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1 ***** VERTIGINEUX - Page 5

  • SHUTTER ISLAND de Martin Scorsese *****

    Shutter IslandShutter Island

    Le marshal Teddy Daniels débarque avec son nouveau coéquipier Chuck Aule sur Shutter Island qui abrite un hôpital psychiatrique pour dangereux criminels. Ils sont chargés d'enquêter sur la disparition d'une patiente, Rachel Solando enfermée pour avoir tué ses trois enfants, ce qu'elle nie. Quelques mots et des chiffres griffonnés sur un bout de papier sont les seuls indices qu'ils retrouvent dans sa chambre/cellule qui était verrouillée lorsqu'elle s'est échappée... Contraints de rester sur l'île car une violente tempête empêche tout bateau de les ramener sur le continent, Teddy va plonger au coeur d'une enquête qui va réveiller en lui un passé douloureux.

    Comment parler d'un film dont j'ai absolument tout aimé, sans l'abîmer, le trahir, n'en rien révéler, ne pas en dire trop mais suffisamment pour me libérer un peu de son emprise envahissante, exigeante ? Car oui, ce film est un film qui hante, envoûte, ensorcelle. C'est au-delà de la leçon de cinéma, bien plus et bien autre chose que cela. Il est un peu comme il arrive parfois, la justification ou l'illustration même qui fait que ma passion pour cet art qui fascine, trouble et protège ne faiblira pas.

    Dès la scène d'ouverture, il est impossible de ne pas être pris du même mal de mer que Teddy qui supporte difficilement la traversée mouvementée en raison de la tempête qui se prépare. En tentant de se raisonner lui-même "ce n'est que de l'eau... beaucoup d'eau", on comprend queTeddy est un homme fort, pour qui se maîtriser est essentiel.  Mais on comprendra encore bien mieux plus tard pourquoi l'eau l'effraie tant. Au début Teddy affiche une belle assurance, ainsi qu'une certaine prestance vestimentaire, exceptée une hideuse cravate (seule note "légère" de cette histoire) curieusement barriolée qui dépare un peu avec l'austérité et la fonction du bonhomme.

    L'arrivée sur l'île ne laisse pas l'ombre d'un doute : rien ne sera simple sur cette île. L'accueil tendu des gardiens armes aux poings, celui distant du directeur, la découverte de patients enchaînés qui se promènent, puis celle des bâtiments austères et imposants, tout sur l'île semble hostile. L'un des bâtiments est réservé aux femmes, un autre aux hommes, un troisième, juché sur une colline, le bâtiment C (un ancien fort de la guerre de sécession) auquel on ne peut avoir accès qu'avec une autorisation spéciale, aux malades particulièrement dangereux, et au loin un phare ! Le tout baigné d'une lumière grise, brune, verdâtre.

    Le marshal et son coéquipier vont rencontrer les dirigeants de l'établissement dont un mystérieux docteur allemand (Max Von Sidow), les soignants dont l'énigmatique psychiatre chef (Ben Kingsley calme et glaçant), les gardiens mais aussi certains patients suffisamment lucides pour être interrogés. Et cette affaire étrange de disparition inexplicable va faire ressurgir chez Teddy les souvenirs les plus traumatisants de son passé. Ancien GI (nous sommes en 54), il a participé à la libération du camp de Dachau en 1945. Les barbelés électrifiés tout autour de l'hôpital lui évoquent ceux des camps, la présence du docteur allemand le mène à la piste d'expérimentations médicales sur des êtres humains comme les pratiquaient les nazis. Des images insoutenables vont revenir lui marteler la tête de migraines insupportables.

    Le souvenir de sa femme tant aimée, morte dans un incendie, qui l'obsède et dévore ses nuits de cauchemars va encore ajouter au tumulte qui vrille son crâne et à celui qui s'abat au dehors sous forme d'incessantes trombes d'eau. Car la tempête se joue autant dans les esprits qu'au travers des éléments déchaînés.

    Je n'en dirai pas davantage car le Maître Scorsese nous embarque, nous manoeuvre et nous remue jusqu'à plus soif, nous inondant d'un flot incessant d'informations, d'événements et de rebondissements jusqu'à la dernière seconde de la dernière réplique.

    Alors laissez-vous gagner, emporter aussi. C'est tout le mal que je vous souhaite, car ce film est un torrent qui à la fois dévaste et comble l'appétit cinéphile. C'est de la maestria à l'état pur. On en rêve, Scorsese le fait. Ce film est une merveille incontestable et si je ne devais en retenir qu'une scène, je parlerai de celle incomparable où la caméra magistrale tourne autour d'un couple enlacé et en larmes peu à peu recouverts d'une pluie de cendres jusqu'à ce que la femme en feu disparaisse, se consume, laissant l'homme à jamais inconsolable. Une scène d'amour comme on n'en voit peu. INOUBLIABLE.

    Cet homme, cet acteur, ce prodige c'est Leonardo di Caprio qui souffre, s'enfièvre et s'affaiblit comme personne et comme jamais dans ce film, dans cette interprétation exemplaire qu'il porte haut, si haut, qu'on souffre, s'enfièvre et s'affaiblit avec et pour lui, jusqu'à la réplique finale. Un acteur prodigieux, remarquable dans un film exceptionnel.

  • Les herbes folles d’Alain Resnais *****

    Les Herbes follesLes Herbes follesLes Herbes folles

    Marguerite s’achète de nouvelles chaussures mais se fait voler son sac à la sortie du magasin. Georges trouve le portefeuille de Marguerite que le voleur a jeté dans un parking sous terrain. Il hésite puis le ramasse et après avoir comparé la photo sur la carte d’identité puis celle sur une licence de pilote d’avion, et en avoir tiré conclusions et analyses… il se met à fantasmer sur sa propriétaire. De retour chez lui, il trouve le numéro de Marguerite dans l’annuaire, essaie de lui téléphoner et décide finalement de porter l’objet au commissariat. Plus tard, Marguerite cherche à remercier Georges d'avoir rapporté son portefeuille…

    Ce qui suit tient de l’improbable, de l’invraisemblable, du magique, du farfelu et du bonheur de tous les (im)possibles !

    Comment faire pour vous envoyer, toutes affaires cessantes, voir ce bijou ? Le meilleur Resnais depuis « On connaît la chanson » quoique très très différent. De la première à la dernière seconde, j’ai été embarquée par cette histoire exaltante, angoissante et drôle, dont on a du mal à percevoir de quel côté elle va nous pousser et nous emmener.

    Pour une fois, je ne me suis pas précipitée pour écrire cette note pour savoir quelle impression subsisterait après une nuit ! Y aurait-il une sensation persistante de bien-être ou au contraire l’effet soufflet qui retombe « tout ça pour ça ? ». Et non, ce film est de cette espèce délectable : encore meilleur quand on y repense, de celle qui donne envie de retourner le voir pour en saisir toutes les nuances, toutes les subtilités… et à quels moments l’entourloupe finale, réjouissante et facétieuse aurait pu être visible.

    Ce film est exaltant, vertigineux, on retient son souffle en permanence alors qu’assez paradoxalement un sourire persistant reste accroché au visage. Jusqu’où, jusqu’à quelle folie irrémédiable les personnages vont-ils aller ? Vont-ils résister, céder, hésiter encore, se perdre, se calmer ?

    Comment puis-je m’y prendre pour que, comme moi, vous vous jetiez dans les bras de ce film qui ne ressemble à aucun autre, heureux, différent, jouissif, grave, espiègle ? Un film dont l’écran devient noir tout à coup, comme pour laisser au spectateur le temps de reprendre son souffle, de rassembler ses émotions en lisant la phrase de Flaubert :

     « N’importe, nous nous serons bien aimés » !..

     

    J’espère que comme moi vous éprouverez le bonheur d’être face à un film qui frôle la perfection où tout est accompli, en harmonie : les couleurs, la lumière, la musique, les dialogues et… évidemment l’interprétation haut de gamme.

    C’est Edouard Baer qui se charge de la narration en voix off. Et sa voix a le charme suranné, désuet le second degré qui convient à ce texte décalé.

    Quelques seconds rôles de choix complètent avec bonheur l’équipe du duo de tête, Emmanuelle Devos de plus en plus déroutée par sa meilleure amie, Roger Pierre en vieux monsieur dragueur, Anne Consigny en femme (presque…) trompée et compréhensive (et chuchotante, oui Gaël J ), Sarah Forestier, Nicolas Duvauchelle, Annie Cordy, Michel Vuillermoz et surtout Mathieu Amalric, absolument hilarant en flic compatissant.

    Mais évidemment, ce sont les deux stars, devenus pratiquement indissociables des films de Resnais depuis de longues années, qui sont ici en Majestés. Sabine Azéma, hélas toujours affublée de sa coiffure tête de loup mais qui ici, exceptionnellement, convient parfaitement au rôle et surtout au titre échevelé, est plus sobre et profonde qu’elle ne l’a plus été depuis bien longtemps.

    Quant à André Dussolier, que dire sinon qu’il est au top du sommet. D’une classe insensée… un peu moins (mais hilarant) la braguette ouverte ! Qu’il est drôle tout en ayant perdu ses tics de bon gars un peu lunaire, un peu farfelu. Bien qu’on ne sache pas grand-chose de lui, sinon qu’il a perdu ses droits civiques (ce qui ne le contrarie guère), qu’il est peut-être au chômage… on est sûr d'une chose, il est « border line », constamment inquiet et parfois, parce que cela arrive aussi brutalement qu’il était calme et doux l’instant d’avant, inquiétant, menaçant avec les drôles d’idées de meurtres qui lui passent par la tête. Son inquiétude permanente, son impatience et ses obsessions installent un malaise et une vive appréhension : quand va-t-il passer à l’acte ?

    Mais ce qui le rend absolument fabuleux c’est son charme dévastateur, sa voix, sa diction, son pouvoir de séduction, son élégance. Lorsqu’enfin il croise Marguerite en vrai, son regard, les mots qu’il prononce… (j’ai failli les écrire, et puis non, je vous laisse découvrir !!!) le rendent à jamais inoubliable !

    Etourdissant, chaleureux et déroutant, ce film libre, léger et fou comme les herbes de son titre vous enverra en l'air... car il est MERVEILLEUX !

     

    Pour vous donner une idée du ton inédit, je vous invite à découvrir les premières pages du roman dont il est tiré en cliquant sur « L’incident ». N’entendez-vous pas la voix d’Edouard Baer qui vous appelle ???

  • Un prophète de Jacques Audiard *****

     Tahar Rahim, Jacques Audiard dans Un prophète (Photo) Tahar Rahim, Jacques Audiard dans Un prophète (Photo) Tahar Rahim, Jacques Audiard dans Un prophète (Photo)

      Niels Arestrup, Tahar Rahim, Jacques Audiard dans Un prophète (Photo)

    Lorsque Malik condamné pour 6 ans entre en prison, il n’est encore qu’un tout jeune garçon quasi analphabète, terrifié de découvrir l’univers carcéral, et très seul. Dans le bâtiment où il se trouve, la Mafia Corse fait la loi, avec à sa tête un « parrain » Cesar Luciani aux pouvoirs étendus et incontestés qui règne à la fois sur les détenus et sur les gardiens.

    6 ans, c’est long et c’est court. En prison c’est une éternité. Conscient de la fragilité de Malik, Luciani lui propose sa protection en échange de « services » dans le plus pur style « je vais te faire une proposition que tu ne pourras pas refuser »... Pour le mettre à l’épreuve, il lui ordonne de supprimer Reyeb un autre détenu. Malik, affolé, va tenter d’avertir l’administration pénitentiaire, mais il ne peut que constater qu’elle est aussi sous la coupe de Luciani et que finalement il n’a pas le choix.

    Soumis et corvéable à merci, Malik va docilement jouer son rôle « d’esclave arabe » et remplir consciencieusement ses missions. Mais armé d’une intelligence supérieure à la moyenne (il va suivre les cours d’alphabétisation, passer des examens, apprendre seul le « corse » en observant et écoutant les autres) et d’un instinct de survie hors du commun, il va résister, s’endurcir, exprimer la violence qui sommeille en lui, gagner la confiance de tous mais aussi être hanté jour et nuit par le fantôme de l’homme qu’il a tué.

    Il n’hésitera pas non plus à fréquenter ses « frères » musulmans, à sympathiser avec un « gitan »… bref, à faire le grand écart entre toutes les communautés présentes, animées par le racisme et les luttes de pouvoir ; les corses détestent les arabes qui détestent les gitans et tout le monde se le rend au centuple !

    Jacques Audiard désormais, ça me paraît incontestable, Grand Cinéaste fait preuve d’une maîtrise exceptionnelle à tous les niveaux. Il réussit l’exploit de faire qu’on s’attache à son héros alors qu’il est typiquement le genre de personne qu’on n’a pas du tout envie de rencontrer dans la vie réelle. Il faut dire que Malik, c’est Tahar Rahim, inoubliable, époustouflant, mélange de candeur, d’innocence, de naïveté, d’intelligence et d’agressivité qui fait évoluer son personnage physiquement, intellectuellement, psychologiquement comme il est rare de le voir au cinéma.

    La scène où Malik doit remplir son premier contrat (tuer un homme), est répétée plusieurs fois entre Malik et un corse qui joue le rôle de la future victime. Rien que la répétition est flippante pour Malik mais aussi pour le spectateur car le personnage paniqué est tremblant et on imagine bien qu’il n’est absolument pas en état d’accomplir cet acte. Lorsque le moment du meurtre arrive finalement, rien ne se passe comme prévu. Audiard étire la scène au maximum jusqu’à nous mettre dans un état de stress proche de celui de Malik. Une tension infernale s’empare alors du film, du personnage et du spectateur. C’est très rare. Le film sera parcouru de scènes poussant l’angoisse à son paroxysme et l’atmosphère électrique s’amplifiera dans un crescendo incessant nous faisant craindre le pire à chaque étape. Et ce n’est pas lors de ses permissions de sortie après trois ans d’enfermement, où il aura d’autres objectifs à atteindre qu’il sera le plus en sécurité. On continuera de trembler avec lui et pour lui.

    Heureusement, il retrouvera dehors l’ami qu’il s’est fait en prison et cette histoire d’amitié, essentielle, idyllique et bouleversante est sans doute la seule bouffée d’air dans cet univers et cet espace confinés dans lesquels le réalisateur nous enferme pendant deux heures et demi. L’acteur qui joue cet ami, Abel Bencherif, est également une impressionnante et réjouissante révélation. Le moment où il raconte la mésaventure avec son chien qui l’a sans doute menée en prison est à mourir de rire. Car oui, on peut éclater de rire plusieurs fois pendant ces deux heures et demi claustrophobes !

    Mais l'essentiel, l'essence même du film est qu'on assiste, cloîtré avec Malik à la métamorphose d’un personnage et d’un acteur. C’est absolument sidérant de voir comment il s’adapte, s’impose puis utilise les autres et la prison. Audiard fait de cette transformation une « ascension », sans poser de jugement, juste en racontant, en constatant : comment un petit malfrat devient un véritable caïd « grâce » à la prison ? Comment il s’en sort à force d’intelligence et d’opportunisme ?

    Face à lui, évidemment, il y a Cesar Luciani et l’acteur ogre Niels Arestrup lui donne son regard d’acier, sa démarche chaloupée, sa voix incroyablement pondérée. Il est une bombe à retardement dont chaque expression de douceur n’est que la manifestement du calme avant la tempête qui s’abat avec la brutalité à la limite de la démence dont il est capable. Ses face à face avec Malik/Tahar sont des moments de pure jubilation offerts par deux acteurs touchés par la grâce, et l’aîné posera d’ailleurs parfois un regard tendrement paternel sur le plus jeune.

    Jacques Audiard crée à l’écran un nouveau style de voyou individualiste qui nest pas un psychopathe sanguinaire inculte et assoiffé de pouvoir mais encore, mais aussi, mais surtout il nous fait un cadeau en faisant naître sous nos yeux énamourés de fans, un archange diaboliquement angélique, phénoménal dans un rôle écrasant : un Acteur, Tahar Rahim* !

    J’ai dit inoubliable ? Il l’est !

    Alors laissez-vous emmurer avec lui par Jacques Audiard.

     

     Tahar Rahim, Jacques Audiard dans Un prophète (Photo)

    *C’est décidé Tahar Rahim, je l’aime d’amour !

  • Tulpan de Sergey Dvortsevoy*****

    Tulpan


    Alors qu’il rentre de son service militaire effectué dans la marine, Asa revient vivre avec sa sœur, son beau-frère et leurs enfants. Il rêve de se marier avec Tulpan qui ne veut pas de lui, prétextant qu’il a de trop grandes oreilles…
    Cet argument est l’occasion pour le spectateur de découvrir un endroit du monde une planète inconnue, un lieu irréel qu’il est difficile d’imaginer même au plus profond de notre campagne la plus reculée : le Kazakhstan. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’irais y passer mes prochaines vacances tant la dureté de la vie et du climat y est rude pour une petite nature délicate… mais le formidable savoir faire du réalisateur nous plonge, nous immerge dans la quatrième dimension, une région insensée au milieu de nulle part, balayée en permanence par le vent, les tornades, écrasée de soleil. Cela donne des images à couper le souffle, d’une beauté fabuleuse qui aimantent littéralement le regard et rendent ce film inoubliable.
    Sergey Bvortsevoy ne se contente pas de filmer et de nous offrir des images comme on en voit rarement et qui font de ce film une rareté, il nous raconte une histoire : comment Asa va réussir à plaire à la mystérieuse Tulpan en faisant de ses oreilles décollées un atout princier ? La démonstration est d’ailleurs à mourir de rire. Et oui, on rit énormément car les kazakhs de cette histoire ne manquent pas d’humour, même s’il est parfois involontaire. Et si certains d’entre eux rêvent d’un ailleurs meilleur, le réalisateur n’en fait pas des victimes contraintes à une vie d’une dureté implacable. Ce sont des bergers qui aiment leur pays, se battent contre les éléments, les tempêtes, les épidémies qui ravagent sans réelle explication le bétail et placent les liens familiaux au-dessus de tout. Certaines scènes filmées en plans séquences assez époustouflants donnent une vision réaliste, quasi documentaire (notamment « l’accouchement » en temps réel d’une brebis) de cette vie, et l’on retient son souffle, happés par tant de beauté et de précision.
    Le soir tout le monde se retrouve entassé sous la même yourte, et c’est l’amour, la tendresse, l’altruisme, la patience exemplaires de la jeune mère pour son mari, ses enfants et son frère qui illuminent le film tout entier, assurent la cohésion de cette famille cocasse (les enfants sont à mourir de rire parfois), attachante et infiniment touchante.
    Quant aux tentatives d’Asa, le « héros » de l’histoire pour convaincre Tulpan de l’aimer, de l’épouser, elles ponctuent le film de saynètes tendres et burlesques. Le suspens que le réalisateur entretient dans l'attente de nous faire découvrir Tulpan est assez captivant. Mais on n’est pas déçus…
    On comprend que ce film plein de vie et de joie ait reçu le prestigieux prix de la section « Un certain regard » à Cannes et qu’il fasse le bonheur des cinéphiles festivaliers (il a été projeté en clôture au dernier Festival d’Annonay… je ne sais plus si je vous ai parlé de ce festival !!!).

    Faites lui un triomphe car il le mérite et je ne vois pas comment il pourrait décevoir ou même déplaire tant il est beau, ensorcelant, vraiment unique.

    Tulpan - Le réalisateur Sergeï Dvortsevoy

    Lui, c'est le réalisateur ! Pourquoi mais pourquoi il était pas à Annonay ??? Je suis sûre que j'aurais aimé son intelligence !

  • GRAN TORINO de Clint Eastwood *****

     

    Gran Torino : photo Clint EastwoodGran Torino : photo Clint EastwoodGran Torino : photo Clint Eastwood

    Walt Kowalski est ce qu’on peut appeler un vieux con. Sa première particularité est d’être raciste et de le faire savoir à chaque instant. Il est aussi bougon, intolérant, rempli d’idées préconçues sur tout et surtout sur les « autres ». Le jour où il enterre sa femme, de nouveaux voisins s’installent. Encore des asiatiques qui déjà envahissaient « son » quartier. Il ne lui reste rien que sa vieille chienne Daisy et sa sublime voiture, une Ford Gran Torino qu’il chérit depuis 30 ans en la laissant au garage.

     

    Un jour, sur un malentendu, il devient le héros du quartier. Alors qu’il veut chasser de son carré de pelouse les jeunes d’un gang, il sauve par là même le fils de ses voisins, le jeune Thao. Il va d’abord résister et devenir peu à peu, sous la pression de Sue, la sœur de Thao, un ami de cette famille qu’il avait d’abord méprisée.

     

    Ce film est un crève-cœur. Clint, plus masochiste que jamais le livre comme un adieu sublime et définitif. A chaque instant, on croit l’entendre dire « on ne sait jamais, c’est peut-être le dernier », même ou bien qu’il s’achève sur un générique extraordinairement apaisé, aux doux sons du piano de Kyle. C’est comme si, sachant que sa légende en marche est déjà écrite, il avait décidé de la conclure en beauté, par ce film testament sans spectacle et sans pathos.

     

    Il s’offre LE rôle d’un homme de son âge où il semble faire la somme de tout ce qu’il a été au cinéma : le tueur, le séducteur, le solitaire, l’ami, le confident, le vengeur… Et le père… même si une fois de plus la rencontre avec ses fils de cinéma est complètement ratée le faisant ressasser encore et encore la culpabilité de n’avoir pas été un bon père pour ses propres enfants et qu’il offre toute sa tendresse, son attention à ses jeunes voisins chinois. Clint Eastwood dont on oublie souvent quel grand acteur il est, présent devant et derrière la caméra c’est évidemment la cerise sur ce film cadeau drôle et douloureux qui dit « je suis encore là » et « je ne suis (peut-être) plus là pour longtemps ». A presque 80 ans, la démarche parfois hésitante, le regard lointain mais le sourire toujours charmeur Clint s’amuse comme un fou avec ce rôle de xénophobe en multipliant les grimaces, les grognements excédés qui ponctuent chaque phrase. Aucune insulte et noms fleuris pour désigner l’étranger ne lui échappent : niacoué, face de citron, bougnoule (je ne les connais pas toutes). Il ne comprend plus grand-chose au monde qui l’entoure, à la jeunesse surtout, à la violence. Il continue de croire qu’on peut régler les problèmes à la Harry et quand il pointe ses doigts sur les membres des gangs ennemis, on le traite de ‘papy’ mais on recule d’un pas. C’est drôle et toute la filmo défile.

     

    On ne doute pas souvent que le vieux va s’amender au contact de Thao et Sue mais il continue de douter, empêtré dans les souvenirs d’une guerre qui lui a laissé des décorations et des cauchemars, désolé de n’avoir pas compris ses enfants, hésitant entre croire en Dieu et ne pas y croire (Dieu ne réagit pas très vite quand on le sollicite…), se confesser ou pas à un « puceau séminariste suréduqué » qui pourrait être son petit-fils et qu’il doit appeler « mon père » (Christopher Carley vraiment très bien), boire bière sur bière, et simplement se faire faire son premier costume sur mesure... Toutes les questions sans réponse d’une vie hantent ce film. Mais le dernier quart d’heure insuffle un véritable suspens que moi (pas très maligne) je n’avais pas senti venir.

     

    Et j’ai passé tout le générique affalée dans mon fauteuil, plus sonnée qu’une million dollar baby !

     

    Gran Torino - Clint Eastwood

  • FESTIVAL INTERNATIONAL DU 1er FILM - ANNONAY 2009, and MY winner is

    THOMAS de Miika Soini *****

    Finlande

     

    festival international du 1er d'annonay 2009,cinéma,thomas,miika soini

     

    Thomas est un vieil homme de 83 ans. Il vit (très) seul dans un minuscule appartement ni vraiment au rez-de-chaussée ni vraiment au sous-sol. Un petit soupirail par lequel il accède en grimpant sur une caisse en bois lui offre un peu de lumière et lui permet d’observer les mouvements de sa rue très en pente. Parfois il se risque à l’extérieur pour une promenade qui lui donne immédiatement envie de rentrer chez lui retrouver son quotidien monacal entre son jeu d’échecs, la radio qui ne diffuse que de la musique classique et une photo de sa femme.

    Immobile et silencieux, mélancolique et pas très sympathique, un peu absent au monde, c’est grâce à une rencontre inattendue dans un parc où il se promène parfois que Thomas va trouver un sens, l’explication, la reconnaissance de toute son existence et peut-être enfin la paix avec lui-même et ce monde qui l'a exclu...

    Comment vous parler de « Thomas » que peut-être vous ne verrez pas alors qu’il représente pour moi 1 heure et 10 minutes de cinéma parmi les plus vibrantes que j’ai vues dans ce Festival pour ne pas dire 1 heure et 10 minutes de cinéma essentiel ? Car oui, c’est un film qui va à l’essentiel en prenant néanmoins le temps de s’attarder sans jamais s’apesantir. Un miracle de tous les instants, d’une profondeur insensée, où tout s’éclaire peu à peu, où toutes les révélations finales expliquent et justifient la moindre scène, le moindre comportement depuis le début. Un cinéma lumineux où tout se justifie sans peser jamais, de la musique la plus troublante (Mozart) au silence parfait jusqu’au moindre dialogue anodin qui finit par se révéler déterminant.

    Dès l’ouverture du film, on est embarqué et surpris sans jamais être manipulé. Un vieil homme ronchon en reçoit un autre. On sait, en ayant lu le sinopsis qu’il n’en restera qu’un puisqu’on s'attend à suivre l’histoire d’un vieillard seul. Et dès les premières minutes, on est cueilli avec délice car celui qui reste n’est pas celui qu’on attendait. On retrouve donc Thomas à l’enterrement de son frère et l’on rit, comme il arrive parfois aux enterrements. Les surprises ne cesseront jamais dans ce film qui réussit l’exploit d’être à la fois contemplatif et de nous emballer par une histoire, celle de Thomas, dont on VEUT connaître l’issue et l’origine. Par petites scènes cocasses, pitoyables, bouleversantes, pathétiques… (il faudrait TOUTES les citer, ne pas en exclure une seule pour être juste et équitable) le réalisateur colle aux basques de Thomas (même les chaussures ont un « rôle » comique) et nous laisse avec le souvenir inoubliable d’un film, d’un personnage, d’un rôle et d’un acteur hors du commun.

    Gloire aux réalisateurs, de plus en plus rares, qui « posent » leur caméra pour nous raconter une histoire, qui ne poursuivent pas systématiquement leurs acteurs caméra à l’épaule (cela dit Thomas ne va plus très vite mais il marche toujours…) nous donnant des vertiges injustifiés. Ici, tout est calme et mesuré sans que cela nous empêche d’apprécier peu à peu l’ampleur de la tempête qui se joue sous le crâne de « Thomas » et le ronge. Cela donne lieu à des plans d’une beauté rare, à tomber, où tout est parfait, le cadre, la lumière, la durée. Chaque scène est un tableau dans lequel Thomas peut évoluer et se déplacer.

    Thomas c’est aussi un acteur, Lasse Pöysti, une légende vivante en Finlande qui continue d’avoir des projets malgré son grand âge. Il offre à ce rôle sa lourde stature fatiguée et son visage, incroyable masque impassible qui allie comédie et tragédie.

    Gloire également au jury qui a décerné à ce film « Le prix spécial » et surtout au jury des lycéens qui ne se sont pas laisser piéger par d’autres oeuvres plus faciles ou racolleuses et ont accordé leurs voix à « Thomas » malgré les décennies qui les séparent de ce vieil homme et pour un film qui parle de vieillesse, de solitude, de compassion mais surtout comme le revendique sans relâche Miika Soini : d’amour, dont la plus grande preuve reste pour lui de laisser « partir » ceux qu’on aime. Deux tomates d’or pour ce film, c’était le moins.

    Vous l’avez compris Miika n’est donc pas que ce beau jeune homme, sympathique, intelligent, drôle, merveilleux, attirant, chaleureux, charmant, gentil, ouvert, étonnant, spirituel… AIMABLE… c’est aussi un cinéaste. Après avoir été serrurier… il a fait du théâtre pendant des années en Finlande. Il est devenu acteur, mais il souhaitait tout maîtriser. Il a donc d’abord mis en scène des pièces de théâtre et intégré une école nationale de cinéma. Il est très fier d’avoir pu tourner son film « Thomas » en 10 jours avec un budget d’à peine 200 000 €uros. L'histoire est issue d’un recueil de nouvelles qui traitent de la vieillesse et dont il a écrit le scénario. Miika a tenu à plusieurs reprises à insister sur son empathie avec les personnes âgées dans un pays, la Finlande, où une personne de plus de 65 ans sur 2 se suicide…

     

    Ce film est inoubliable et Miika Soini peut en être fier car c’est bien le cinéma qui coule dans ses veines.

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    Et voilà... je vous laisse un peu tranquille avec "mon" cinéma d'Annonay. J'espère que vous pourrez au moins voir les 3 films de mon palmarès... Le film de clôture (une merveille) doit sortir en salle le 4 mars, je vous en parlerai donc à ce moment pour ne pas vous embrouiller et vous rappeler de ne pas le rater le moment venu...
  • Valse avec Bachir d’Ari Folman *****

    Valse avec BachirValse avec BachirValse avec Bachir

    D’emblée on est stupéfait par la beauté des images. Les couleurs sombres et lumineuses, terriblement douces, les ombres et les mouvements, le vent, les vagues… tout concourt à installer une ambiance envoûtante, bouleversante et parfois dérangeante qui ne disparaîtra qu’à la fin du film. On est aussi saisi d’effroi par cette meute de chiens hurlant et bavant qui se ruent sur l’écran comme s’ils allaient le traverser et nous bondir dessus. Il s’agit en fait du cauchemar récurrent d’un ami d’Ari Folman qui est réveillé chaque nuit par cette vision d’enfer. Lors de la première guerre du Liban au début des années 80, cet ami a dû tuer 26 chiens très gênants. Cette mission lui a été confiée car il était incapable de tuer des hommes. En écoutant son ami se confier, Ari s’aperçoit qu’il a complètement occulté cette période où lui aussi était soldat. Cette période douloureuse dont le point culminant est le massacre de Sabra et Shatila, il souhaite aujourd’hui, 20 ans plus tard, s’en souvenir, l’évoquer et savoir quel avait été son rôle précisément lors de la tuerie. C’est ainsi qu’il part à la recherche et à la rencontre des hommes qui avaient comme lui une vingtaine d’années à l’époque et qui furent les témoins de ce carnage perpétré par les phalangistes chrétiens sous le regard inerte d’Israël. Toute la population des deux camps de réfugiés palestiniens à l’ouest de Beyrouth a été massacrée en représailles à l’assassinat de Bachir Gémayel véritable héros (héraut) libanais.

    J’espère que le fait de faire de ce film le premier documentaire d’animation de l’histoire du cinéma ne rebutera personne car au-delà du fait qu’il prouve que le cinéma peut encore et toujours inventer et surprendre, il prouve aussi à quel point le cinéma israëlien est inventif et indispensable. Ari Folman fait de son film une réussite en tout point admirable bâti comme un documentaire mais en y intégrant également une dramatisation qui va crescendo, un suspens haletant. Et c’est tout l’art des très grands de réussir à nous captiver sans relâcher l’intérêt un seul instant alors qu’on connaît parfaitement l’issue de l’histoire. Au gré des rencontres et des témoignages, le réalisateur construit son récit en flash-backs tous plus passionnants les uns que les autres tant les protagonistes ont chacun une personnalité forte, attachante et un art indiscutable pour exposer leur vision du drame. La mémoire est dynamique et vivante nous dit-on et plus Ari Folman va creuser profond, plus les souvenirs vont resurgir, le laissant terrassé (et nous avec) devant l’horreur.

    Ce film de guerre psychanalytique et limpide qui montre encore et encore à quel point les soldats ont peur, est d’une beauté, d’une force et d’une puissance émotionnelle incomparables.

    Ne le ratez pas car c’est un film indispensable et sublime porté par des images, des personnages et une musique inoubliables. Comment manquer cette scène magique d’un soldat valsant en pleine nuit avec les balles qu’il tire en virevoltant au son de Chopin devant un portrait de Bachir ?

    Valse avec Bachir
  • LA NUIT NOUS APPARTIENT de James Gray *****

    La Nuit nous appartient - Affiche américaine

    Bob et Joseph sont frères. Jo est la fierté de son père, comme lui il est devenu flic à New-York, alors que Bob est la brebis galeuse, gérant d’une boîte branchée où la drogue circule. Bob se constitue une nouvelle famille accueillante chez les Buzhayev très proches de la mafia russe et Joseph est nommé responsable de la brigade des stups. La guerre fratricide est engagée.

    Ce film est une « tuerie ». Je dis ça pour parler djeuns mais surtout parce que les superlatifs vont me manquer pour évoquer ce film exceptionnel.

    Je ne vous dirai rien de plus de l’histoire tant les rebondissements inattendus pleuvent en cascade au rythme d’un scénario irréprochable qui ne cesse, du début à la fin, de réserver des surprises colossales. C’est un film qui assume son manichéisme et un certain pathos (j’ai pleuré… dans un tel film, c’est surprenant !) mais avec une telle maestria, qu’on est littéralement aimanté, stressé, bouleversé dès les premières secondes. Je n’ai pu (car les sujets sont proches et la sortie des deux films aussi) m’empêcher de penser à Ridley Scott qui doit être parti se cacher au fin fond du désert du Taklamakan pour se faire oublier… James Gray n’a tourné que 3 films en 13 ans (« Little Odessa » et « The yards") qui étaient déjà des ovnis en forme de tragédie familiale noire proches de la perfection. On hésite entre l’envie de dire au réalisateur de continuer à prendre son temps et l’impatience de l’implorer de nous donner à voir la suite.

    Ce film est exceptionnel. Je l’ai dit, mais pas seulement, il est inattendu, extraordinaire et surprenant. Je ne me souviens pas avoir été autant concentrée, tendue, concernée, angoissée pendant une projection. La course poursuite en voiture, impressionnante, spectaculaire, époustouflante est un sommet du genre qui renvoie toutes les autres à l’ère paléolithique du cinéma. Le spectateur est DANS la voiture, en sort essoufflé et, comme Bob, tombe à genoux, en larmes… Quelques scènes très mouvementées alternent avec d’autres très intimistes qui à aucun moment ne retardent ou ralentissent l’action. Tout ici est à sa place.

    Le réalisateur maintient le spectateur dans un état de stress permanent, une tension constante qui l’entraînent dans un final déconcertant. Le courageux héros, celui qui meurt ne sont finalement pas ceux que l’on croit.

    New York est pratiquement constamment plongée dans une nuit où se succèdent bâtiments désaffectés et endroits chébran. L’histoire d’amour n’est pas un accessoire et l’amoureuse sacrifiée n’est pas un gadget, c’est un véritable beau personnage porté par la sublime Eva Mendès, délicieusement vulgaire. Bob veut devenir le roi de New-York mais il se brûle les ailes et quand on connaît un peu l’histoire de Joaquin (dites « Ouakin », vous n’avez pas oublié ?) ses larmes et ses sanglots sont encore plus bouleversants. Que dire des acteurs ! Mark Whalberg s’efface progressivement en intériorisant de plus en plus son personnage. Impressionnant. Robert Duval, froid, mais pas tant que ça, prêt à tout pour défendre ses grands garçons, en être fiers, est magnifique. Mais le voyage ne serait rien sans Joaquin Phénix dont le beau visage tourmenté mériterait un documentaire à lui tout seul tant il exprime sans trop en faire l’évolution de son merveilleux et complexe personnage. L’arrogance du début fait place à l’inquiétude et l’anxiété et James Gray s’attarde longuement sur le cataclysme et la tempête qui se jouent sous ce crâne.

    Bouleversant (l'acteur... et le film !).

    Courez-y ! Je n’adresse plus la parole qu’à ceux qui présenteront leur ticket de cinéma DE CE FILM en passant sur cette route. Oui, La route du Cinéma devient à péage. Tant pis pour vous.

    En sortant de la salle j’ai couru acheter le DVD « Walk the line » pour me faire une cure de Joaquin…