03.06.2006

Sur la Route de Madison de Clint Eastwood *****

Dans ma Dvthèque de rêve il y a ce joyau inoubliable qui donne (ou presque) son titre à ce blog modeste qui cherche à lui rendre hommage jour après jour. Si « Sur la route de Madison » n’est pas à l’origine de la passion cinéphile qui m’anime (elle lui est bien antérieure), il est ce genre de film (un par décennie environ…) qui l’alimente, la confirme et la justifie. « Sur la Route de Madison » est LE film d’amour incontestable (je parle toujours en mon nom).

La question reste : comment d’un roman écoeurant de guimauve Clint Eastwood a pu tirer cette œuvre subtile et déchirante ???

L’histoire, traitée en flash-backs limpides et harmonieux, est simple : deux enfants Michaël et Caroline viennent régler la succession de leur mère Francesca et découvre son journal intime. Ce journal va leur révéler l’inconcevable, car quelque soit l’âge on reste les enfants de nos parents. Leur mère « parfaite » a donc eu une vie intérieure d’une profondeur inouïe, en dehors de son dévouement (son sacrifice plutôt !) à sa famille, elle a eu une vie, une sexualité, des regrets et…: un éternel amour de quatre jours.

Francesca, ménagère de plus ou moins cinquante ans, discrète et isolée rencontre de façon inattendue Robert Kincaid, photographe au National Geographic, alors que son mari et ses enfants sont partis pour quatre jours à une foire aux bestiaux. Robert, le charme et la séduction incarnés va comprendre cette femme, s’y intéresser, la faire rêver et Francesca s’épanouira à son contact et dans ses bras et décidera finalement que ces quatre jours suffisent à remplir et légitimer sa vie.

C’est la perfection que Clint Eastwood donne à son film par le moindre plan, le moindre mouvement de caméra qui rend l’histoire unique et lui confère une puissance émotionnelle rarement atteinte au cinéma.

Meryl Streep en fermière du fin fond de l’Iowa, douce et frémissante est la douceur et la sensualité mêmes. Clint Eastwood, sobre et nonchalant est le sex-appeal incarné. Les scènes mythiques et bouleversantes se succèdent (point d'orgue : celle où Francesca téléphone, Robert est assis et lui tourne le dos, c'est là que TOUT se joue) et les citer ressemblerait à un catalogue indigne de ce chef-d'oeuvre (le mot est lancé). Mais voyez les regards qu'ils échangent, les fourires qu'ils partagent, la complicité, la connivence absolues !

« Sur la route de Madison » est le film des ponts au charme ensorcelant, le film de la route au chien jaune, le film de Robert et Francesca qui cherchent toute leur vie le chemin qui les mènent l'un vers l'autre, pour finir par ne plus faire qu'un,

Le film d’un

ETERNEL AMOUR DE QUATRE JOURS,

ce genre de certitude n'arrive qu'une fois dans une vie...

15.05.2006

Les ensorcelés de Vincente Minelli***

Ce film est d'une beauté et d'une cruauté hallucinantes. Beauté des lumières, des décors, des costumes, des cadrages et des dialogues ciselés dans des écrins et cruauté de l'histoire et des personnages qui, dévorés d'ambition se fracassent les uns contre les autres pour se perdre ou pour réussir.  Kirk Douglas y est un producteur de génie, tyran cynique impitoyable, prêt à tout pour un film : à sacrifier l'amour, l'amitié, la confiance, trahir... pour un film ! C'est sadique et c'est magnifique. C'est hollywood, c'est le cinéma !

Je suis toujours stupéfaite de contempler Kirk Douglas, avec son jeu étonnamment moderne, naturel il pourrait débarquer aujourd'hui et être encore en avance sur son temps. Je ne peux expliquer à quoi ça tient. C'est d'autant plus visible face à ses partenaires (dont Lana Turner au jeu beaucoup plus outrancier).

C'est une merveille et oui, je le confirme : le cinéma c'est ensorcelant.

29.04.2006

HOMBRE de Martin Ritt ***

 

Fan de westerns, la cinéphile trouve bon et salutaire de parfois se rincer les yeux en faisant un bond de quelques décennies en arrière et plonger dans la dv-thèque haut de gamme…
Arizona, 1884. Élevé par les Apaches, John Russell, hérite de son père adoptif et « blanc » et se retrouve contraint de voyager dans une diligence dont les sept passagers, très « conservateurs » n’apprécient guère la présence de cet indien bâtard. Parmi eux, un couple très bourgeois a détourné des milliers de dollars destinés à nourrir les indiens dans les réserves… Très vite John Russel est relégué hors de la diligence près du cocher. Mais attaqués par des hors-la-loi, ils se rendent à l’évidence, John Russel est leur seul espoir pour s’en sortir.
Au-delà du western filmé dans des décors naturels gigantesques et désertiques, ce magnifique film intelligent, rigoureux, incisif et sans fioritures est une ode pour la tolérance et contre le racisme orné de dialogues brillants et servi par des acteurs exemplaires.
Tout en haut en haut du casting, Paul Newman, minéral, impérial, exemplaire, sans tics, sans excès : une présence ! D’abord misanthrope, solitaire, asocial mais blessé, humilié, rejeté il prouvera ce qu’est l’humanité. LA réplique du film : lorsque Jessie une des passagères se dévoue pour aller sauver une autre passagère retenue prisonnière, elle dit à John Russel :
-         « je ne vous demande que votre couteau… », il répond :
-         « vous me demandez beaucoup plus que ça madame ».

Evidemment, il prendra la place de Jessie pour aller au secours de la prisonnière : héroïsme, sacrifice, délicatesse, courage !!! et là, comme il est précisé sur la jaquette du DVD : « si « HOMME » se dit « HOMBRE », alors… Paul Newman est un HOMBRE ! ». Yeah !!!