ego efficace du personnage de Leo) et Tom Hardy (LE Bronson que j'ai tant aimé) qui ne cessent de s'envoyer des piques.
Et puis l'émotion est un des moteurs de l'histoire et il faut bien avouer que Leonardo di Caprio à l'aise et crédible dans les scènes d'action, se montre une nouvelle fois champion du monde toute catégorie du type amoureux, border line, qui souffre mieux que personne. Son rôle proche de ceux de "Les Noces rebelles" et plus encore "Shutter Island" où il frôle constamment la folie sème parfois le doute autant chez ses partenaires que chez les spectateurs. Capable dans la même scène de se montrer froid, puis d'être submergé par un désarroi et une inquiétude incontrôlables et de se ressaisir tout à coup, font de lui l'un des acteurs les plus intense, sensible, admirable et surprenant actuel.
..................
La réplique de Tom Hardy à Joseph Gordon Levitt :
"il ne faut pas avoir peur de rêver un peu plus grand chéri" mériterait d'être culte.
18:02 Publié dans 2 **** INDISPENSABLE, FESTIVAL PARIS CINEMA 2010 | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note
04.07.2010
LES MOISSONS DU CIEL**** de Terrence Malick

Ce grand film d'amour sur fond de climat social et de misère est une pure merveille où toute la singularité de Malick explose déjà à chaque scène. On pourrait faire un arrêt sur image de chaque plan tant chacune s'impose comme une photo, un tableau. Le meilleur exemple est cette ferme perdue au milieu de nulle part copiée/collée sur cette d'Edward Hopper.

L'histoire est celle de Bill, Abbie et Linda qui parcourent les Etats-Unis pour survivre en travaillant. L'abondance de main-d'oeuvre aux abois rend les patrons particulièrement odieux qui n'hésitent pas à considérer et traiter les ouvriers comme de la marchandise interchangeable. Mais cela ne rebute pas les courageux qui n'ont d'ailleurs aucun autre choix, l'essentiel pour eux étant de rester ensemble. Ils s'arrêtent pour une saison de moissons chez un jeune fermier solitaire et mourant. Ce dernier tombe amoureux d'Abbie dès qu'il la voit et sous la pression de Bill qui pense qu'en cédant à ses avances cela leur permettra de changer de vie, elle accepte de l'épouser. Evidemment Le Fermier finit par découvrir que Bill est un peu plus que le frère d'Abbie...
C'est définitivement Terrence Malick qui a inventé le vent dans les feuilles, les branches et surtout celui qui caresse les épis de blé. Toutes les images sont sublimes chez ce réalisateur, elles vous emportent loin. Mais pas seulement. L'évolution des personnages, l'économie de discours et de dialogues, la voix off moins présente que dans ses films les plus récents mais déjà la marque de l'univers de Malick, tout concourt à faire de ces dramatiques moissons une magnifique aventure de sensations.
