Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

LA FILLE DU KONBINI

de Yuho Ishibashi **(*)

KONBINI_AFF_120x160-1131x1536.jpg

JAPON 

avec Erika Karata, Haruka Imô

En passant sur le pont qui la ramène chez elle Lizuka se dit que le monde continuerait tout aussi bien à tourner sans elle.

Sans davantage approfondir la réflexion elle rentre chez elle, écoute la radio, mange ses pâtes après s'être souhaité bon appétit, dort puis se lève pour se rendre au boulot à vélo. Rituel immuable et rassurant. Elle a 24 ans, a fait des études, a travaillé dans une agence de communication ce qui l'a rendue très malheureuse. Elle a désormais troqué le tailleur bon chic qu'elle contemple parfois dans son dressing, contre la blouse orange et jaune de caissière dans un konbini (il s'agit au Japon d'une supérette ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7). Elle partage son temps de travail avec un jeune homme plaisant mais très discret et parfois une collègue beaucoup plus délurée et intrusive. Le patron est plutôt cool même s'il propose régulièrement des heures supplémentaires ou des changements de planning à la dernière minute sachant que Lizuka est incapable de dire non même si elle pense le contraire. La jeune femme est l'incarnation même de la solitude que la réalisatrice nous présente comme la "norme" dans la société japonaise. Plusieurs personnages secondaires sont manifestement dans la même situation que Lizuka. Jusqu'à ce que Imô une ancienne camarade de collège entre dans le konbini et fasse irruption dans sa vie. La jeune femme semble parfaitement épanouie et vit quant à elle chez son père avec sa grand-mère.

Le film nous invite à observer au fil de rencontres, de discussions parfois trop arrosées tout ce qui fait la retenue et la façon de vivre des japonais souvent dans la distance, la politesse, la mesure et la prudence. Sauf en ce qui concerne les clients du konbini qui peuvent se montrer particulièrement odieux (ce n'est donc pas une caractéristique exclusivement lorraine). Lizuka n'exprime pas son mal-être, elle le subit et s'en accommode dans la routine rassurante d'un quotidien monotone et sans surprise. Elle n'a par ailleurs pas réussi à révéler à sa mère qu'elle a abandonné son travail sans doute par peur de la décevoir ou d'être (mal) jugée. Il faut dire que les rares conversations téléphoniques avec la dame laissent supposer une personne froide et distante. La réalité peut être différente dès lors que l'on s'ouvre enfin à l'autre, aux autres. C'est ce que progressivement Lizuka va découvrir puisqu'elle semble chercher l'assentiment des autres dans son choix de vie.

La charmante Erika Karata déjà au casting de Asako 1 & 2 de Ryusuke Hamaguchi et plus récemment de Love on trial de Koji Fukada se laisse porter par la douce mélancolie et les hésitations de son personnage. Cette espèce de somnolence semble la marque de fabrique de cette actrice qui gagnerait peut-être à jouer un peu plus énergiquement.

J'ai trouvé le film plaisant, mignon et je ne vous livre pas la chanson que j'ai eu en tête en sortant de la séance car je vous spoilerais la fin. En tout cas un Prince a vu dans cette chronique un peu mollassonne une grande profondeur...

Écrire un commentaire

Optionnel