HOMMES/FEMMES : MODE D'EMPLOI
YELLOW LETTERS de Ilker Catak ***
ALLEMAGNE, TURQUIE, FRANCE
avec Özgü Namal, Tansu Bicer, Leyla Smyrna Cabas
Aziz, professeur à la faculté d'Ankara et sa femme Derya, comédienne réputée du théâtre national ont reçu la fameuse lettre jaune du titre qui leur signifie leur révocation. Ils se sont simplement permis de critiquer le pouvoir du monsieur qui ne sera jamais nommé dans le film (celui qui considère (entre autres préceptes démocratiques) que : «les deux sexes ne peuvent pas être traités de la même façon parce que c'est contre la nature humaine» et souffre d'une intense allergie à la liberté d'expression).
Du jour au lendemain, Aziz et Derya perdent leur travail et leur logement. Ils sont "recueillis" avec leur fille adolescente dans l'appartement de la mère d'Aziz à Istanbul. Entre compromis et compromissions pour récupérer un statut, un salaire... le couple va-t-il résister ?
Après La salle des profs, asphyxiant huis clos à l'intérieur d'un collège autour d'un vol d'argent, le réalisateur allemand (d'origine turque) évoque une nouvelle fois mais de façon moins métaphorique l'arbitraire d'une politique autoritaire qui s'acharne sur des artistes, des intellectuels. N'ayant pu tourner en Turquie Ilker Catak nous informe dès le générique de début que dans les "rôles" de Ankara et Istanbul, nous trouverons respectivement Berlin et Hambourg. Et franchement, exceptée la Porte Brandeburg, on y voit que du feu.
Face à leur situation devenue précaire et à la nécessité de trouver de quoi survivre, le metteur en scène de théâtre et prof en fac devient chauffeur de taxi et la star de la scène cèdera-t-elle à l'appel d'une directrice de casting en acceptant le premier rôle d'une série sentimentale pour la télévision d'Etat ? Mais surtout le couple et la famille résisteront-ils à la pression constante ? Renonceront-ils à leurs idéaux ? La seconde partie est davantage consacrée à l'intimité d'un couple dont on voit dès les premières scènes à quel point il est uni, amoureux et attaché à l'avenir de leur fille (vaguement rebelle).
Les forces du film tiennent à la force de ce couple uni voire fusionnel mais aussi à leur art à la fois déroutant et brillant de la dispute intelligente. La lutte des classes, la politique s'invitent au sein du couple. Je vous laisse découvrir les réponses aux questions que ce film soulève.
Il a obtenu l'Ours d'or à la dernière Berlinale.
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LA FEMME DE de David Roux **(*)
FRANCE
Avec Mélanie Thierry, Eric Caravaca, Arnaud Valois, Jérémie Rénier, Jérôme Deschamps, Lila Guenau, Sarah le Picard
Au début de l'histoire Marianne est une espèce d'Emma Bovary bourgeoise qui s'ennuie ferme en Pays de Loire auprès de son bourgeois de mari qui la délaisse tandis qu'elle le trompe avec sp, propre frère (même si on a du mal à comprendre pourquoi elle porte son dévolu sur ce type aussi fielleux que son frère). Ils se sont pourtant aimés, mais l'arrivée du premier enfant, une fille (quelle horreur !) est venue tout bouleverser. Depuis Marianne se contente d'être la femme de... celle qui semble enterrée vivante dans une vie et une maison qu'elle déteste sans réagir. Malgré son refus, à la mort de sa belle-mère elle se retrouve maîtresse de la grande demeure familiale et accessoirement garde-malade pour un beau-père acariâtre, mal embouché, qu'elle lave, promène dans le parc et répond au moindre de ses coups de sonnettes pour le servir. Tous ceux qui l'entourent y compris son mari, ses enfants semblent n'avoir pour elle que mépris tant elle est transparente, le regard perdu dans le vide à la fenêtre qui donne sur la campagne humide et embrumée. Qu'est-ce qui pourrait bien la sortir de cet état quasi végétatif ? Un fantôme revenu d'un passé lointain, de l'adolescence peut-être fera effet de révélateur.
Tandis que sa fille aînée parle de sa mère comme d'une morte, que son mari est prêt à l'enfermer dans une maison de repos parce qu'elle a osé faire une promenade sans l'en avertir, Marianne peu à peu et toujours sans bruit et en douceur va se réveiller.
On ne peut nier l'évidence, le fantôme de Claude Chabrol et de sa bourgeoisie de province corsetée et imbue d'elle-même plane et rôde sur le film mais il faut également admettre qu'on s'ennuie un peu à observer Marianne se laisser piétiner par son entourage. Cela dit, s'ennuyer en compagnie de Mélanie Thierry n'est pas vraiment une perte de temps. L'actrice aux rôles de femmes fortes souvent, fait aussi merveille dans celui d'une femme bafouée par un entourage toxique, violent et hypocritement catho. Cette actrice est vraiment extraordinaire.



