L'ABANDON
de Vincent Garenq ***
FRANCE
avec François Reinartz, Emmanuelle Bercot, Emma Boumali
Est-il utile de rappeler qui est... qui était Samuel Paty ?
Il est ce professeur d'histoire géographie inscrit à jamais dans notre histoire. Décapité le 16 octobre 2020 par un jihadiste tchétchène devant le collège où il enseignait après avoir montré les caricatures de Mahomet de Charlie Hebdo à ses élèves de quatrième. Tout a commencé par un cours sur la liberté d'expression. Le lendemain Samuel Paty commet la maladresse de demander aux élèves qui pourraient être choqués par les dessins qu'il va présenter de sortir quelques instants de la classe. Il ne mentionne pourtant personne en particulier et encore moins une "communauté" précise.
Aussitôt la machine s'emballe. Bachira une élève impertinente qui se trouve dans le collimateur de la Principale du collège et risque une expulsion pour ses absences répétées, ses impolitesses et son effronterie et bien qu'absente du cours de M. Paty, raconte à son père que le prof l'a insultée et humiliée ainsi que sa religion et le prophète. Le père, hors de lui, poste des vidéos sur les réseaux sociaux en reprenant les mensonges de sa fille qui ne pensait pas que l'évènement prendrait cette ampleur. Les "clics", les "vus" et commentaires haineux et outrés prolifèrent à une vitesse inimaginable. Un escroc qui se fait passer pour le directeur (ou je ne sais quoi) des imams de France prend l'affaire en main, incite le père à porter plainte. Le collège prend au sérieux les intimidations et met en place avec sa hiérarchie la procédure en cas de menace. Bien retardée par les exigences administratives, les jours passent, tout le monde est au courant (l'Education nationale, la police, la direction des affaires anti terroristes...) et pourtant la protection de Samuel Paty nommément menacé sur les réseaux tarde à venir...
Le film s'appuie sur l'enquête et le procès auquel le réalisateur a assisté. Il n'était peut-être pas nécessaire de faire parler Samuel Paty d'outre-tombe mais puisque c'est validé par Mikaëlle la soeur de Samuel, il n'est pas utile de s'offusquer. Pas nécessaire peut-être non plus, pour insister sur l'horreur du drame qui va se jouer, de donner au film une image aussi moche terne.
Pour le reste, et bien qu'on connaisse l'issue de ces quelques jours où la peur et la paranoïa s'installent, il est évident que rarement une histoire nous a placés dans un tel état de stress. Face à l'abandon progressif de certains des collègues, puis des forces de l'ordre qui trouvent que les "choses" se calment ou remarquent et laissent filer ce type qu'ils ne connaissent pas mais rôde autour du collège... on est saisi d'effroi. Sans compter que rapidement tout le monde sait, preuves à l'appui, que Bachira a menti ce qui ne modifie en rien l'emballement de la haine (et de la bêtise humaine).
Et si, et si... facile à dire après les faits certes.
L'assassin (un jeune homme de 18 ans) est présenté la plupart du temps de dos et flouté... comme un pauvre type qui ne sait quoi faire de sa vie seul dans sa carrée à se délecter de vidéos de décapitations. Le soi-disant imam est fiché S. Les réseaux sociaux nauséeux, le goût de l'argent facile (des ados ont pour quelques centaines d'euros désignés Samuel Paty au terroriste), la manipulation d'esprits faibles, le détournement des valeurs de ce que devrait être la foi pour valider des actes abjects, les dysfonctionnements multiples... tout a conduit à cette horreur innommable.
Emmanuelle Bercot est comme toujours impeccable et l'interprétation de François Reinartz tout comme ce film, sont déchirants. On en sort très triste et accablé.

Commentaires
Je ne pense pas y aller. Pour moi c'est trop tôt.
C'est fait avec l'accord de la famille donc ça m'a surprise mais pas choquée mais on peut s'interroger sur la nécessité d'un tel film même si j'ai appris beaucoup de choses.
Samuel Paty est présenté comme un saint mais rien jamais ne justifiera cette horreur... au nom d'Allah (c'est tellement commode).
Pas tenté non plus.
Je m'attendais à un angle plus polémique vis-à-vis de l'institution qui s'est, comme toujours, cachée derrière le pas de vague en rejetant la faute sur le prof. Tavernier aurait fait ça très bien. Je comprends dans ton article que c'est davantage une reconstitution des faits pour un film genre dossier de l'écran. En plus l'image est moche apparemment. Non, vraiment, pas envie en lisant ton article.
L'image est TRES moche. J'y suis allée car je ne voulais pas me satisfaire des avis des autres.
J'ai trouvé la Principale plutôt empathique avec Samuel mais plusieurs de ses collègues absolument détestables. Même si on comprend la peur compte tenu des menaces qui pesaient sur le collège.
J'ai bien aimé, surtout en raison de la qualité de l'interprétation. On parle beaucoup de Bercot et Reinartz (à juste titre), mais il faut souligner la performance des "anonymes" (pour la plupart), qui ont la tâche difficile d'incarner des personnes qui, sans être des assassins, ne se sont pas très bien comportées durant cette affaire. Garenq a aussi la délicatesse de ne pas miser sur les aspects les plus violents.
Le film ne fera sans doute pas "le plein" parce qu'il dit des choses qui dérangent (même si, à mon avis, il est au-dessous de la réalité), notamment concernant la susceptibilité religieuse d'une partie de la population musulmane de notre pays.
Je trouve que beaucoup en parlent sans l'avoir vu c'est pourquoi je tenais absolument à la voir même s'il est éprouvant.
Je trouve aussi toujours courageux les interprètes de personnages hautement antipathiques d'autant plus quand c'est leur premier rôle ou qu'ils sont non professionnels.
Ici, surtout les jeunes qui incarnent ceux par qui le drame arrive.