LE SON DES SOUVENIRS
de Oliver Hermanus **(*)
AMERICANO BRITANNIQUE
Avec Josh O'Connor, Paul Mescal
En 1910 Lionel, grandit dans la ferme familiale au Kentucky.
Il parcourt la nature environnante et les yeux fermés se remémore tous les sons qu'il a entendus, chacun se rapportant à une note. Avec sa mère il écoute sur le seuil de la maison son père leur chanter des chansons folkloriques qui évoquent la vie des habitants. En 1917 il se rend à Boston pour étudier le chant au conservatoire. Il fait la connaissance de David qui étudie la composition. Leur amour de la musique les rapproche et ils tombent amoureux. Mais la vie sépare ceux qui s'aiment, tout doucement, sans faire de bruit... Tandis que David est mobilisé pour se rendre sur le front, Lionel lui fait promettre de lui écrire, lui envoyer des chocolats et surtout de ne pas mourir. David n'écrit pas mais réapparaît trois ans plus tard et propose à Lionel de l'accompagner pour parcourir ensemble les forêts et les îles du Maine afin de récolter et conserver sur des cylindres les chants folkloriques à l'aide d'un très joli appareil en les enregistrant et en en copiant les paroles. Ils s'invitent donc chez ceux qui veulent bien les recevoir et enregistrent les chants.
Sur le papier, l'affaire est alléchante : découvrir le patrimoine musical étasunien sur fond de romance. A l'écran, pas grand chose ne tient. Les promesses du prologue : associer les sons de la nature à des notes de musique sont abandonnées dès la deuxième scène et on y revient pas. Quant à l'amour qui rapproche et unit le british Josh O'connor et l'irish Paul Mescal, il est doux et tendre certes mais malgré l'implication des deux garçons ne provoque jamais la moindre émotion. L'homosexualité n'est pas le sujet -et c'est tant mieux. L'amour est une évidence jamais remise en cause même si l'un et l'autre font la tentative de vivre selon les convenances et l'ordre des choses : un papa et une maman, le film n'est pas militant.
Quant à la musique, il faut reconnaître que Paul Mescal chante très bien, à l'inverse de Josh O'Connor qui chante comme une casserole. En tant que pianiste compositeur dans le film il aurait pu faire l'effort d'apprendre au moins à plaquer deux accords sur le clavier (et prendre quelques cours de chants, ou demander conseil à Timothée Chalamet qui a appris pour ses rôles, la guitare, le chant, l'harmonica, le ping-pong, manger une pêche et comment survivre en milieu ensablé).
Le film est une adaptation d'une nouvelle de Ben Shattuck. Il aurait été passionnant de mieux comprendre ce travail de collecte mais on reste à la surface. A cet égard la traduction du titre est un non sens puisque le titre original est The history of music (L'histoire de la musique) qui convient mieux à la réalité puisque l'un des deux deviendra ethno-musicologue. On se contente de suivre le périple long et lent (ils sont à pied et gravissent moult collines) de Lionel et David, d'entendre quelques chants relativement répétitifs et de les retrouver le soir sous la tente. Car ils campent et de fait il est difficile de ne pas songer au Secret de Brokeback mountain qui nous avait tiré les larmes en son temps, 20 ans déjà (que ceux qui n'ont pas aimé n'en dégoûtent pas les autres). Ici les yeux restent secs et le coeur ne rate pas un battement car le film malgré sa douceur, la beauté des images et des acteurs reste froid et distant. On ne parvient jamais à saisir ce qui intéresse le plus le réalisateur : la musique ou l'histoire d'amour. En courant ces deux lièvres, il reste à la lisière de chaque thème. Et soudain, sans la moindre justification surgit la merveille de Joy Division... Je me suis dit qu'à ce moment le film allait prendre un virage. Mais non, on en revient ensuite à la musique traditionnelle... Etrange.
De ce réalisateur je n'avais vu que Beauty que j'avais détesté. Ce film est loin d'être détestable mais il lui manque l'ingrédient premier et indispensable à mes yeux : l'émotion.
