CHRISTY
de David Michôd ***(*)
ETATS-UNIS
Avec Sydney Sweeny, Ben Foster, Kathy O'Brien, Merrit Wever
Voici l'histoire vraie de Christy Martin (dont je n'avais jamais entendu parler). Pionnière de la boxe dans les années 1990 elle a contribué à rendre visible la boxe féminine dans un milieu majoritairement masculin.
Un biopic donc qui semble très proche de la réalité et passerait facilement pour une fiction qu'on pourrait taxer d'outrancière tant la vie de cette femme a été, en dehors et sur le ring, un combat.
Originaire d'une petite ville charbonnière de Virginie Occidentale qui lui vaudra plus tard le surnom de "la fille du mineur de charbon", Christy joue au basket. Elle ne peut vivre sa relation avec son amie car l'homosexualité est pour sa (folle de) mère une honte insurmontable. Elle enfile pour la première fois les gants lors d'un Toughman contest (une compétition de boxe amateur ouverte à des non professionnels). Ce n'était pour elle qu'un défi personnel mais sa prestation attire l'attention et elle prend goût à ce sport. C'est alors qu'elle va, pour son plus grand malheur, faire la connaissance de Jim Martin qui devient son entraîneur et plus tard son mari. Il la pare de rose de pied en cap et elle devient la sensation des rings par son style expéditif qui consiste à mettre K.O ses adversaires en quelques coups.
Le film suit d'abord la trajectoire assez classique d'une grande sportive avec ascension rapide, chute avec plongée dans la drogue et rédemption. Mais dans sa seconde partie il se recentre sur la vie personnelle de Christy, sa lutte contre les préjugés mais aussi les relations difficiles voire délétères avec son entourage qu'elle n'a pas voulu voir. Il traite alors des violences conjugales et d'une femme sous emprise.
Au coeur de cette histoire sportive et matrimoniale se trouvent deux acteurs qui vont au bout de leurs personnages. Ben Foster ventripotent, mèche jaune trumpienne rabattue sur un côté du crâne dégarni, est presque le prototype du sale et pauvre type manipulateur, toxique, jaloux, dangereux qui infuse peu à peu son emprise pernicieuse en Christy trop absorbée par sa réussite pour comprendre qu'il fallait fuir au premier "si tu me quittes je te tue". Quant à Sydney Sweeny, elle dissimule ses magnifiques mirettes bleues derrière des lentilles marron, exhibe une improbable coiffure mulet frisé et fait disparaître son merveilleux physique hollywoodien dans des tenues trop grandes pour elle. Son interprétation de Christy est sidérante. Pas forcément sympathique car incapable d'assumer son homosexualité, elle ne cessera de proférer des propos homophobes envers ses partenaires. Quant aux matchs, dont un particulièrement violent et sanglant, il ne fait aucun doute qu'elle a dû s'entraîner dur pour être crédible et monter sur le ring. Forte et fragile à la fois. Ils sont tous deux méconnaissables et leur courageuse interprétation est époustouflante.
On peut également souligner près d'eux la présence de la mère de Christy interprétée par Merrit Wever qui mériterait l'Oscar de la mère (de cinéma) la plus horrible de tous les temps. Mielleuse, fielleuse, dangereuse, elle n'entend pas les appels au secours de sa fille mais tombe sous le charme (quel charme ???) de Jim et s'exprime avec une incroyable voix de fillette. Ce ton est presque plus impitoyable que les châtiments corporels. Dans Animal kingdom, David Michôd avait déjà filmé une mère particulièrement détestable mais très aimante à l'inverse de celle de Christy.
Notons qu'à un moment de sa carrière, Christy affronte une certaine Layla Ali (fille de...) qui a 10 ans de moins qu'elle, 10 cms et 10 kgs de plus.
J'ai trouvé ce sport assez impitoyable et le parcours de cette femme étonnant et admirable.
