LES FLEURS DU MANGUIER
de Akio Fujimoto ***(*)
JAPON MALAISIE
Avec Muhammad Shofik Rias Uddin, Shomira Rias Uddin
Les Rohingyas sont un peuple apatride, le plus persécuté au monde.
Environ 750 000 rohingyas sont parqués dans des camps au Bangladesh et subissent des conditions de vie déplorables. Majoritairement musulmans ils auraient été déclarés birmans jusqu'à ce qu'un dictateur décide du contraire. Ils subissent depuis des décennies de graves persécutions qui ont abouti à leur exclusion de la communauté nationale. Il est également à noter que les bouddhistes seraient à l'origine des persécutions. (Je viens de voir un reportage sur cet exode qui m'a donné envie de vomir (ici) et de pleurer). Les villages sont brûlés, les habitants chassés de leurs logements, s'ils parviennent à échapper au massacre dont ils sont également victimes.
Ce film éprouvant mais nécessaire réalisé par un japonais qui rend hommage aux victimes mais aussi aux survivants raconte l'histoire de Somira 9 ans et Shafi 4 ans. Ils quittent un camp du Bangladesh avec leur tante pour rejoindre la Malaisie où de la famille les attend.
Après une marche éprouvante, les premiers passeurs les privent de leur portable, seule façon qu'ils auraient de joindre leur famille, leur suppriment la plupart de leurs affaires et les font brutalement monter dans une embarcation surchargée. La traversée exténuante et terrifiante dure plusieurs jours. Ils grignotent la rare nourriture que les passeurs leur proposent. Déposés tout aussi rudement sur une berge en pleine nuit, les enfants sont embarqués en camion sans leur tante. C'est donc seuls au milieu d'un groupe d'adultes qu'ils poursuivent le voyage. La traversée d'une forêt en pleine nuit est un moment particulièrement rude. Lorsque Somira découvre que les migrants sont parqués dans des cages et risquent la mort (si un passeur (ils sont pour la plupart cruels et cupides) en décide ainsi), elle s'échappe avec son petit frère. C'est donc désormais seuls au monde qu'ils traversent la forêt, se retrouvent dans une ville où les adultes les ignorent. Ils crèvent de faim et Somira exténuée doit également parfois porter son petit frère. Mais la petite est astucieuse, d'un courage et d'une persévérance admirables et lorsqu'elle sent le découragement gagner son frérot comme elle l'appelle, elle lui invente encore des jeux pour le distraire. Pour lui elle est sa soeurette qu'il ne supporte pas de voir s'éloigner d'un pas. Le voyage est loin d'être terminé et l'épreuve la plus dramatiquement insupportable est filmée avec un recul absolument saisissant.
Vous l'avez compris, ce film n'est pas une promenade de santé mais je le trouve essentiel, indispensable, d'une simplicité factuelle. Je n'avais jusqu'alors pas pris la mesure de la tragédie de ce peuple martyrisé pour, une fois encore, des raisons religieuses. Je pensais que le pire du pire était réservé aux femmes afghanes. J'avais tort, comme toujours le pire n'est jamais décevant...
Les deux enfants d'une vaillance impressionnante sont frère et soeur dans la vraie vie ce qui rend leur complicité et leur amour d'une grande évidence. Ils n'avaient jamais fait de cinéma. On espère (je ne dis pas "on prie") pour eux que les fleurs du manguier ne restent pas un rêve...
Le film a été réalisé en langue rohingya.
