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BAC NORD

De Cédric Jimenez ***

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Avec Gilles Lellouche, Karim Leklou, François Civil, Kenza Fortas, Adèle Exarchopoulos

Cédric Jimenez s'inspire d'une histoire vraie. En 2012, dix-huit membres de la brigade anti-criminalité de Marseille ont été déférés en correctionnelle pour corruption, trafic de drogue et racket.

A ce jour, l'affaire est toujours en cours car si les peines ont été prononcées en avril dernier (après le tournage du film donc), le parquet a fait appel.

Le réalisateur prend clairement le parti de la police mais pour autant je ne trouve pas son film manichéen. Il se place du point de vue des policiers et plus précisément de trois d'entre eux dont il suit le parcours accidenté puis la chute. La hiérarchie est clairement pointée du doigt et ne sort pas grandie de la démonstration. Les délinquants sont des ombres anonymes et sans nom souvent effrayants. La population "normale" qui vit au milieu de cette criminalité quotidienne est invisible.

Les trois hommes au centre de l'histoire ne sont néanmoins pas présentés comme des anges immaculés et vertueux. Au contraire, ils sont toujours un peu trop nerveux et à la limite du faux pas, encouragés par la hiérarchie qui leur demande constamment d'améliorer les "résultats" du service. Comprendre : rechercher les infractions et en réduire le nombre. Ils sont donc régulièrement réduits à surprendre le moindre flagrant délit, à traquer les revendeurs de cigarettes, les trafiquants de tortues, les sandwichs à l’harissa. La scène du marché est un des moments très forts du film. Ce n'est guère glorieux d'autant que la BAC Nord de Marseille est confrontée au quartier qui détient le record français du taux de criminalité le plus élevé de France. Les flash infos actuels (entre deux prouesses footballistiques...) nous le rappellent quotidiennement. Des gens s'entretuent, en France, à Marseille, parfois même ce sont des mineurs qui sont tués. Ici même, un gamin de 14 ans est interpellé. Il est incapable de s'exprimer sans aboyer et proférer des chapelets d'insultes, jusqu'à cette phrase imparable : "qu'est-ce tu peux m'faire, j'suis mineur, j'suis sorti dans une heure." Et finalement ce qui apaise la tension c'est l'écoute de la radio et d'un rap furieux connu des flics comme du gosse.

Les policiers de la BAC (Brigade Anti Criminalité) sont en civil et se déplacent dans des véhicules banalisés. C'est ce qui surprend d'abord. Il est difficile de les distinguer des "criminels". Ils ont quasiment les mêmes codes vestimentaires, la même façon de s'exprimer, la même brutalité, la même nervosité et la violence qu'ils essaient parfois à grand peine de canaliser puisqu'ils sont les représentants de l'ordre.

Dans l'histoire qui nous intéresse, Greg, Yass et Antoine sont rappelés à l'ordre par leur officier supérieur. Lors d'une poursuite, les trois hommes se retrouvent à l'entrée d'une cité gardée par des caïds pas impressionnés le moins du monde par les forces de l'ordre. L'affrontement verbal sous haute tension est d'une violence inouïe (autre scène majeure du film) et la hiérarchie leur ordonne de faire marche arrière. Greg qui a 25 ans de métier n'en peut plus de ces missions. Il reçoit finalement l'ordre de son chef de réaliser le démantèlement d'un réseau de drogue. Pour cela ils ont besoin d'informations de leur indic, une jeune femme, Amel. En échange des infos, elle réclame cinq kgs de résine de cannabis pour son trafic personnel. Interdits d'utiliser la drogue mise sous scellés, Greg, Yass et Antoine décident, avec l'accord officieux du chef de récupérer ces cinq kilos par eux-mêmes... C'est là que la machine s'enraye.

Si le film a peut-être le désavantage de passer après Les misérables de Ladj Li et même la French du même Cédric Jiménez,  lui donnant par moments un  petit air de déjà vu, il n'en reste pas moins totalement immersif et terriblement efficace dans sa manière de traiter la violence d'un milieu, je devrais même dire de deux milieux, la police et la criminalité.  Le film est nerveux et angoissant souvent et le réalisateur maîtrise parfaitement les scènes sous haute tension. Notamment celle du "siège" d'un immeuble qui nous laisse à bout de souffle. La limite à ne pas franchir est constamment floue. C'est noir, très noir, un chouya désespéré et désespérant mais aussi plein d'humanité.

Le trio de garçons hyper musclé et testosteroné de ce film viril et méchamment burné fonctionne à merveille. Gilles Lellouche, Karim Leklou et François Civil sont épatants. Les filles forcément un peu en retrait mais essentielles (Kenza Fortas et Adèle Exarchopoulos) sont formidables également.

Commentaires

  • En lisant ton texte, le double lien avec "La French" (pas encore vu mais repéré pour pas cher dans le bac dvd de mon hyper) et "Les Misérables" a jailli dans mon esprit comme une apparition. Voilà donc le film que j'aurais dû aller voir en cette fin de vacances (plutôt que de griller ma dernière cartouche sur ce truc affreux encensé par toute la presse...) "Drive my car", ça a l'air bien aussi.
    Welcome back en tout cas !

    des véhicules banalisées (tu vois, moi aussi j'en trouve) :-)

  • Ah oui, la French et Bac Nord dans la foulée pour suivre ce réalisateur.
    Un truc affreux encensé par toute la presse ? Je ne vois pas... France ? J'ai bien aimé.
    Drive my car arrive...
    Merci.

    Tu trouves quoi ?

  • Tu as bien aimé ?! je comptais bien t'avoir de mon côté face à ces cascades de larmes à n'en plus finir. Imagine Exarchopoulos dans le rôle, peut-être ça t'aidera. ;-)

    Je vois que ton correcteur est rapide et efficace (Nobody's perfect comme disait l'autre)

  • Je suis mitigée en fait. C'est flou. Mais j'ai quand même apprécié... mais maintenant que tu le dis... c'est chiant ce film :-) En fait, je n'ai jamais été certaine de croire ou comprendre ce que je voyais.
    Et tu as tort, toute la critique n'encense pas le film (mais je n'arrive pas à accéder à allociné pour te mettre une copie des "contre").
    Blanche Gardin et son bégaiement m'a agacée.
    Imagine toi que j'ai pensé à Adèle et je me suis fait la réflexion que Léa avait moins de morve qui lui coulait du nez. Mais c'est pas possible de faire autant pleurer une actrice !!! Néanmoins le meilleur rôle de Léa que je n'avais jamais vraiment appréciée jusqu'ici, sauf avec Adèle... Faut suivre :-)

    C'est rapide parce que je suis on line.
    J'essaie d'écrire à propos de Berlin Alexanderplatz. Pas simple.

  • Ah ben justement, Blanche Gardin est la seule qui m'ait un tant soit peu amusé dans le film.
    Je suis allé voir sur allociné, c'est quand même l'acclamation tous azimuts : Télérama, Libé, les Inrocks, Le Monde, les Cahiers... j'en passe. C'est vrai que Closer et Télé7jours n'ont pas trop aimé. Je n'y comprends plus rien. Pourtant, d'habitude, j'aime beaucoup les films (et séries) de Dumont.

  • Sa façon de parler a fini par m'exaspérer. Et je ne pense pas que le film ait une vocation humoristique. Et puis elle n'est là que pour faire un peu de provoc. Personnage facilement coupable au montage.
    Moi aussi j'aime Dumont, ses films, ses séries... j'ai tout gobé. Là, effectivement ça coince. Avec le recul, il n'a pas un bon effet kiss cool.

  • Je ne suis pas très tentée par ce film là. Et j'attends ton avis sur France. Le thème me tente, mais je n'aime pas Léa Seydoux. Et j'ai lu une critique d'un journal suisse disant que passé le premier quart d'heure, c'était complètement raté.

  • Je ne t'imagine pas devant Bac nord.
    Pour France je suis très partagée mais j'ai trouvé Léa formidable.

  • Il faut parfois écouter les Suisses. Ils sont de bon conseil. ;-)

  • Rebonjour Pascale, j'ai nettement préféré Bac Nord aux Misérables. Un très bon film et quelle réalisation! Bonne journée.

  • Bonjour dasola
    Je crois que pour moi Les misérables est meilleur mais cette Bac nord est une réussite.

  • Salut Pascale. Content de te "revoir" (moi, c'est pour dimanche).
    J'hésite encore avec ce film. Je ne sais pas pourquoi, quelque chose me fait tiquer...

    Tu aurais plutôt tendance à me motiver, à vrai dire. Ce ne sera pas ma priorité du WE.

  • Bon retour également. Je suis là depuis pas mal de temps mais reprendre le blog n'était pas prioritaire.
    Ah je pense que tu devrais quand même. C'est fort ce film.

  • Film très fort. Casting impeccable. Violence et humanité. Nous sommes entièrement d’accord.
    Nous avons été gâtées pour notre retour dans les salles obscures !

  • C'est un bon choix.
    On oublie pas de si tôt ce trio.

  • Tu as fini par me convaincre. J'y suis allé samedi et j'ai bien aimé.
    Bon... il faut évidemment souligner aussi que le casting en or massif aide bien !

  • En effet, ça aide, ils sont formidables, mais l'histoire est édifiante aussi et la réalisation efficace.

  • C'est vrai que l'histoire est forte. Tu as raison de souligner ces ombres anonymes et sans nom parfois effrayantes mais ils ont juste le tort d'être du mauvais côté, et dommage que si on s'intéresse à la vie privée de Yass et Antoine (Greg semble être de la Bac 24/24) on ne sache rien de plus sur ces jeunes.
    Le film va a 100 à l'heure et prends un rythme différént après la chute des 3 équipiers. Mais si il perd en vitesse il ne perd pas en intensité.
    Ai encore des scènes de Misérables en tête mais garderai aussi certaines de Bac Nord. Beaucoup aimé Karim L et Kenza F. Lellouche est impressionnant !

  • Je crois que c'est net, l'histoire est racontée du point de vue des policiers. Dans Les misérables on voyait davantage les anonymes.
    Oui, Greg n'a pas de vie. Et quand il participe à un bbq c'est chez son collègue.
    On a guère le temps de souffler.

  • Je relis ton texte après avoir vu le film et je m'y retrouve complètement. Je me suis laissé embarquer, sans trop m'attarder sur le point de vue. Le constat est édifiant, le film est parfaitement tenu, plutôt bien filmé, et comme toi je trouve les seconds rôles féminins formidables. Lellouche est très convaincant mais c'est le personnage interprété par François Civil qui est le plus réussi je trouve.

  • Le personnage de François Civil est plus nuancé sans doute.
    Le film est efficace et de très bonne tenue. Et le réalisateur n'a pas un point de vue négligeable. Franchement les flics m'ont fait de la peine. Ça ne m'empêche pas d'être effrayée par ce que doivent vivre les habitants des cités.
    Pour le gamin je suis partagée entre me moquer ouvertement de lui, le secouer pour le faire redescendre ou le plaindre.

  • On peut reprocher tout de même à Jimenez de faire l'impasse sur la vie des habitants de la cité, mais ce n'est pas son propos ceci dit. Il y a juste cette scène dans l'appart où se réfugie Yass, scène terrible du gamin avec le couteau.

  • C'est ce que je dis, ici c'est le point de vue côté flic. Les misérables c'était davantage côté habitants de la cité.
    En effet il y a cette scène où personne n'ouvre la porte à Yass, sauf une...

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