PLUS FORT QUE MOI
de Kirk Jones ****
Royaume-Uni
Avec Robert Aramayo, Maxine Peake, Peter Mullan, Shirley Henderson, Scott Ellis Watson
Histoire vraie. Dans les années 1980, John est un adolescent comme les autres.
A son entrée au lycée il est même plutôt sûr de lui dans sa façon de draguer les filles dès le premier jour. Et puis, il fait la fierté de son entraîneur et de son papa car il est un gardien de foot très talentueux qui ne devrait pas tarder à se faire repérer par un recruteur d'une plus prestigieuse équipe. Mais soudainement, son corps et surtout sa tête sont pris de mouvements brusques impossibles à contrôler. Il se met également à proférer des tombereaux d'insultes tout aussi incontrôlables aux moments les plus inopportuns. Ces mouvements saccadés et rapides peuvent également être accompagnés de crachats et de coups involontaires. A la surprise de tous et de John en priorité, la vie va changer. Les parents ne reconnaissent plus leur fils et sont les premiers à lui faire ressentir la honte de ces nouveaux comportements qu'ils n'essaient pas de comprendre et mèneront à des décisions/punitions terribles et à la séparation du couple.
Avant que le mal soit diagnostiqué, John aura à subir bien des déconvenues, des humiliations, du harcèlement scolaire, de la violence face à l'incompréhension de tous. Dès que le syndrome Gilles de la Tourette est enfin posé, il sera placé sous une espèce de camisole chimique qui réduit à peine les symptômes. Ce n'est que bien des années plus tard alors qu'il approche de la trentaine qu'il fait la connaissance de la mère d'un ancien copain de classe. Elle est en arrêt maladie de longue durée (suite à un diagnostic erroné...) et fut infirmière psychiatrique. Elle propose à John l'arrêt de ses traitements, constate que lorsqu'il est occupé ses tics et TOC diminuent, va l'aider à trouver un travail, l'accueillir chez elle... Bref, à partir de là sa vie va véritablement et radicalement changer même si certaines personnes mal intentionnées continueront de se servir de la naïveté de John. Je vous laisse découvrir la métamorphose et le chemin parcourus. C'est passionnant, drôle et bouleversant. Car oui, ce syndrome a des effets qui peuvent prêter à rire et les malades atteints de ce trouble très rare (en ce qui concerne les insultes) font preuve d'une originalité et d'une imagination sans borne. Là encore je ne révèle rien de ces insultes. L'un des moment très drôle est celui où deux "Tourette" se retrouvent enfermés dans une voiture et font une véritable battle d'injures jusqu'à épuisement de leur stock ce qui apparaît comme un véritable soulagement pour eux.
Le film est didactique car en dehors de l'aspect comique sur lequel on a tendance à s'arrêter il nous ouvre les yeux sur tout ce qui n'est vraiment pas amusant voire même super angoissant. Les tics moteurs et vocaux involontaires, les mouvements soudains, rapides et répétés sont épuisants non seulement pour le malade mais aussi pour l'entourage. Ce trouble neurologique est incurable. Mais il faut également compter avec l'anxiété permanente, la fatigue due au manque de sommeil, l'absence d'interactions sociales, l'impossibilité de faire des études et de trouver un travail. En un mot, le syndrome Gilles de la Tourette n'est vraiment pas drôle. Mais après des années de souffrances, John va croiser le chemin de plusieurs personnes particulièrement ouvertes et bienveillantes tels que l'infirmière mais aussi le responsable d'un centre communal (interprété par le merveilleux Peter Mullan) qui le considère enfin, ne craint pas les insultes, lui accorde sa confiance et lui offre des responsabilités.
Le réalisateur réussit à nous faire passer du rire aux larmes avec subtilité et sans chantage à l'émotion. On prend conscience avec cette approche de la "normalité", de l'intelligence de John et de la catastrophe que provoque ce handicap méconnu, de l'enfer que peut être la vie des personnes qui en sont atteintes mais aussi des dommages collatéraux sur la famille. On s'attache à John, c'est presque obligatoire, mais serait-on capable de le supporter ?
Pour interpréter ce rôle et ce personnage, il fallait un acteur à part. Kirk Jones l'a trouvé. Robert Aramayo (le jeune Ned Stark de GOT) est extraordinaire. C'est préférable de trouver une tête pas ou peu connue pour ce genre de performance. Jamais dans la surenchère et la performance j'ai cru que l'acteur était véritablement atteint du trouble... Est-il utile de rappeler qu'il a raflé le Bafta du meilleur acteur (le César Grand-Breton) à Timothée Chalamet, Michael B. Jordan et Leonardo DiCaprio. C'est amplement mérité. Celui qui incarne John adolescent (Scott Ellis Watson) est incroyable aussi.
Quant à la BO elle surfe sur la vague des années 80. Ils sont venus, ils sont tous là, Portishead, New Order, Oasis.
P.S. : encore une fois la traduction du beau titre I swear (Je jure, très en accord avec une terrible scène du film) par Plus fort que moi... bref passons...


Commentaires
Rien que regarder ce film doit être éprouvant. J'ai lu des articles sur ce syndrome, c'est assez terrifiant et encore une maladie pour laquelle il n'y a pas de solution, sauf à devenir zombie.
Le film est plutôt optimiste et fait du bien.
Je prévois ça pour le courant de la semaine prochaine.
Parfait. Tu devrais aimer.
Ce film est une petite merveille, dont les qualités ne se limitent pas à la prestation de l'acteur principal. Les rôles secondaires sont bien interprétés et l'on a su doser l'humour, l'équilibrant avec les difficultés de la vie quotidienne.
Je suis prêt à parier que le jury des Riton 2026 le placera dans son palmarès.
Les ritons prennent de l'avance mais oui ce film a toutes les qualités des films anglais et les seconds rôles sont bien écrits.
Bonsoir Pascale, je dois écrire mon billet sur ce film vu vendredi soir. J'ai surtout aimé l'acteur principal et Peter Mullan. Après, j'ai trouvé qu'il y avait des longueurs surtout au début. Mais c'est bien que cette maladie peu connue soit évoquée. Car elle doit "pourrir" la vie de ceux qui en souffrent surtout par rapport aux relations avec les autres.
Je n'ai trouvé aucune longueur. J'ai apprécié que le film s'attarde sur l'adolescence et que l'on voit comment le syndrome était apparu.
Toute la poésie des titres francais...
Alors qu'un bon juron aurait été parfait. Je note l'excellente note, même si l'idée d'entendre des grossièretés tout le long du film ne me fait pas tripper plus que ça. Encore que, quelques sourires seraient les bienvenus après tous les malheurs du monde réunis pour Reims polar.
Portishead et Oasis, c'est pas tellement les années 80.
Ah bah si tu ne veux pas entendre d'insultes il vaut mieux éviter. Mais certaines sont très originales.
Sourire et émotion, à l'anglaise.
Cela se passe aussi beaucoup dans les années 90 et après.
Rien d'éprouvant loin de là. Deux très bons acteurs pour une très belle histoire. Très bonne idée d'avoir fait un dernier quart d'heure plus ludique et instructif. Vraiment jolie surprise
Le parcours de John est exceptionnel.
Bonjour Pascale ! Ton avis me donne envie de le voir, même si je n'étais pas très attirée par ce film au départ, en dépit de ses bonnes critiques. Si ça peut donner un peu foi en l'être humain ...
Bonjour Aurore. Je te le recommande. C'est très positif. A l'anglaise !
Excellent film à la Ken Loach... Mais le fait d'occulter l'adolescence et l'apprentissage ait été le meilleur choix...