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SUR LA ROUTE DU CINÉMA

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Je sais, cela ne se fait pas (le titre de la rubrique n'est pas fameux et guère inspiré) et ces films méritent bien plus que quelques lignes mais franchement c'est toujours mieux que rien sinon, jamais je ne rattraperai ce retard dû à une grave crise de flémingite aiguë. En même temps, qu'est-ce que c'est bon d'aller au cinéma et de ne rien écrire après. Je vais me ressaisir. Soyez patients. Voici donc 4 parmi les 6 films que j'ai vus ces derniers temps.

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SORDA de Eva Libertad ***(*)

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ESPAGNE

avec Miriam Garlo, Alvaro Cervantes

Angela et Hector forment un couple merveilleux et follement amoureux. Le fait qu'elle soit sourde et qu'il entende ne leur pose aucun problème. Lorsqu'Angela se retrouve enceinte de leur premier enfant, ils apprennent qu'ils ne sauront si le bébé est sourd ou entendant que deux mois après sa naissance.

En attendant l'arrivée de bébé, nous plongeons littéralement dans un monde où tout est organisé ou plutôt rien n'est organisé pour intégrer une personne porteuse d'un handicap dans la société. Malgré tout l'amour et la bienveillance qui entourent Angela (son mari, ses parents, ses ami-e-s, ses collègues) et leurs maladresses, elle se trouve régulièrement exclue des conversations notamment lorsque tout le monde se met à parler en même temps ou lorsque des "étrangers" (les médecins par exemple) s'adressent à Hector plutôt qu'à elle. Heureusement le garçon est une espèce de perfection au masculin. Sans jamais se plaindre, il "traduit" inlassablement pour Angela grâce à la langue des signes les propos des entendants, demandent que l'on s'adresse directement à elle car elle lit sur les lèvres... C'est un ange de douceur, de patience et d'amour. Pendant l'accouchement assez difficile où règne la panique, Angela arrache littéralement le masque du médecin pour comprendre ce qu'elle dit. Puis la jeune femme peine à entrer en contact avec son enfant. Comment créer un lien ? Comment répondre aux besoins d'un bébé que l'on entend pas ? Comment communiquer ? Tout à ce moment se complique pour Angela, pour le couple.

L'actrice Miriam Garlo est réellement sourde et elle est la soeur de la réalisatrice. Ce réalisme donne au film une grande authenticité. Malgré l'excellence de son interprétation Angela n'est pas présentée comme un personnage toujours sympathique et dont j'ai parfois eu du mal à comprendre les réactions notamment vis-à-vis de sa perfection de mari (sa grande erreur étant de "tester" en cachette si leur fille entend ou pas).

La dernière partie est absolument bouleversante et permet comme cela n'a jamais encore été fait au cinéma d'entrer dans un monde où les sons prennent toute la place ou en sont exclus. Placer le spectateur dans un espace sonore instable procure anxiété et compréhension de ce handicap particulier.

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MON GRAND FRERE ET MOI de Ryôta Nakano ***

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JAPON

avec Hikari Mitshushima, Joe Odagiri, Kô Shibasaki

Riko apprend sans grande émotion la mort de son frère aîné. A la surprise de son mari et de ses enfants, aucune larme ne coule de ses yeux. Elle se rend néanmoins aux obsèques et entreprend un périple avec son ex belle-soeur avec qui le grand frère avait eu un enfant qui bizarrement vivait avec son père malgré son immaturité et un style de vie inadaptée à l'éducation d'un enfant.

Après le formidable La famille Asada, le réalisateur nous fait une nouvelle fois partager la vie d'une famille. Celle-ci est beaucoup plus dysfonctionnelle et Nakano s'appuie sur l'autobiographie de l'écrivaine Riko Murai. Les flash-backs nous renseignent sur l'enfance de Riko et son frère et tous les éléments qu'elle recueille lui permettent de porter un regard plus objectif et bienveillant sur ce grand frère. Les souvenirs laissés ressurgissent différents et ainsi évoquent le deuil, le pardon, l'indulgence autour d'un fantôme beaucoup plus aimable qu'il n'y paraît.

Le film est beaucoup moins drôle et émouvant que ne l'était La famille Asada qui parvenait parfaitement à combiner les deux mais il permet de s'interroger sur le regard parfois erroné que l'on porte sur nos plus proches.
Ce n'est pas rien.
Et puis, c'est un film japonais...

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THE WORLD OF LOVE de Yoon Ga-eun ***

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COREE DU SUD

Avec Seo Su-Bin, Jang Hye-Jin

Joo-in est la gaité personnifiée. Joyeuse, drôle, désinhibée (elle parle très fort de ses règles à la cantine par exemple), exubérante et chahuteuse elle est appréciée de tous. Mais lorsqu'une pétition circule qu'elle est la seule du lycée à refuser de signer, elle est de plus en plus isolée. Cette pétition fait remonter en elle un passé difficile qu'elle avait jusque là choisi de cacher ou qu'elle avait simplement enseveli inconsciemment. Dès lors qu'elle reconnaît avoir été victime de violences sexuelles, elle est montrée du doigt, considérée comme une menteuse parce qu'elle n'a pas le profil de la victime. Comment peut-on être aussi solaire, gaie et prétendre avoir subi de telles horreurs ? Joo-in ne cadre pas avec le "profil" de la victime.

C'est le premier film de cette réalisatrice coréenne à sortir en France. Elle traite toujours semble-t-il de l'enfance et de l'adolescence. Celui-ci serait son plus abouti et sans doute le plus audacieux puisqu'il traite des conséquences psychologiques, des traumatismes parfois longtemps enfouis des violences sexuelles.

Un film humain, sensible avec je trouve, une scène remarquable entre la mère et la fille dans la voiture où la jeune fille hurle sa douleur ! La réaction de la mère m'a sidérée.

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LA VENUS ELECTRIQUE de Pierre Salvadori ***

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FRANCE

avec Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Pio Marmaï, Vimala Pons, Gustave Kervern

Pour rembourser une dette, Suzanne se fait exploiter par Titus dans une attraction de la Foire du trône dans le Paris des années folles (1928). Reliée à un système électrique la jeune femme embrasse pour quelques sous des hommes qui reçoivent une décharge qui les secoue et les rend extatique. Certains deviennent même accros à l'attraction bien que Suzanne subisse quelques dommages sur sa peau. Alors qu'elle s'est introduite dans la roulotte de sa voisine voyante, Antoine, ivre mort et veuf inconsolable, lui demande de le mettre en rapport avec sa défunte épouse Irène dont il s'accuse de la mort. Suzanne se fait passer pour la voyante medium et s'enferre dans un engrenage dont elle ne parvient pas à sortir. D'autant que l'ami et galeriste d'Antoine, peintre de métier, constate qu'il reprend goût à la vie et retrouve l'inspiration (ce qui est bon pour les affaires) depuis qu'il voit Suzanne, mais surtout la jeune femme commence à tomber amoureuse du garçon.

Cette jolie fantaisie sucrée explore le mensonge et la manipulation. Ici tout le monde ment, trompe, se trompe et manipule l'autre, la plupart du temps pour ne pas faire de mal et parfois dans son propre intérêt. L'emballage est sophistiqué et la reconstitution de Paris, des attractions vaguement freaks de la fête foraine (femme à barbe, soeurs siamoises...) est impressionnante et vraiment très réussie. Le film explore la manipulation, le désir et la culpabilité, invite un fantôme (Vimala Pons, magnifique) et concocte une romcom délicieuse où le beau casting virevolte.

Gilles Lellouche (humain et vaguement maussade), Pio Marmaï sont impeccables mais c'est surtout Anaïs Demoustier, mutine, charmante, puis doucement mélancolique, fragile et amoureuse éperdue qui électrise.

Commentaires

  • Je n'ai pas vu les deux films asiatiques. Le Coréen serait potentiellement celui qui m'attire le plus. Mais...

    Je suis content que tu parles (en bien) de "Sorda". J'ai trouvé très juste cette manière de parler d'un handicap invisible, et pourtant si difficile à vivre au quotidien pour les personnes qu'il affecte. Aucun pathos dans ce beau long-métrage espagnole et une idée de ce que peut être la réalité crue. Comme toi, j'ai beaucoup aimé la fin. Mais pas que. Un César du meilleur film étranger ne serait pas volé.

    "La Vénus électrique" (vu hier) m'a franchement enthousiasmé. Les acteurs sont excellents et l'histoire, à tiroirs, ne l'est pas moins. Et je ne parle même pas de la mise en scène de Pierre Salvadori, pimpante sans être tape à l'oeil. Un chouette moment de cinéma, porté aussi par le talent musical de Bazbaz. Pour moi, c'est sans hésitation l'un des meilleurs films français de ce premier trimestre 2026. Des films comme ça, j'en redemande !

    Très heureux de te relire. Bises :-)

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