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LES CERFS-VOLANTS DE KABOUL

de Khaled Hosseini (roman) *****

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Je vous parle peu des livres que je lis, pourtant j'ai toujours une lecture en cours, pas un jour sans lire, mais j'ai essayé, je ne parviens pas à parler des livres que je lis. Mes copines de blogs (les filles lisent plus que les garçons ?) et un Bison font cela admirablement.

Mais parfois (La puissance des vaincus de Wally Lamb, Billy Summers de Stephen King...) il y a des évidences qui me sautent à la tête et au coeur. Vous savez, le livre qu'on a envie d'offrir à tout le monde, dont on a envie de parler à tout le monde et surtout qu'on voudrait que tout le monde ait lu et aime.

J'ai pris mon temps, et l'une des tragédies de l'existence est d'ailleurs de penser que je n'aurais pas assez d'une vie pour lire (et relire) tous les livres qui me tentent, puisque ce roman a paru en 2003 aux Etats-Unis sous le titre The kite runner (Le coureur de cerfs-volants) puis en 2007 en France. C'était le premier roman de son auteur (je vais m'intéresser aux autres) qui doit savoir de quoi il parle puisqu'il est né à Kaboul en Afghanistan en 1965. Son roman a fait à l'époque l'objet d'un formidable bouche-à-oreille, a été acclamé par la critique et est devenu culte dans la plupart des pays où il a été traduit.

Je comprends. Impossible de résister à cette histoire qui s'étale sur plusieurs décennies, de Kaboul à San Francisco en passant par le Pakistan et nous donne à entendre des noms de contrées et de villes de l'autre bout du monde devenues tristement familières à nos oreilles.

L'histoire de ces deux garçons débute au milieu des années 70. Ils ont une dizaine d'années et  sont inséparables. Amir est fils d'un riche commerçant, plus tard il deviendra écrivain, Hassan celui du serviteur du père d'Amir, il est analphabète et apprendra à écrire pour rédiger une lettre à son ami. Le père d'Hassan est au service de la famille depuis des dizaines d'années. Les gamins ont une passion commune pour les cerfs-volants et participent chaque année à un concours. Hassan est champion dans l'épreuve et fait l'admiration de baba le père d'Amir. Ce dernier bien que profondément attaché à son ami, le jalouse d'attirer ainsi cette tendre attention alors que son père se montre plutôt froid, exigeant et autoritaire avec lui. Un jour maudit Amir assiste à une scène terrible et n'intervient pas. J'ai choisi d'ailleurs cette couverture du roman qui illustre parfaitement ce moment où la vie des enfants bascule. Amir s'exprime ainsi au début du livre alors qu'il approche la quarantaine :

"Quand je regarde en arrière, je me rends compte que je n'ai cessé de fixer cette ruelle déserte depuis vingt-six ans".

Sans un mot sur l'évènement, la vie reprend son cours mais ne sera désormais plus jamais la même.

La succession de cataclysmes qui va s'abattre sur le pays va se charger de séparer et d'éloigner les deux garçons et mettre plusieurs continents entre eux. En marge de l'histoire intime, les russes envahissent le pays en 1979, les Buddhas de Bâmiyân s'écroulent de honte face aux talibans (bien aidés par les explosions) qui les déclarent idolâtres, puis les Twin Towers de New York la même année (2001). La déchirante et passionnante histoire d'amitié entre Amir et Hassan est également ponctuée de drames intimes que je me garde bien de vous révéler. L'époque dorée de ce pays joyeux où les femmes dansaient dans les bras des hommes, cheveux au vent, a fait place aux luttes ethniques et à la prise du pouvoir par les talibans qui ont installé la terreur et le fanatisme. Il est aussi ici question d'émigration, des relations entre les pères et leurs fils, d'adoption sans qu'à aucun moment un thème ne pèse. Le style remarquable de Khaled Hosseini d'où l'humour n'est pas absent s'appuie sur des intrigues solides qu'il mène toutes à leur terme. Et en s'attardant sur la "petite" histoire personnelle d'Amir, il nous donne à entendre et à voir ce que peut être une guerre qui n'en finit pas pour des citoyens ordinaires. Ils ne sont pas que des chiffres dans des statistiques, ils ont des noms et des visages. Ils sont bouleversants. L'auteur leur offre une identité, une histoire, un destin. Et bien qu'Amir ait une faute terrible à expier il n'en est pas moins sympathique pour autant. La souffrance qu'il endure le rend attachant tout comme son désir intense et sincère de se racheter.

"Tu as mal agi Amir, mais n'oublie pas que tu n'étais qu'un enfant lorsque cela s'est produit. Un enfant perturbé qui plus est. Tu faisais preuve d'une trop grande sévérité à ton égard à l'époque, et tu continues aujourd'hui - je m'en suis rendu compte à Peshawar. Sache cependant une chose : un homme dépourvu de la moindre conscience et de la moindre bonté ne connaît pas la souffrance. Puisse la tienne cesser avec ce voyage".

Car oui Amir va revenir dans ce pays (on le sait dès la première page) et découvrir interloqué ce qu'il est devenu aux mains de ces barbus cruels, illuminés, fanatiques. Il va retrouver celui par qui le malheur est arrivé, déjà fasciné tout jeune par les joyeuses théories d'Hitler, il est devenu un taliban zélé et sanguinaire.

En parcourant les rues de ce pays défiguré devenu dangereux et inquiétant qu'il a tant aimé, où il partagea des jours heureux avec son ami Hassan et son père lui revient cette phrase en mémoire : 

"Si les enfants sont nombreux en Afghanistan, l'enfance, elle, y est quasi inexistante".

J'espère vous avoir donné envie de lire ce roman dense, foisonnant, passionnant de bout en bout et admirablement écrit.

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LES CERFS VOLANTS de Kaboul de Marc Forster ***

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Avec Khalid Adella, Homayoun Ershadi, Atossa Leoni, Ahmad Kahn Mahmidzada, Shaun Toub

Dans la foulée, j'ai fait l'acquisition en DVD du film que Marc Forster en a tiré en 2007 et que je n'avais pas vu. C'est un devoir très appliqué voire respectueux que le réalisateur a rendu. On sent qu'il a dû être comme tout lecteur complètement anéanti par cette lecture.

Il a réussi à ne pas tomber dans le misérabilisme ou la mièvrerie. Il n'a omis aucun des épisodes marquants de l'histoire qui est très riche en rebondissements. Il reprend parfaitement le cheminement rythmé par l'amitié, la trahison, le pardon avec en arrière plan le malheur d'un pays qui s'effondre.

J'ai aimé pouvoir mettre un corps et un visage sur ces personnages magnifiques et parcourir avec Amir et Hassan les rues animées et joyeuses de Kaboul avant les horreurs, voir les arbres, les maisons, le désert, sentir la chaleur du soleil, puis le froid de la neige et suivre toutes ces péripéties bouleversantes.

Quels moments merveilleux et éprouvants j'ai passés en leur compagnie.

Le journal de Feanor: LES CERFS-VOLANTS DE KABOUL

Et accessoirement j'étais heureuse de retrouver ce magnifique acteur Homayoun Ershadi dans le rôle du père d'Amir (vous vous souvenez, Le goût de la cerise ?)

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Commentaires

  • Tu vas avoir du mal à me croire mais je ne l'ai ni lu, ni vu. Et je me demande pourquoi, on en parlait trop peut-être. Dans ces cas-là j'attends .. et j'ai tellement attendu que j'ai oublié. Ceci dit, il n'est jamais trop tard pour bien faire.

  • Je trouve que c'est une excellente nouvelle.
    Je ne pensais pas te prendre en défaut de cerfs-volants.
    Je te garantis quelques heures de pur bonheur, souvent douloureux.

  • Nous gardons un souvenir ému du film, vu à sa sortie.

  • Le roman est encore plus bouleversant.

  • Merci. Mais ce n'est pas mon exercice favori.
    As-tu lu cette merveille ?

  • ni lu ni vu, même si je reconnais la force de ce bouquin par lectures d'avis interposés... mais les histoires d'enfants ou d'afgans...
    Par contre, j'ai lu La Puissance des Vaincus ;-)

  • Tu devrais t'y pencher. Impossible d'être déçu il me semble.

    Dominick et Thomas forever

  • Bonjour Pascale !
    C'est un des romans qui m'a laissé la plus forte impression de ma vie.
    Surtout quand on sait ce que devient ce pays, abandonné aux Talibans.

  • Coucou Aurore.
    J'ai été happée des les premiers mots.
    Ce roman va me marquer durablement.
    Dans le film c'est incroyable de voir ce pays joyeux, ces femmes libres. On a du mal à croire que c'est le même pays ensuite. Le basculement dans l'obscurantisme est terrible.

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