LES DIMANCHES
de Alauda Ruiz de Azua ***(*)
ESPAGNE
Avec Blanca Soroa, Patricia Lopez Arnaiz, Juan Minujin, Nagore Aranburu
Elève brillante en terminale dans un lycée catholique de Bilbao, Ainara vit avec son père et ses deux petites soeurs.
La maman est morte jeune et l'adolescente a noué des liens très proches avec sa tante Maite (soeur de son père) et sa grand-mère. Elle surprend tout le monde lorsqu'elle leur annonce son intention de devenir nonne dans un couvent particulièrement strict alors que tous pensaient qu'elle allait entamer des études universitaires. Ainara doit dans un premier temps passer par une période de discernement qui consiste à découvrir en elle l'appel de Dieu. Car en effet, cette vocation est involontaire, c'est Dieu lui-même qui appelle ses adeptes. A eux d'entendre cet appel auquel il semble impossible de résister ! La jeune fille se rend donc pendant une semaine au couvent pour partager dans le silence (la plupart du temps) et le recueillement la vie des nonnes. Elle échange également avec son directeur de conscience, un prêtre qui s'avère être un jeune et bel homme. Tout se jouera lors d'une messe d'enterrement : une scène très belle au cours de laquelle Ainara s'adressera directement à Dieu, Le suppliant de Lui apporter des réponses.
Entre temps, chacun va réagir en fonction de ses convictions. Et notamment Maite, la tante profondément athée qui pense qu'une jeune fille de dix-sept ans ne peut ainsi décider d'un sort aussi radical. Qu'il ne s'agit pas de foi mais d'endoctrinement. Qu'Ainara est manipulée par un discours sectaire. Le père quant à lui semble plus préoccupé par le sort de son restaurant pour lequel il a engagé de gros frais et pris un lourd crédit. Est-il réellement sincère lorsqu'il évoque le libre-arbitre de sa fille qu'il dit respecter ou plutôt attiré par le fait de la gratuité de l'entrée au couvent de son aînée qui ne lui coûterait rien contrairement à de longues études universitaires ?
Je vous garantis des débats passionnants, d'une précision et d'une intelligence rares entre les différents protagonistes. Et au milieu de leurs querelles une jeune fille calme et déterminée. Pas une illuminée, une jeune fille comme toutes les autres qui partage de joyeuses soirées et nuits avec ses copains et ses copines jusqu'à éprouver une attirance (réciproque) pour un beau garçon de son âge qui fait partie de la même chorale qu'elle (très beaux intermèdes chantés).
La décision d'Ainara n'interviendra qu'à la toute fin ménageant ainsi un suspense évident où certains s'interrogent plus que d'autres et prennent des décisions vraiment surprenantes pour manifester leur accord ou leur désaccord... Finalement tout le monde a ses raisons mais le sujet malaisant de la foi fait un peu voler la famille en quelques éclats.
La réalisatrice dont c'est le premier film qui sort en France déploie beaucoup de délicatesse et d'efficacité pour traiter son sujet. Elle s'est entourée d'un casting épatant du premier au plus secondaire rôle (les nonnes sont plus vraies que natures avec leur doux sourire figé) sur lequel brillent Ainara et sa tante de cinéma (respectivement Blanca Soroa et Patricia Lopez Arnaiz).
Si vous n'avez pas vu la série très réussie de cette réalisatrice, je vous encourage à la chercher. Il s'agit de Querer qui traite du viol conjugal (le personnage principal y est tenu par Nagore Aranburu qui tient ici le rôle de la mère supérieure).
