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christophe honoré

  • Non ma fille, tu n’iras pas danser de Christophe Honoré ****

     Chiara Mastroianni, Christophe Honoré dans Non ma fille, tu n'iras pas danser (Photo)

    Léna ne va pas bien. Séparée de son mari Nigel qui l’a trompé, elle vit seule avec ses deux enfants Anton et Augustine. Tant bien que mal. Pour chercher un peu de réconfort elle se rend pour un week-end dans la maison familiale en Bretagne où l’attendent sa mère, son père, sa sœur enceinte Frédérique et son frère Gulven. Dès son arrivée, elle a l’impression de tomber dans un véritable traquenard car tout le monde a décidé de lui apporter une aide qu’elle n’a pas demandée. C’est inouï ce qu’on peut faire et dire comme conneries en voulant « faire le bonheur » des autres, souvent malgré eux. Et comme il semble simple de prétendre savoir ce qui est « bon » pour l’autre !

    Alors Léna dit non, puis oui, dans la même phrase. Elle refuse, elle accepte. Elle part, elle revient. Elle ne sait jamais comment faire, avec personne, et surtout comment « bien » faire.

    Léna agace parfois et fait une peine infinie car elle ne va pas bien, qu’on a envie de l’aider mais qu’au fond, on sait « que la réponse est en elle » ! Mais pour les autres, elle est un casse-tête, une énigme. Elle est excessive car elle se sent trahie souvent. Elle est fusionnelle avec ses enfants, puis elle les oublie. Elle dérange et elle inquiète. Elle est sûrement un peu perturbée dans sa tête Léna car évidemment, il est beaucoup plus facile de voir les « tares » chez les autres que les siennes propres.

    Tout le monde ne va pas très bien dans cette famille. Pas très bien, mais pas beaucoup plus mal que dans n’importe quelle autre famille ; cela pourrait être rassurant de pouvoir se dire que cette famille ne va pas plus mal mais aussi pas beaucoup mieux que la sienne. Mais ce film est aussi et surtout infiniment triste car contrairement à 9 films sur 10, il ne résout rien. Pas de happy end mais une fin absolument imprévue, déconcertante, déchirante, presque traumatisante. Très très inattendue en tout cas.

    Christophe Honoré plonge comme jamais dans une histoire de famille et sa façon de le faire est admirable. Il gratte jusqu’à l’os avec cruauté et précision, mais il laisse en suspens mille questions que l’on se pose, mille regrets que l’on éprouve, mille erreurs que l’on commet au nom ou à cause de cette « structure » tant aimée ou tant haïe, ou les deux. C’est selon.

    Léna (Chiara Mastroiani, magnifique, perdue, enfantine, border line, GRANDE !) est évidemment au centre de ce cercle mais ça aurait tout aussi bien pu être un autre membre de la famille. Ce qui aurait donné un film un peu différent, forcément, mais pas complètement, tant toutes les histoires sont imbriquées. Le réalisateur passe au crible trois générations et c’est assez troublant quand on aborde soi-même la troisième (…) de s’apercevoir à quel point TOUT repose sur des bases aussi fragiles et pourtant tellement fondamentales et constitutives d’un être humain.

    Tout est toujours la faute des mères, on le sait, ce n’est pas d’aujourd’hui et ce n’est pas fini. Les mères continuent toujours de faire endosser le poids de leur responsabilité et de leur culpabilité à leurs propres filles. C’est terrifiant mais d’une finesse encore plus remarquable que cette histoire est racontée par un garçon qui ose faire de son héroïne une ‘mauvaise’ mère. Bien qu’il donne le « beau » rôle aux garçons, on n’a quand même pas le sentiment qu’il « juge » son personnage, mais que simplement il établit un constat. C'est ainsi que le monde tourne...

    L’autre aspect très troublant et très émouvant de ce film est la démonstration implacable du gouffre infranchissable entre les générations. Les enfants refusent de voir leurs parents vieillir qui eux considèrent toujours leurs enfants comme des tout petits. Et chacun est incapable d’imaginer que les autres peuvent avoir une vie sans eux. Est-ce que les deux grandes filles paumées que sont Frédérique et Léna peuvent penser un instant que leurs vieux parents font l’amour dans la chambre à côté pendant qu’elles règlent leurs comptes en se chamaillant ? Les parents peuvent-ils envisager que leurs grands enfants voient le bout du tunnel sans leur intervention ?

    Ce film est douloureux mais il est magnifique car il ressemble à s’y méprendre à la vraie vie des vrais gens. Et les acteurs, absolument tous, font des merveilles ; même les deux enfants vraiment formidables... entendre le petit Anton dire à sa mère qui vient le voir en larmes à la récréation : "t'es flippante !" et la rassurer en lui donnant rendez-vous à la sortie de l'école est un des grands moments délicats, qui semble anodin mais pourtant essentiel du film. Celui où quelque chose qu'on n'a pas senti arriver est en train de basculer...

    Christophe, soyez toujours Honoré !