JUSQU'À L'AUBE
Elle est atteinte d'un SPM (Syndrome pré-menstruel) qui la métamorphose chaque mois. Ce sont évidemment les troubles de son humeur, anxiété, agressivité, émotivité, dépression qui sont les plus visibles. Au point que dès la première scène on la voit s'effondrer, seule sur un banc sous la pluie.
Takatoshi est un garçon renfermé, un peu froid et distant mais pas désagréable. Il souffre de crises de panique aiguës qui lui ont été diagnostiquées deux ans plus tôt. Malgré ses tentatives pour remédier à ses peurs paniques, il reste enfermé dans ses névroses.
Les deux jeunes gens ont fait des études mais paralysés par leur handicap doivent quitter leur emploi et se retrouvent dans la même entreprise familiale qui fabrique des microscopes et des longues-vues. Ils ne se connaissent pas.
Que pensez-vous donc qu'il va se passer lorsque deux tourtereaux pareillement inadaptés se croisent ?
Et bien pas du tout. Le réalisateur qui signe le film le plus doux et apaisant que j'ai vu depuis longtemps, prend le contre-pied de tout ce que l'on pouvait attendre et au lieu de la romance attendue nous offre une ode à l'amitié, à la douceur et à l'empathie. Sans la moindre mièvrerie, jamais. L'amitié entre un garçon et une fille est-elle possible ? Oui nous répondent en choeur avec infiniment de coeur le réalisateur et ses deux personnages, mais pas uniquement. Outre leurs troubles envahissants, Misa, Takakoshi et leur entourage au sein de l'entreprise sont animés d'une aptitude à la compréhension et d'une bienveillance profondes et sincères envers leurs prochains. Le frère du patron de la petite société est mort et le petit autel installé en son honneur dans un petit coin de l'entreprise donne lieu à une des nombreuses scènes très touchantes du film où la compassion naturelle de l'un surprend l'autre.
L'entraide, l'écoute mutuelle, les petits gestes du quotidien au sein de l'entreprise et en dehors démontrent que l'attention à l'autre, les relations humaines peuvent considérablement améliorer la vie courante, banale et routinière. On ne guérit pas mais on peut vraiment se sentir mieux lorsque l'environnement se fait rassurant et amical. Comme grâce à cette étoile polaire tellement bienveillante qu'elle indique le chemin... Et puisque c'est aussi dans l'action que la vie s'illumine un peu parfois, Misa et Takatoshi participent avec enthousiasme à l'organisation d'un planétarium itinérant qui se déplace chaque année dans une école différente. Ce projet commun va les rapprocher. La jeune fille servira par ailleurs de coiffeur au jeune homme qui lui-même accumulera les lectures sur le SPM pour mieux comprendre son amie.
Vous l'avez compris, c'est d'une beauté !!!
Je n'avais pas vu le précédent film de ce réalisateur La beauté du geste qui évoquait le parcours d'une boxeuse sourde. S'il est aussi doux et réconfortant que celui-ci j'ai eu tort de l'ignorer. S'il traite de "maladies" invisibles à l'oeil nu, ce qui me rend le sujet particulièrement sensible, il montre aussi avec délicatesse et sans mièvrerie que dans un monde cynique mu par la haine, une ode à la gentille, à l'entraide et au partage peut faire, le temps d'une séance, infiniment de bien. Le réalisateur n'est pas idiot, il ne propose pas de guérison sur un plateau, il avance discrètement et avec élégance qu'on peut vivre avec sa mélancolie voire sa détresse.
Tellement habituée aux drames, j'ai tremblé chaque fois que Takatoshi prenait son vélo et qu'on lui disait "sois prudent", mais le réalisateur sait manier à la fois l'émotion et une forme d'énergie pour lutter contre la tristesse, la solitude, la peur de vivre... sans pour autant s'abandonner à un happy end hors de propos.
Un bien beau film.
