COCOTTE
de György Palfi ***(*)
GRECE
Avec Maria Diakopanayotou, Argyris Pandazaras, Yannis Kokiasmenos
Vie et survie de Cocotte.
Vite, que je vous parle de ce film qui est sans doute l'un des plus réjouissants de ce premier semestre. Je m'attendais à une farce quelque peu indigeste et j'y allais un peu à reculons malgré le faible encouragement d'un ami et son sobre : "Cocotte, c'est bien !". Et bien pour moi, Cocotte c'est incroyablement bon ! Ce n'est pas la pitrerie comique que j'anticipais et pourtant le personnage principal est bel et bien une poule et c'est de sa vie dont il est question.
La première scène est terrifiante. Dans un élevage, les poussins sont triés manuellement. Une grande partie finit dans le broyeur. C'est HORRIBLE. Cocotte échappe au tri puisqu'elle est une "fille" et grandit dans cet élevage industriel où les poules coincées les unes contre les autres sont gavées avant d'être vendues. Sauf que Cocotte est noire et sa couleur suffit à la destiner à la casserole. Mais elle s'échappe et doit dès lors affronter mille dangers (traverser une route, être poursuivie par un renard...) avant de trouver refuge dans la cour d'un restaurant à l'abandon dont le propriétaire possède un poulailler et espère pouvoir remettre sur pied son restaurant avec vue touristique.
Mais revenons-en à notre Cocotte. Elle est soigneusement placée au poulailler avec quelques congénères pas forcément de la même race. Elle doit gagner sa place et se met à pondre. Elle découvre horrifiée que chaque matin son oeuf lui est enlevé et n'a de cesse de trouver un endroit que l'homme ne découvrira pas pour cacher les "naissances". Elle est rattrapée quand elle s'échappe, soignée quand elle se brûle et parfois dorlotée. Elle tombera amoureuse d'un fier coq... Pendant ce temps, les hommes qu'elle observe se livrent à des trafics pas reluisants. L'idiote de fille du restaurateur est amoureuse d'un abruti à moto et au milieu de ce monde plutôt moche une petite fille se nourrit de Nutella et se gave de télévision.
Et tout cela tient parfaitement la route. L'un des exploits est d'avoir "utilisé" de vrais animaux pour tourner cette fable qui démontre, s'il en était encore besoin, que l'homme est un loup pour l'homme mais aussi à l'occasion pour les animaux. Découvrir du point de vue d'un gallinacé très expressif l'état du monde est particulièrement original. On imagine le défi de filmer des animaux et de souvent ne voir des hommes que leurs jambes et en comprendre pourtant les mauvaises actions. Tant de créativité et sans doute de prouesses techniques laissent sans voix.
L'humour et l'émotion sont portés par une poulette courageuse, astucieuse, à l'instinct maternel très développé et à l'instinct de survie déroutant.

